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Ghabaneau et Noulet, loc. laud

3. Sur ce genre au treizième siècle, cf. J. Anglade, Le Troubadour Guiraui Riquier, deuxième partie, ch. v.

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vont quelquefois jusqu'au mauvais goût. Elle se termine par une déclaration intéressante : « Ma chanson ne sera reprise par aucun homme, s'il veut suivre les droits chemins d'Amour et s'il a bien appris l'art de trouver. » Nous avons affaire à un chef d'école; les Leys (TAmors sortiront de cette préoccupation d'enseigner l'art de bien trouver.

Nous ne savons pas si les autres fondateurs du Consistoire cultivèrent aussi la poésie; cela est très vraisemblable; mais il ne nous reste aucun vestige de leur activité poétique.

Existait-il à Toulouse, avant i323, une compagnie de poètes ou simplement de lettrés qui ait pu servir de modèle au Consistoire? On l'a cru quelquefois, par suite d'une interprétation erronée d'un passage des Leys1 ; mais le texte sur lequel on s'appuie pour justifier l'existence de ce cénacle ne prouve rien.

Il est simplement probable que les poètes avaient pris l'habitude de se réunir, mais sans que ces réunions eussent un caractère régulier et pour ainsi dire officiel. Avec la fondation du Consistoire elles prenaient ce caractère ; la première en date des Académies modernes était constituée.

i. Per que nos set, seguen lo cors — Dels trobadors qu'en son passât, etc. Chabaneau fait remarquer (Hist. gén. Lang., X, p. 182, n. 1) très justement, à rencontre de Ponsan (Hist. de l'Acad. des Jeux-Floraux, p. 18) et de Poitevin-Peitavi (Mémoire..., p. 11), qu'il ne ressort point nécessairement du texte qu'il ait existé à Toulouse, avant i3a3, une véritable Académie poétique; mais il ajoute qu'il semble « qu'avant i323 les poètes toulousains avaient, comme ceux d'alors, un lieu de réunion, où ils se communiquaient réciproquement leurs compositions. » Ghabaneau ajoute que cors, avec 0 fermé (auj. cours) vient de cursum et qu'on pourrait traduire par : « selon les errements ».

Les concours ont toujours été une partie essentielle de la vie académique; le Consistoire les créa aussitôt. Le mardi après la Toussaint de l'an i323, les « sept », réunis sous un laurier, dans le verger d'un faubourg de Toulouse, le barri des Augustines, envoyèrent une longue lettre en vers à tous les poètes « de la Langue d'Oc », pour que les « subtils troubadours » vinssent au jour fixé faire connaître leurs compositions; pour les exciter à venir, on leur promet une « joie1 » en or fin. La fondation du Consistoire y était annoncée en ces termes : « C'est pourquoi nous sept, suivant les errements des troubadours qui nous ont précédés, nous avons à notre disposition un lieu merveilleux et beau, où sont récités maints poèmes nouveaux, la plus grande partie des dimanches de l'année. Et nous ne souffrons dans ces poèmes rien de choquant; car en enseignant on se reprend mutuellement et on fait revenir autrui de son erreur, autant du moins qu'il est raisonnable de le faire. » Les poètes étaient conviés pour le ier mai de l'an i'Ò2l\. « Nous serons d'autant plus heureux de vous voir, disaient les Sept, que nous ne nous soucions pas d'autre joie que d'exalter le talent ». Ils ajoutaient qu'ils « chanteraient3 » et « réci-

j. Joya signifie exactement joyaix.

•2. Notons ce détail : les poésies, ou du moins quelques-unes, devaient être chantées, suivant l'usage des anciens troubadours; cf. encore le modèle du diplôme de bachelier en Gai Savoir, où il est dit que le candidat a composé chansons, vers ou danse am gay so, avec un son (ou mélodie) gai.

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teraient » leurs propres compositions; les invités auraient le droit de reprendre et de blâmer ce qu'ils trouveraient de choquant dans les écrits poétiques de leurs hôtes ; mais ceux-ci se réservaient le droit de se « défendre » en « discutant ». Les auteurs de la lettre la terminaient en suppliant les troubadours de venir à ce tournoi poétique pour que le monde fût plus gai et les troubadours meilleurs, et pour que la valeur (littéraire?) fût remise en honneur. « Que le Dieu de la Poésie1 vous vienne en aide », ajoutaient-ils encore dans un dernier et confraternel souhait.

