‹ Les origines du féminisme contemporain; trois femmes de la Révolution; Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose LacombeChapitre 7 sur 69 · OLYMPE ET LES SOCIÉTÉS DE FEMMES. — SON FÉMINISME · texte numérisé non relu

OLYMPE ET LES SOCIÉTÉS DE FEMMES. — SON FÉMINISME

Un problème se pose. Le Bulletin du Tribunal révolutionnaire assure qu’au nombre de ses services patriotiques elle plaça l’honneur d’avoir fondé les premières Sociétés de femmes.

L’affirmation du Bulletin devait faire fortune. Desessarts la recueille ; puis des faiseurs de diction-

naires, notamment une dame Fortunée Briquet, dans un Dictionnaire historique des Françaises (1804). Le Dictionnaire de la Conversation accusera meme l’antijacobine Olympe d’avoir été « l’organisatrice et l’âme d’une société de mégères » jacobines, qui fut «le noyau des tricoteuses ».

C’était bien la peine d’avoir tant insulté Robespierre.

Lairtullier veut aussi qu’elle ait créé des clubs de femmes ; et on dirait qu’il l’entend parler, tellement il s’échauffe à l’applaudir. En réalité, il applaudissait comme un sourd. — La légende arriva ainsi à Michelet, qui la consacra.

Sans doute, il y a la phrase de Chaumette, citée au début de ce travail. Mais c’est la preuve simplement que le procureur de la Commune avait lu le Bulletin.

Les clubs fondés par Olympe l’auraient été, selon Michelet, « vers 1790 et 1791 »; et le fait est qu’en 1790 et 1791 il se forma des Sociétés, non exclusivement féminines mais fraternelles , dont la première fut celle qui s’établit aux Jacobins. Mais ce n’est pas Olympe, ni d’ailleurs une autre femme qui fonda cette Société fraternelle de 'patriotes de F un et de Vautre sexe ; c’est un maître de pension, Claude Dansard. Et, même, Olympe ne semble pas avoir jamais été membre de cette Société, non plus que d’aucune autre du même genre ( Société fraternelle des deux sexes de Sainte-Geneviève , Société fraternelle des Halles , Société fraternelle des Minimes , etc.). On n’a pas, il est vrai, les registres des délibérations de ces sociétés ; mais les documents que l’on possède, imprimés et manuscrits, relatifs à leurs actes — sans compter ce qu’on peut recueillir dans les journaux, dans les Mémoires, etc. — permettent de supposer, quoique peu nombreux, qu’Olympe de Gouges dédai-

gna de participer à ce mouvement fraternel. Il ne semble pas davantage qu’elle se soit fait inscrire au Cercle social, fondé par l’abbé Fauchet (octobre 1790), où les femmes étaient admises et qui retentit, dès novembre, des premières revendications féministes portées à une tribune. — L’orateur, sans doute, était un homme, Rousseau, «jeune élégant », dit le voyageur allemand Halem, et « il ne put arriver au bout, sa gesticulation théâtrale et son long exorde plein de fades flatteries » ayant rebuté la partie masculine de l’auditoire; mais les femmes l’applaudirent « bruyamment » et lui témoignèrent « un tel intérêt que quelques-unes montèrent à la tribune » pour reprocher aux hommes leur impolitesse. Si Olympe avait été de ces femmes, on le saurait par elle ; et, du reste, si elle avait fréquenté au Cercle social, elle n’aurait pas laissé prendre le rôle de défenseur du féminisme , après ce Rousseau, à la Hollandaise Ella Palm, née Aelders, ou d’Aelders, qui fut, en effet, plusieurs fois, en 1790 et 1791, l’avocat écouté des droits de la femme dans ce club du Palais-Royal. Du moins, elle aurait parlé, elle aussi, et, comme ceux d’EttaPalm, on aurait ses discours. En supposant même qu’ils eussent péri, il s’en trouverait des échos dans le journal de Fauchet, la Bouche de fer, et peut-être dans d’autres journaux.

Une phrase malvenue de Desessarts explique l’hallucination enthousiaste de l’ouïe dont Lairtullier fut victime. « Elle avait l’ambition de rivaliser à la tribune avec les plus célèbres orateurs de l’Assemblée constituante », dit Desessarts, et Lairtullier comprend et traduit que, dans les sociétés fondées par elle, « dans les autres clubs, et souvent même à l’Assemblée nationale », elle s’éleva « à la hauteur des plus grands maîtres de la parole ». —

