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le collège a dû, en quatorze ans, emprunter, surtout à des Parisiens, 18000 livres. La prospérité du pensionnat aurait pu améliorer la situation, mais en 1780 il y avait à Sainf-Omer, outre celui des Doctrinaires, quatre pensionnats : au collège anglais, au collège de Saint-Bcrtin, au séminaire et aux Frères. Les parents qui se souciaient peu du latin préféraient les Anglais ou les Frères. Ceux qui recherchaient uniquement l'étude du latin envoyaient leurs enfants à Saint-Berlin. Quand on cherchait l'économie, on s'adressait au séminaire. Aussi le pensionnat des Doctrinaires fut-il peu prospère et de peu de ressources.
En 1784, il comptait treize pensionnaires et trois demipensionnaires ; le chiffre de dix-huit pensionnaires et deux demi-pensionnaires, atteint en 1786, ne fut jamais dépassé et dès 1788, le nombre des internes tombait à huit.
Il n'y avait pas cependant négligence de la part des Doctrinaires qui s'efforcèrent de se tenir au courant du grand mouvement pédagogique du xvmc siècle et qui, dans leurs méthodes comme dans leur enseignement, essayèrent de réaliser les rêves de certains esprits du temps.
Attentifs à toutes les tentatives du siècle, lecteurs assidus de tout ce qui paraissait, ils connurent dans leur nouveauté les projets des Rollin, des Roland d'Erceville, des Rousseau, des La Chalotais et des Diderot ; sous l'exagération de la forme, ils comprirent la justesse de certaines critiques ; leurs tendances libérales les poussèrent à améliorer sans cesse programmes et méthodes1. Loin de maintenir dans leur immutabilité et leur invariabilité les méthodes pédagogiques gardées intactes par les Jésuites depuis le règlement d'Aquaviva, ils cherchèrent dans leur émulation avec les Oratoriens, à suivre le progrès des sciences et des idées nouvelles.
Sans doute ils doivent beaucoup aux Jésuites. Comme eux, ils conservent à la Religion une place prépondérante dans l'éducation ; comme eux, ils soumettent les élèves à une discipline rigoureuse, rendue plus nécessaire encore par la faiblesse des prêtres séculiers et les désordres des écoliers pendant les années précédentes.
L'année scholastique commence toujours par une messe du Saint-Esprit suivie du psaume Exaudiat avec l'oraison poulie roi-; tous les jours, à la sortie de la classe du matin, les écoliers se rendent à la messe par ordre de classes, sous la
1 V. Sicard, Les études classiques avant ta Révolution, Perrin, 1887. * Règlement de MM™ du Magistrat de Saint-Omer concernant les heures et durée des classes, clc, 23 décembre 1778, art Ier.
conduite de leurs professeurs qui y assistent avec eux l; tous les samedis à la classe du soir, une petite instruction du professeur sur le catéchisme ou sur l'Evangile se termine par la récitation des litanies de la Vierge2; l'après-midi de la veille des annuels est réservé pour la préparation des sacrements et les cours vaquent ces jours-là 3. Le dimanche, les écoliers sont tous obligés d'assister à la messe de paroisse, à des places fixées par le curé, pour permettre de constater leur exactitude1. L'après-midi du dimanche n'est pas repos pour eux : les petits de cinquième, sixième et septième doivent être présents au collège à une heure et demie pour le catéchisme : à deux heures et demie, les grands assistent à des vêpres suivies d'une instruction que les Doctrinaires nomment sommaires et qui tient lieu de ce que les Jésuites nommaient sodalité et de ce que les Oratoriens appellent association5.
« Les congés des étrennes », les vacances de Pâques ne dispensent même pas de l'assistance à ces vêpres du collège, et les élèves qui n'ont pas obtenu du P. Préfet la permission de s'absenter de la ville sont tous tenus d'y assister0. « Car, constate une note du P. Collard, les jours de grandes fêtes, sous prétexte d'aller aux vêpres de paroisse, ils ne vont nulle part " ».
C'est contre l'esprit d'indépendance qui régnait alors au collège que les Pères réagissent dès les premiers jours par une discipline très ferme : les privilèges des rhétoriciens sont réduits ; entrer en classe avec leur professeur au lieu de l'y attendre une demi-heure comme leurs camarades ; avoir quelques jours de vacances supplémentaires sont les seules distinctions qu'on leur accorde8. De tous, les Doctrinaires exigent une obéissance passive : ils veulent « prévenir mille petites discussions qui ne sont que trop ordinaires chez la gent écolière'J » ; avec raison ils croient que de pareilles discussions ne peuvent qu'énerver l'autorité ; ils veulent <l arrêter les mille
1 Règlement de MMr- du Magistrat de Saint-Omer concernant les heures et durée des classes, etc., 23 décembre 177.S, art. II.
