CHAPITRE IX
LANSIAURL - L'ÉCOLE SECONDAIRE
(1er Messidor an Xf — Aoiit 1808)
I. Inauguration et organisation de l'école secondaire ; les bâtiments, le bureau d'administration, le personnel, renseignement, le pensionnat. — : II. Les encouragements et les félicitations officiels. — III. Mais les chiffres prouvent que l'école secondaire est loin de prospérer pour des causes variées : 1° difficultés financières, dont souffrent professeurs (diminution et suspension de leurs traitements) et élèves (augmentation du droit d'école, diminution des crédits pour les prix); 2° timidité, négligence ou hostilité de la municipalité (l'Etat se substitue à la Commune, les livres de la bibliothèque, aménagement des bâtiments) ; 3» perturbations fréquentes dans le personnel, mutations, maladies; 4° faiblesse des éludes. — L'université impériale n'aura pas de peine à s'établir, mais nécessité de relever le collège qui tombe.
Le 1er messidor an XI, à dix heures du-irraTrn', le souspréfet, représentant du gouvernement, procéda à l'installation des professeurs de l'école secondaire. Précédé de la musique de la garde nationale sédentaire, accompagné du maire, de l'adjoint, du conseil municipal et des professeurs de l'établissement, il se rendit à l'église Notre-Dame où fut chantée la messe solennelle du Saint-Esprit- De là, le cortège se transporta dans une des salles du collège où le sous-préfet donna lecture de l'arrêté du gouvernement1, autorisant la création de l'école secondaire. Lansiarre, le principal, répondit au discours d'ouverture. Après plusieurs symphonies, le cortège se remit en marche dans le même ordre, pour se rendre à l'hôtel de la sous-préfecture2. L'école secondaire était ouverte.
Cependant, bien des formalités restaient encore à remplir. Les lenteurs administratives n'avaient pu entraver l'enthousiasme de la ville pour posséder un collège. Le règlement de l'école secondaire, arrêté le 29 prairial3, n'avait pas encore
1 18 germinal, an XL
2 A.N., F, 63.001, rapport du sous-préfet transmis à Fourcroy par le préfet, le 10 messidor.
reçu le visa gouvernemental. Le 2 Ihermidor, le sous-préfet réclame l'approbation du préfet1. Celui-ci donne un avis favorable. Mais le ministre de L'intérieur n'est pas pressé ; une
première fois, le 13 thermidor, le préfet le prie de vouloir bien accélérer l'approbation du règlement ; comme il ne reçoit aucune réponse, sur les instances du sous-préfet et du maire, il lui adresse une nouvelle demande le 29 fructidor-. Le bureau d'administration ne reçoit que le .'S ventôse3 an XII la liste officielle des auteurs tant français que latins, adoptés par le gouvernement pour les écoles secondaires communales ; d'où un certain retard dans la marche des études. Enfin les professeurs font leurs classes, sans même savoir s'ils sont agréés du gouvernement ; le 21 nivôse an XII, le bureau d'administration présentait à l'approbation du ministre les directeur, vice-directeur et professeurs de l'école secondaire4. Le 10 germinal, le sous-préfet écrivait au préfet : « je vous observe que la nomination des professeurs de cette école n'est point encore approuvée par le ministre de l'intérieur, quoiqu'ils exercent depuis neuf mois passés ; veuillez rappeler cet objet au ministre ». Sur cette lettre le préfet notait : « les professeurs sont tous confirmés5 ». On avait oublié de leur communiquer leur nomination officielle, datée du 30 ventôse0.
En dépit de ces lenteurs et de ces oublis, les classes se faisaient régulièrement ; peu à peu le nombre des élèves augmentait ; peu à peu l'école s'organisait. C'est cette organisation qu'il nous faut maintenant étudier à l'aide de trois textes essentiels ; le premier projet élaboré par les commissaires, Saupique, Blanchard et Défiance aîné, revu par une commission et discuté dans deux séances du conseil municipal ", le règlement daté du 5 ventôse an XI, après les observations du sous-préfet, enfin, lorsque l'organisation du lycée de Douai fut connue, le règlement établi le 29 prairial d'après le décret du 25 germinal8. Ces trois textes nous permettront de nous faire une idée assez exacte de ce qu'était lécole secondaire au moment de sa création.