« Au jour fixé, vinrent de diverses parties maints troubadours apportant leurs poèmes. » Ils furent reçus « très honorablement » par les fondateurs du Consistoire auxquels se joignirent les Capitouls du temps (an i32/i), parmi lesquels quatre chevaliers, un damoiseau, un seigneur de moindre importance et leurs compagnons, qui n'ont pas eu l'honneur d'être nommés; l'assemblée comprenait encore nombre d'hommes nobles et de bourgeois et une foule de gens de plus petite « extrace », docteurs, licenciés, bourgeois et marchands. La première journée des fêtes fut employée à recevoir les poèmes ; le matin et le soir ne furent pas de trop pour cette opération ; le lendemain, le Tribunal des sept se réunit en bureau général — comme nous disons lors de nos concours annuels — ; et le troisième jour de mai, la fleur de la « Violette d'or » fut accordée au poète Arnaut Vidal, de Castelnaudary, qui, de plus, reçut la même année le titre de Docteur en Gaie Science pour une chanson qu'il avait

i. El Dieus d'Amors que vos ajut.

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faite en l'honneur de la Vierge1. Les concours des Jeux-Floraux étaient ainsi constitués ; et ceci se passait dans des temps très anciens; le sixième centenaire approche.

Un savant professeur de Florence, M. Pio Rajna2, a fait observer très justement, qu'aux fêtes de mai i32/j, une partie seulement du programme exposé par la lettre de i323 fut remplie; les sept juges se réunirent et donnèrent la violette d'or, mais il n'y eut pas de discussion publique comme ils l'avaient promis ; ou du moins les Leys n'en disent rien. Les « mainteneurs3 » se présentaient dans leur lettre comme des champions de la poésie et annonçaient un vrai tournoi poétique; il ne semble pas qu'il ait eu lieu 4.

1. Arnaut Vidal nous est connu, non seulement parla chanson à Noire-Dame (cf. Ghabaneau et Noulel, Deux manuscrits provençaux, pp. xxi et 7/4), mais encore par son roman d'aventures intitulé Guilhem de la Barre, composé en i3i8. (Édité par P. Metîer, Société oies anciens textes Jrançai s ; Paris, 1895.)

2. Tra le pénombre e le nebbie délia Gaya Sciensa, p. 1 85 (5 du tirage à part). (Extrait de la Miscellanea di studi crilici... in onore diV. Gresclm; Cividale del Friuli, 1911.)

3. Le mot Mantenedor n'apparaît pas dans la lettre rédigée par le chancelier Molinier en i348. M. P. Rajna (op. laud.) fait observer que mantenedor signifie champion, déjensenr et non maintenear, qui fait presque un contresens. Mantenedor est rare dans l'ancienne langue d'Oc; Raynouard n'en cite qu'un exemple de Peire Vidal et un autre tiré des Leys. E. Levy, dans son Prov. Suppl. Wœrterbuch, en donne un troisième exemple tiré d'une homélie.

/j. Nous n'avons pas de détails sur le cérémonial des premiers jeux ; peut-être ce que raconte Enrique de VilJena, sur la célébration des Jeux Floraux à Saragosse, aux environs de i/joo, pourrait nous en donner une idée ; on allait chercher les mainteneurs en musique, on reconduisait les lauréats en cortège, etc. Cf. les fragments de Enrique de Villcna dans .VTayans y Siscar, Origenes de la lengua espanola; Madrid, 1878.

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Dès i323, la Compagnie est fondée régulièrement; elle a un lieu de réunion (était-il toujours en plein air, au pied d'un laurier?), un nombre de membres fixe et un sceau ; le concours annuel achevait de lui donner son caractère de Compagnie littéraire; et elle devenait un corps constitué par le fait que les Capitouls étaient venus à sa première réunion solennelle et avaient ordonné, d'accord avec les fondateurs des Jeux et avec d'autres personnes, « que la dite Heur [la violette d'or] se payerait dorénavant sur le budget de la ville de Toulouse. » Le rédacteur des Leys ajoute : « Cela a été fait ainsi et se fait encore et se fera avec l'aide et la volonté de Dieu1. »