- Règlement de MM™ du Magistrat de Saint-Omer concernant les heures et durées des classes, etc., 2^5 décembre 177N, art. VI.
3 Projet de règlement avec notes des Pères, art. IX.
4 Régi., art. XIV et lettre à Muchcmblet, 2iî décembre 1778.
5 Projet de régi., art. VI et comptes pour 1789, art. VI.
6 Règl., art. XI.
7 Projet de règl., art. XI.
8 Règl., art. III et IV.
• Projet de règl., art. XII.
petites prétentions des écoliers h qu'ils trouvent « importuns pour l'exemption des devoirs2 » ; avec justesse, ils « craignent d'être entraînés à des concessions plus sérieuses ». Aussi les détails du règlement sont strictement établis et rien ne peut faire fléchir la règle ; il est entendu que, dans les jours de congé, l'exemption des devoirs ne pourra être obtenue qu'une seule fois dans l'année3, que les vacances ne commenceront qu'à la fin d'août4. Toute réclamation sur ces points demeurerait inutile. Plutôt que de voir violer le règlement, les Pères préfèrent le modifier ; comme les élèves pouvaient être tentés de joindre les vacances du nouvel an au congé de Noël, que le temps, souvent mauvais, pouvait servir de prétexte aux uns pour différer le retour, aux autres pour s'absenter une seconde fois, le P. Collard, voulant prévenir « des prévarications qu'il faudrait punir », obtient du Magistrat la réunion des deux congés en un seul5. Même en dehors des murs du collège, les élèves sentent peser sur eux l'autorité de leurs maîtres ; défense à tous, dit le règlement, « de fréquenter les cafés, cabarets, billards et autres lieux publics de cette espèce, à peine d'être sévèrement punis et renvoyés même du collège, si le cas y échet c» ; obligation « à tous ceux d'entre les écoliers qui ne demeurent pas en pension réglée et qu'on appelle externes, d'être tenus retirés chez eux à certaines heures et appliqués à leurs devoirs classiques7 ». C'était l'ancien usage des Jésuites. Comme ceux-ci et malgré les réclamations de certains esprits avancés, les Doctrinaires conservent les châtiments corporels ; la férule et le fouet ne sont pas interdits au collège, ils font même partie des légitima paenarum gênera, mais les Pères ne les manient pas eux-mêmes 8 et ce soin est
1 Projet de règl., art. VIII.
2 Projet de règl., art. X.
3 Règl., art. X.
4 Règl., art. XII. A l'époque des prêtres séculiers le bureau avait, le 4 mars 1774, fixé les congés de la façon suivante : l8 la veille de Noël l'après-midi jusqu'au 2 janvier le soir ; 2' les lundi et mardi gras ; 3e l'après-midi de la veille des Rameaux jusqu'au lundi de Quasimodo ; 4e le lendemain de la saint Louis jusqu'au le«" octobre. Les jours de Toussaint, Pentecôte, dimanche gras, Trépassés, Cendres, les élèves, après avoir assisté à la messe au collège, étaient en congé la matinée. (A. M., registre des dél.)
5 Lettre à Muchembled, lieutenant du mayeur, 23 décembre 1778.
6 Lettre à Muchembled, lieutenant du mayeur et règl., art. XIII.
7 Règl., art. VIL
8 L'abbé Philippe Le Roux prêtre du diocèse de Saint-Omer, dans ses « Lettres sur la manière de former le caractère des jeunes gens», curieux ouvrage sur l'éducation publié en 1780 chez II.-F. Boubers ; nous
officiellement réservé à un laïque. En 1787, J. -P. Douchez1 est le correcteur en titre de l'établissement et pour ce frais de classe » il reçoit 6 sols par correction.
Ainsi, lorsqu'il fallut maintenir leur autorité, et conserver à la religion la place qu'ils voulaient lui donner, les Doctrinaires reprirent les anciennes méthodes jésuitiques. Pour l'enseignement, pour l'organisation du pensionnat, ils subirent l'influence de leur siècle et se montrèrent favorables à toutes les nouveautés.
