Oqfourny avait cinquante et un ans
des Jacobins la relation attendue. On n’a pas cette relation qui, sans doute, ne fut pas imprimée. Elle se proposait de la développer dans un mémoire qui ne parut point. Mais voici d’abord, sur cette rentrée en scène de la Luxembourgeoise, quelques lignes intéressantes du journal de Brissot, le Patriote français :
La Société a témoigné l’indignation la plus vive pour ses infâmes persécuteurs [ceux de Theroigne) et la plus haute admiration pour la constance qu’elle a déployée. Cette amie de la liberté a indiqué l’unique moyen de consolider la nôtre : c’est de porter la guerre aux rebelles et aux despotes qui menacent de nous la faire et qui la craignent plus que nous. Elle a annoncé que la Révolution française avait des partisans nombreux dans les Pays-Bas, dans l’Allemagne, et jusque dans le palais de l’empereur * .
Lantbenas, qui présidait, répondit : « L’amour de la liberté, placé par la nature dans tous les cœurs, vous fit, dès le commencement, chérir notre glorieuse Révolution. Vos sentiments vous ont attiré des persécutions. C’est un titre certain à notre estime. Votre exemple montre à tous les amis de la liberté la puissance de cette résistance passive qui est fondée sur l’élévation de l’âme, et par laquelle les individus les plus faibles ont si souvent fait pâlir les tyrans. L’énergie que cette résistance suppose, les femmes l’ont souvent portée à un tel degré qu’elle parut surnaturelle à des peuples ignorants. Dans ce siècle éclairé, les hommes ne seront pas moins entraînés, par une suite du penchant le plus vif de la nature, toutes les fois que votre sexe parera les grâces qu’il a en partage des vertus civiques
J. Numéro du 4 février.
qui exciteront éternellement notre enthousiasme. Citoyenne courageuse, racontez dans les grandes assemblées que l'intérêt public réunit ce que vous avez fait et souffert pour la liberté, comme vous venez de le faire dans celle-ci. Et croyez que, partout où seront des cœurs français, vous aurez fait quelque chose d’utile pour l’avancement de la liberté universelle b » Discours plus curieux par son féminisme que par l’éloge de Théroigne. Même celui-ci pouvait sembler un peu froid ; Manuel le réchauffa d’une motion lyrique, après avoir renchéri sur la déclaration féministe de Lanthenas. «Il fut un temps, s’écria-t-il, où une société d’hommes mit en question si les femmes avaient une âme. A la vérité, cette société était composée de ces hommes à deux visages, de prêtres, qui ont toujours feint de médire des femmes pour n’avoii* pas l’air de les aimer. . . Si nos pères avaient une si mauvaise idée des femmes, c’est qu’ils n’étaient pas libres; car la liberté leur eût appris, comme à nous, qu’il est aussi facile à la nature de créer des Porcies que des Scévolas. Vous venez d’entendre une des premières amazones de la liberté. Elle a élé martyre de la Constitution. Je demande que, présidente de son sexe, assise aujourd’hui à côté de notre président, elle jouisse des honneurs de la séance. »
Mais il nous faut revenir au Patriote français. C’était une Brissotine que le journal de Brissot félicitait, en applaudissant au langage belliqueux de 1’ « amie de la liberté ». Brissot était le chef, contre Robespierre, du parti qui demandait la guerre aux rois; et, si nous avons écrit que Théroigne ne fut jamais Robespierriste , c’est précisément parce que, dès sa rentrée à Paris,
1. Journal des débals et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitution , 4 février 1792.
elle se rangea, sur cette question de guerre, du côté des futurs Girondins.
Dès son retour aussi elle projeta d’organiser un bataillon d’amazones.
