‹ Les origines du féminisme contemporain; trois femmes de la Révolution; Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose LacombeChapitre 45 sur 69 · Numéro 124 (26 novembre · texte numérisé non relu

Numéro 124 (26 novembre

tuante pour y faire « à la patrie le don de leurs bijoux et le sacrifice de leurs parures ». Ces dames et demoiselles, — Moitte, Yien, Lagrenée jeune, Fragonard, David, Gérard, Yestier, etc., — « auraient dû peut-être faire ce présent sans sortir de leurs maisons et n’apprendre que par le récit de leurs époux ou de leurs parents l’agréable et utile sensation que produisit ce généreux mouvement ». Et comme elles avaient parlé dans leur discours à l’Assemblée des « romaines qui firent hommage de leurs bijoux au Sénat »4, les Révolutions de Paris proposaient pour modèle aux femmes patriotes « la fille de Caton et l’épouse de Brutus », Porcie. Celle-là « mettait son orgueil dans la discrétion et ne cherchait point à rivaliser de gloire avec ceux dont elle partageait le cœur et les destinées ». En apprenant la mort de Brutus, elle « sut encore se taire et mourir ». Aussi faut-il absolument désapprouver les citoyennes qui prêtèrent le serment civique. Les hommes sont les « représentants naturels » des femmes, leurs « légitimes chargés d’affaires ». — « Pouvonsnous avoir des intérêts séparés des vôtres?» concluait le sociologue vraiment simpliste, dans une apostrophe d’un virilisme ému et galant : « Gardiennes des mœurs, présidez à tous les détails de la vie ; abandonnez-nous les soins pénibles de l’ensemble ; et puissions-nous apporter dans nos institutions sociales le même ordre, la même économie, le même charme que vous savez si bien faire régner autour de vous... »

Mais certaines lectrices ne se sentirent pas convaincues; elles furent même choquées du passage qui défendait aux femmes d’avoir une opinion religieuse

1, Pisçoufs 4e M“e Moitte, présidente ,

THÉ R OIGNE DE MÉRICOCRT

personnelle. Elles écrivirent à Prudhomme, et le meme rédacteur qui avait eu l’idée de l’interdiction fit cette réponse :

La religion, telle qu’elle a toujours été, et telle qu’elle est encore, a pour base une métaphysique mystérieuse : c’est tout ce qu’un prêtre peut faire que de la comprendre assez pour en diriger le culte en connaissance de cause ; et l’on voudrait que les femmes en sondassent elles-mêmes les profondeurs, et ne s’en rapportassent pas à l’homme qui leur est cher pour fixer leur opinion dans une matière où Fénelon lui-même s’égare. Bon Dieu ! où en serions-nous si les femmes n’adoptaient pas de confiance la doctrine de leur père ou de leur mari ] .

La liberté de conscience ainsi refusée à une moitié du genre humain, l’étrange philosophe revenait à Porcie, qui « ne faisait point de livres », qui « ne raisonnait pas le culte établi, la forme de gouvernement constitué », etc... Puis, galant de nouveau : « C’est au cèdre de la montagne à braver les aquilons : la rose de nos jardins ne doit connaître que le zéphir. » Enfin, d’une telle conviction qu’il s’en permettait un grossier solécisme : « La nature n’a point fait les femmes pour réfléchir, mais bien pour aimer et pour Vêtre. »

Comment cette opinion n’eût-elle pas été celle de la majorité des citoyens? Et, par suite, comment l’entreprise, d’ailleurs excentrique de Théroigne, eut-elle pu aboutir? Nous lisons dans les Folies d’un mois 2 :

Tout le monde sait aujourd’hui que l’infâme Théroigne a échappé avec peine, jeudi dernier, au châtiment que le peuple

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