Bib. nat., Lb
ROSE LA COMBE
1er. Des tribunes, dit le Moniteur , « on crie : Bas le bonnet rouge des femmes !... Le président se couvre » ; puis, le procureur de la Commune, Chaumette, prend la parole, et refait à sa manière, en sanglier sensible, le rapport d’Amar. Nous avons cité, au début de notre étude sur Olympe de Gouges, un passage de ce réquisitoire, second manifeste officiel de l’antiféminisme montagnard dogmatique. Mais voici comment Chaumette s’attendrissait, en faisant parler la nature : « Elle a dit à la femme : Sois femme ; les tendres soins dus à l’enfance, les détails du ménage, les douces inquiétudes de la maternité, voilà tes travaux; mais tes occupations assidues méritent une récompense : eh bien ! tu l’auras, tu seras la divinité du sanctuaire domestique, tu régneras sur tout ce qui t’entoure par le charme invincible des grâces et de la vertu. » Quant à la Société dissoute des Républicaines révolutionnaires, il ne la nommait point, mais il rappelait l’émeute qui avait motivé le décret de la Convention; et il accusait les « viragos » contre lesquelles les poissardes s’étaient insurgées d’avoir été « payées par les puissances étrangères ». Le plus grave, c’est qu’il terminait en demandant au Conseil de ne plus recevoir « de députation de femmes », et que cette proposition fut adoptée.
La veille, un ancien admirateur de Théroigne, Dufourny, avait dit, aux Jacobins : « Une femme est un vêtement ( pour son marï). » Qu’est-ce qu’un vêtement peut bien avoir à faire en politique? Saint-Just écrira dans ses Institutions qu’il faut que les femmes soient « l’ornement des fêtes nationales ». Et c’est tout le rôle, etfectivement, que leur qualité de parure vivante pourrait leur assigner dans la Cité, si le mot de Dufourny n’était pas stupide. C’est tout le rôle, aussi bien, qui, dès
la fin de 1793, leur fut laissé par la Révolution, — avec le droit de monter à l’échafaud, qu’on ne leur mesura point avarement.
Entre le décret du 30 octobre et la séance de la Commune rendue mémorable par le discours de Chaumette, ce rôle civico-ornemental de la femme avait même reçu un éclat nouveau. Le 20 brumaire (10 novembre), dans la fête de la Raison, célébrée à Notre-Dame, une artiste de l’Opéra avait été déesse. Elle avait figuré la Liberté. A ce propos, du reste, on peut se demander siLacombe, en quelque autre église de Paris, ne joua pas le même personnage, car, selon Choudieu, elle représenta dans « les fêtes publiques la déesse de la Liberté ».
Le mot de Choudieu laissé de côté, l’histoire ne la retrouve pas avant le 13 germinal (2 avril 1794), jour où le Comité de sûreté générale donna l’ordre de l’arrêter et de l’incarcérer à Sainte-Pélagie. Elle était à la veille de rentrer au théâtre. Elle avait un engagement pour Dunkerque.
Jeu singulier du hasard : Leclerc fut arrêté le même jour qu’elle, avec Pauline Léon, devenue femme Leclerc. Seconde coïncidence d’une ironie encore plus curieuse : c’est aussi à Sainte-Pélagie que le couple était envoyé. — On l’y refusa « faute de place », et il fut écroué au Luxembourg. (Arch. nat., F7 4774°).
Nous n’avons pu découvrir la date du mariage de Leclerc. Mais Lex-journaliste avait quitté Paris avant la fin de 1793. Ayant renoncé à la politique, il s’était enrôlé dans le bataillon de la réquisition de la section de Marat, puis, le 30 frimaire an II (20décembrc 1793), il avait été incorporé dans la 17e division, dite de l’Oise. 11 était en garnison à La Fèrc quand le Comité de sûreté
générale ordonna de l’arrêter. Sa femme s’y trouvait avec lui bien qu’elle fût « fabricante de chocolat » à Paris. [Ibid.).
Quanta Jacques Roux, renvoyé par le tribunal de police correctionnelle au tribunal révolutionnaire, il s’était frappé de cinq coups de couteau le 25 nivôse an II (14 janvier 1794) ; transporté à l’infirmerie de Bicêtre, il s’y frappa encore et mourut le 22 pluviôse (10 février). On avait mêlé contre lui aux accusations politiques une accusation de vol. Ce vol n’était nullement prouvé. Mais le malheureux vit bien qu’on ne chargeait pas seulement le tribunal révolutionnaire de le condamner à mort; qu’on voulait surtout déshonorer sa mémoire : c’est pourquoi il mit une énergie farouche à devancer le bourreau.
En sa personne avait péri la dernière protestation vivante du parti mort des Enragés.
Du moins il ne restait plus que l'espèce d’illuminé Yarlet.