Les anciens bâtiments du temps des Jésuites, reconquis non sans peine par la commune, avaient servi à l'établissement
1 A.D., corresp. du sous-préfet, n° 4.165.
4 A. M., bureau d'administration, 6 pluviôse.
6 A.D. et A.N., F, 63.001.
7 A M., D.M., 2 et 8 fructidor an X.
de la nouvelle école. Mallet avait dressé les plans de distribution du local ; la ville s'était contentée d'y faire les réparations les plus urgentes, mais sans modifier profondément l'ancienne disposition. La modicité des crédits alloués, la rapidité avec laquelle le bâtiment devait être mis en état suffisent à le prouver : en effet, le devis des réparations totales ne s'élevait d'abord qu'à 8.055 francs sur lesquels 1.500 francs étaient consacrés aux classes ; de plus, le 2 fructidor, alors que les travaux n'étaient pas encore commencés, et qu'on n'en était qu'aux projets, on croyait pouvoir ouvrir dès le 1er vendémiaire. Sur le rapport d'un maçon et d'un charpentier, sans doute intéressés dans la question, les commissaires avaient d'abord songé à faire démolir le bâtiment qui séparait les deux cours ; cet édifice paraissait dans le plus grand délabrement, et son utilité semblait fort contestable. Cependant une seconde expertise conclut à sa conservation : si on devait le construire, disait le rapport, il coûterait plus de 100.000 francs et la maçonnerie nouvelle serait peut-être moins solide que l'ancienne. La ville y fit donc pour 6.000 francs de réparations : le rez-dechaussée servit à établir un réfectoire et une salle d'études ; les étages furent utilisés pour le logement de cinquante pensionnaires. Comme par le passé, les classes se trouvaient dans les salles situées au-dessous de la bibliothèque, le long de la rue des Ecoles. Le cours de dessin, qui occupait deux pièces dans ce bâtiment, fut transporté le long de la rue au Vent. Le grand jardin était misa la disposition du maître de pension, qui était libre de l'exploiter comme il l'entendait1, mais sans pouvoir toucher aux arbres. Le petit jardin, situé le long de l'église au midi, était concédé au principal, sous les mêmes conditions. A gauche de la grande porte, on pratiqua une loge pour un portier, chargé de balayer les classes une ou deux fois par semaine, et de sonner la cloche aux heures indiquées par le règlement.
Pour le grand bâtiment, on avait d'abord songé à affecter au pensionnat le rez-de-chaussée, le second étage ainsi que la j basse-cour et ses dépendances. Au premier étage, la partie à gauche du grand escalier devait servir à l'habitation personnelle du principal ; le salon contigu devenait le lieu de réunion du bureau. La partie nord du même étage, c'est-à-dire celle située à droite du grand escalier, aurait été réservée aux professeurs qui devaient y avoir leurs cabinets d'études. Un
1 V.n l'an XI, le jardinier François Touzard xvnd au profit de Lansiarre et de Poiltion pour 47 livres 12 sols 3 deniers de fraises, groseilles et cerises (registre de Poiltion).
membre de la commission n'eut pas de peine à montrer les inconvénients d'une pareille distribution : un maître de pension doit nécessairement s'assurer de la clôture de ses élèves; comment aurait-il pu le faire, si les professeurs avaient eu la liberté de jouir de leurs cabinets d'études à toutes les heures du jour et de la nuit. Après avoir parcouru les bâtiments dans tous les sens, après avoir bien cherché, la commission finit par découvrir pour les professeurs un emplacement indépendant du pensionnat, dans le bâtiment qui formait autrefois le réfectoire; on y établit deux cabinets au rez-de-ebaussée et quatre au premier étage : celui du principal avait vue sur la petite cour qui précédait les classes1 ; il pouvait ainsi surveiller les élèves avant l'arrivée des professeurs. Dans le grand bâtiment, on avait songé à établir une infirmerie ; mais pendant longtemps, malgré de nombreuses et pressantes réclamations, l'infirmerie resta à l'état de projet. Pour la chapelle, encore occupée par l'autorité militaire, on n'avait rien arrêté sur l'emploi qu'on en pourrait faire dans la suite. Elle avait beaucoup souffert « dans le temps de vandalisme » ; les ferrures étaient enlevées ; une grande partie de la toiture avait été emportée ; l'eau filtrait dans l'intérieur de l'édifice, et souvent de grosses pierres se détachaient et tombaient dans la rue au Vent, au risque d'écraser les passants. Les réparations les plus urgentes étaient souhaitées par tous, mais les fonds nécessaires manquaient pour les entreprendre2.
Comme à l'époque des prêtres séculiers, l'administration de l'école était confiée à un bureau composé du maire, du principal et de six pères de famille3, nommés par le conseil général de la commune, à la pluralité absolue des suffrages. Tous les ans, un des six membres sortait de charge; les cinq premières années, le sort décida de leur sortie ; dans la suite, ce fut le plus ancien nommé. Sous la présidence du maire, le bureau s'assemblait le premier jeudi de chaque mois, et, à partir du 1er germinal an XII, le premier mardi, le commissaire du gouvernement ne se trouvant pas libre les autres jours de la semaine4. Les procès-verbaux de chaque séance, envoyés
1 Cette cour devait être mal pavée. L'herbe y poussait et l'on était obligé de payer un homme pour l'arracher. (Registre Poillion, an XII.)
2 A. A., Liasse adm. 1 ; notes du collège, p. 1810.
3 A l'origine : Duval, président du tribunal de première instance ; Boubers, président du tribunal criminel ; Lesergeant d'Isbergue, ancien maire; Défiance, commissaire du gouvernement près le tribunal civil; Heunet, ancien chef de brigade d'Artillerie; Clémendot, commissaire des poudres et salpêtres.
