LÀ PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE
(1789 - An XI)
I. — a) Dangers pour les Doctrinaires : propositions de Saint-Bertin, menaces du parti avancé; b) les lois qui frappent les Doctrinaires 1° au point de vue financier; 2° au point de vue de la discipline et de l'enseignement; libéralisme des Doctrinaires; c) départ de de Torcy ; après quelques mois, fermeture du collège.— IL— Lutte delà municipalité pour maintenir ses droits sur le collège : a) les ventes;
b) empiétements de l'Etat et des particuliers sur les droits de la ville; c) efforts de la ville pour maintenir contre les particuliers et l'Etat, ses droits sur les bâtiments. — III. — Efforls pour rétablir l'enseignement secondaire : a) échec des tentatives privées (1793-an III) ;b) démarches vaines pour obtenir l'école centrale (ans III et IV ;
c) efforts pour restaurer l'enseignement secondaire (an IV à an XI : 1° plaintes sur l'insuffisance de l'école centrale ; 2° restauration des bâtiments; 3° demandes pour obtenir une école secondaire ; 4° préparation d'un règlement et de l'ouverture de l'école.
Cependant, à peine établi, tout cet enseignement fut ruiné par la Révolution. Pendant trois ans, les Doctrinaires luttèrent contre des menaces de plus en plus violentes, contre des difficultés de plus en plus nombreuses, jusqu'au jour où, incapables de résister au courant qui les entraînait, ils durent livrer à l'abandon le collège dont ils avaient la direction depuis 1777.
Dès 1789, un premier danger, venu de Saint-Bertin, troubla la tranquillité des Pères de la Doctrine Chrétienne. Les philosophes du xvnr3 siècle et Diderot en particulier s'étaient efforcés de chasser l'Eglise de l'éducation : « une foule d'écrivains, disait un auteur de 1789, ont soutenu que l'intérêt public demande qu'on enlève la direction des collèges aux ministres de la religion. La plupart de nos auteurs modernes se sont faits gloire de signaler leur haine contre le christianisme1 ». Cependant telle n'est pas encore, en 1789, l'opinion publique manifestée dans les cahiers des Etats. Comme les finances étaient pauvres, que les congrégations étaient riches, presque tous demandent aux congrégations de se charger gratuitement de l'instruction. Dans l'Artois, le clergé propose
Plan d'éducation, 1789, page 333.
de confier aux monastères l'éducation de la jeunesse1 ; la noblesse demande qu'il soit examiné s'il était avantageux de routier l'instruction publique à des réguliers- ; le tiers état est d'avis que les collèges de la province soient confiés aux abbayes qui s'en chargeront gratuitement, et que les revenus d'iceux soient convertis en bourses3. Les mêmes vœux se retrouvent dans les cahiers particuliers des villes: Arras propose que « les collèges soient confiés aux abbayes de la province1» ; Saint- Omer, que « renseignement du collège français soit donné aux religieux de Saint-Bertin, conformément aux offres qu'ils ont faites ».
Les moines en effet, soit pour conjurer l'orage, comme le prétend M1 de Hauteclocque, soit plutôt pour réaliser un projet deux fois tenté, et mettre enfin la main sur un collège qui leur devait son origine et était depuis longtemps convoité, offrent, par un acte capitulaire du 10 novembre, « de se charger gratuitement de la desserte du collège français », et consentent ; <x que les revenus des biens du collège soient convertis en bourses qui seront données aux écoliers les plus méritants qui le fréquenteront ». L'offre, déjà plusieurs fois renouvelée, était tentante ; déjà en 17775, en l'acceptant, les habitants avaient prouvé leur reconnaissance à l'antique abbaye ; l'article 59 du jcahier des doléances du tiers état de la ville et du faubourg 'proposait de confier à la commune l'administration des biens du collège français et de la charger de pourvoir à l'enseignement. Le Magistrat, n'osant prendre sur lui une décision aussi importante, résolut par deux délibérations, de convoquer le plus tôt possible les anciens mayeurs et échevins, et tous les membres du tiers qui avaient concouru à la rédaction du cahier des doléances. En vain, le 14 novembre, de Torcy, recteur du collège, proleste par-devant notaire, en môme temps qu'il adresse une plainte aux officiers municipaux. Le 17 novembre6, dans une séance solennelle, après lecture des délibérations du Magistrat des 6 février 177G et 13 mars 1777, du mémoire des officiers de l'état-major de la garde nationale, des actes capitulaires des religieux de Saint-Bertin, des délibérations du comité et du Magistrat, des protestations de de Torcy, des actes signés des officiers, bas officiers et fusiliers de la milice
5 A. M., D.M., 11 et 14 novembre.
nationale, portant qu'ils adhéraient à l'avis du comité, l'assemblée, à l'unanimité décide « qu'il est du plus grand avantage que l'enseignement du collège soit confié aux religieux de Saint-Bertin, suivant les offres, par eux faites, de se charger gratuitement de cet enseignement ». Deux négociants, Marin et Vasseur, sont même députés pour porter à l'assemblée nationale le vœu des citoyens de Saint-Omer. Le trésorier de la ville devait leur payer, outre les frais de voyage, douze livres par jour, et liberté entière leur était laissée pour faire toutes les démarches nécessaires, pour consulter des avocats, faire rédiger des mémoires et des suppliques. Les négociants manquèrent-ils d'activité, d'adresse ou d'éloquence ? La cause plaidée par la ville était-elle mauvaise ? Les représentants du peuple n'eurent-ils pas le temps de s'occuper de la question ? Jamais le vœu de Saint-Omer ne se réalisa, et pour la troisième fois, les religieux de Saint-Berlin virent leur échapper la direction du collège français '.
En même temps, la menace venait d'en bas, violente et brutale, dans le but évident d'intimider les Pères et peut-être j plus encore le Magistrat. Le 17 novembre au matin, les écoliers ' purent lire sur les murs de la ville et du collège des placards j injurieux conçus en ces termes2: « De par le peuple, il est! défendu à tous les écoliers du collège français de fréquenter les classes, jusqu'à ce que les Doctrinaires aient quitté le collège. » La menace resta lettre morte : ni les Pères, ni la I bourgeoisie de Saint-Omer ne se laissèrent effrayer. Les Doctrinaires continuèrent à enseigner, les élèves continuèrent à suivre régulièrement les classes. L'assemblée des anciens mayeurset échevins, des membres du Magistrat et de nombreux représentants du tiers état déclara solennellement qu'elle avait vu avec indignation n les placards séditieux dont trois exemplaires avaient été mis sur le bureau ». Une enquête fut ordonnée, et l'affaire fut remise à la police.
Ces premières tentatives pour arracher aux Doctrinaires la direction du collège français avaient échoué. D'autres mesures, moins brutales peut-être, mais d'un effet plus sur
1 Un peu plus lard, les Doctrinaires auront leur revanche. — Saint- Berlin refusant le serment à la constitution civile, les boursiers, soulevés par leurs professeurs assermentés du collège contre leurs directeurs insermentés, rendront la vie dure à Dom Dewille et à Dom Dufour, et par leur révolte, les contraindront à démissionner.
"2 A cette époque agitée, on ne craignait pas de Paire esclandre. Lors de la lete du saint Sacrement en 1791, le droit qu'avait le collège de prendre la procession à son passage devant l'établissement lui ayant été contesté, celui-ci décida de rester étranger a la cérémonie.
parvinrent, malgré le libéralisme des Pères et la bienveillance de la municipalité à ruiner le collège au point de vue financier tomme au point de vue de la discipline et de l'enseignement. Les années qui s'écoulent de 1789 à 1792 marquent la lente agonie d'une institution encore pleine de vie, mais incapable de résister aux lois vexatoires qui la privent de ses ressources, qui lui enlèvent ses collaborateurs, en attendant l'arrêt qui la frappera du dernier coup.
Au point de vue financier, l'abolition des privilèges dans la nuit du 4 août diminue déjà les ressources du collège. L'article V portait en efTet : a les dîmes de toute nature sont abolies, sauf à aviser aux moyens de subvenir dune autre manière à tous les établissements, collèges etc..» En principe, la perception des dîmes devait durer jusqu'à ce que les possesseurs entrent en jouissance de leur remplacement, mais le décret du 20 avril 1790 ordonnait « qu'à compter du l1' janvier 1791 les dîmes de toute espèce cesseraient d'être perçues)). Le coup était sensible pour le collège français; d'après une déclaration de de Torcy du 11 janvier 1791, confirmée par la réponse aux renseignements demandés par le département le 24 janvier 1792 ', la suppression des dîmes occasionnait dans les revenus de 1790 une diminution de 3560 livres; pour les moyens de subvenir d'une autre manière aux ressources des collèges, aucun des projets ne fut jamais réalisé. La suppression des taxes indirectes (17 mars 1791) porta une nouvelle atteinte aux finances du collège. La municipalité dût même «. vu la cherté des subsistances et la perte sur les assignats », faire à chaque Père un don de 400 livres. En même temps, les Doctrinaires, jusqu'alors libres propriétaires de leurs biens, furent soumis au contrôle souvent vexatoire de l'administration civile : un décret du 13 novembre 1790 obligeait les établissements d'enseignement à rendre des comptes tous les ans à partir du 1er janvier 1791, en présence du conseil général de la commune ; ces comptes, vérifiés par le directoire du district, étaient arrêtés par le directoire du département. Dès le 13 octobre 1790, avis était donné au Père de Torcy que des membres du Magistrat se rendraient au collège pour faire l'inventaire du mobilier.
i A.D., Cf. Déclaration pour se conformer au décret de l'Assemblée Nationale, chapitre 2. — Dîmes et seigneuries. — Blaringhem ; dîme sur 13 cantons à 6 o/o pour la plupart loués à demoiselle Lefebvre avec les droits seigneuriaux de Cohem et l-l mesures de pré, 1500 1. — Mentque, dîme sur plusieurs cantons loués à Joseph Haulefeuille, 900 1. — Pihem, dîme sur le champ Delecourt louée à Delohem, 160 1. — Salperwick, seigneurie de Delbccque, 200 1.