La Chalolais constatait dans les préliminaires de son Plan d'éducation nationale qu'on «avait toujours trop mis à l'écart le soin de la santé et les exercices du corps » qui lui semblaient un « article essentiel » de toute éducation. Sans doute, nous ne trouvons pas encore, au collège de Saint-Omer, le « gymnase ou lieu d'exercices corporels » souhaité par Rousseau 2, mais!,1 dans la rédaction du mémoire instructif sur le pensionnat, on sent déjà le souci de la propreté et de l'hygiène3 : les pensionnaires sont peignés tous les jours par des femmes, et frisés par un perruquier tous les dimanches : la nourriture est saine et suffi-.
fait le récit d'une de ces punitions : « en récréation deux élèves s'étaient battus; je les priais de se rendre à la grande salle. Vous savez que c'est celle où se font les exécutions de la haute et basse justice, j'étais accompagné du sous-principal, des professeurs et d'un bon nombre de maîtres de quartier. Un oiseau de mauvais augure, le correcteur, décoré de toutes les marques de sa dignité nous suivoit d'assez près. Cet appareil insolite frappa tous les élèves. Les deux coupables étoient saisis d'effroi. Après une sévère réprimande, je prononçais la sentence : l'arrêt portait que les deux criminels duement convaincus auraient à se retirer dans leurs chambres, à s'y tenir pendant huit jours, excepté pendant le temps des exercices de piété et de la classe ; qu'au premier son de cloche pour les repas, ils descendraient et se posteraient à côté de la porte du réfectoire jusqu'à ce que tout le monde y fut entré et qu'en marque conlirmative d'une pleine et entière réconciliation, ils mangeraient ensemble à une table particulière, placée au milieu du réfectoire..., ils devinrent de parfaits amis », p. 115-1 16. Ces «lettres» sont fort instructives. Elles critiquent les systèmes d'éludés « à la moderne » de ce siècle « le siècle du clinquant» et signalent le danger de « la secte impie et audacieuse qui a décoré sa fausse sagesse du nom de Philosophie osant inscrire sur sou drapeau ce mot séditieux : Liberté de penser, qui d'une main tente de renverser l'autel et de l'autre d'ébranler le trône ». Ce livre de l'abbé Le Roux méritait mieux que l'universel oubli dans lequel il est tombé.
1 Mémoire des ports de lettres et frais déclasses du mois de juin 1783 d'où j'extrais : le 2 paie au correcteur G s. ; le 11, 18 s. ; le 1(3, 12 s. ; le 1S, 18 s.'; le 27, 12 s. ; le 28, 12 s.
2 Gouvernement de Pologne.
3 V. Mémoire instructif sur le pensionnat des piètres de la Congrégation de la Doctrine chrétienne au collège français de Saint-Omer, —? Impr. II.-F. Boubcrs, 1778.
santé sans être délicate. Le lit qu'ils occupent dans une chambre séparée et qu'ils peuvent garnir a d'un petit pavillon ou baldaquin » est fait tous les jours par un domestique : un préfet veille à l'habillement ; une gouvernante soigne le linge; dans le cas de maladie le pensionnaire trouve au collège une garde qui exécute, avec l'apothicaire, les ordonnances du médecin et du chirurgien. Les mardis et les jeudis aprèsmidi «. on les conduit à la promenade ». Au moment de la discussion du règlement proposé par le Magistrat, le P. Collard supprime le matin un quart d'heure de cours, pendant l'hiver, à cause ce de l'humidité, du froid et de l'obscurité des classes à potence ou étais J » ; ces précautions hygiéniques qui nous semblent si naturelles aujourd'hui étaient nouvelles à l'époque.
Le souci de développer l'adresse manuelle de l'élève par des leçons de dessin, d'écriture, de danse et d'armes, le souci de l'intéresser à la musique, à l'étude de laquelle une chambre était réservée dans le pensionnat, ne l'étaient pas moins -. N'étaitce pas Rousseau qui demandait à son Emile de savoir dessiner et d'avoir la voix juste ? N'était-ce pas Diderot qui se plaignait de la mauvaise écriture des écoliers, et qui déclarait le dessin d'une utilité générale ?
Pour les lectures particulières des pensionnaires on avait formé une petite bibliothèque qui, sous la garde du préfet, était commune à tous et pour laquelle chacun payait annuellement un droit de 3 livres.
