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frère, des papiers emportés de chez elle le 9 messidor an II et qu’on avaitlaissés sous scellés. On ne trouva rien de suspect. Même, sur sa demande, — elle n’était donc pas encore absolument folle, — les papiers furent remis à Joseph Terwagne. Chez elle, il est vrai, on ne leva les scellés que le 26 germinal an III (15 avril 1795); mais le procès-verbal de cette levée des scellés ny mentionne pas sa présence, et l’on peut croire qu’à cette date l’infortunée avait été confiée à son frère. Le certain, c’est qu’elle ne sortit pas de la maison d’arrêt de la section Le Peletier avant le 11 décembre 1794 : car, à côté du nom de « Terwagne », sur une petite pièce du dossier des Archives, qui dit : « Mise en liberté sous la responsabilité de son frère », il y a : « Section de la Butte-des-Moulins », et c’est le 21 frimaire, an III (11 décembre 1794), que la section de la Montagne reprit son ancien nom de Butte-des-Moulins.
Le 8 thermidor an III (26 juillet 1795), « veille de l’anniversaire de la chute du tyran » ( Robespierre ), Courtois lisait à la Convention un Rapport fait au nom des Comités de salut public et de sûreté générale sur les événements du 9 thermidor an IL Un passage de ce rapport était consacré à l’cx-amazone. Courtois racontait que le comité de la section Le Peletier avait envoyé au Comité de sûreté générale, le 16 thermidor an II, une lettre écrite le 8 par «la fameuse Théroigne » à Saint- Just. « Les membres du Comité, disait-il, croyaient y trouver des preuves de conspiration; on n’y trouva réellement que des preuves de folie. » Et il donnait cette lettre, du reste en la tronquant et l’altérant. Il ajou tait : « La citoyenne Théroigne, que je n’ai nommée fameuse qu’à raison de la part active qu’elle a prise à la Révolution, et de la célébrité que lui ont donnée sa
captivité chez l’empereur et le rôle qu’elle a joué depuis, est maintenant dans une maison de folles , au faubourg Marceau. Dans un de ses moments lucides, elle appela dernièrement , de sa fenêtre, un voisin qu’elle pria de s’intéresser pour elle, afin qu’elle sortit de cette demeure gênante. Le voisin craignit qu’elle ne fût effectivement victime, comme elle le disait, d’une trame perfide; il s’intéressa à son sort, vint au Comité de sûreté générale parler en sa faveur ; mais les informations apprirent que son esprit aliéné était la seule cause de sa détention ; et les démarches du voisin officieux et humain auprès du Comité de sûreté générale, qu’il trouva bien disposé, n’eurent, par cette seule raison, aucun succès. » (P. 132) L Joseph Terwagne avait donc été obligé en 1795 de la placer dans une maison de santé. Mais voici, textuellement, l’étrange, la douloureuse lettre à Saint-Just1 2 :
Citoyen Saint-Just, je suis toujours en arrestation. J’ai perdu un temps précieux. Je vous ai écrit pour vous prier de m’envoyer deux cents livres et de venir me voir; je n’ai reçu aucune réponse. Je ne sais pas beaucoup de gré aux patriotes de me laisser ici, dénuée de tout. Il me paraît qu’il ne devrait pas leur être indifférent que je sois sans rien faire. Je vous ai envoyé une lettre où je dis que c’est moi qui ai dit que j’ai eu des amis jusque dans le palais de l’empereur, que j’ai été injuste à l’égard du citoyen Bosque, mais que j’en suis fâchée. On m’a dit que j’avais oublié de signer cette lettre, c’est défaut d’attention. Je serais bien charmée de
1. Nous avons souligné certains mots parce que M. Marcellin Pellet, s’appuyant sur ce texte sans le citer, a voulu que Théroigne fût déjà dans la maison de santé du faubourg Saint-Marceau quand elle écrivit à Saint-Just. Sans connaître le dossier des Archives, le distingué biographe aurait pu s’épargner cette erreur en songeant à la date du rapport.
Catalogue de la collection Benjamin Fillon (1877).
vous voir un instant. Si vous ne pouvez venir où je suis, si votre temps ne vous le permet point, ne pourrai-je point me faire accompagner jusque chez vous ? J’ai mille choses à vous dire. Il faut établir l’imion ; il faut que je puisse développer tous mes projets, continuer d’écrire ce que j’écrivais. J’ai de grandes choses à dire. Je puis vous assurer que j’ai fait des progrès. Je n’ai ni papier, ni lumière, ni rien ; mais quand môme il faut que je sois libre pour pouvoir écrire; il m’est impossible de rien faire ici. Mon séjour m’y a instruite, mais si j’y restais plus longtemps, si je restais plus longtemps sans rien faire, sans rien publier, j’avilirais les patriotes et la couronne civique. Vous savez qu’il a été également question de vous et de moi, et que les signes d’union demandent des effets. Il faut beaucoup de bons écrits qui donnent une bonne impulsion. Vous connaissez mes principes. Je suis fâchée de n’avoir jamais pu vous parler avant mon arrestation. Je me suis présentée chez vous. On me dit que vous étiez déménagé. Il faut espérer que les patriotes ne me laisseront pas victime de l’intrigue. Je puis encore tout réparer si vous me secondez. Mais il faut que je sois où je serai respectée, car on ne néglige aucun moyen de m’avilir. Je vous ai déjà parlé de mon projet. En attendant que cela soit arrangé, que j’aie trouvé une maison où je serai à l’abri de l’intrigue, où je serai dignement entourée de la vertu, je demande qu’on me remette chez moi.
Je vous serais mille fois obligée de me prêter deux cents livres.
Adieu.
Théroigne.
En la plaçant au faubourg Saint-Marceau, Joseph Terwagne avait voulu que la malade fût près de lui, puisqu’il habitait rue Groulebarbe. L’ancien apprenti peintre du voyage en Italie avait abandonné la peinture. Une pièce du dossier des Archives le dit « entrepreneur de la blancherie de toile du Clos-Payen ». (Section du Finistère, ci-devant section des Gobelins).
Mais, à partir de 1795, on ie perd de vue1. On retrouve Théroigne en 1797 à LHôtel-Dicu. Villiers l’y vit cette année-là : « Réellement, sa raison était aliénée. Les mots liberté nivellement , sortaient souvent de sa bouche. » Le 9 décembre 1799 (18 frimaire an VIII), elle fut transférée à la Salpêtrière; puis, le 11 janvier 1800 (21 nivôse an VIII), aux Petites-Maisons2, où elle resta jusqu’à son retour à la Salpêtrière (7 décembre 1807, comme on sait).