Sans murmurer, les Doctrinaires se soumirent à ces arrêts qui les privaient peu à peu de leurs ressources et de leurs droits de propriétaires légitimes. Pour se conformer au décret de l'Assemblée Nationale du 13 novembre, de Torcy adressa aux officiers municipaux de Saint-Omer une longue déclaration1, dans laquelle il ne cacbe aucun des revenus, aucune des charges du collège. Il obéit loyalement à la loi, mais la conclusion du recteur laisse percer l'inquiétude et presque le découragement : « C'est sur ce reste, écrit-il, (6562 livres 12 sols 2 deniers) qu'il faut pourvoir aux frais de maison, entretenir tant en maladie qu'en santé, nourrir, chauffer, éclairer, blanchir onze maîtres et cinq domestiques. D'après cela, on ne doit pas s'étonner si l'on a été obligé de faire quelques emprunts, quand on songe aux frais d'établissement, aux dépenses nécessaires pour monter une maison, meubler les chambres, acheter les livres, chose indispensable dans un collège, surtout si l'on observe que, pendant les neuf premières années, les revenus ont été moindres de près de 1500 livres et les charges plus considérables, soit par la conservation des anciens professeurs pendant quelques années, soit par la rente aux économats, qui a été d'abord de 2000 livres, ensuite de 1500, soit enfin par le troisième vingtième.
Mais ce n'est pas seulement dans leurs revenus que la Constituante atteignit les maisons d'éducation. Elle devait les frapper plus gravement, jusque dans le recrutement de leurs professeurs. Le 28 octobre 1789, l'émission des vœux monastiques avait été suspendue ; les Pères de la Doctrine Chrétienne devaient-ils renoncer à voir leur personnel se renouveler ? La constitution civile du clergé2 fut pour eux un nouveau coup ; elle n'avait d'abord exigé le serment que des archevêques, évéqucs et curés ; un décret subséquent du 22 mars 1791, bientôt aggravé par un autre décret du 15-17 avril suivant, y ajouta <i les agrégés, et en général tous les individus en fonctions dans les établissements appartenant à l'instruction publique ». De l'Eglise, la persécution s'étendait sur l'école. Tous ces décrets portèrent le trouble dans l'administration du collège français ; la conscience étant en jeu j dans la question du serment constitutionnel, deux préfets et quatre professeurs abandonnent leurs postes. Pour combler les vides, les Doctrinaires durent s'adresser à des jeunes gens à la tête ardente, dont la conduite, souvent peu exemplaire, inquiétait justement les parents. Membres actifs de certaines
* 12-20 juillet 1790.
soeiétés révolutionnaires, n'hésitant pas à tenir leurs élèves au courant des événements politiques, ces maîtres improvisés, incapables de maintenir la discipline dans leurs classes, ne tardèrent pas à ne plus être respectés de leurs élèves euxmêmes. Le recteur, impuissant à lutter contre les empiétements de l'autorité civile, essaya cependant par son libéralisme de conjurer l'orage de plus en plus menaçant.
Pour sauver le collège confié à sa garde, il n'hésita pas à donner personnellement ou à faire donner pas ses élèves des preuves manifestes de civisme. Le 7 mars 1790, les écoliers du collège français se présentent au conseil général de la commune ; ils déposent sur le bureau dans une petite corbeille un don patriotique, consistant en 134 livres 14 deniers d'argent monnayé, en quelques boucles et en une cuiller d'argent pesant deux marks, deux onces. L'un d'eux prononce le discours suivant, dont le ton était bien fait pour séduire les plus farouches révolutionnaires : « Messieurs, à côté des défenseurs de l'Etat, vous voyez paraître de jeunes citoyens qui regrettent de n'en être encore que l'espérance ; vous n'accueillerez pas avec moins de bonté l'hommage pur et vrai, que nous nous empressons de rendre au zèle, aux lumières et à l'énergie des sages législateurs, dont les décrets offrent à nos yeux la magnifique perspective du bonheur public ; nous nous faisons un devoir sacré d'adhérer à toutes leurs opérations et aux principes de justice qui les dirigent, en exprimant devant vous le serment que notre cœur a prononcé depuis longtemps. Daignez être aussi les dépositaires de la légère offrande, que nous présentons à la patrie ; ce n'est point le secours de l'opulence, mais c'est le don du cœur ; nous offrons peu, mais nous offrons tout. C'est avec joie que nous faisons le sacrifice entier de nos plaisirs et de nos amusements. Quel attrait pourraient-ils avoir our nous, tandis que l'Etat serait en danger ; certes, si le patriotisme et le dévouement suffisaient, nous aurions bientôt ermé toutes les plaies qui affligent la France. » Après ce disours, dans lequel il est facile de reconnaître la plume d'un professeur, tous les élèves prêtent le serment civique entre les r|ains du maire et des officiers municipaux. L'année suivante, en 1791, les écoliers font don de leurs prix à la nation pour les frais de la guerre.
Les professeurs de leur côté multiplient les preuves de leur civisme. Ils contribuent de leurs deniers à l'entretien du club, et le journal des dépenses pour 1791 mentionne de leur part une nouvelle contribution de 4 livres. Le 16 janvier 1791, François de Torcy prononce dans l'église du collège un sermon sur l'accord de la constitution française avec la religion. Repre-
nant sous une forme oratoire les arguments de Daunou, il réfute les attaques dont là constitution est l'objet ' : « Quand on vous parle d'atteintes portées par les nouveaux, décrets, demandez, dit-il, s'il s'agit de sa discipline intérieure, de celte discipline qui n'a rien de spirituel et qu'il n'appartient qu'à elle seule de régler, de celle qui regarde la conduite du corps de la société chrétienne et de ses membres... Demandez si même il s'agit des pratiques extérieures de religion, sur lesquelles cependant on ne peut refuser des droils à l'autorité temporelle. Mais, tant qu'il ne sera question que d'une discipline proprement extérieure, que de la discipline qui intéresse plus les sociétés qui sont dans l'Eglise que l'Eglise elle-même, sachez répondre que cette discipline a toujours été subordonnée à la volonté des peuples, au consentement du Magistrat politique.... Quand on vous parle d'attentats contre l'autorité, contre la juridiction spirituelle, que Jésus-Christ n'a confiée qu'à son Eglise et qu'elle ne peut exercer que par ses ministres, rappelezvous quels sont les pouvoirs que Jésus-Christ a communiqués à ses apôtres, et, dans leur personne, à son Eglise. Enseigner et conserver la doctrine par l'établissement de docteurs propres à la perpétuer; administrer les sacrements et faire des règlements pour le maintien des bonnes mœurs, en voilà toute l'étendue. Eh ! quel rapport, je le demande, entre ces pouvoirs purement spirituels et une organisation civile du clergé ! » La péroraison du sermon est un dithyrambe en l'honneur de la constitution, et une pressante exhortation au serment. Après un pareil discours, le supérieur des Doctrinaires de Saint-Omer ne pouvait manquer de prêter serment à la constitution civile du clergé. Institué grand vicaire par le nouvel évêque constitutionnel, de Torcy assiste avec Spitallier, Balland, Saupique, Dupont et Poultier à l'installation à Saint-Omer de Porion. Quelques mois plus tard, membre de la Société des Amis de la Constitution, il devient même suspect à tous les modérés, et Louis de Laurétan lui déclare publiquement ne pas le reconnaître comme vicaire de l'évéque, mais seulement comme recteur du collège français -. Il était difficile de manifester d'une manière plus évidente son dévouement personnel et le dévouement de ses élèves et de ses professeurs aux institutions nouvelles.
Cependant, rien ne pouvait arrêter le courant qui devait renverser tout l'ancien édifice scolaire. Déjà, le 17 juin 1791,