Les auteurs de la lettre missive annonçant la fondation du Consistoire firent preuve d'une belle indépendance d'esprit, étant donné les mœurs et, comme nous dirions, la mentalité du temps. Ils assurèrent à leurs correspondants qu'ils ne tiendraient aucun compte dans leur jugement « ni de la réputation, ni de l'éclat, ni de l'état, ni de la condition de seigneur ou de compagnon, mais seulement du talent poétique. »

i. La non observation de cette clause, jointe à d'autres raisons, a contribué à multiplier les conflits, au cours des temps, entre les Capitouls et l'Académie des Jeux-Floraux. Jusqu'à ces dernières années, le budget de la Ville fournissait une contribution de plusieurs milliers de francs à l'Académie. Il y a vingt ans environ que cette subvention a été supprimée, l'Académie des Jeux-Floraux ayant cessé pendant des siècles de remplir la clause essentielle du contrat tacite qui l'unissait à la ville de Toulouse et a sa province et qui n'était rien moins que la « défense et illustration de la Langue d'Oc ». On sait que celte « défense » a été reprise dans ces dernières années; ainsi l'Académie est revenue, après un long détour, aux intentions des fondateurs du Consistoire. Une contribution de 3.ooo francs vient d'être rétablie par la ville de Toulouse, en 1920.

A l'institution ainsi fondée il manquait un code ; on ne conçoit guère d'Académie sans code et sans Dictionnaire. Aussi l'auteur des Leys nous dit-il que les mainteneurs « reprenaient beaucoup, mais qu'ils enseignaient peu », parce qu'ils n'avaient pas de règles ou lois; ils ordonnèrent donc « que l'on fit des règles précises auxquelles ils eussent recours dans leur jugement. Et alors ils confièrent de bouche à Maître Guilhem Molinier, savant en droit, qu'il fît et compilât les dites règles, avec le conseil de l'honorable et vénéré messire Berthomieu Marc1, docteur en droit; et s'ils tombaient dans quelques doutes, qu'ils les apportassent devant le conseil de leur Gai Consistoire; et il en fut ainsi fait. Et quand les dites règles furent faites en partie, les dits sept seigneurs voulurent qu'elles fussent appelées Leys (ÏAmors. » Et ils ajoutent celle phrase, qui semble un appel à l'indulgence de la postérité : « Et pour les faire il fallut grand travail et grande étude. »

On aura remarqué le passage : « Quand les dites règles furent faites « en partie » et on en rapprochera le suivant : « Pour que les dites Lois fussent ordonnées sous des rubriques fixes, corrigées et divisées en livres fixes, car avec peine peut-on faire œuvre nouvelle qui soit dès le début tout à fait parfaite, qui ne soit défectueuse par quelque partie et qui n'ait besoin

i. Nous devons à M. À. Thomas quelques renseignements sur ce personnage. Il était originaire du diocèse de Cahors et était en 1 335 lecteur en droit à l'Université de Toulouse, où nous le trouvons professeur de droit civil en 1837. 11 était chanoine de Bayeux. A. Thomas, Ftomania, t. XLI (1912), p. 4i8; textes dans J.-M. Vidal, Lettres communes de Benoît XI (Bibl. Ec.fr. de Rome et d'Athènes, troisième série, in-4°), nos 1201, 4i4i-

de révision — les savants et discrets Mainteneurs du Gai Savoir de l'an i355 ordonnèrent1... qu'aucun poème ne fût scellé, si auparavant il n'était passé par le dit Consistoire et signé par le chancelier, avec souscription de son nom. »

La rédaction des Leys se fit donc en plusieurs fois et nous en avons plusieurs « états ». Le plus ancien ne nous est peut-être pas connu; ce dut être un simple abrégé, un Compendi, où n'était traitée qu'une partie du sujet. En iol\i, cette rédaction existait déjà ; car, celte même année, Joan de Castelnou composa sa Glose sur le Doctrinal de trobar* de Raimon de Cornet, et il \ a, dans cette critique, de nombreuses allusions aux Leys d A mors3.

Mais laissons, pour le moment, cette question de côté4, et continuons à laisser parler les Leys. Arnaut Vidal avait été nommé, dès le premier concours, docteur en Gcde Science ; les mainteneurs créèrent aussi un titre de Bachelier en Gai Savoir ; il fallait que le candidat eût obtenu déjà une « fleur principale » et qu'il eût subi un examen en règle devant les sept mainteneurs (ou la majorité d'entre eux) assemblés,

i. Il semble qu'il y ait ici une lacune.dans le texle. Ghabaneau propose de la compléter ainsi : t< Fo ordenat que Jas ditas Leys fosson reparadas, complidas, ordinadas e corrigidas per maistre Guilhem Molinier, lor cancelier. Et après li dit senbor... » (Hist. Gén. Lang., X, i84, n. 3).