« Dans les autres clubs » ! pas un où l’on puisse croire qu elle ait parlé. « A l’Assemblée nationale » ! elle ne parut point à la barre de la Constituante, mais seulement à celle de la Législative, le 20 mai 1792, comme on sait, et une seconde fois , peut-être, le 13 septembre suivant, pour présenter « un vieillard délivré des cachots de Bicêtre », où il avait été injustement enfermé. Peutêtre , disons-nous, parce que le paragraphe du procèsverbal de la séance relatant le fait est ambigu, en ce sens qu’il s’appliquerait presque aussi bien à une «pétition » adressée à l’Assemblée et lue par un secrétaire qu’à une « pétition » lue à la barre. Puis, si Olympe était naturellement éloquente, si elle se défendit admirablement au tribunal révolutionnaire, elle écrivait cependant à son fils, le 3 novembre : Moi, qui n’ai pas « l’art de parler en public » et qui ressemble à Jean-Jacques par là comme « par ses vertus » ! Et c’est la preuve que, si cette autre affirmation de Desessarts est exacte : qu’elle étonna souvent « ses auditeurs par l’énergie de son éloquence et la fécondité de ses pensées », ces succès furent de salon, non pas de tribune. Enfin, si l’on voulait quand même qu’elle pût avoir fondé quelque Société de femmes, dont il ne serait pas demeuré trace, nous répondrions qu’il y en aurait trace au moins dans son œuvre.

Est-ce que son histoire pendant la Révolution n’est pas tout entière dans ses brochures patriotiques? Jamais écrivain n’a eu l’art de se raconter davantage, ne se mit en scène avec une telle intempérance de personnalité, en s’occupant de questions d’intérêt général. Jamais, à parler net, plus beau cas d’hypertrophie du « moi » en des écrits politiques et sociaux. C’est un long panégyrique brisé, mais repris sans cesse, ces brochures, qui,

réunies, pourraient s’intituler: Mon génie, par Olympe de Gouges. Et l’on voudrait que nulle part, meme en quelques lignes, elle ne se fût glorifiée d’une création aussi curieuse que celle qu’on lui prête ! Nous sommes bien tranquille. Cette malade de l'auto-idolâtrie n’a rien laissé à découvrir dont elle eût pu se faire honneur.

Le seul jour, du moins, où l’on comprendrait qu’elle ne se fût pas vantée de l’intéressante initiative, est ce 2 novembre 1793, où, devant le tribunal révolutionnaire, — s’il fallait accepter la tradition, — elle s’en serait applaudie pour la première fois. Car, le 30 octobre, la Convention avait décrété : « Les Clubs et les Sociétés populaires de femmes, sous quelque dénomination que ce soit, sont défendus. »

Olympe pouvait ignorer un décret si récent? Mettons. Mais, contre la légende, il suffit de notre premier argument.

Ce qui ne veut pas dire qu elle n’eut pas, un moment, son petit cercle de femmes patriotes. Les quelques dames dont elle fut l’orateur à la barre de la Législative, le 20 mai 1792, et le chef dans la pompe funèbre du 3 juin et le 14 juillet suivant, se réunirent plus d’une fois chez elle, c’est probable. Mais, si elle rêva de faire sortir un club de ces réunions, là encore elle fut déçue.

Elle n’avait pas l’esprit organisateur. Son échec au 3 juin, précisément, dénonce en elle ce manque. C’était une agitée, non pas une femme d'action.

On ne la voit réaliser ni le projet qu'elle avait eu en 1789 de fonder un journal, ni celui qu’elle eut plus tard de créer un bataillon d’amazones.

Car, devançant Théroigne de Méricourt, elle s’était écriée en 1791 : « Je veux former une légion de femmes ».

Dès cette époque, elle reprochait à la Révolution de n’avoir rien fait pour la Femme. Et sans doute elle avait un peu tort, car la Constituante fit quelque chose en abolissant les vœux monastiques perpétuels et surtout en établissant le partage égal des biens ; mais une femme écrivain de ce siècle, Daniel Stern, ayant rendu cette justice à la Constituante et rappelé aussi que la Législative décréta le divorce, a pu trop justement ajouter : « Ces questions de partage égal, de vœu perpétuel et de liens indissolubles ne touchaient point la filJe du peuple... Les idées qui intéressent la généralité des femmes et leurs droits dans toutes les situations sociales » laissèrent la Révolution indifférente, ou se heurtèrent à une hostilité brutale et invincible. Olympe, d’ailleurs, n’avait pas méconnu l’importance relative de l’abolition des vœux monastiques perpétuels, puisqu’elle dicta le drame : le Couvent ou les Vœux forcés , qui fut joué en octobre 1790. Mais ce qui la remplissait d’amertume, ce qu’elle voulait dire quand elle gémissait : « O mon pauvre sexe, ô femmes, qui n’avez rien acquis dans cette révolution... », c’est que, politiquement, la Femme n’y avait rien gagné. On pourrait môme soutenir qu’elle y avait perdu. Le Règlement royal du 24 janvier 1789, pour l’élection des députés aux Etats généraux, ne donnait-il pas le droit de vote à plusieurs catégories de privilégiées? On l’ignore trop : des femmes, des filles — dont celles des « chapitres et communautés de filles », et celles qui faisaient partie des « corps et communautés ecclé- « siastiques rentés, réguliers, des deux sexes » — concoururent aux opérations électorales. » Les articles IX, XI et XX du Règlement seraient à en détacher pour une histoire de la Femme pendant la Révo-