Sans doute aussi, les Doctrinaires avaient lu les plaintes |de Diderot contre l'importance exagérée donnée aux langues mortes dans les collèges, contre l'absence presque complète de l'étude des mathématiques, delà physique et de la géographie3; sans doute, ils connaissaient les souhaits du président Rolland4 pour le développement de l'enseignement de l'histoire et du français qui « aurait dû marcher d'un pas égal avec le latin »; sans doute, les idées de Rollin sur la nécessité de frapper les yeux de l'enfant par des images et des cartes5, les tirades emphaliques de Rousseau sur l'utilité des leçons de choses et l'enseignement par les sens, ne leur étaient pas inconnues. Car ce sont toutes ces théories que progressivement ils cherchèrent à mettre en pratique dans leur enseignement. S'ils ne
1 Projet et règl., art. IV.
2 Mémoire instructif.
3 Projet d'une université.
* Compte-rendu.
5 Traité des études, livre I.
parvinrent pas à la perfection, tout an moins doit-on leur savoir gré d'avoir tenté une réforme des études.
A Saint-Omer, les Doctrinaires ne pouvaient pas, comme /à La Flèche, supprimer thèmes et vers latins, il leur était im- | possible de réduire l'étude de cette langue. Une révolution aussi radicale d'habitudes séculaires se serait heurtée à l'opposition des parents eux-mêmes. Cependant, si le latin garde la royauté, il la partage chez eux avec le français. Sans doute c'est en latin que Piers, en 1785, dicte son cours de rhétorique ' ; l'influence de Cicéron et de Quintilien est manifeste dans l'étude qu'il fait de l'art oratoire : comme eux, il divise la rhétorique en cinq parties : l'invention, la disposition, l'élocution, la mémoire et l'action ; comme eux, après une longue étude de la période monocolos, bimembris, trimembrisou rotunda, il passe en revue toutes les figures de rhétorique aux noms étranges ou barbares : catachrèse, onomatopée, paronomase, prosopopée, épiphonemate, éthopée,. hypoliposis ; comme eux il distingue soigneusement le genre délibératif, le genre judiciaire et le genre théorique, le ton doux, lugubre, objurgatoire, menaçant ou de compassion. L'importance donnée à l'étude du geste, à la manière d'émettre la voix pourrait même laisser supposer qu'il veut former de véritables orateurs. Mais déjà l'abondance des exemples qui viennent confirmer chaque précepte prouve que Piers désire que la mémoire ne travaille pas seule chez ses élèves : le choix des exemples n'est pas non plus sans intérêt : Racine, l'abbé de la Tour, Boileau, Voilure, Massillon, et Bourdaloue sont cités presque aussi souvent que Pline et Cicéron. 11 y a là un effort sensible pour renouveler une tradition plusieurs fois séculaire, pour donner plus de vie à des études bien austères -. Piers, d'ailleurs, n'est pas seul à procéder de la sorte: ses collèguesau collège français partagent ses idées. Son successeur, le P. Midon 3 substitue à 1 ancienne rhétorique latine, une rhétorique française dans laquelle les principes sont simples et les exemples choisis avec goût dans tous les genres d'éloquence ; Démosthène et Cicéron ne sont plus seuls étudiés : La Fontaine et Bossuet jouissent des mêmes honneurs que les anciens orateurs. Blanchard, professeur de
1 Inslilutiones Rhetorica: a Domino Tiers ejusdera classis professore dictai se, receplsè vero a P. J. Cleuet in publico Audomari Collegio anno 1787, — vifjesima oclobris die, — Que coronatur nobilitatur opus 2» die Martii 1786.
*V. l'exemple de définition qu'il donne : « la femme, un animal qui s'habille, babille et se déshabille ».
3 V. P. LeIVanc. Essai sur la théorie des atmosphères. Notice par un de ses élèves. Bibl. de Saint-Omer, 5.081), 12 lt).
poésie, nssocie aux exemples d'Homère et de Virgile ceux de nos auteurs classiques. Comme on a remarqué que « la plupart des jeunes gens connaissent moins, même dans les classes supérieures, les règles du français que celles du latin, faute d'avoir été instruits dans leur langue maternelle • », on tâche de remédier à cet inconvénient ; les principes des langues française et latine de A. Agnant, donnent le pluriel des noms composés français à côté des déclinaisons latines, les conjugaisons françaises à côté des conjugaisons latines. Non seulement c'est en français qu'on apprend le latin, mais quelques principes très simples de grammaire comparée facilitent aux élèves la connaissance de notre langue. Une dictée sur Lothaire conservée par hasard sur la couverture d'un volume du temps, des chapitres sur la prononciation, une liste « des expressions françaises remarquables dans la traduction » sont de nouvelles preuves des efforts tentés à celte époque pour créer un enseignement logique et raisonné du français. Par contre, le grec est délaissé et l'on ne se propose que d'en donner les premiers éléments2.