1 In-8" de 41 pa<$es, chez II. Fertel, Saint Orner, 1791.
2 V. Deramecourt. Le clergé du diocèse d'Arias pendant la Révolution, 1885, p. 85, 1 10, 170, 100, 221,
la section de Saint-Denis s'était réunie pour les assemblées primaires au collège français. Des présages sinistres vinrent annoncer aux Doctrinaires que les passions devenaient plus violentes, et que bientôt il leur faudrait fuir. La fureur contre l'ancien régime s'en prend aux monuments eux-mêmes; des citoyens zélés signalent au conseil général de la commune les rues dont les noms rappellent encore la féodalité ; la rue des Jésuites débaptisée prend le nom de rue de la Liberté. Le 1er mars 1791, « sur la demande de la Société des Amis de la Constitution, il a été résolu d'ôter les armoiries des maires anciens qui se trouvent au plafond de la Conciergerie ». Le 17 septembre 1792, « sur l'observation qu'il existait encore des armoiries en plusieurs endroits de la ville, que d'autres n'étaient masquées qu'avec du plâtre », des commissaires sont désignés pour « faire détruire jusqu'à la dernière trace toutes lesdites armoiries et autres signes représentatives de la féodalité et de il la tyrannie, qui doivent disparaître à jamais aux yeux des hommes libres ». Bientôt le citoyen Joseph Leu, maître couvreur, allait détruire, sur la façade de la chapelle « les odieux vestiges de la féodalité »; pendant quatre jours, un ouvrier et un manœuvre s'acharnent sur les pierres « pour décrater les armes et Dé monté lé Saint dans réglisse du collège français». La situation devenait intolérable pour les Doctrinaires : ils avaient compris que leur maintien comme congrégation était désormais impossible. Cependant jusqu'à la fin, courageusement, ils continuèrent leur double ministère de prêtres et d'éducateurs. Le 18 août 1792, un décret, rendu sur la proposition du comité d'instruction publique, déclarait « détruites et supprimées toutes les corporations séculières ecclésiastiques, /et généralement toutes les corporations religieuses ». Aux termes de ce même décret, les membres, « employés dans l'enseignement public », étaient invités à en continuer l'exercice ce à titre individuel et jusqu'à son organisation définitive, sous peine de se voir privés de la moitié de la pension qui leur aurait été accordée ». Peu confiants dans les promesses du gouvernement, et craignant une expulsion prochaine, de Torcy préféra prendre sans retard l'initiative de la retraite. Dans sa séance du 22 septembre, le conseil recevait communication ce d'une lettre de de Torcy, supérieur du collège français, portant démission de cettedite place ». L'assemblée nomma Albert-Joseph Legrand, officier municipal, et Eudes, notable, ce à effet d'entendre les comptes dudit collège et de vérifier les meubles et effets inventoriés ' ». Les gages nombreux donnés par de Torcy à la Ré-
volulion, la conformité de vues des membres du conseil de la ville, lui permirent d'obtenir facilement le certificat de civisme nécessaire '.
Privé de son recteur, le collège végéta encore pendant ; quelques mois. Les- professeurs-- Savaient pas suivi de Torcy dans sa retraite : Lefranc, professeur de mathéma-|j tique, Grenet, Blanchart, Cuitot, Guisselin, Lépreux, Baudry, Lemoine, professeurs de rhétorique, de seconde, de troisième^ de quatrième, de cinquième, de sixième et de septième, étaient restés à titre individuel, suivant l'invitation de la loi. Leur enseignement n'était pas suspect, et le comité de surveillance les considérait tous comme de bons patriotes, dévoués aux saines doctrines de la Révolution. Au jugement des commissaires, dont la compétence reste fort discutable2; Grenet était « instruit sans le paraître » ; Blanchart semblait « un philosophe propre à propager les principes de la Révolution » ; Cuitot * doux, zélé, et laborieux, pouvait enseigner la grammaire et la géographie » ; Guisselin, aux yeux de citoyens austères et intègres, était <c un peu muscadin » ; Lemoine « aimait trop les plaisirs » ; Lépreux « avait bonne volonté, mais manquait de moyens, malgré sa distinction ».
Cependant, depuis la mise sous séquestre des biens du collège, nui ne s'inquiétait de payer les professeurs qui, le 17 novembre, durent adresser au directoire du district une pétition tendant à faire fixer le traitement décrété par l'article I du titre IV de la loi relative à la suppression des congrégations. Très habilement, les administrateurs leur prouvèrent que la loi leur assignait bien le revenu net du collège, mais que, toutes les places prévues par les lettres patentes de 1777 n'étant pas occupées, ils n'étaient pas fondés à se partager les 14.000 livres de revenus ; et généreusement, les administrateurs fixèrent le traitement de chacun à 1200 livres, payables par quartiers, à compter du 1er octobre 1792. Le 25 décembre, les « ci-devant Doctrinaires » n'avaient encore rien touché ; Grenet, au nom de ses collègues, le rappelait au directoire du district dans une supplique assez ferme :! : « nous sommes persuadés, disait-il, que nous ne pouvons mieux placer nos intérêts ([n'entre vos mains... et que nous n'aurons plus, par un effet de votre zèle, à souffrir de la négligence de l'administration. La loi nous autorise à percevoir d'avance notre traitement, et ce serait l'éluder dans un point essentiel
1 A. M., 18 février 1793, 14 suffrages sur 15 votants.
2 A.D., L, observations du comité de surveillance,
que de se permettre un plus long retard. Vous êtes faits pour sentir la force de cette observation, et, j'ajouterai, pour y avoir égard. »
Cependant, bientôt privés définitivement de leurs traitements, tous ces professeurs durent chercher leurs ressources comme ils le purent. Quelques-uns trouvèrent dans la Révolution des moyens d'existence ou l'emploi de leurs talents de parole : Guisselin et Lcmoine, devenus employés de bureau dans un hôpital militaire de Saint-Omer, figurent avec Blanchart parmi les membres de la Société populaire de la ville. Celui-ci, membre du Conseil général de la commune et substitut de l'agent national près ladite commune, joua un rôle plus important ; président de la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité, il était classé dans la Société des Montagnards parmi les bons républicains à la hauteur de la Révolution ; pendant la réaction thermidorienne, il fut l'un des rédacteurs d'une adresse à la Convention, et fit partie d'une députation de la commune à la barre de cette assemblée !. Pour Grenet, qui dans toute cette affaire avait joué le rôle le plus actif, il devait essayer d'ouvrir un pensionnat républicain ; à cet effet, il envoyait un prospectus à Berlier, représentant du peuple, en mission dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais2: Son but, disait-il, était de former des citoyens vertueux et éclairés; il se proposait de créer un cours complet d'éducation; mais, pour les jeunes gens qui n'avaient pas le temps ou les facultés de pousser leurs études, l'arithmétique présentée dans ses applications au change, à l'arpentage, au toisé, devait suffire avec la physique restreinte aux seules expériences. L'histoire, la chronologie et la géographie devaient le conduire à parler de la constitution des différents peuples, à les rapprocher de la nôtre et à faire voir combien nous avons mieux connu les principes du droit naturel. Les règles de la langue française, de l'orthographe et de la composition venaient avec l'écriture, le dessin et quelques notions de géométrie compléter le cours d'instruction. Le corps, qui exige aussi des soins, devait être développé par des exercices utiles à entretenir la santé. La délicatesse ne devait pas régner à la table de jeunes républicains ; une parcimonie coupable n'y devait pas présider non plus. Ce court résumé permet de constater chez l'ancien Doctrinaire le souci de se conformer aux méthodes préconisées par les révolutionnaires, le soin de garder « tout ce que l'an-
1 V. Bled. Les Sociétés populaires à Saint-Omer pendant la Révolution : p. 37, 58, 115, 119.
cienne éducation avait d'intéressant, sans en conserver les abus ». Mais ce n'était là qu'un de ces projets individuels, comme nous en retrouverons beaucoup dans les années suivantes.
Provisoirement, les portes du collège français étaient fermées. En dépit des efforts de la municipalité de Saint-Omer, elles ne devaient se rouvrir que dix ans plus tard l : pendant dix ans, l'instruction secondaire n'existe plus officiellement à Saint-Omer ; pendant dix ans, les bâtiments du collège servent à des usages variés ; pendant dix ans, la ville doit lutter contre les empiétements sur ce qu'elle considérait comme son bien légitime. C'est l'histoire de ces luttes de la municipalité contre l'Etat ou les particuliers pour maintenir ses droits sur l'ancien collège, c'est l'histoire des efforts tentés par la ville de Saint-Omer pour rétablir l'enseignement secondaire que nous allons maintenant essayer de résumer.
La loi du 23-28 octobre 1790, en conséquence des principes proclamés par celles qui l'avaient précédée, comprit les biens des collèges parmi les domaines nationaux, mais elle ajourna leur aliénation en ordonnant qu'ils continueraient à être administrés comme ils l'étaient auparavant, jusqu'à ce qu'il en fût autrement ordonné. Cette réserve de l'aliénation fut maintenue par les lois des 18 août 1792 -, des 14 et 16 février 1793; en même temps, l'administration fut confiée aux municipalités. Le décret du 8-10 mars 1793, en ordonnant la vente des biens, \ formant dotation des collèges, excepta de cette mesure « les bâtiments servant ou pouvant servir à usage de collèges, ceux jugés nécessaires pour les cours et l'habitation des professeurs et élèves, ensemble les jardins et enclos y attenant ». D'après les termes de cette loi, toutes les maisons de ville appartenant aux Doctrinaires, furent mises en adjudication : du 5 novembre 1792 au 25 germinal an II, on vendit aux enchères huit maisons rue des Jésuites ou de la Liberté, six autres rue des Classes et deux autres en face de la chapelle du Séminaire 3. Le produit de ces ventes fut de 117.100 livres. Le 12 ventôse an II *. Antoine-Marie Vogue, administrateur du district et J.-IT Barras, officier municipal, après avoir fait un inventaire minutieux au collège français, procédèrent à la vente des meubles et effets, boiseries, bancs, marchepied, mobilier des classes ; la
1 Le 1er messidor an XI.
2 Titre II, art. 2.
3 A.D., Q, District de Saint-Omer n« 970, 883, 943, 912, 934, 933, 891, 1368,1103, 924, 923, 922, 921, 1429, 1430.
4 A.D., cf. 8 ventôse an II, inventaire d'un mobilier de cuisine.
vente rapporta 3.109 livres 4 écus. Deux cent soixante-dix-sept flacons de vin, laissés par les Doctrinaires, furent distribués à des volontaires nationaux logés au collège et aux personnes qui, se trouvant à la vente, en manifestèrent le désir. Le 13 ventôse, le citoyen Bultel, administrateur, enlevait les literies, sans vouloir en donner décharge au gardien '. C'était le commencement d'un gaspillage que devait plus tard regretter la municipalité-. Comme les enfants anglais, détenus au collège français, dégradent les arbres du jardin, le 8 frimaire, on décide de les vendre sans délai 3. En l'an VII, le commissaire des travaux de réparations du collège est autorisé à vendre les pavés de la ci-devant église4. La loi ne permettant pas la vente des jardins, sur le rapport du bureau des domaines, on les loua, mais seulement pour un an5.
