‹ Les origines du féminisme contemporain; trois femmes de la Révolution; Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose LacombeChapitre 42 sur 69 · THÉROIGNE ET LA PRESSE ROYALISTE EN · texte numérisé non relu

THÉROIGNE ET LA PRESSE ROYALISTE EN

La nouvelle de son arrestation et, peu après, le bruit de sa mort avaient réjoui les pamphlétaires de la cour.

La Feuille du jour du 1er mars 1791, qui ne se trompait point en disant : « Ce sont des officiers français qui l’ont fait arrêter », donnait ces deux versions de l’événement — la première à demi sincère peut-être, la seconde, évidemment, pour le seul plaisir :

On assure qu’ayant appris que mademoiselle Théroigne était à Namur, ces jeunes militaires s’y rendirent, lui demandèrent à dîner, lui firent leur cour; et comme mademoiselle Théroigne, en exerçant l’apostolat, ne renonce pas aux bénéfices de la galanterie, ces messieurs n’eurent pas de peine à la déterminer. Elle leur abandonna, dans l’épanchement de la confiance et de l’amour, ses secrets, ses papiers, les motifs de sa mission en Brabant. Ils la crurent assez dangereuse pour la désigner à l’administration qui s’en empara. D’autres ont prétendu qu’ils ne l’ont livrée que par dépit, ayant reconnu que sa santé n’était pas plus sûre que sa politique.

La Feuille du jour racontait ensuite :

Le comte de Mercy l’a rassurée pleinement, en lui disant qu’elle était à l’abri de tout péril si rien ne la chargeait; mais que, si les soupçons qu’elle excite étaient confirmés, il s’intéresserait de toute son influence et de tout son crédit à ce qu’elle fût pendue,

Et le 29 mars, le meme journal publiait:

On assure que mademoiselle Théroigne est pendue. Pleurez, amours...

Le directeur de cette gazette, Parisau, prenait là son désir pour la réalité; mais il est vrai que, même à Vienne, on parla, comme d’une chose possible, du supplice de Théroigne. (. Moniteur du 10 avril, correspondance de Vienne du 19 mars).

Un peu plus tard, dans une Complainte à V endroit de la demoiselle Théroigne , qui a eu le malheur d'être pendue en Allemagne en passant , les Actes des apôtres présentaient ainsi la fausse nouvelle de ce supplice :

Au libre pays de Fribourg,

La donzelle faisait son tour.

Voilà que deux aristocrates,

Voulant épanouir leurs rates,

Lui mettent la main au collet :

La voilà prise au trébuchet.

La drôlesse dans ce moment Leur dit : Messieurs, probablement,

Vous voulez un certain service;

Laissez-moi quitter ma pelisse.

— Non, lui dit-on, trêve d’amour,

Vous serez pendue haut et court.

On avait trouvé sur elle, ajoutait la Complainte , « un tas de coupables écrits », plus :

Un billet doux de La Fayette,

Joli poignard pour Antoinette,

Et promesse d’un prieuré Que Populus aurait payé.

THÉROIGNE DE MÉRTCOURT

Quand on sut quelle était à Kulstein, ce furent d’autres plaisanteries. Le Petit Gautier du il août voulait qu’elle eût invité Populus à la venir joindre incessamment « dans la tour du Tyrol », où elle sentait son patriotisme se refroidir. Mais, quand on sut qu’elle avait été mise en liberté, le Petit Gautier se fâcha. L’entrefilet (15 décembre) est à citer en entier :

La crapuleuse créature qui se fait appeler Théroigne de Méricourt, la même qui avait projeté le 6 oclobre 1789 le plus horrible des forfaits, est maintenant à Bruxelles. Elle s’est présentée chez le respectable ministre de Metternich. Sa barbare audace n’a point diminué dans les cachots d’où elle sort; elle a eu l’atroce impudence de dire chez le ministre : N’est-il pas juste de sacrifier une poignée de nobles à des millions de citoyens? L’apparition de cette charogne ambulante indigne tous les honnêtes gens de ce pays. Elle loge à l'enseigne de Y Homme sauvage , qui jamais ne fut aussi sanguinaire qu’elle.

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