LA CITOYENNE LACOMRE JUSQU’A SON ARRESTATION
Le 1er avril 1791, à propos de la fondation de la Société fes Amies de la véritè , le Patriote français disait : « Des clubs patriotiques de citoyennes se sont formés à Bordeaux, Alais et Nantes. Paris méritait bien de posséder une institution aussi utile. » Sur le club des citoyennes de Nantes et sur celui des citoyennes d’Alais, nous n’avons pas fait de recherches, et nous ne connaissons celui de Bordeaux que par les indications trop rapides d’un ouvrage de vulgarisation :
ROSE LACOMBË
Histoire de Bordeaux, par M. Henri Gradis (1888); mais enfin, voilà dès le commencement de 1791 trois Sociétés populaires de femmes sur trois points très différents du territoire, et deux appartiennent à une grande ville. La Société de Bordeaux manifeste, en juin 1791, en l’honneur de l’évcque constitutionnel; le mois suivant, elle prend part à la fête du second anniversaire de la reddition de la Bastille; en 1793, elle applaudit à la condamnation et à l’exécution de Louis XVI.
Non loin de Paris, à Creil, il y avait également un club de citoyennes, fondé, semble-t-il, vers la lin de 1790. D’accord avec la municipalité, ces citoyennes, qui étaient des amazones, formant une compagnie de la garde nationale de Creil, décernèrent à Palm d’Aelders, le 8 février 1791, le titre de membre honoraire de cette garde nationale, avec la cocarde et la médaille. « Heureuses citoyennes de Creil, s’écria la Hollandaise dans son discours de remerciement, quel droit n’ont pas à votre reconnaissance les sages magistrats qui vous gouvernent, ces hommes éclairés qui osent fouler aux pieds ces préjugés, enfants de l’ignorance, dont on se plaisait à nous environner pour nous entretenir dans une oisive et humiliante nullité. » Parlant ensuite de la médaille, ce sera, proclamait-elle, « l’épée d’honneur qui couvrira mon cercueil ». Il est curieuxqu’à Bordeaux comme à Creil la municipalité ait encouragé et dirigé le mouvement féministe naissant. On verra qu’il en fut de même à Lyon et à Dijon. Mais nous devons signaler immédiatement la toute contraire attitude de la municipalité de Pau. « On aura peine à croire que ces respectables amazones ( de Pau), disait le Courrier des 83 départements, le 13 septembre 1791, soient en guerre ouverte avec la municipalité. Bien n’est plus
vrai cependant. Nous sommes encore obligés de dire que la raison n’est pas du côté des sénateurs. » Les amazones de Pau s’appelaient les Amies de la Constitution. — Palm d’Aelders conçut ou du moins exposa (23 mars 1791) le projet d’une fédération nationale de Sociétés de femmes ou de Sociétés fraternelles, qui aurait eu pour centre le Cercle social, fondé, comme on sait, par Fauchet. L’idée d’un lien à établir entre des clubs féminins ou mixtes avait, d’ailleurs, été émise un peu auparavant par une Société féminine de l’Ailier, et portée à la connaissance du public parisien par le journal de Mercier et de Carra, les Annales patriotiques et littéraires de la France , qui disaient, le 2 février : « Les Amies de la Constitution à Cusset,... ces mêmes dames qui prêtèrent en corps le serment civique du 14 juillet 1790 viennent de se former en club et de déterminer les travaux auxquels leur loisir leur permettra de se livrer, soit pour correspondre avec les Sociétés du même genre , soit pour s’occuper de l’éducation nationale des enfants. » Ce qu’il faudrait savoir, c’est combien il y eut, en province, de Sociétés toutes féminines, et combien aussi de Sociétés des deux sexes, analogues à celles de Paris.
Les premières seulement intéressent ce travail. Nous ajouterons néanmoins à ce qui précède que plusieurs grandes Sociétés populaires, dans les départements, admirent les femmes. Ainsi la Société populaire de Lille et le club central de Lyon. La « belle tentative révolutionnaire d’association fraternelle de l’homme et de la femme », dont parle M. Aulard dans une étude sur le Féminisme pendant la Révolution 1 , fut provin-