Bientôt, de nouvelles études viennent compléter l'ancien cours d'instruction ; dès 1778, les Pères donnent dans le pensionnat des leçons sur la géographie et sur l'histoire tant sainte que profane 3. En 1789, ces deux matières sont entrées dans Ile programme et sont distribuées dans les cinq dernières ^classes, les deux autres restant consacrées à la littérature 4. Des cartes peintes à l'huile sur le parquet de toutes les classes rendent les démonstrations vivantes et saisissantes 5 ; l'image sans cesse présente devant les yeux de l'élève se grave profondément dans son esprit et fixe par un travail inconscient une quantité de notions qu'il oublierait vite s'il les apprenait par cœur. Ces peintures, en égayant l'aspect souvent sévère des salles, exercent une sorte d'obsession sur l'enfant, et le professeur peut, comme le voulait Rollin, « voyager avec lui » à travers tous les pays qu'il décrit °.
Le xvme siècle avait été le siècle de la philosophie et des
1 Principes des langues française et latine divisés en quatre parties par A. Agnant, maître ès-Arts en l'Université de Paris. A Chaumont chez Cl. A. Bouchait MDCCLXXVII (livre ayant appartenu à Cleuet).
2 Comptes pour 1789, chap. VI.
3 Mémoire instructif.
4 Comptes pour 1789, chap. VI.
5 P. Lefranc, op. cit., (préface).
6 De plus, suivant les idées du président Rolland, les Doctrinaires n'hésitèrent pas sous le P. de Torcy à faire appel à des laïcs pour les aider : en 1792.
sciences. Bien vite, les Pères comprirent la nécessité de donner plus d'importance à ces études. Le cours élémentaire de logique était encore à peine dégagé du jargon des écoles ' ; on remplissait encore la tête des écoliers « des subtilités d'Aristote et de sa très sublime et très inutile théorie du syllogisme 2 » ; le défaut d'instruments bornait l'utilité d'un cours de physique ouvert au collège par le chevalier Rose. En 1778, on ne pouvait encore a attendu les circonstances, parler du cours de mathématiques et de philosophie ». Les Doctrinaires comblèrent cette lacune : les pensionnaires reçurent des leçons élémentaires de mathématiques et d'histoire naturelle 3 ; leur [premier maître fuFpëiit-êlré le neveu du P. Coîldrd, le jeune *Royer-Collard qui, plus tard, devait devenir un des chefs de l'Université. En 1790, ce cours parut tellement utile que de Torcy fit venir le P. Lefranc du collège d'Avallon ; ses dispositions pour les mathématiques l'avaient fait remarquer au collège de Chaumont ; ses recherches sur la théorie des atmosphères molléculaires ; ses explications sur le magnétisme, sa connaissance de Descartes et de Malebranche le désignaient pour créer à Saint- Orner le cours de mathématiques. Comme base de son enseignement, il prit les leçons de Bezout pour la marine ; malheureusement, beaucoup à Saint-Omer s'exagérèrent l'aridité de cette étude ; les élèves furent peu nombreux4 et ne s'engagèrent généralement dans l'étude des mathématiques qu'après avoir complété leur éducation littéraire. Sans M se laisser décourager, malgré la faiblesse de sa constitution, malgré la consomption qui le minait, le P. Lefranc établit un [I cours de physique : manipulateur habile, il savait réveiller ■ par ses expériences ceux qu'avaient endormis ses explications; |« les effets de la bouteille de Leyde, nous dit son biographe, Iguérissaient les auditeurs de la léthargie où la théorie les avait ^plongés ».
Ainsi, à la fin du siècle, le collège de Saint-Omer donnait l'exemple, encore peu commun, d'un établissement où l'élude des sciences venait compléter le cours de littérature. Les Doctrinaires, tout en conservant ce que la discipline des Jésuites contenait d'excellent, avaient su moderniser leur enseignement et le mettre en rapport avec les exigences de leur temps.
1 Pour la suite, V. Lefranc, op. cit.
s Diderot.
3 Mémoire instructif.
4 Allent Bayard-Augustin, note Ms dans P. Lefranc, op. cit.