‹ Les origines du féminisme contemporain; trois femmes de la Révolution; Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose LacombeChapitre 8 sur 69 · LA LÉGENDE DE SA BEAUTÉ LES TEXTES. LES PORTRAITS · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE SA BEAUTÉ LES TEXTES. LES PORTRAITS

Dans son récit des journées d’octobre, Michelet dit : « La jolie mademoiselle Théroigne de Méricourt... » — « piquante, originale, étrange ». ( Histoire de la Révolution, liv. II, 1847). Il ne la dit pas belle. Mais, la retrouvant au 10 août, il parle de « sa beauté ». (Liv. VII). Il assure que, fatale pour la royauté, cette beauté « enivra la Révolution dans ses premiers jours ». Et il y revint dans le volume intitulé : les Femmes de la Révolution (1854), avec plus de feu encore : g Héroïque beauté qui ravit le cœur de nos pères et leur fit voir dans une femme l’image même de la liberté ». Gomment expliquer la différence des deux portraits et ce progrès de l’admiration du peintre? Simplement par ceci, que Y Histoire des Girondins de Lamartine (1847) avait, non pas créé, mais répandu la légende d’une Théroigne connue du peuple en 1792 « sous le nom de la belle Liégeoise. » Michelet eut la faiblesse de sacrifier à cette légende, après avoir fixé la vérité dans sa

première page sur l’amazone : car, s’il est certain qu’elle n’était pas belle, il l’est également qu’elle était jolie.

« Nous avons vu très souvent mademoiselle Théroigne pendant le cours de la Révolution », déclarent les Deux amis de la liberté , dans une note de leur Histoire de la Révolution (1791-1803). Elle « était d’une figure agréable, on peut môme dire jolie ». Et plus loin, sans hésitation : « Théroigne était jolie ». La note1 est probablement du royaliste Beaulieu, qui, dans un autre ouvrage : Essais historiques sur les causes et les effets de la Révolution de France (1801-1803), parle de « sa jolie tête », après avoir un peu dédaigneusement prononcé : « jeune personne assez gentille » 2. Restif de la Bretonne, malgré son mépris grossier pour « La Teroueigne », comme il l’appelle, l’avait dite « assez jolie », puis « jolie ». ( Année des dames nationales, 1794). Dulaure écrira, dans sa vieillesse ( Esquisses historiques des principaux événements de la Révolution française , 1823-1825) : « jolie, brune » et portant « sur son visage les caractères de la vivacité et de l’audace3 » ; air de pétulance martiale dont fut frappé l’anglais John Moore, quand il la vit aux Jacobins, après le 10 août. (/I Journal during a résidence in France , 1793)4. Esquiroi, qui fut nommé en 1811 médecin de la Salpêtrière, où il avait été d’abord interne de Pinel, et où Théroigne — folle depuis 1794 — fut placée pour la seconde fois et définitivement en 1807 ; Esquirol, qui

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