Le 18 février, dans un long article des Révolutions de Paris , intitulé : Des piques , on pouvait lire : « Que, le 14 juillet prochain, il y ait vingt-cinq millions de piques fabriquées en France; qu’à l’imitation de nos premiers ancêtres, qui ne s’assemblaient jamais au Champ-de-Mars sans être munis tous d’une lance et d’un bouclier, douze millions de citoyens en état de porter une arme et de mettre une pique en arrêt se rendent au Champ de la Fédération » ; puis : « Mais n’en déplaise à la fameuse Théroigne et à la phalange d’amazones qu’elle se propose d’établir et de commander, que les piques soient interdites aux femmes » ! Texte précieux, car il prouve que Théroigne fut sans doute la première à convier les Parisiennes à s’armer. Supprimez-le, on attribuerait volontiers l’initiative à une autre citoyenne, la fille Léon. En effet, le discours dans lequel Théroigne prêcha ce que nous avons appelé son f éminisme înilitaire est du 25 mars ; et le 6 mars l’adresse suivante, couverte de plus de trois cents signatures après celle de la fille Léon, avait été remise à la Législative :
Législateurs,
Des femmes patriotes se présentent devant vous pour réclamer le droit qu’a tout individu de pourvoir à la défense de sa vie et de sa liberté.
Tout semble nous annoncer un choc violent et prochain. Nos pères, nos époux et nos frères seront peut-être les victimes de la fureur de nos ennemis. Pourrait-on nous interdire la douceur de les venger ou de mourir à leurs côtés.
Nous sommes citoyennes, et le sort de la Patrie ne saurait nous être indifférent. Vos prédécesseurs ont remis le dépôt de la Constitution dans nos mains aussi bien que dans les vôtres. Eh! comment conserver ce dépôt si nous n’avons des armes pour le défendre des attaques de ses ennemis.
. . . Que notre faiblesse ne soit pas un obstacle : le courage et l’intrépidité y suppléeront... Ne croyez pas, cependant, que notre dessein soit d’abandonner les soins, toujours chers à nos cœurs, de notre famille et de notre maison... Non, Messieurs : Nous voulons seulement être à même de nous défendre. Vous ne pouvez nous refuser et la société ne peut nous ôter ce droit que la nature nous donne ; à moins que l'on ne prétende que la Déclaration des droits n’a point d’application pour les femmes.
Messieurs,
Voici ce que nous espérons obtenir de votre justice et de votre équité :
1° La permission de nous procurer des piques, des pistolets et des sabres, même des fusils pour celles qui auraient la force de s’en servir, en nous soumettant au règlement de police ;
2° De nous assembler les fêtes et dimanches au Champ de la Fédération ou autres lieux convenables pour nous exercer à la manœuvre desdites armes ;
3° De nommer, pour nous commander, des ci-devant gardes françaises, toujours en nous conformant au règlement que la sagesse de M. le maire nous prescrirait pour le bon ordre et la tranquillité publique * .
Nous voyons même dans la Bibliographie de M. Maurice Tourneux qu’un exemplaire de cette pétition, possédé par le British Muséum, porte la date du 27 février. Elle avait été imprimée d’abord en vertu
1. Imprimée par ordre de l’Assemblée nationale. — B. N.,L 33e 3 X, 1. 1<
THEROIGNE DE MERICOURT
d’un vote de la Société fraternelle des Minimes1, présidée par Tallien. Mais enfin l’ancienne « Muse » ne dut pas à la fille Léon, ni à Tallien, son féminisme guerrier.
Seulement elle le dut aux mêmes circonstances qui inspirèrent la pétition ; à l’inquiétude patriotique et démocratique dont Paris frémissait quand elle y rentra. Cette guerre, qu’elle désirait, semblait à tous inévitable. Et, contre les ennemis de l’intérieur, le peuple s’armait. Il se fabriqua et vendit en janvier et février une quantité prodigieuse de piques. L’idée de Théroigne — comme de la fille Léon — fut d’associer les femmes à ce mouvement militaire des patriotes parisiens. (*V).