lution ; le plus remarquable est l’article XX : « Les femmes possédant divisément, les Filles et les veuves, ainsi que les mineures jouissant de la noblesse, pourvu que lesdites femmes, filles, veuves et mineures possèdent des fiefs, pourront se faire représenter par des procureurs pris dans l’ordre de la noblesse. » Et, à coup sûr, ce droit de vote tout aristocratique devait être supprimé par la Révolution, mais non comme droit, comme privilège. Autrement dit, il fallait commencer à le démocratiser. Il fallait l’étendre, créer dans le Tiers des milliers et des milliers de femmes électeurs, et préparer ainsi à l’idée d’un suffrage réellement universel. La Révolution naissante avait séduit la Femme, l’avait enivrée; il s’agissait de la fixer, de la lier, et les seuls liens politiques durables ne sont-ils pas ceux de l’intérêt tout ensemble et de la dignité? Mais la Révolution eut peur très vite de la Femme ; surtout elle fut hypnotisée en quelque sorte, et chaque jour davantage jusqu’au 10 août, par l’image de sa grande ennemie, la reine; et cela fit que la Constituante n’exclut pas les femmes de la couronne seulement, mais de la régence même. Elle remit bien le dépôt de la Constitution à la vigilance des épouses et des mères ; mais, la Femme restant hors la Cité, cet hommage a presque l’air d’une ironie.

L’indignation ou l’affliction d’Olympe s’explique d’autant mieux que son féminisme, comme on dit aujourd'hui, ne souffrait pas de réserves. C’était un féminisme absolu. Il ne demandait pas des droits , mais la totalité du droit pour l’universalité des femmes.

En 1787, Condorcet, le premier, avait ainsi posé intégralement la revendication. « N’est-cc pas, écrivaitil, en qualité d’êtres sensibles, capables de raison, ayant

des idées morales, que les hommes ont des droits? Les femmes doivent donc avoir absolument les mêmes. (. Lettres d'un bourgeois de New-Haven à un citoyen de Virginie. Lettre II).

L’année suivante, il y revenait. ( Essai sur la constitution et les fonctions des Assemblées provinciales). Il y revenait encore, avec une force nouvelle, en juillet 1790, dans un article Sur V admission des femmes au droit de cité , que publia le Journal de la Société de 1789 et qui renferme cette double formule, de précision définitive : « Ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritables droits, ou tous ont les mêmes; et celui qui vote contre les droits d’un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens. »

Mais il faut dire que de ce principe il descendit jusqu’à n’accorder le « droit de cité » — ou droit de suffrage — qu’aux femmes propriétaires. On lit dans YEssai : « D’après le Règlement provisoire donné aux Assemblées provinciales, les femmes propriétaires d’une seigneurie ont été admises à jouir des mêmes droits que les seigneurs, en les faisant exercer par les représentants; mais celles qui n’ont qu’une propriété territoriale ne partagent point cet avantage; de manière qu’on fait dépendre le droit de cité pour elles, non de la qualité de propriétaires, mais de la nature de leurs propriétés : distinction qui paraîtrait absurde, si les antiques idées féodales n’avaient familiarisé avec elle. » Puis, dans l’article de 1790 : « Plusieurs de nos députés nobles doivent à des dames l’honneur de siéger parmi les représentants de la nation. Pourquoi, au lieu d’ôter ce droit aux femmes propriétaires de fiefs, ne pas l’étendre à toutes celles qui ont des propriétés? » Donc

OLYMPE DE GOL’GES

il s’agit seulement de communiquer à la propriété féminine bourgeoise la vertu politique du fief féminin. A un privilège féodal Condorcet substitue un privilège censitaire plus large, voilà tout. Et il ne se croit pas inconséquent, ne demandant pas plus pour les hommes que pour les femmes, ayant professé dans Y Essai : « On doit regarder les propriétaires comme étant seuls les véritables citoyens. »

En un mot, son tort fut de n’être pas encore devenu démocrate en 1790 ; cela condamna son féminisme à se trahir, même à cette date, pour rester bourgeois.

Il est vrai que les Constituants ne furent pas plus logiques à l’égard de l’homme que Condorcet à l’égard des deux sexes. Ayant déclaré tous les hommes égaux en droits, n’exclurent-ils pas du droit de cité, sous le nom de citoyens passifs , tous les pauvres? Mais, par suite, il est probable que, s’ils avaient admis à ce droit de cité, selon le vœu de Condorcet, les femmes propriétaires, il serait arrivé pour la femme ce qui arriva pour l’homme : le jour où le suffrage universel remplaça pour celui-ci le suffrage censitaire (10 août 1792), il l’aurait également remplacé pour celle-là. Enfin les restrictions politiques du philosophe féministe doivent disparaître, après avoir été signalées, devant la grandeur initiale de la thèse. Cela seul doit compter finalement pour l’historien.

