‹ Les origines du féminisme contemporain; trois femmes de la Révolution; Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose LacombeChapitre 55 sur 69 · Cité par Dauban, dans la Démagogie en 1793, p · texte numérisé non relu

Cité par Dauban, dans la Démagogie en 1793, p

Une héroïne de la Révolution a éprouvé avant-hier un petit échec sur la terrasse des F euillants. Mademoiselle Théroigne, dit-on, recrutait des femmes pour la faction Rolandine; malheureusement elle s’adressa aux dévotes de Robespierre et de Marat qui, ne voulant point grossir l’armée des Brissotins, se saisirent du recruteur femelle et le fustigèrent avec toute l’activité désirable. La garde arriva et arracha la victime à la fureur de ces indécentes furies. Marat même, qui vint à passer, prit la fustigée sous sa protection. C’est ainsi qu’elle échappa aux sœurs fouetteuses des tribunes. Sic transit gloria mundi.

Puis, dans les Révolutions de Paris du 18 :

Depuis plusieurs jours un certain nombre de femmes font la police dans le jardin des Tuileries et dans les corridors de la Convention nationale. Elles se chargent de la visite des cocardes, et arrêtent les gens qui leur paraissent suspects. Ce sont elles qui, mercredi 15 du courant, donnèrent le fouet à Théroigne en l’appelant Brissotine.

Le plus curieux de ces témoignages est celui qui fait intervenir Marat. Mais l’Ami du peuple était aussi celui de la Femme. Il y a un Marat féministe peu connu. Il faut, d’ailleurs, rapprocher de l’allégation du Courrier des départements une page des Mémoires de Bar ras, qui pourrait bien être un récit de la scène du 15 mai. Le lieu indiqué est, il est vrai, la section des Feuillants, et l’époque n’est pas précisée, et il n’est pas question de la flagellation de Théroigne, — on veut la pendre; — mais enfin, ayant dit au comité des Feuillants : <( Je la sauverai », Marat la prend par la main, paraît devant le peuple et s’écrie : « Citoyens, vous voulez attenter à la vie d’une femme! Allez-vous vous souiller d’un pareil crime? La loi seule a le droit de la frapper. Méprisez cette courtisane. Revenez, citoyens,

à votre dignité. » Ces paroles « apaisèrent le rassemblement. Marat profita de cet intervalle de calme pour enlever Mlle Théroigne et l’introduisit ensuite dans la salle de la Convention : il la sauva par cette démarche hardie 1 . »

Quant à la légende de la folie soudaine de Théroigne, on la trouve chez Lamartine : — « Ramassée dans la boue, jetée dans une loge d’aliénés », etc., — chez Michelet : — « Lâchée enfin, l’infortunée continua ses hurlements : elle avait perdu l’esprit » ; — en dernier lieu chez les Concourt. Malheureusement, si l’on veut, cette suite d’affirmations pittoresques ne repose sur aucun texte. Beaulieu raconte : « La misérable Méricourt fut bientôt après reléguée à l’hôpital des fous2. » Bientôt après ! non pas le jour même. Et, quand Dulaure assure : « Cet affront lui fut si sensible... que ses facultés intellectuelles en furent altérées », il prétend seulement donner la cause d’un fait qui, en réalité, eut plus d’une cause.

ARRESTATION ET DÉTENTION DE THÉROIGNE (l79i)

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