Restaient les bâtiments du collège, inoccupés depuis le départ des élèves et des Pères. L'administration les fit servir aux usages les plus variés et les plus extraordinaires. Dès l'an II, le conseil général choisissait « la ci-devant église du collège français, comme l'endroit le plus propre à établir l'atelier commun au salpêtre0 ». D'autres parties des bâtiments servirent de maison d'arrêt pour les enfants anglais de plus de douze ans". Le 3 thermidor an II, deux mille quatre cents 'îprisonniers anglais et hanovriens, formant la garnison de ■ sNieuport, arrivaient à Saint-Omer; parmi les locaux proposés .pour les loger, l'assemblée choisit le collège français8. Aussi ne put-on y envoyer comme d'habitude « les galleux passagers et de coutume », que le citoyen Caffieri dut adresser à l'hospice de la Fraternité, où ils furent refusés9. Le 22 germinal10, par l'organe du citoyen Marpin, l'un des commissaires nommés par la commune pour être présents à l'enlèvement des femmes
* Cf. A. D., 25 prairial an IX, le maire écrit au sous-préfet : « les objets relatifs aux sciences et arts provenant des maisons religieuses ont été vendus et dilapidés -». D.M., 21 floréal an IV. La commission de l'instruclion publique et le commissaire des travaux font un rapport très étendu dans lequel ils rappellent les dilapidations ruineuses qui ont marqué dans les premiers temps de la Révolution, l'adjudication des domaines nationaux.
4 A. M., D.M., 22 ventôse.
5 A. M., D.M., 13 ventôse an II; 2 pluviôse an V.
6 A.D., 5 germinal.
7 A.M., D.M., 6 octobre 1793; 8 frimaire an II.
8 A. M., D.M., 4 et 5 thermidor an II.
9 A. M., D.M., 4 thermidor an II.
10 A.M., D.M., an II.
publiques, le comité de surveillance avait proposé de les faire transporter de la maison dite du Bon Pasteur, où elles étaient détenues, dans celle ci-devant dite le collège français. Comme le local était suffisant pour détenir séparément les personnes de mauvaise vie devenues un danger pour l'hygiène publique, le conseil les hospitalise dans la maison d'éducation, transformée en lazaret. D'autre part, les sociétés populaires trouvent au collège de yastcs salles pour leurs réunions1. Enfin, on songea à employer une partie des bâtiments à l'installation d'une bibliothèque; le 2 floréal an II, un membre de la municipalité proposait de placer au collège français, dans les salles au-dessus des classes, une bibliothèque nationale"2. Le projet tarda à être mis à exécution ; en l'an VI, sur le rapport de l'expert Jacques Mayo, les commissaires Saddet et Revel en étaient encore à discuter sur l'emplacement de cette bibliothèque et sur les moyens les plus économiques de tirer parti des locauxs. Cependant quelques travaux furent exécutés4, et en l'an IX on put décider que la bibliothèque serait transportée au collège français, à cause du délabrement de l'ancienne maison commune5.
Pendant ce temps, l'Etat comme les particuliers essayait de s'emparer des bâtiments du collège. Warmé-Janville, commissaire des guerres, avait reçu de la ville comme magasin pour y rentrer des grains, les caves, greniers et église du ci-devant collège français0. Bientôt, ces locaux ne suffirent plus à l'administration. Montaigne, garde-magasin des fourrages, prétextant qu'il devait abandonner les Récolets, demanda les clés du collège pour y rentrer dans les corridors et autres bâtiments deux bateaux d'avoine qu'il venait de recevoir". La ville proposa comme magasins les Carmes et le jardin Notre-Dame, locaux qui furent acceptés par le directoire du département. Plus tard, le génie demanda l'église, pour un dépôt de bois destiné à faire des palissades; l'administration départementale, plus ferme que la commune, refusa encore, alléguant qu'il était ridicule de consacrer un édifice aussi vaste à mettre du bois, que quelques bottes de paille pouvaient servir à couvrir.
Encouragés par la libéralité avec laquelle l'administration
1 A. M., 1" veatosc an II, 2 germinal an VI.
3 A M., 7 ventosc.
* 22 ventosc an VII.
5 A. M., 25 prairial.
6 A. M., D.M., 11 pluviôse an IV.
7 A. M., 13 frimaire, 5 pluviôse.
disposait dé bâtiments qu'elle aurait dû préserver de toute destruction et conserver pieusement, comme un dépôt qui lui avait été confié, de nombreux citoyens sollicitèrent de la municipalité l'autorisation d'en user pour leurs affaires particulières. En germinal an V1, c'est le citoyen Bioche, cafetier, qui « pétitionne l'usage d'une partie des appartements du cidevant collège français, formant le réfectoire, jusque et y compris la cuisine pour y serrer les objets provenant de sa récolte, et se procurer un abri, où il puisse même au besoin faire coucher son garçon, pour la conservation des fruits de son jardin », ce qu'accorde généreusement le bureau des domaines nationaux. La même année-, le citoyen Mallet invite l'administration à lui accorder « dans la maison du ci-devant collège français les places nécessaires pour y enseigner l'architecture civile et militaire, le nivellement, les calculs toisés, le solivage, etc., pour y loger aussi longtemps que les circonstances le permettront » ; l'administration, considérant que l'on doit, autant que possible, faciliter les moyens de propager la lumière et l'instruction, désigne à Mallet le local qui peut lui convenir. Judas, ex-chartreux, habite trop près du quartier de cavalerie; Boucret, général de division, demande pour lui un autre logement ; on l'installe au collège 3.
A servir à des usages aussi variés, et plus encore à rester inoccupés, les bâtiments n'avaient pas tardé à se dégrader : c'est une serrure forcée 4, une porte qui tombe 5 ; les enfants anglais, détenus au collège, dégradent les arbres ° ; presque toutes les vitres sont cassées, et vu la rigueur de la saison et la nécessité d'entretenir ce bâtiment qui sert de maison d'arrêt, Decroix, vitrier, est chargé de les remplacer. En l'an VI, le commissaire de police de la section B constate que l'église tombe « dans un état de dépérissement et menace ruine7». La [municipalité informe le conseil du département 8, que « le Ucollège est dans un état de souffrance, qui présage sa ruine I prochaine dans des parties notables ». Des « dégradations effrayantes » se commettent au collège français ° ; l'administration municipale trouve inutile de salarier un concierge, puisqu'il
1 A. M., D.M., 22 germinal.
2 A. M., D.M., 23 floréal.
3 A. M., D.M., 27 thermidor an IV.
4 A. M., D.M., 12 octobre 1793.
7 A. M., D.M., 27 nivôse.
8 A.M., CM., Ie"- pluviôse an VI.
0 A. M., D.M., 2 pluviôse an VIII.
est incapable de protéger les bâtiments qui lui sont confiés; aussi, pour toute rétribution, il n'aura à l'avenir que le logement qu'il occupe. En l'an X 1, des travaux de réparations ont été faits en pure perte ; les dégradations continuelles, commises par les habitants du collège, exigent que l'on prenne des mesures rigoureuses, pour faire évacuer les particuliers qui y ont des logements.
C'est là précisément que se trouvait la difficulté. Peu à peu, les droits de la municipalité sur le collège étaient tombés dans l'oubli. A plusieurs reprises, la ville dût rappeler qu'aux termes de la loi, ces bâtiments lui appartenaient. Dès l'an VII 2, dans une séance du conseil municipal, un membre observe que, d'après la loi du 3 brumaire an IV, il n'y a point de doute que le local connu sous le nom de collège français, ne soit une propriété appartenant à la commune, sous la condition d'en former un établissement d'instruction publique; néanmoins, ajoute-t-il, le revenu du jardin du collège se verse annuellement dans la caisse du receveur des domaines nationaux, ce qui prive la commune d'une partie de sa propriété; il invite donc le bureau des finances à faire réintégrer dans la caisse de la commune le prix des jardins, ainsi que le loyer de l'église, qui est occupée par le ce service de la munitionnaire d. De nouveau en l'an VIII 3, la ville proclame ses droits, en face des prétentions du receveur des domaines et du commissaire des guerres. En l'an X, la municipalité s'adresse au sous-préfet4 : elle pense que l'intention de la loi du 3 brumaire an IV a été de rendre aux communes les établissements d'instruction publique, avec leurs dépendances ; elle l'invite à solliciter de la justice de l'autorité supérieure la radiation au registre du receveur des domaines des deux jardins, et le renvoi en la possession de la mairie de cet intéressant accessoire d'une maison d'instruction publique.
Avec les particuliers, les difficultés n'étaient pas moins grandes. Malgré les efforts de la mairie, les habitants du collège s'obstinaient à demeurer dans des locaux, dont ils avaient fini par se considérer comme les véritables propriétaires. L'affaire du citoyen Malle t est, à cet égard très caractéristique. En l'an IV, Mallet avait été autorisé à s'installer provisoirement au collège français. Le 2 nivôse an VIII 5, d'après une lettre
1 A. M., CM., au sous-préfet, 2'.) fructidor, il" 559. * A.M., D.M., 22 ventose an VII.
: A.M..D.M., 12 pluviôse.