Le 14 mars, le Petit Gautier racontait : « Le feu martial que la Bourrique des Jacobins , la demoiselle Théroigne, mit dimanche passé à commander les évolutions patriotiques aux dames qui se disposent à verser leur sang pour maintenir les membres de l’Assemblée dans leur place fut si actif que les moustaches de ladite demoiselle se détachèrent et se sont perdues2. » D’autre part, le numéro 60 d’un journal de Marchant: les Sabbats jacobites , numéro qui semble être du milieu de mars, montrait la « colonelle » Théroigne —
1. Fraternelle , c’est-à-dire des deux sexes. Voir sur ces Sociétés l’ Avant-propos et notre « Olympe de Gouges ».
2. Le 17 février, le Petit Gautier avait dit : « Les piques qui se fabriquent à l’instigation des Jacobins deviennent le sujet des conversations journalières et des craintes générales. Pour tranquilliser les honnêtes gens, on a fait courir le bruit qu’elles seraient mises en dépôt dans différentes sections ; on a même assuré que mademoiselle Théroigne de Méricourt, accoutumée à faire des actes de charité et de patriotisme,les trouvait fort de son goût et s’y était dès longtemps aguerrie. Cette fille incomparable voulait bien se charger de fournir un gîte à toutes les piques de Paris ; mais les commissaires nommés pour la vérification de son local, malgré qu’il soit très vaste, ne l’ont cependant pas trouvé assez grand pour les contenir toutes ; de manière qu’il a été résolu qu’on n’y mettrait que celles qui doivent être empoisonnées. »
« nouvelle Penthésilée » — présentant aux Jacobins son « escadron » de femmes armées de piques. Elle disait « les choses les plus agréables à tous les membres du sublime aéropage » et terminait par ces vers :
Il faut pour être utile enfin A notre République Que chaque femme ait à la main Une superbe pique.
Faut-il croire cependant que Théroigne eût réussi à organiser militairement un groupe de femmes? Il est certain qu’on fabriqua vers ce temps des piques de citoyennes. Il y en a une au musée Carnavalet, légère, jolie, portant gravés sur le bois des branches de laurier et un bonnet phrygien. Et nous savons que, le 11 mars, « des citoyennes affiliées à la Société des Cordeliers » allèrent présenter à ceux-ci deux piques avec « un drapeau de la liberté1 ». Mais le discours même prononcé par Théroigne le 25 mars prouve qu’elle n’avait pas encore, à cette date, formé « la phalange d’amazones » qu’elle aurait voulu « commander » ; et, pour le dire tout de suite, elle n’arriva pas à la former.
Le dimanche 25 mars, elle s’était rendue à la même Société fraternelle d’où était partie la pétition lue le 6 à la Législative ; et c’est « en présentant un drapeau aux citoyennes du faubourg Saint-Antoine » qu’elle prononça le grand discours dont voici les passages les plus intéressants 2 :
1. British Muséum ( French Révolution). Pièce signalée par M. Maurice Tourneux ( Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution française , t. II, p. 455).
2. Nous les donnons d’après les Goncourt, qui possédaient la pièce. Elle ne se trouve dans aucune bibliothèque publique à Paris. M. Maurice Tourneux l'a signalée dans la collection du British Muséum que cite la
... Armons-nous, nous en avons le droit par la nature et même par la loi. Montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures ni en vertus, ni en courage ; montrons à l’Europe que les Françaises connaissent leurs droits et sont à la hauteur des lumières du xvme siècle en méprisant les préjugés qui, par cela seul qu’ils sont préjugés, sont absurdes, souvent immoraux, en ce qu’ils nous font un crime des vertus...
On va mettre en avant les aboyeurs, les folliculaires soudoyés, pour essayer de nous retenir en employant les armes du ridicule, de la calomnie, et tous les moyens bas que mettent ordinairement en usage les hommes vils pour étouffer les élans du patriotisme dans les âmes faibles. Mais, Françaises, actuellement que les progrès des lumières vous invitent à réfléchir, comparez ce que nous sommes avec ce
que nous devrions être dans l’ordre social Nous nous
armerons, parce qu’il est raisonnable que nous nous préparions à défendre nos droits, nos foyers, et que nous serions injustes à notre égard et responsables à la Patrie, si la pusillanimité que nous avons contractée dans l’esclavage avait encore assez d’empire pour nous empêcher de doubler nos forces... Vous ne pouvez douter que l’exemple de notre dévouement ne réveille dans l’âme des hommes les vertus publiques, les passions dévorantes de l’amour delà gloire et de la patrie...