Le féminisme d’Olympe n’en a pas moins la supériorité de ne s’être point trahi politiquement. Nous sommes d’ailleurs persuadé qu’elle ignora les pages de Condorcet. Elle l’aurait, dans quelque brochure, félicité et blâmé, si elle les avait connues.

Quant aux discours d’Etta-Paim au Cercle social, ils furent sans doute imprimés l’un après l’autre, puis

réunis dans une brochure qui parut en septembre 1791, sous ce titre : Appel aux Françaises sur la régénération des mœurs et nécessité de V influence des femmes dans un gouvernement libre ; mais, Olympe les eût-elles lus, il n’importerait guère. Aucun de ces discours, pourtant curieux, n’a réellement l’importance d’un manifeste1.

D’autre part, nous savons bien que, dans les premiers mois de 1789, il y eut un commencement d’agitation féministe. Tournée en ridicule dans certains pamphlets, la question des droits de la femme en suscita de fort sérieux. ( Requête des femmes pour leur admission aux États généraux , Protestation des dames françaises contre la tenue des États prétendus généraux , De V influence des femmes dans l' ordre civil et politique, etc...). Mais un des rares historiens qui se soient occupés de ces manifestations écrites d’une idée de justice universelle, d’égalité véritablement humaine , M. Chassin, estime que « le branle » fut donné par les Remarques patriotiques d’Olympe de Gouges; il voulait dire : par le Bonheur primitif de V homme ou les Rêveries patriotiques , où elle s’écriait : « Ce sexe trop faible et trop longtemps opprimé est prêt à secouer le joug d’un esclavage honteux. Je me mets à la tête ». Il n’y avait pas de féminisme, à

1. Nous n’avions pas à parler ici du célèbre ouvrage féministe de Mary Wollstonecraft : A vindicalion of the Rigths of Woman; car, s’il fut immédiatement traduit en français ( Revendication des droits de la femme), il ne parut qu’en 1792. Sur Mary Wollstonecraft, qui vint à Paris en 1792 précisément, et qui aurait voulu prendre à la Révolution une part active, consulter Shelley , sa vie et ses œuvres , par Félix Rabbe, et lire une étude de M. Charles Morice dans la Grande Revue du 1er mars 1899. On sait que la seconde fille de Mary Wollstonecraft, Mary Godwin, devint la femme de Shelley. Quant à l’auleur des Rights of Woman , elle était née en 1759 ; elle mourut à trente-huit ans, en 1797, quelques jours après la naissance de Mary Godwin. Elle était belle, d'une « beauté sérieuse, imposante » ( Southey ), avec des yeux noirs d'une étonnante lumière. Ses Droits de la Femme sont encore à lire.

proprement parler, dans les Remarques 'patriotiques; mais il y en avait déjà dans la Lettre au Peuple. Et, deux ans même avant cette Lettre, elle en avait mis dans le drame en cinq actes : l'Homme généreux , car elle y protestait, par la bouche de Mme de Valmont, contre l’exclusion des femmes « de tout pouvoir, de tout savoir ». — Dans le Philosophe corrigé (1788), ce philosophe prononçait : « Je pense que deux êtres, indépendants par le rang, ainsi que par la fortune, et que 1 hymen a unis, doivent être également maîtres de leur sort et de leurs actions. » Une vieille gouvernante, dans la même pièce, Mme Pinçon, affirmait : « Qu’on nous mette des haut-de-chausses, et qu’on nous envoie au collège, vous verrez si on ne fera pas de nous des milliers de héros. »

Le féminisme d’Olympe lui fut donc bien personnel. La Révolution l’élargit, le compléta, mais il était né du développement naturel de la pensée chez l’émancipée, pleine à la fois d’orgueil et du sentiment de la justice. Orgueilleuse, au point de l’être pour toutes les femmes, leur servitude l’humiliait — et aussi leur lâcheté, leur frivolité. Elle déclarera dans le Cri du Sage que la plupart des hommes « ont le cœur flétri, l’âme abjecte, l’esprit énervé et le génie malfaiteur » ! mais, s’adressant aux femmes — aux mondaines — : « Qu’avez-vous fait? » leur dira-t-elle, en disciple exaspéré de Jean-Jacques : « Vous avez abandonné les rênes de vos maisons, vous avez éloigné vos enfants de vos seins maternels... Dans les bras de serviteurs corrompus, ils ont appris à vous haïr, à vous mépriser. » Et, dans l'Esprit français (1792) : « Les femmes sont d’étranges animaux », n’ayant « que l’art d’intriguer et de séduire les hommes ». Elle les accuse de corrompre

(c les ministres de la Révolution » ; elle veut qu’on punisse ces « ci-devant comtesses et marquises » qui se mêlent « nocturnement des affaires de l’Etat ». L’année précédente, et dans la brochure même où se trouve la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne , elle avait dit : « Les femmes ont fait plus de mal que de bien » depuis des siècles, en France surtout; car « le gouvernement français » a presque toujours « dépendu de l’administration nocturne des femmes ». Nocturne! Nocturnement! Le féminisme d’Olympe était loyal; il l’était même jusqu’à la brutalité dans cette brochure : les Droits de la Femme , dédiée « à la Reine ». Mais, s’assurait la terrible féministe, « je sers mon sexe en le persécutant ». [V Esprit français).