2. Le Doctrinal lui-même est de septembre i3a4, Tannée du premier concours des Jeux-Floraux.

3. Rappelons que, entre i335 et i337, Berlholmicu Marc, collaborateur de Guilhem Molinier, était nommé professeur à l'Université de Toulouse.

\. On la trouvera traitée dans l'un des excursus du tome IV de notre édition.

en présence du chancelier et des autres personnes qu'il leur plairait d'inviter à faire partie de leur Conseil.

Le candidat doit jurer qu'il observera de son mieux, dans ses poèmes, les Lois et les Fleurs du Gai Savoir; il s'engagera à assister, sa vie durant, à la fête principale pendant laquelle est distribuée la Violette; et s'il veut un diplôme, on lui en donnera un en vers, « avec le sceau du Consistoire en cire verte et avec un lacs de soie verte pendant. » Moyennant quoi, le candidat aura le droit « d'argumenter, interroger, réciter et lire nos Lois... pour semer le Gai Savoir ». Son pouvoir ne va pas au delà, et il n'a pas le droit de discuter (determenar1).

i. Ce mot est un terme de la langue universitaire du temps; on le retrouve dans les règlements de l'Université : Hist. Gcn. Lang., VII, ?.e p., col. 254 (ch. xin); ihid., col. 559 (ch. ni), De prima resumpta et determinationibus... Determinationes vero rnagistrorum fiant de ma ne et tune vaccet tota facultas theologiae. .., Quaestiones vero et argumenta ad invicem magistri déterminantes communicent, ut eas dixerint et in forma; ibid., col. 472 (XVII, determinaior in artibus). 11 s'agit vraisemblablement d'une discussion publique entre docteurs, cum quaestionibus et argumentis, comme il est dit souvent dans les règlements de l'Université. Cf. dans la formule de la lettre de convocation adressée aux mainteneurs :

E quar alcunas questios

E cazes suptils e doptos

Que toco la nostra sciensa

Cove traclar am diligensa

E delerminar . . .

Cf. encore ces mots.de Molinier, dans sa réponse aux mainteneurs, qui lui avaient donné commission de rédiger les Leys : Quar demandan et argùen hom troua... la vertal ; cf. supra : cum quaestionibus et argumentis. Cf. Du Cange, s. v. determinare : qui recipiendi ritus una cum thesi tune dispulanda determinatio appellatur et determinator qui receplioni praesidebat.

Le Doctorat en Gai Savoir, qui paraît avoir été donné par acclamation au premier lauréat, Arnaut Vidal, en i32/i, est réglementé parles mainteneurs des environs de i35o. Le futur docteur doit avoir obtenu les trois fleurs principales et être déjà Bachelier en Gai Savoir; il doit être « savant et entendu dans la science primordiale de grammaire ; et il doit être examiné rigoureusement, de manière à pouvoir répondre sur tout point douteux de la Gaie Science. De plus, il doit expliquer en public, le jour où sera donnée la fleur principale, une loi (de la Gaie Science) qui lui sera indiquée par les sept mainteneurs et répondre aux arguments qu'on lui adressera, au moins à deux ou à trois1. »

Ces prescriptions accomplies, il doit demander, dans une pièce en vers disposée en novas rimadas* : la chaise, le livre et le béret. En suite de quoi les sept mainteneurs (ou leur délégué) le feront asseoir sur la chaise; on placera le livre devant lui et on le coiffera d'un béret de couleur verte. Le délégué aura préparé une harangue gracieuse en vers qu'il débitera au candidat pendant ces diverses formalités. Si le docteur demande un diplôme, il lui sera expédié dans les mêmes formes que celui de bachelier ; mais le Docteur aura le droit de décider et déjuger (determenar3).

Après que les sept mainteneurs eurent ainsi créé ces grades, ils donnèrent commission ferme (certa coinmissio) à Guilhem Molinier a qu'il ordonnât, révisât

t. Leys d'Amors, I, a3.

2. Sur ce genre, employé surtout dans la poésie didactique, cf. Leys, éd. Gatien-Arnoult, I, n4, 12C, i34, i38, etc.

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