Françaises ! je vous le répète encore, élevons-nous à la hauteur de nos destinées; brisons nos fers; il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps. Replaçons-nous au temps où les Gauloises et les fières Germaines délibéraient dans les assemblées publiques, combattaient à côté de leurs époux pour repousser les ennemis de la liberté. Françaises, le même
note précédente : French Révolution. Mais les Goncourt commirent une grosse erreur dans leurs réflexions sur cette pièce qu’ils eurent, d’ailleurs, le tort de ne pas publier intégralement. Selon eux, Théroigne voulut « la première faire sortir sou sexe du ménage pour le faire entrer dans la patrie». (Voir V Avant-propos et l’étude sur « Olympe de Gouges ».)
sang coule toujours dans nos veines; ce que nous avons fait à Versailles, les 5 et 6 octobre 1 , et dans plusieurs autres circonstances importantes et décisives, prouve que nous ne sommes pas étrangères aux sentiments magnanimes. Reprenons donc notre énergie ; car, si nous voulons conserver notre liberté, il faut que nous nous préparions à faire les choses les plus sublimes Citoyennes, pourquoi n'entre-
rions-nous pas en concurrence avec les hommes? Prétendent-ils seuls avoir des droits à la gloire ?... Nous aussi, nous voulons mériter une couronne civique et briguer l'honneur de mourir pour une liberté qui nous est peut-être plus chère qu’à eux, puisque les effets du despotisme s’appesantissaient encore plus durement sur nos têtes que sur les leurs...
Vous toutes qui m’entendez, armons-nous, allons nous exercer deux ou trois fois par semaine aux Champs-Elysées ou au Champ de la Fédération ; ouvrons une liste d’Amazones françaises, et que toutes celles qui aiment véritablement leur patrie viennent s’y inscrire; nous nous réunirons ensuite pour nous concerter sur les moyens d’organiser un bataillon à- l’instar de celui des élèves de la Patrie, des Vieillards ou du Bataillon sacré de Tlièbes...
Il est assez é tonnant que les Révolutions de Paris ne se soient pas occupées de ce discours. Elles avaient parlé de la pétition du 6 mars, bien entendu pour la blâmer. Elles avaient dit : « Ces bonnes citoyennes sont loin de penser que peut-être elles donnent dans un stratagème nouveau, mis en avant pour porter le trouble au sein des ménages paisibles et pour inspirer le dégoût des soins domestiques. Les femmes auraient pu adoucir le caractère dur que nos dissensions civiles font contracter aux hommes; et voilà qu’on insinue à
1. Ceci ne saurait se tourner contre la thèse du chapitre iv de cette étude. Théroigne disait : « Ce que nous avons fait », comme elle eût dit : « Ce que les femmes ont fait. »
celles-là le conseil de rivaliser ceux-ci. Il ne nous manquait plus que de mettre la confusion parmi les sexes et de les déplacer ». (N° du 10 mars). Et, certes, on conçoit l’etrarement de l’important journal quand on sait la campagne antiféministe qu’il avait menée — et que nous avons promis de faire connaître ici.
Dès février 1791, dans un véritable manifeste intitulé : De l'influence de la Révolution sur les femmes, il avait professé :
La liberté civile et politique est, pour ainsi dire, inutile aux femmes et par conséquent doit leur être étrangère. Destinées à passer toute leur vie renfermées sous le toit paternel ou dans la maison maritale, nées pour une dépendance perpétuelle depuis le premier instant de leur existence jusqu’à celui de leur trépas, elles n’ont été douées que de vertus privées. Le tumulte des camps, les orages de la place publique, les agitations des tribunaux ne conviennent point du tout au second sexe. Servir de société à sa mère, adoucir les soucis d’un époux, nourrir et soigner ses enfants, voilà les seules occupations et les véritables devoirs d’une femme. Une femme n'est bien, n’est à sa place que dans sa famille ou dans son ménage. De tout ce qui se passe hors de chez elle, elle ne doit savoir que ce que ses parents ou son mari jugent à propos de lui apprendre 1 .