4 A. M., CM., 16 frimaire, n» 112.
5 A.M., CM., no 1928.
de l'administration centrale du 23 frimaire précédent, l'administration municipale lui enjoint d'évacuer et de laisser libres dans le plus bref délai les appartements qu'il occupe au collège. Le citoyen Crau, agent pour les travaux, était chargé de surveiller cette évacuation et de remettre les clés au secrétariat. Le 19 fructidor ', Mallet n'a pas bougé ; au contraire, il a l'ait transporter au collège tout un matériel théâtral et compte y donner des représentations dramatiques - ; le maire communique au sous-préfet toutes les pièces qui affirment son droit. Mallet est toujours récalcitrant. Le maire, Lesergeant, s'adresse au préfet 3 et le prie de prendre une prompte décision : l'exemple de Mallet a produit le plus mauvais effet, et d'autres citoyens, logés au collège, ont refusé d'obéir à la sommation légale qui leur a été faite d'évacuer le collège. Fort de l'appui du sous-préfet Bernard Lagrave, qui l'a félicité de son ouvrage 4 « Instruction sur les nouvelles mesures de la République », Mallet persiste dans son refus. De nouveau en l'an X •"', la municipalité écrit au sous-préfet: « les habitants du collège n'ayant point obtempéré à la sommation légale qui leur a été faite, nous vous prions d'employer les moyens efficaces pour que les travaux de réparations ne soient pas en pure perte ». Enfin le sous-préfet se décide à agir0 : « Vous m'invitez, écrit-il au maire, à vous indiquer les mesures a prendre pour faire évacuer les bâtiments du collège. Vous notifierez aux locataires, par écrit et par voie d'un appariteur, l'ordre de quitter leur logement dans le délai de dix jours ; après le terme expiré, vous chargerez les commissaires de police de se faire accompagner de la gendarmerie, pour mettre à exécution l'ordre que vous aurez donné. » Malgré cet ordre, le 25 prairial an XI, Mallet continuait encore son cours de dessin dans une salle du collège 7. Ce ne fut donc que très tard que la ville rentra en possession de bâtiments dont elle sentait de plus en plus le besoin pour l'établissement d'une école secondaire.
En effet, aussitôt après la démission de de Torcy8, la
"2 A. M., D.M., 4 nivôse et 7 pluviôse nn VIII.
3 A. M., CM , 15 brumaire an IX.
4 A.D., corresp. du sous-préfet, 5(- jour complémentaire an IX. b A. M., CM., 24 fructidor, n° 559.
6 A.D., corresp. du sous-préfet, 5,; jour complémentaire an X, il" 13.925.
7 A. M , CM., no 110-1.
8 II quitta Saint-Omer en 1793 ; il composa divers écrits sur l'église gallicane, assista au concile de Paris et mourut en 1806.
ville de Saint-Omer s'était inquiétée de l'organisation de l'enseignement secondaire. Le 27 décembre 1792, la municipalité décide « qu'il serait écrit au département qu'un administrateur du district de la ville consent à remplir les fonctions de principal du collège de la ville, en consacrant partie des émoluments attachés à la dite place à l'acquisition essentielle de divers objets nécessaires à l'école de physique que ledit administrateur établirait ». Consciente de ses devoirs, la municipalité, dans une délibération du 5 mars 1793 ! constate que « lecture a été faite d'une adresse des Amis de l'Egalité et de la Liberté en cette ville aux citoyens, relativement à l'instruction publique, dont ils désirent s'occuper dans leurs séances, en attendant que la Convention ait organisé définitivement l'instruction publique. L'assemblée arrête de leur écrire une lettre qui exprimerait la satisfaction de la commune sur la pureté des sentiments contenus dans ladite adresse d. Les intentions de la municipalité étaient excellentes, mais, pendant de longues années, l'enseignement secondaire aura disparu à Saint-Omer comme dans le reste de la France. Dans les assemblées, les projets succédaient aux projets. Aux travaux des Paris, des Mirabeau et des Talleyrand avait fait place pendant la Législative le projet de loi de Condorcet. La Convention, avec une activité fébrile, devait remuer encore bien des idées avant d'aboutir aux lois qui réorganisèrent l'enseignement secondaire. Le comité d'instruction publique cependant ne restait pas inactif : les décrets suivaient les décrets ; Lanlhenas, écho des idées de Condorcet, cédait la place à Lakanal, à Lepelletier de Saint-Fargeau, à Romme. Même la loi du 7 ventôse an III, qui établissait une école secondaire par 300.000 habitants ne devait pas restaurer l'enseignement secondaire à Saint-Omer et ce n'est qu'en messidor an XI que se rouvriront les portes du collège français. La période qui s'étend de la fermeture du collège à l'an XI peut assez exactement se diviser en trois. Dans une première période (1793-an IIL, malgré les vœux de la municipalité, les tentatives privées, gênées par les passions politiques, soumises à la tyrannie des sociétés populaires, échouent presque toutes misérablement. Fendant l'an III et l'an IV. la municipalité s'efforce de posséder l'école centrale du département, mais toutes les démarches aboutissent à un échec ; les réclamations de la ville ne sont pas écoutées, et l'influence de Daunou maintient l'école centrale à Boulogne. Cependant, et c'est la troisième période, (an IV- an XL, Saint-Omer veut
avoir une école secondaire : les écoles centrales n'ont pas donné ce que Ton pouvait en espérer ; après bien des démarches et des projets, la ville voit enfin la restauration île l'enseignement secondaire.
Avec le départ des Doctrinaires, l'enseignement officiel, réglementé par lettres patentes du roi, avait disparu. Les particuliers essayèrent de le taire revivre. Nous avons déjà vu le programme proposé par Cire net à Berlier. D'autres devaient suivre son exemple et échouer comme lui. Une école de dessin occupait en 1793 une partie des bâtiments du collège1. Un ingénieur en chef de Saint-Omer, M. de Récicourt, avait projeté l'établissement d'une école première de génie2. Ces tentatives ne se rattachent que de bien loin à l'enseignement secondaire. Plus sérieuses devaient être les suivantes. Le citoyen Dascarcq en l'an II déclare vouloir ouvrir un cours d'instruction secondaire ; c'est le grammairien réputé, nommé en 1795 professeur de grammaire générale à l'Ecole centrale de Saint-Omer, école qui ne fut jamais créée ; cette fois, le conseil municipal lui renvoie sa pétition parce qu'un article de sa déclaration contrarie le sens de la loi 3. Plus heureux, Rose, l'ancien collaborateur des Doctrinaires, voit sa demande favorablement accueillie ; deux citoyens, Bailly et Hermant, sont désignés pour chercher, de concert avec lui, un local convenable dans les maisons nationales non vendues pour l'établissement du cours qu'il veut ouvrir4. Mais Rose ne voulait enseigner que les mathématiques et la physique, et sa tentative laissait de côté une partie importante de l'instruction secondaire.
Pareil projet n'avait d'ailleurs que peu de chances d'aboutir ; les sociétés populaires, toutes puissantes à l'époque, se reconnaissaient le droit de contrôler l'enseignement donné, et souvent refusaient au futur professeur le certificat de civisme nécessaire pour ouvrir un cours. C'est ainsi qu'un ancien juge de district, Marteau, dut renoncer à son projet de créer à Saint-Omer une école secondaire. Son plan d'éducation, présenté au Conseil Général de la commune, fut renvoyé à la société populaire le 17 vendémiaire 5. De nouveau, le 2 brumaire, Marteau faisait déposer sur le bureau du Conseil un exemplaire imprimé de son projet ; l'assemblée n'osa pas
1 A. M., D.M., 12 octobre 1793.
- 17 février 1792.
3 A. M., D.M., 2G ventôse an II.
* A. M., D.M., 5 vendémiaire an III.
l'approuver définitivement, et, après une longue discussion, elle s'arrêta aux conclusions suivantes : « considérant que le plan d'éducation présenté par Marteau ne tend qu'à conduire nos jeunes concitoyens à la connaissance des sciences utiles, considérant néanmoins que tout citoyen qui veut remplir les fonctions honorables d'instituteur, doit être préalablement pourvu de certificats de civisme et de moralité ; que le citoyen Marteau, qui aspire à cet emploi important, doit être plus particulièrement investi de la confiance publique, que c'est surtout dans le sein de la Société populaire et du peuple qui assiste à ses séances que la commune et le citoyen Marteau lui-même reconnaîtront l'expression de cette confiance, le Conseil Général de la commune déclare unanimement adopter provisoirement le plan d'éducation dont il s'agit ; néanmoins, avant qu'il puisse être mis à exécution, renvoie ledit Marteau à la Société populaire, qui est invitée à se prononcer sur son civisme et sa moralité, pour, sur l'avis de ladite Société, être statué sur ce qu'il appartiendra de faire ». L'examen lui fut sans doute peu favorable, car, le 14 frimaire, nous voyons Marteau, par arrêté de Berlier, remis en liberté sous la surveillance spéciale de la commune : son civisme avait été trouvé exagéré, et la voix publique l'avait accusé, malgré ses dénégations, d'avoir demandé la guillotine à Saint-Omer !.