Elle avait dicté un roman « oriental», le Prince philosophe, — la publication prochaine en était annoncée dans le Bonheur primitif , — pour enseigner que la femme serait au moins l’égale de l’homme à tous égards, siellel’étaitcivilement, politiquement et par l’éducation. Mais elle ne battait pas les femmes, là non plus ; seulement, leurs (( honteux » défauts, paresse, coquetterie, etc., étaient mis au compte de l’homme, et tout le mal qu’elles ont pu faire présenté comme une sorte de revanche fatale de leur servitude. — « Qu’a produit l’impuissance et l’infériorité de la femme? Des traverses de toute espèce. Ce qu’elle a perdu par la force, elle l’a recouvré par l’adresse. On lui a refusé l’art de la guerre, quand on lui a appris l’art de l’allumer »; et, de façon générale, si les femmes n’ont aucun pouvoir public, « elles commandent despotiquement dans le mystère ». C’est désastreux, mais donnez « aux jeunes demoiselles la même éducation qu’aux jeunes gens », et ouvrez à la femme ainsi élevée toutes les carrières, ne l’excluez

d’aucune fonction, elle ne sera plus ce tyran frivole. Même, elle remplira mieux ses devoirs domestiques. « Les femmes, à qui l’on n’a réservé que le soin du ménage, le conduiraient bien mieux, si elles étaient versées dans toutes les affaires... Sans cesse occupées de ce qui peut les embellir, elles négligent » jusqu’aux « choses les plus essentielles ». Ainsi raisonne, truchement d’Olympe, la reine Idamée, convaincue que, des femmes supérieures, l’amour de la gloire ferait « des guerriers intrépides, des magistrats intègres, des ministres sages et incorruptibles ».

C’est aussi l’opinion du roi Almoladin, et tellement, qu’il refuse sa sanction aux projets révolutionnaires de la reine, les trouvant dangereux pour l’homme. « Il sentit bien que, si l’on donnait aux femmes des moyens d’ajouter à leurs charmes, le courage, les lumières profondes et utiles à l’Etat, elles pourraient un jour s’emparer de la supériorité, et rendre, à leur tour, les hommes faibles et timides. »

Est-ce pour cela qu’Idamée le trompe avec un mandarin? Ce personnage, d’ailleurs jeune et beau, et très galant, s’est montré enthousiaste des idées de sa reine. Tout de même, Olympe aurait dû songer que l'adultère de la féministe couronnée avec ce Lauzun de la cour de Siam pouvait faire sourire.

Elle glissa du féminisme dans son Mirabeau aux Champs-Elysées , pièce en un acte représentée le 15 avril 1791 par les Comédiens italiens ordinaires du Roi. Mme de Sévigné — qui a d’ailleurs oublié le français et parle un charabia épouvantable — demande à Mirabeau s’il a laissé en mains sûres le « plan » dans lequel il destinait à la femme « un passage utile à son bonheur et à sa gloire », - — Pour comprendre* il faut

savoir qu’un Travail sur V éducation publique , composé de quatre discours, fut trouvé dans les papiers du grand tribun et publié par Cabanis (1791). Mirabeau se disposait à y mettre la dernière main, quand il mourut. On s’entretenait vaguement de ce Travail. Mais, loin de s’y rallier au féminisme, Mirabeau avait écrit, dans le premier discours : « Je proposerai peu de chose sur l’éducation des femmes. Les hommes, destinés aux affaires, doivent être élevés en public. Les femmes, au contraire, destinées à la vie intérieure, ne doivent peut-être sortir de la maison maternelle que dans quelques cas rares... » Sans doute il ajoutait : « Je ne demande pas la suppression de toutes les maisons d’éducation qui leur sont consacrées » ; mais ces maisons lui paraissaient au moins inutiles : « Il suffirait de conserveries écoles de lecture, d’écriture et d’arithmétique qui existent pour les filles, et d’en former de semblables dans toutes les municipalités qui n’en ont pas ». Cependant, un peu plus haut, partant de l’idée que la femme « doit régner dans l’intérieur de sa maison », il avait regretté qu’on n’eût point admis les femmes « au conseil de famille», dont elles devraient, pensait-il, « être l’âme ». Olympe fut certainement navrée quand elle connut ce discours. Le Mirabeau de sa pièce tenait un autre langage. A Mmc de Sévigné, à Mme Deshoulières, à Ninon de Lenclos, groupées autour de lui, il disait qu’il faudrait beaucoup de femmes comme elles « pour opérer en France une grande et heureuse révolution ». Et Ninon de répondre : « Tu as raison... Tant qu’on ne fera rien pour élever l’âme des femmes... l’Etat ne peut prospérer ».

