EXPLICATION DE SA FOLIE CONCLUSION
C’est dans le chapitre des Maladies mentales intitulé : de la Lypémanie ou mélancolie , que se trouve Y « observation » d’Esquirol :
A son arrivée, elle était très agitée, injuriant, menaçant tout le monde, ne parlant que de liberté, de comités de salut public, révolutionnaire, etc., accusant tous ceux qui l’approchaient d’être des modérés, des royalistes, etc.
1. Faut-il rappeler que M. Demarteau a donné la date de sa mort: 1850?
2. Les Goncourt ont publié le document suivant, du 16 nivôse, extrait des archives des hospices civils de Paris : « La Commission (des Hospices), informée de la translation de la citoyenne Théroigne du Grand hospice ( Hôtel-Dieu ) dans la Maison nationale des femmes ( Salpêtrière ) d’après la connaissance acquise de sa situation malheureuse dans cette dernière maison, et par des considérations particulières, arrête que cette citoyenne sera transférée de la Maison nationale des femmes dans celle des Petites-Maisons pour y occuper le premier lit vacant dans les infirmeries. »
TfcOIS FEMMES DE LA RÉVOLUTION
Eli 1808, un grand personnage, qui avait figuré comme chef de parti, vint à la Salpêtrière. Téroenne le reconnut, se souleva de dessus la paille de son lit sur laquelle elle restait couchée et accabla d’injures le visiteur, l’accusant d’avoir abandonné le parti populaire d’être un modéré, dont un arrêté du Comité de salut public devait faire bientôt justice ] .
En 1810, elle devint plus calme et tomba dans un état de démence qui laissait voir les traces de ses premières idées dominantes.
Téroenne ne veut supporter aucun vêtement, pas même de chemise. Tous les jours, matin et soir, et plusieurs fois le jour, elle inonde son lit, ou mieux la paille du son lit, avec plusieurs seaux d’eau, se couche et se recouvre de son drap en été, et de son drap et de sa couverture en hiver. Elle se plaît à se promener nu-pieds dans sa cellule dallée en pierre et inondée d’eau.
Le froid rigoureux ne change rien à ce régime. Jamais on n’a pu la faire coucher avec une chemise, ni prendre une seconde couverture. Dans les trois dernières années de sa vie, on lui donna une très grande robe de chambre dont elle ne se servait presque jamais. Lorsqu’il gèle et qu’elle ne peut avoir de l’eau en abondance, elle brise la glace et prend l’eau qui est au dessous pour se mouiller le corps, particulièrement les pieds.
Quoique dans une cellule petite, sombre, très humide et
1. M. Marcellin Pellet a supposé que ce personnage était peut-être Regnaud de Saint-Jean-d’Angely. Le fait est qu’en 1808 (le 21 mars) Regnaud de Saint-Jean-d’Angely, secrétaire d’Etat de la famille impériale, écrivit au préfet du département de l’Ourthe :
« Monsieur, je vous prie de vouloir bien vous faire informer à Méricourt, situé près de Liège, de la famille de Mlie Théroigne.
« Elle a de la fortune et ses parents la laissent à l’hôpital sans ressource et dans l’état le plus déplorable.
« Je vous prie de faire prendre sur les biens que possédait et que possède MUe Théroigne les plus prompts et les plus précis renseignements que vous pourrez.
« On croit que cette malheureuse a été dépouillée. »
Mais Esquirol n’eût pas dit de l’ancien constituant et journaliste Regnaud qu’il « avait figuré comme chef de parti ». Peut-être le visiteur fut-il Sieyès.