Crachet2, ci-devant administrateur du district, vit son projet approuvé vers la même époque, mais il semble n'avoir eu en vue que l'enseignement primaire3. A son tour, Aubin rêva de créer une maison d'éducation ; audomarois, boursier puis moine de Saint-Berlin, il s'en était allé ensuite dans la congrégation de Saint Maur ; il devint même sous-prieur et bibliothécaire à Rouen. Pendant la révolution, assermenté, il avait occupé une chaire de professeur à l'école militaire, puis était revenu dans sa ville natale remplir le poste de bibliothécaire. En 1799, il publia le prospectus d'un pensionnat qu'il ouvrit à Saint-Omer et que les autorités locales encouragèrent de tout leur crédit ; cette maison était située dans l'enceinte de l'abbaye Saint-Berlin ; pour le plan d'éducation d'Aubin,
1 A. M., D.M., 17 vendémiaire, 2 brumaire, 14 frimaire an III.
2 Robert-François Crachet, né à Nielles-lez-Bléquin en 1764, avocat à Saint-Omer, lui nommé administrateur du district, emploi qu'il perdit en désapprouvant publiquement la journée du 31 mai. — 11 dut se cacher pendant les mauvais jours ; il devint au 18 tructidor accusateur public du département, puis bientôt après député aux Cinq Cents ; après divers avatars, il revint exercer à Saint-Omer la profession d'avocat ; il mourut à Nielles en 1813.
* A. M., D.M., 6 brumaire an III.
il était basé sur la religion, la raison cl l'honneur ; ses premiers ressorts étaient l'indulgence, la douceur el la bouté.
Tous ces efforts émanaient de simples particuliers. Cependant, dès Tau III, un essai officiel avait été tenté; en faveur de l'instruction : on créait à Saint-Omer un jury composé de trois pères de famille instruits; huit candidats s'étaient présentés : Hose fut nommé à l'unanimité et avec lui Saupique el Leroi lils par six voix sur dix1. Sans doute, il est difficile de constater ce que lit ce jury ; mais, au dire des membres, ses fonctions nombreuses étaient incompatibles avec le service militaire s, et les trois membres qui le composaient furent exemptés provisoirement du service de la garde nationale par un arrêté du district3. Il est certain que renseignement primaire le préoccupa toujours beaucoup plus que renseignement secondaire. Cependant, à partir de l'an III, la municipalité allait, d'une manière plus active, s'inquiéter de la réorganisation de cet enseignement.
Le 7 ventôse an III, sur le rapport de Lakanal parlant au nom du comité de l'instruction publique, la Convention rétablissait officiellement l'enseignement secondaire, en créant une école centrale par 300.000 habitants. Aussitôt la municipalité de Saint-Omer s'inquiète : le 11 ventôse, en séance publique, le maire, Delattre, donne lecture du décret de la Convention ; il invite l'assemblée à s'occuper des moyens de faire placer l'école secondaire à Saint-Omer. Tous les membres s'intéressent à la question : plusieurs développent longuement leur opinion et proposent des mesures variées. Comme, d'après l'article VII de la loi, il est statué qu'il sera incessamment rendu un décret particulier sur le placement des écoles centrales, le conseil croit qu'il est instant de solliciter auprès du comité d'instruction publique qu'un de ces établissements soit accordé à la ville de Saint-Omer. Les motifs qui servent à appuyer celte demande résultent de la situation de la ville. Car, soit que ces écoles se distribuent dans les départements en raison de leur population, soit qu'elles se forment par arrondissements, toujours d'après la même base, la commune de Saint-Omer est située de manière à « provoquer cet établissement dans son sein ». Dans le premier cas, les districts de Boulogne, Montreuil, Calais, Saint-Omer réunis, procureront la population qui doit former la base indiquée par la loi, et les districts d'Arras, Bapaume, Bélhune et Saint-Pol réunis procu-
1 A. M., 23 frimaire an III.
2 A. M., 7 pluviôse.
3 A. M., 13 pluviôse.
reront la même population pour un pareil établissement clans le déparlement du Pas-de-Calais Si au contraire ces établissements sont placés par arrondissements, à raison du rapprochement des citoyens, alors les districts de Boulogne, Hazebrouck, Bergues, Calais et Saint-Omer réunis donneront aussi la base de la population exigée par la loi. D'autres motifs se joignent à ces considérations : il se trouve à Saint-Omer de quoi former une très belle bibliothèque ; il s'y trouve un collège vaste avec un jardin très considérable, propre à être transformé en jardin de « bolbanic ».
D'après ces différents motifs, le conseil général décide d'adresser au comité de l'instruction publique de la Convention un extrait de celte délibération, pour obtenir qu'une école centrale soit placée dans la ville. Un pareil extrait devait être envoyé aux représentants du peuple qui composaient la députation du département du Pas-de-Calais, pour les inviter à appuyer celte demande. On devait informer de ces résolutions l'administration du district et la société populaire, pour qu'elles unissent leurs vœux à celui de la municipalité.
Les décrets des 11 ventôse et 18 germinal plaçaient les écoles centrales du Pas-de-Calais à Arras et à Saint-Omer. A peine cette loi bienfaisante parvenue à la connaissance de la municipalité, on s'occupa activement d'en assurer l'exécution : « déjà le père de famille, l'ami des sciences et des arts, le magistrat républicain, tous les bons citoyens enfin contemplaient dans l'ivresse du plus heureux des avenirs l'époque glorieuse qui, développant avec une sage mesure les facultés d'une jeunesse destinée à être libre, devait illustrer de nouveau la nation française et agrandir le domaine de la pensée, de la raison publique1 »; déjà, tous les détails de l'organisation étaient arrêtés ; Yard Parvillers, à qui tous les plans avaient été soumis, les avait approuvés. Un nouveau décret du 3 brumaire an IV vint troubler a la délicieuse perspective d des Audomarois, en modifiant profondément les décisions précédemment prises, en remettant de nouveau tout en question, en annulant les lois précédentes. Ce décret en effet réduisait de moitié le nombre des écoles : l'article I décidait la création d'une école centrale dans chaque département de la République. Une des deux écoles créées pour le Pas-de- Calais par le décret du 18 germinal devait donc être supprimée.
Aussitôt la municipalité s'inquiète : on savait Yard- Parvillers favorable à Arras ; l'administration centrale du département partageait l'avis du représentant en mission. Sur
1 A.D., 17 messidor an VI.
l'observation d'un membre, que le rapport relatif à rétablissement dune école centrale doit se faire incessamment au Corps Législatif, l'administration municipale, considérant qu'il importe au bien général du département ainsi qu'à la commune de mettre en usage tous les moyens qui peuvent déterminer le Corps Législatif à fixer à Saint-Omer l'école centrale du département, décide, après avoir entendu le commissaire du directoire exécutif, de nommer les citoyens Dupont, Collignon et Levaud, commissaires de la commune, « chargés de faire valoir tous les droits que peut avoir Saint- Omer pour l'établissement de l'école centrale du département dans son sein ». Elle les autorise à présenter toute pétition et à faire imprimer tout mémoire et toutes pièces qu'ils jugeront nécessaires pour appuyer les justes prétentions de la commune auprès de la commission chargée d'examiner les réclamations sur la fixation des écoles centrales, et auprès du Corps Législatif1. Pendant dix-huit mois, la loi du 3 brumaire qui fixait l'école centrale à Boulogne resta sans effet. Les deux Carnot,
(■ qui s'intéressaient fort aux prétentions de Saint-Omer, usèrent de leur crédit pour empêcher l'ouverture de la nouvelle école; de son côté, la ville de Saint-Omer s'employa activement à
faire valoir ses droits. Cependant tous ces efforts demeurèrent inutiles ; Daunou, un des membres les plus influents du comité d'instruction publique était né à Boulogne ; il y avait fait ses études chez les Oratoriens ; il y avait été professeur. Devenu tout puissant au Comité des onze, il n'oublia pas sa ville natale, et, décidé à la doter d'une école centrale, il triompha de tous les obstacles qu'on lui opposait. C'est là, il semble, la véritable raison du choix de Boulogne pour l'établissement de l'école centrale du département. Les autres motifs allégués ne furent que des prétextes ; on prélendit par exemple que ce choix fut dicté par la difficulté où se trouvèrent les membres de la commission d'accorder la préférence à Arras où à Saint-Omer. Cependant, bien des raisons militaient en faveur de Saint-Omer : Douai sollicitait en effet la translation dans ses murs de l'école centrale que la loi du 3 brumaire avait fixée à Maubeuge. Dans cette supposition, Douai ne se trouvant distante d'Arras que de trois à quatre myriamètres, on pouvait croire que l'école centrale n'aurait point obtenu le même concours d'élèves à Arras qu'à Saint- Omer, qui, bien qu'excentrique dans le département, se trouvait à une plus grande distance de Douai 2.
' A.M., D.M., 17 prairial an IV.
i A.D., 17 messidor an VI.