Mais l’écrit capital, celui qui fait d’Olympe de Gouges l’incomparable précurseur du mouvement féministe

ÔLYMPE DE GOUGES"

actuel, c’est, comme nous l’avons dit, la Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne , improvisée en septembre 1791, après que la Constituante eut achevé de reviser et de codifier la Constitution. Droits « naturels, inaliénables et sacrés » développes en dix-sept articles, dont les principaux sont les suivants :

Article premier. — La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur futilité commune.

Art. 6. — La loi doit être l’expression de la volonté générale; toutes les citoyennes et tous les citoyens étant égaux à ses yeux doivent concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous : toutes les citoyennes et tous les citoyens doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Art. 10. — La femme a le droit de monter sur l’échafaud : elle doit avoir également celui de monter à la tribune.

L’article 11 demandait la recherche de la paternité, et que les filles-mères, ou les veuves également rendues mères, n’eussent plus à rougir sous « un préjugé barbare »; puis, dans un « postambule », où elle affirmait que le mariage est « le tombeau de la confiance et de l’amour », Olympe proposait le plus hardi, le plus étrange Contrat social de l'Homme et de la Femme. Les contractants déclaraient mettre leurs biens en commun, mais se réservaient expressément la faculté « de les séparer » en faveur de leurs enfants — et de ceux qu’ils pourraient avoir « d’une inclination particulière ». Donc le mariage, si l’on peut encore employer ce mot,

devait s’accommoder de l’adultère : ou plutôt, il n’y avait plus d’adultère. L’enfant, issu d’une « inclination particulière », ayant droit à une part du bien particulier de celui des deux associés qui était ou son père ou sa mère, ces inclinations se trouvaient par là meme, d’avance, légitimées. Olympe ne sut pas le dire avec la précision qui, au contraire, et comme par miracle, distingue, en sa Déclaration des droits, les articles que nous avons cités ; cependant, pour saisir toute sa pensée, il suffit de lire attentivement ces lignes : « Reconnaissant mutuellement que notre bien appartient à nos enfants, de quelque lit qu'ils sortent , et que tous, indistinctement, ont le droit de porter le nom des père et mère qui les ont avoués. » C’était, pour l’homme, — écrirons-nous marié? — qui avait un enfant d’une maîtresse, le droit et le devoir proclamés de reconnaître cet enfant ; et c’était, pour la femme — mariée de même — rendue mère par un amant, le droit et le devoir également proclamés de déclarer à son associé : Cet enfant n’est pas de toi; son père et moi, nous le reconnaissons.

Voilà pourquoi, dans son Testament politique, Olympe osa parler de ses « droits » méconnus « à la fortune et au nom » de son vrai père. Elle semblait dire une absurdité : c’était faute d’avoir averti qu’elle se plaçait au point de vue de son projet de Contrat. Mais, non seulement la plainte du Testament se conçoit, si l’on rapproche les deux textes : il apparaît de plus que l’idée du Contrat vint tout entière à la féministe de ses griefs moraux et pécuniaires d’enfant de l’amour née dans le mariage. Preuve nouvelle de la personnalité du féminisme d’Olympe. Preuve encore, par suite, de ce qu’on pourrait appeler X autocentrisme intellectuel de

cette femme ; car, s’il est vrai que son féminisme jaillit d’elle, ce fut pour graviter autour d’elle, qui se regardait comme le symbole vivant du multiple martyre de la femme sous la loi de l’homme. Et ainsi le féminisme intégral de cette grande aïeule des émancipatrices d’aujourd’hui fut, en définitive, le merveilleux satellite de son « moi » douloureux et hautain.

Quelle n’eût pas été son indignation si l’on eût taxé d’immoralité son projet de Contrat! L’immoralité, eûtelle répondu, n’est-ce pas qu’un enfant de l’adultère porte le nom du mari, et — les cas exceptés où celuici n’est pas dupe de sa paternité légale, mais feint de l’être — lui vole innocemment son affection, tant de soins divers et prolongés, moyennant parfois de lourds sacrifices, enfin hérite de lui, par une dernière escroquerie involontaire? Elle aurait eu raison; mais son erreur était grande de se figurer qu’en légitimant l’adultère, elle mettait plus de moralité dans l’iinion. Elle déplaçait le mal et l’aggravait, car un libertinage effréné serait le résultat fatal d’un pacte de mutuelle liberté charnelle. L’idéal vraiment révolutionnaire est aussi loin de cette fausse conception de la liberté que des antiques idées de contrainte. Selon cet idéal, l’union doit se rompre, qui n’est plus de cœur. Fondée sur l’amour libre, elle n’y saurait survivre par de lâches complaisances où elle se renierait soi-même et qui toujours, d’ailleurs, furent parmi les hontes, prétendues élégantes, des aristocraties en décadence. Le véritable idéal révolutionnaire n’est pas, en un mot, que les époux aient le droit de s'amuser, mais que l’union d’un homme et d’une femme, sans contrat d'aucune sorte , puise dans sa liberté une dignité supérieure par l’élévation des consciences, et dans cette dignité une force de

i’ROIS FEMMES DE LA RÉVOLUTION

durée qui témoignerait, cela va sans dire, du bonheur du couple et d’un sérieux progrès de l’amour humain.