C’était, dans sa brutalité d’égoïsme et d’orgueil, Y antiféminisme intégral , si l’on peut dire. Et cependant, par une première contradiction, d’ailleurs calomnieuse, l’auteur osait reprocher aux bourgeoises de n’avoir pas « su monter leurs organes au ton de la Révolution ». Par une contradiction analogue, et plus grave encore
1. Numéro 83. Article anonyme, comme presque tous ceux des Révolutions de Paris. Mais le journal de Prudhomme eut, dit-on, pour rédacteurs, après la mort deLoustallot, Sylyain Marécàa}, Fabre d’Eglaptine, gaiptonax et Chaumette,
peut-être, il prêchait : « Pour peu » que le « civisme » de tel ou tel « soit douteux », « que sa mère le repousse! que sa femme rougisse de porter son nom, et que sa fille baisse les yeux et n’ose l’avouer pour son père ! » Il s’écriait : « Citoyennes!... rassemblez-vous toutes au pied de l’autel de la patrie; et là, en présence de tous les citoyens, prononcez toutes le serment solennel de n’épouser jamais aucun aristocrate. » Enfin, par une nouvelle contradiction, celle-ci délirante, il voulait que le jour où « la république » serait en danger les femmes s’armassent « de torches incendiaires » afin de porter « la flamme » dans le palais des Tuileries, et qu’elles redoublassent « de fureur » si le territoire était envahi : alors elles devraient tout mettre en œuvre, « la bravoure et la ruse, le fer et le poison ». — « Corrompez les fontaines ! les vivres ! Que l’atmosphère soit chargée de semences de mort! »
Le mois suivant, abordant la question de la régence, les Révolutions de Paris déclaraient : « Les régences les plus funestes ont été celles des femmes » ; puis : « Il n’y a point de milieu : ou les femmes sont inhabiles à occuper la régence, ou il faut que nos mères, nos filles, nos épouses et nos sœurs viennent voter dans nos assemblées primaires », etc. Or c’est très justement que « nos femmes » sont absolument « privées du caractère politique » 1 . Un autre article, dans le
1. Un passage curieux est celui qui concerne Marie- Antoinette : « Serait-il prudent à la nation... que, si le roi venait à mourir, on fit choix tout justement d’une Autrichienne pour gouverner l’empire français?... » A cause de 1’ « Autrichienne », au contraire, des pamphlétaires royalistes furent en apparence plus libéraux que certains journalistes patriotes au point de vue féminin. Témoin ce vaudeville de Marchant, dans la Constitution cle 1791 en vaudevilles :
Aucune citoyenne,
Que mon cœur, que mon cœur a de peine!
mémo numéro (86), tançait des citoyennes qui avaient envoyé une Adresse au club des Cordeliers. « Nous ne nous avisons pas de vous donner des leçons pour apprendre à aimer vos enfants ; épargnez-vous la peine de venir dans nos clubs nous tracer les devoirs du citoyen. » Vers la fin de l’année 1791, le journal de Prudhomme demandait meme qu’on refusât aux femmes le droit de pétition. Et c’était l’occasion d’un nouveau manifeste : « Nous l’avons déjà dit, et nous sommes fâchés d’être obligés de le répéter. Chaque sexe a ses devoirs bien spécifiés... A chacun ses fonctions, ses habitudes, son genre de vie. » Les femmes sont •< des plantes bienfaitrices mais délicates, qui ne doivent point sortir de la terre et s’exposer aux orages de la publicité ». Elles « doivent être de la religion de leur famille et en adopter tous les principes politiques. . . Confiance entière, nous avons presque dit aveugle, de leur part, envers les hommes qui tiennent à elles par le cœur ou par les liens du sang ; voilà quelle doit être leur profession de foi et leur conduite1. » Le journaliste allait jusqu’à blâmer à demi les femmes ou filles d’artistes, dont plusieurs artistes elles-mêmes, qui, le 7 septembre 1789, s’étaient rendues à la Consti-
Aucune citoyenne Régente ne sera.
Je sais bien pour cela Quelle raison on a :
Pour exclure la reine,
Que mon cœur, que mon cœur a de peine! Pour exclure la reine Cet arrêt l’on porta.
Le Français si rjalant Aurait bien dû vraiment Pour belle et bonne reine,
Que mon cœur, que mon cœur a de peine! Décréter autrement.