Cependant, l'école centrale de Boulogne était loin de prospérer : difficulté de recruter des élèves, difficulté de trouver des professeurs, difficultés financières s'accumulèrent pour ruiner le nouvel établissement. De plus, le parti qui regrettait l'ancien régime avait vu d'un mauvais œil sa création : même dans la partie de la bourgeoisie, qui acceptait sans arrière-pensée la constitution républicaine, beaucoup de pères de famille conservaient une certaine défiance à l'endroit des nouvelles méthodes d'enseignement. On reprochait aux écoles centrales d'avoir laissé l'enseignement religieux aux soins des familles, sans lui faire une place dans le programme d'études ; on regrettait l'ancien système de l'internat auquel on avait substitué l'externat. La part laissée aux langues anciennes paraissait insuffisante à quelques-uns. Par l'élévation de son enseignement, l'école centrale semblait trop éloignée du niveau auquel s'arrêtait l'instruction des écoles primaires. « Organe fidèle des plaintes de ses administrés », l'administration centrale1 « avait déposé dans le sein du Corps Législatif la puissance des réclamations », qui s'étaient succédées depuis la promulgation de la loi du 3 brumaire. L'opinion publique s'était prononcée nettement contre le maintien à Boulogne de l'école centrale ; beaucoup de pères de famille, des instituteurs avaient « manifesté de la répugnance pour commettre à l'insalubrité d'un air presque toujours morbifère et dangereux pour qui n'est point naturalisé, la santé, l'existence même de leurs enfants et de leurs élèves ». La position très excentrique de l'école la mettait hors de la portée des citoyens; elle n'existait que pour la seule ville de Boulogne ; encore ne répandait-elle pas d'une manière bien sensible les bienfaits de l'instruction dans la ville même où elle était établie. Son utilité était donc presque nulle, et de fait, elle fut presque continuellement dépourvue d'élèves2. A chaque renouvellement de ses membres, l'administration centrale insistait sur « les désavantages, les inconvénients et les dangereux résultats de l'établissement de l'école centrale en la commune de Boulogne ». Des pièces sur le sujet étaient sans cesse envoyées au Conseil des Cinq-Cents. Une commission avait même été chargée de l'examen des réclamations d'Arras et de Saint-Omer.
Néanmoins, l'école centrale était maintenue à Boulogne, et, pour enrichir cette ville, on dépouillait Saint-Omer. Isnardi, bibliothécaire de l'école, avait pris <s dans le dépôt de
2 A. M., D.M., 10 prairial an X.
Saint-Omer t> vingt-cinq caisses de livres pour former à Boulogne un fond de bibliothèque*. Plus tard, un arrêté de la préfecture autorisait l'administration de l'école centrale à puiser de nouveau dans la bibliothèque de Saint-Omer2.
Mais, après le triomphe de Boulogne, tout espoir de voir
I prochainement renaître renseignement secondaire n'était pas perdu pour Saint-Omer. En efi'et, la loi du 3 brumaire an IV prévoyait la création d'écoles centrales supplémentaires : « les communes, disait l'article X, qui possédaient des établissements d'instruction, connus sous le nom de collèges, et dans lesquels il ne sera pas placé d'écoles centrales, pourront conserver les locaux, qui étaient affectés aux dits collèges, pour v organiser à leurs frais des écoles centrales supplémentaires ». « Sur la demande des dites communes, et sur les plans proposés par leurs administrations municipales, ajoutait l'article
*XI, l'organisation des écoles centrales supplémentaires et les modes de la contribution nécessaire à leur entretien seront décrétés par le Corps Législatif. » L'organisation de ces écoles devait se rapprocher, autant que possible, du plan commun des écoles instituées par la loi. L'espoir de la création d'un pareil établissement transparaît dans les registres de la municipalité ; parmi les maisons, qu'il convient de conserver, comme nécessaires à l'instruction publique, une délibération cite le collège français, destiné à l'école supplémentaire3. Le gouvernement semble même encourager cette espérance ; le ministre des finances donne des ordres pour suspendre la vente du collège français4. De plus, les écoles centrales n'ayant pas donné les résultats qu'on en attendait, dès l'an V, Roger- Martin proposait au Conseil des Cinq-Cents, au nom de la commission d'instruction publique, une réorganisation du programme de ces écoles. En brumaire an VI, un projet de la commission instituait des écoles secondaires, intermédiaires entre les écoles primaires et les écoles centrales, en réduisant le nombre de ces dernières à quarante-deux. Nouveau projet en l'an VII qui, tout en maintenant les écoles centrales, élevait le niveau des études dans un certain nombre d'écoles primaires. En brumaire an IX (novembre 1800), Chaptal présentait au Conseil d'Etat un projet de loi sur l'instruction publique : des écoles du second degré, nommées écoles communales, devaient
1 A.M., CM., n°s 1402-1406, 25 prairial an IX « le citoyen Isnardi, bibliothécaire de l'école centrale de Boulogne, a reçu nombre de livres ». 3 A.M., D.M., 24 floréal an VIII.
3 A.M., D.M., 21 floréal an IV.
4 A.M., D.M., 1er jour complémentaire an IV.
être créées dans presque tous les chefs-lieux d'arrondissement : les anciennes écoles centrales étaient maintenues sous un nouveau nom, mais Chaptal multipliait et réformait ces écoles du second degré : une vaste enquête administrative sur l'état de l'enseignement fut complétée par des renseignements fournis par les conseils généraux. Le conseil du Pas-de-Calais constatait que la jeunesse était livrée à l'ignorance la plus complète et cà la dissipation la plus alarmante ; l'article II du rapport proposait de réduire les écoles centrales : « les collèges seront d'une utilité plus générale et mieux sentie » ; l'article III invitait le gouvernement à « établir des écoles secondaires dans les six chefs-lieux d'arrondissement et dans les villes où il existait des collèges ». Le projet de Chaptal fut abandonné, mais de nouvelles propositions, discutées par le Tribunat, puis adoptées sans modifications par le Corps Législatif, devinrent la loi du 11 floréal an X : « Le gouvernement encourageait l'établissement des écoles secondaires1.» Des lycées, établis au nombre de trente, remplaçaient les écoles centrales.
Ces nombreux projets eurent leur contre-coup dans le département du Pas-de-Calais. Jamais Saint-Omer ne perdit l'espoir de voir s'ouvrir dans ses murs les portes d'une école ; secondaire, et le souci d'amener une renaissance des études dans cette ville domine constamment dans les délibérations du conseil de cette commune. Après les plaintes sur l'insuffisance de l'école centrale de Boulogne, ce sont les projets pour remettre en état les bâtiments du collège français, les demandes pour obtenir une école secondaire, la préparation d'un règlement pour cette école.
En l'an VIII2, la section de l'instruction publique du conseil général constate que l'instruction est « nulle ou presque nulle » ; « il serait infiniment utile, dit le rapport, d'établir des écoles secondaires qui, en répandant une plus grande masse de lumière parmi les jeunes citoyens, qui ne peuvent pas profiter de l'école centrale, à cause de son éloignement et de leur peu de fortune, disposeraient ceux qui se destinent à en suivre les cours à profiter plus rapidement des hautes sciences qui y sont enseignées ». Après une discussion très longue sur les moyens propres à remédier aux abus qui ont retardé dans le département les progrès de l'instruction, le conseil demande la réduction des écoles centrales et l'établissement dans chaque arrondissement d'une école secondaire, dont les conseils d'arrondissement seront autorisés à
1 Ait. VII.
1 A". M., D.M., i thermidor.
fixer l'emplacement de la manière la plus avantageuse aux administrés. Les mêmes plaintes, les mêmes vœux sont repris en l'an IX par le conseil municipal de Saint-Omer. Dans la séance du 23 pluviôse1, un membre se lève, et, en termes précis, expose l'état de l'instruction : « Après avoir discuté et réglé les besoins pécuniaires de la commune, le conseil ne dédaignera pas de s'occuper d'un autre objet non moins intéressant; depuis longtemps, tous les pères de famille gémissent de voir leurs enfants sans instruction contracter tous les vices qu'entraîne l'oisiveté. Dès l'origine de la Révolution, tous les bons français ont senti la nécessité d'organiser l'instruction publique d'une manière utile à tous les citoyens, et cette vérité a été fortement exprimée dans le rapport fait à l'assemblée nationale au mois de septembre 1791 par Talleyrand-Périgord : si les vues sages, développées lumineusement dans ce rapport, n'ont point été mises en pratique par des événements qu'il serait douloureux de rappeler, nous ne pouvons point douter que le gouvernement actuel, entouré de toutes les lumières du génie et de l'expérience ne déterminera incessamment dans sa sagesse le mode d'instruction le plus utile tant sous le rapport de la morale et des sciences que sous le rapport de l'égalité, qui fait l'essence de notre constitution. Déjà le rapport fait par le citoyen Chaptal nous fait présager que tout ce qui peut améliorer l'instruction n'y sera point négligé, qu'on a fortement senti le vide qui existe actuellement entre les écoles centrales et les écoles primaires. Il serait donc à désirer que ce projet soit incessamment sanctionné par les autorités compétentes. t>
Le conseil, « considérant que dans une constitution libre et où tous les hommes sont égaux aux yeux de la loi, une instruction générale bien distribuée peut seule empêcher, non pas la supériorité des esprits, qui est nécessaire, mais le trop grand empire que cette supériorité donnerait, si l'on condamnait à l'ignorance une classe quelconque de la société, considérant encore que tous les hommes sont reconnus égaux, et que pourtant cette égalité de droit serait peu sentie, serait peu réelle, au milieu de tant d'inégalités de fait, si l'instruction ne faisait sans cesse effort pour rétablir le niveau et pour affaiblir du moins les funestes disparités qu'elle ne peut détruire », charge le maire de manifester au gouvernement son vœu pour l'exécution du projet présenté par Chaptal. Enfin, le conseil ne se dissimule point que Saint-Omer, qui jadis réunissait des établissements d'instruction en tous genres, en
est actuellement clans le plus grand dénuement, bien qu'elle ait conservé tous les emplacements les plus favorables à ces sortes d'établissements. La jeunesse du Pas-de-Calais, plus abandonnée que celle d'aucun département sous le rapport de l'instruction, avait besoin d'être promptement secourue contre l'état d'ignorance et de désœuvrement, suites de cet abandon1.