Olympe de Gouges, dans son projet de Contrat , songeait surtout aux enfants; et c’est la noble et touchante excuse de son erreur. Mais la véritable doctrine révolutionnaire, que des adversaires déloyaux ou ignorants accusent de se désintéresser du sort moral et matériel de l’enfant, proclame le droit de tons les enfants à la protection sociale, à l’absolu et tendre respect de leur développement harmonique, c’est-à-dire à la fois organique, intellectuel, éthique et, par suite, à la culture, comme pieuse, de tout leur être, — et, cependant, elle supprime l’héritage, objet suprême de l’attention d'Olympe, qui demeurait classique, malgré tout, par sa conception capitaliste de la famille, comme du reste elle se révélait encore xvme siècle, au sens aristocratique et galant de l’expression, par sa théorie des inclinations particulières dans l’union des « fortunes ». On pourrait dire en effet qu’il y a de Y Embarquement pour Cythère en son projet de Contrat.

D’autant plus curieuse la sévérité bourgeoise du « postambule » pour les filles publiques. La police devrait leur assigner certains quartiers. C’était, d’ailleurs, un vœu déjà émis par le Bonheur primitif et que nous avons aussi rencontré dans plusieurs autres brochures du début de la Révolution. Il faut, disait le Bonheur primitif, « balayer les rues de Paris des filles publiques, les éloigner des jardins royaux et les tenir dans des quartiers où la police sera faite à l’insu des femmes honnêtes, des filles de marchands qui sont tous les jours spectatrices du débordement de ces viles créatures et de leur affreuse situation ». Comment la féministe se fût-elle défendue de toute pitié? La reléga-

6LYMPE de douces

tion qu’elle proposait, sous l’œil et la main d’une police pour ainsi dire sans contrôle, eût aggravé cependant de façon barbare la « situation » qu’elle jugeait « affreuse ». Singulière inconséquence. Elle aurait dû la regretter dans les Droits de la Femme , et même, logiquement, y aboutir à cette vue : que, sans doute, c’étaient des créatures bien avilies, les filles de débauche, du nom dont les marquaient les ordonnances de police, mais que, néanmoins, c’étaient des femmes, — et que tout essai de réglementation de la prostitution , comme on dit maintenant, est d’abord une consécration, immoralement légale, de leur avilissement.

Au féminisme d’aujourd’hui, la prostitution apparaît justement, avant tout, un crime de l’homme et des sociétés. Même réellement complice, parce que vicieuse, paresseuse ou cupide, la prostituée a donc l’excuse d’être, plus encore, une victime. Et combien ne sont que victimes! Si l'on veut combattre la prostitution, c'est dans ses causes économiques et au cœur même de l’homme qu’il faut l’atteindre. En attendant, pour les malheureuses qu’elle dégrade et dévore, la paix dans le droit commun, et non des règlements de terreur et d’infamie, ajoutant au crime de la société, allant jusqu’à faire une institution d’Etat d’un mal impudemment déclaré nécessaire.

Mais nous n’avons que trop insisté sur les points faibles du « postambule ». Ce n’est pas ce post-scriptum qu’on doit retenir.

Dans Sera-t-il roi ? ne le sera-t-il pas? il était question d’un roman — ou d’une pièce de théâtre — qu’elle voulait publier sous ce titre : h Ami des femmes , ce que Dumas fils ignorait certainement quand il donna sous le même titre la comédie que l’on sait. U Ami des femmes ,

d’Olympe, ne parut jamais et ne figure pas sur la liste des manuscrits trouvés chez elle.