On aurait pu s'adresser pour ce rétablissement aux initiatives privées ; les conseils d'arrondissement craignaient que les écoles secondaires, « abandonnées, en quelque sorte, au seul aiguillon de l'industrie particulière, ne trouvassent pas dans le Pas-de-Calais, les mêmes moyens de création et d'émulation qu'ailleurs, que la diversité d'opinions religieuses et politiques ne gênât l'établissement d'écoles particulières2. Et en fait l'émulation des particuliers ne fit que peu de choses « pour réparer la chute et la privation de l'enseignement pulDlic ». Le sous-préfet, en visitant avec le maire les écoles particulières établies à Saint-Omer, n'en trouva qu'une seule qui lui offrit le degré d'enseignement exigé pour les écoles secondaires : encore les élèves y étaient-ils faibles, particulièrement en latin. En outre l'établissement Delvar était trop resserré pour pouvoir contenir un grand nombre d'élèves3.
Aussi, le Conseil d'arrondissement et plus tard le Conseil général proposaient, pour organiser rapidement les écoles secondaires, d'employer aux frais d'établissement de ces institutions les 20.000 francs qui servaient à entretenir la « stérile existence de l'école centrale », et, dans le cas où le gouvernement n'accueillerait pas cette demande, d'autoriser le Conseil à imposer deux tiers de centième par franc sur les contributions directes, jusqu'à ce que les écoles puissent se suffire à elles-mêmes par l'affluence des élèves K
Pour les bâtiments, on devait se servir des anciens collèges. Depuis longtemps, dans l'espoir d'une école secondaire, la municipalité de Saint-Omer s'était inquiétée de remettre en éfat le collège français. Sur la proposition du Conseil général5, 2.000 francs avaient été volés en l'an IX pour les réparations'3 ; aux dépenses prévues pour l'an XI
1 A. M., D.M., 10 prairial an X.
2 A. M., D.M., 10 prairial an X.
3 A.D., corrcsp. du sous-préfet, 17 thermidor, n° 13.280; en l'an XI, le pensionnat Delvar était érigé en école secondaire particulière par arrêté du gouvernement du 7 floréal; A.D., corresp. du sous-préfet, 9 fructidor, no 8.992.
4 A.M., D.M., 10 prairial an X.
5 A. M., 21 germinal an VIII.
G A. M., D.M., 23 pluviôse an IX.
figuraient 1.500 francs pour le même usage1. Le maire signalait au sous-préfet le nom des citoyens qui cultivaient les arls, les lettres et les sciences -'; trois commissaires, Saupique, Blanchard et Défiance aîné, étaient nommés pour travailler au plan organique1 dune école secondaire3. Bientôt, les demandes deviennent plus précises ; le 16 frimaire, le maire espérait que Saint-Omer « verrait incessamment s'établir dans son sein une maison d'instruction du second degré4». Par un arrêté du 21 prairial, il demandait rétablissement d'une école secondaire5; le 20, le sous-préfet transmettait la demande au préfet avec son avis favorable, et le priait de l'accueillir6. Le Conseil municipal s'occupait activement de ce projet".
Enfin, le 25 thermidor, le projet de règlement dressé par Saupique, Blanchart et Defrance était remis à une commission, nommée par le maire et composée de citoyens recommandâmes. Dans la séance du 2 fructidor an X (20 août 1802), la commission, chargée de l'examen du plan d'organisation, apportait son rapport. Clémendot prend la parole et fait d'abord lecture du projet dans lequel toutes les questions d'enseignement, de discipline, de traitement, de paiement sont traitées dans le plus grand détail ; il donne ensuite lecture du rapport de la commission. Presque tout le projet est adopté : la commission applaudit au zèle des rédacteurs ; les dispositions générales, la formation dû bureau d'administration, les obligations imposées aux maîtres, l'établissement d'un pensionnat dans l'intérieur de l'école et surtout le mode d'enseignement méritent les plus grands éloges et semblent à l'avance garantir le succès de l'établissement. Cependant quelques points ont paru soulever des difficultés. Sur la nomination des maîtres, la commission est demeurée partagée d'opinions : les uns, avec les rédacteurs du projet, donnent au bureau la nomination des professeurs ; les autres veulent établir un concours, dont les juges seraient les professeurs de. l'école centrale et d'anciens professeurs. Sur l'enseignement, on demande s'il ne serait pas utile d'apprendre en poésie et en rhétorique les racines grecques ; la raison invoquée est assez curieuse : c'est, dit le rapport, parce que « la langue des sciences et des arls est, en grande partie, composée de mots
1 A. M., D.M., 2 fruclidor an X.
2 A. M., CM., 22 pluviôse, n° 222.
3 A. M., 23 prairial.
4 A. M., CM., no 112.
5 A.M., CM., 23 prairial, no 394.
6 A.D., 26 prairial, n° 12.586.
1 A. M., CM., 29 fructidor, n» 559,
tirés du grec». Le projet ne faisant pas mention de retraite pour les professeurs, on propose d'élever le traitement de 1.500 à 1.600 francs, avec l'obligation d'une retenue du vingtième pour la création d'un fond de retraite.
Le citoyen Mallet avait dressé les plans pour la distribution du local ; la commission propose des modifications de détails. Un projet d'arrêté donne lieu à quelques observations. Gosse soutient que, pour éviter d'avoir des professeurs et point d'élèves, on pourrait ajourner la nomination des professeurs des classes supérieures jusqu'à ce qu'il se trouve des élèves assez instruits pour profiter de leurs leçons. Un autre membre propose d'augmenter le traitement des professeurs après cinq et dix ans d'exercice. Comme d'autres observations sont présentées sur la disposition des locaux et le meilleur parti à tirer des bâtiments, Gosse propose de remettre le projet à la commission pour en faire un nouvel examen. Blancbard, répondant à une des observations, prétend que les professeurs doivent attendre après les élèves et non les élèves après les professeurs. Le conseil ne peut se mettre d'accord sur tous les points ; les débats se prolongent et la séance est ajournée au 5 fructidor. Trois membres nouveaux, Hellemans, Wattringues et Gosse sont adjoints à la commission. Le 8, en dépit de quelques amendements proposés par Gosse au nouveau règlement, l'assemblée s'entend sur les dispositions à prendre pour la création de la nouvelle école : 6000 francs sont inscrits aux dépenses de la ville pour l'établissement /d'une école secondaire et 3600 francs pour le traitement des f professeurs dans la dernière partie de l'année1.
Enfin tout le monde était d'accord : rien ne paraissait plus devoir s'opposer à l'ouverture procbaine de l'école secondaire que chacun souhaitait. Déjà, on parlait d'installer les professeurs le 1er vendémiaire. Des difficultés administratives, des lenteurs dans l'approbation du ministre retardèrent d'un an l'ouverture du collège. Le plan si laborieusement élaboré par le conseil municipal, le projet dressé par les commissaires, retouché par une commission, vivement discuté pendant deux séances, faillit être rejeté. Le sous-préfet, en envoyant au préfet les délibérations du conseil municipal, ce qu'il appelle ironiquement « le volume que le conseil a rédigé » ajoute : G le conseil a fait la demande d'une école secondaire, mais il s'est jeté dans la discussion d'un règlement prématuré, qui lui a demandé beaucoup de temps, et qui, suivant les principes de l'administration, n'appartient pas au conseil. Je vous propose
1 Pour loutc cette question, v. A. M., D.M.
dans mon avis le moyen de revenir aux principes qui devaient guider le conseil dans la demande d'une école secondaire1 ». Ainsi, tout allait être à refaire ; heureusement la suppression de tous les articles relatifs à renseignement suffit à calmer les susceptibilités gouvernementales.
Le maire avait manifesté le désir de voir promptement s'établir l'école secondaire demandée par la municipalité2. Le 5 ventôse an X, toutes les démarches nécessaires étaient faites ; un arrêt du maire du 14 thermidor approuvait le nouveau projet d'organisation de l'école; un certificat du directeur des domaines nationaux constatait que le ci-devant collège français n'était point vendu et n'était point appliqué à aucun service public; toutes les formalités voulues par l'article I de l'arrêté des conseils du 30 frimaire an XI pour obtenir les bâtiments étaient remplies 3.
Forte de toutes ces pièces, la municipalité envoie au souspréfet l'arrêté qui règle l'organisation de l'école ; elle propose les professeurs, les membres du bureau d'administration, fixe les traitements, le droit d'école, les conditions d'établissement du pensionnat. Pour se conformer à l'article VI de l'arrêté des consuls, la question d'enseignement et de discipline intérieure, si longuement développée dans le premier projet, était réservée jusqu'au moment où le règlement pour le lycée de Douai serait connu1. Le 12 ventôse, le sous-préfet adressait cette délibération au préfet avec son avis favorable5: il appuyait la proposition du maire de nombreux considérants, faisait valoir le désir de la population, la commodité des locaux, la facilité des communications, l'insuffisance de l'établissement Delvar. Le 2 germinal, le préfet expédiait toutes les pièces au conseiller d'état, chargé de l'instruction publique; il y joignait un arrêté, concluant à l'utilité de l'école". Sur un rapport du conseiller d'état, le 10 germinal, « le gouvernement de la République, vu la loi du 11 floréal an X, les arrêtés du 4 messidor suivant et du 30 frimaire an XI, sur le rapport du ministre de l'intérieur, arrête ce qui suit: Article I. La commune de Saint-Omer (Pas-de-Calais) est autorisée à établir une école secondaire dans le bâtiment du ci-devant collège français, qui lui est concédé à cet effet, à la charge pour ladite commune
1 A.D., corresp. du sous-préfet, n° 433.
2 A.D., corresp. du sous-préfet, 12 ventôse an XI, n° 1.108.