Pour la dernière fois son féminisme monta sur la scène en janvier 1793, avec V Entrée de Dumouriez à Bruxelles, où les demoiselles Fernig avaient un rôle; les jeunes Fernig, héroïnes du camp de Maulde, dont Dumouriez a dit, dans ses Mémoires , qu’elles étaient « encore plus extraordinaires par leur pudeur et leur vertu que par leur courage ». — La cadette, Théophile, n’avait pas dix-sept ans en mai 1792, lorsqu’elle se fit soldat ; l’aînée, Félicité, en avait vingt-deux. — Et ce n’était pas assez, pour Olympe, de l’intrépidité de ces deux vierges ; X Entrée de Dumouriez à Bruxelles leur donnait une rivale dans une amoureuse de seize ans, Charlotte, qui, travestie en officier, tuait deux Autrichiens. Ce trio de guerrières ne sauva pas la pièce, mélo militaire incohérent, reçu, on se demande pourquoi, par le Théâtre de la République. Il n’y eut que deux représentations. La seconde même ne put s’achever : le parterre envahit la scène et se mit à y danser la Carmagnole. Le public de la première s’était contenté de siffler — du moins jusqu’au moment où Mlle Candeille s’avançant pour nommer l’auteur. Olympe, de sa loge, s’écria frémissante : « C’est moi, citoyens ! Mais si ma pièce vous a paru mauvaise, c’est qu’elle a été horriblement jouée. » Tempête, alors, d’éclats de rire et de huées. La pauvre femme en fut poursuivie dans les coulisses ; et, quand elle se retira, sa conviction était faite qu’il y avait eu contre elle un abominable « complot » des « sociétaires du prétendu théâtre de la République » Elle dévoila ce complot, quelques jours après, dans une préface, où elle s’écriait : « J’ai failli être assassinée, pour prix

de mon civisme, par une bande de leurs satellites ». On n’avait pas représenté son œuvre, mais une « pantomime » de la façon des conjurés; et cela, pour plaire à Mlle Candeille, monstre de perfidie jalouse. Il faut dire que Julie Candeille, peu auparavant, sur ce même théâtre de la République, avait remporté un succès extraordinaire, d’interprète et d’auteur à la fois, avec la Belle Fermière, comédie en trois actes. C’était, du reste, une femme charmante ; mais « le génie », disait Olympe, — après s’être qualifiée de « grand homme », — « les vertus héroïques, la probité sans tache sont des dons que la nature » joint rarement « aux charmes que l’on porte dans la société ».

Elle vouait aussi au mépris des gens de cœur d’« infâmes journalistes », comme le rédacteur des Petites Affiches, qui avait pris parti pour le théâtre. Et elle se promettait de les « livrer tout vifs » dans sa Femme ; persécutée . — Est-ce cette pièce qu’on trouva parmi ses manuscrits, sous le titre : la Femme misanthrope ?

Pour elle, Y Entrée cle Dumouriez à Bruxelles était un drame « à la Shakespeare » ; Mercier, dont elle parle à ce propos pour la dernière fois, le lui avait assuré.

L’anecdote est-elle authentique? Bonaparte consul ayant dit à Mme de Condorcet : « Je n’aime pas que les femmes se mêlent de politique » ,1a veuve du philosophe aurait prestement répondu : « Dans un pays où on leur coupe la tête, il est naturel qu’elles aient envie desavoir pourquoi. » C’était, mondanisé, le mot d’Olympe de Gouges sur l’échafaud et la tribune. Mme de Condorcet l avait-elle lu, — qui pouvait l’avoir lu et l’avoir oublié? — ou bien en donnait-elle cette version piquante sans le connaître? Michelet n’eut pas tort de

le trouver « sublime ». Il le refit , il est vrai, croyant l’embellir : en réalité, il l’affaiblit, faisant dire à Olympe: « Elles [les femmes ) ont bien le droit de monter à la tribune puisqu’elles ont celui de monter à l’échafaud. » Les citations de Michelet sont presque toujours des traductions, brillantes infidèles , énervant parfois un texte fort. L’article 10 de la Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne résume en effet, avec la netteté la plus vigoureuse, le féminisme d’Olympe; cette Déclaration même y est en quelque sorte cristallisée. Mais l’égalité devant l’échafaud est la seule que la Révolution établit réellement pour la femme. La guillotine, pourrait-on dire d’un terrible jeu de mot, fut seule humaine. — Nous croyons bien cependant que l’abus qui fut fait de cette humanité-là , dans le mépris contradictoire et im politique de l’âme féminine, abandonnée aux idées hostiles, au prêtre, fut la principale cause de la réaction définitive.

L’invincible faiblesse de la femme triompha d'une Révolution en apparence irrésistible. Olympe de Gouges ne fut que trop vengée.

« Fou héroïque », se sont bornés à dire sur elle les Goncourt. Les grands fous sont les prophètes ; qui oserait s’assurer que la féministe n’en fut pas, n’en est pas un? La justice ne se scinde pas : c’est pour l’humanité entière — unité vivante sous l’apparente dualité sexuelle comme dans la variété des races et la diversité merveilleuse et sans cesse renouvelée des individus — qu’il faut la vouloir. Quand la majorité des hommes en sera convaincue, dans le pays où cette idée du Droit fut proclamée pour la première fois par Condorcet, puis, d’un tel cœur, par Olympe de Gouges, le nom de celle-ci, presque oublié maintenant, sera placé haut.

A Monsieur Maurice Tourneux.

Musée Carnavalet.

(Voir page 113.)

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