4 A.D., corresp. du sous-préfet, 7 floréal.
au sous-préfet, étaient transmis par lui au préfet. Quelques membres faisaient de fréquentes visites dans les classes1 et assistaient aux examens. Le bureau vérifiait les comptes et s'occupait de tout ce qui regardait la discipline intérieure (exclusion d'élèves, propositions de destitution de professeurs). Quand une chaire devenait vacante, il proposait deux candidats à l'acceptation du sous-préfet, et la nomination était confirmée par le préfet.
Le personnel de l'école se composait d'un principal et | de cinq professeurs2 ; pour obtenir un de ces postes, il fallait | être âgé de vingt-et-un ans accomplis, faire preuve de capacités, de bonnes mœurs et d'altacbement constant au gouvernement républicain. Avant d'entrer en exercice, chaque maître promettait entre les mains du maire d'exécuter et de faire exécuter ponctuellement le règlement, de n'enseigner et de ne rien laisser enseigner de contraire aux lois du gouvernement. Les professeurs devaient entretenir entre eux la plus parfaite harmonie, et avoir pour leurs élèves des sentiments paternels et des manières libérales. De temps à autre, ils se réunissaient pour conférer ensemble sur les matières d'enseignement ou sur tout autre objet de sciences et d'art. Sous peine de destitution, il leur était interdit de donner des leçons particulières ou de tenir plus de trois pensionnaires. Célibataires, ils étaient libres de loger au collège. Chaque année, avant les vacances, professeurs et principal s'engageaient par écrit à ne pas quitter l'école dans le courant de l'année suivante. Le principal s'occupait de toute la partie administrative, tenait les registres des entrées et des sorties, donnait aux parents tous les renseignements désirables sur leurs enfants ; une demi-heure avant l'arrivée des professeurs, il rassemblait les élèves; en cas d'absence d'un des maîtres, il le suppléait; enfin, toutes les semaines, il faisait une leçon de morale.
Les traitements étaient payables par trimestre et d'avance, autant que faire se pouvait, par le receveur de la commune. La somme de 9.000 francs, allouée par la ville, était répartie de la façon suivante : le principal touchait 1800 francs; les professeurs de mathématique, de rhétorique et de poésie 1G00;
1 A. I)., bureau d'administration, 3 juillet 1807. Le président rappelle que le 17 juin dernier, il a inspecté toutes les classes et interrogé dans chacune divers élèves à qui il a trouvé dans leurs réponses une preuve non équivoque du zèle et de la bonne méthode des maîtres.
'A l'origine : principal, Lansiarre; mathématiques, Dupont; rhétorique, Guisselin; poésie, Poillion ; syntaxe, Loyal; grammaire, Lorcau.
ceux de syntaxe et de grammaire 1.500. Une retenue du vingtième permettait d'assurer une retraite après vingt ans d'exercice, ou même, en cas d'infirmités graves, avant cette époque.
L'enseignement était gratuit; cependant le principal percevait et versait dans la caisse de la commune un droit d'école qui fut d'abord fixé à 36 francs par an. Du reste, le bureau se réservait d'en exempter un certain nombre d'élèves que leurs dispositions, marquées dans les écoles primaires, ou l'état de fortune de leurs parents rendaient intéressants.
L'enseignement était réglé dune manière très rigoureuse. L'emploi du temps dans chaque classe était indiqué au professeur : « chaque maître, dit le projet, donnera à peu près une demi-heure à la récitation des leçons, qu'il fera répéter luimême, une heure à la traduction et à l'explication des auteurs, et le reste à la correction des devoirs et aux différentes dictées ». « Après la traduction faite et répétée, on procédera à l'application des principes, ou de ce que l'on appelle la partie grammaticale, poétique, oratoire, selon les classes. » « Tous les samedis, matin et soir, on fera la répétition des divers objets enseignés ou appris dans le courant de la semaine. » Comme on craignait les défiances des parents en face d'un programme trop vaste, défiances justifiées d'ailleurs par les erreurs pédagogiques des écoles centrales, les membres de la commission avaient, dans leur projet, prévu les objections posssibles: « Les matières d'instruction, telles qu'elles se trouvent réparties entre les professeurs, et qui toutes sont nécessaires, pour commencer une éducation libérale, pourront au premier coup d'ceil paraître, tant par leur multiplicité que pour le fond des choses, au-dessus de la portée du plus grand nombre des élèves. Mais il faut observer d'abord que les professeurs, chacun en ce qui le concerne, pourront et devront même partager ces divers objets d'enseignement entre les classes du matin et celles du soir; seulement, ils auront attention de ne laisser passer aucun jour, sans entretenir plus ou moins leurs élèves de toutes les matières qui leur sont respectivement assignées. D'un autre côté, on sentira bien que l'esprit de l'institution présente n'est pas que l'on enseigne à fond ces matières, mais que l'on donne aux écoliers pour chacune d'elles des notions plus ou moins étendues suivant leur âge et leurs capacités. En conséquence de cette dernière observation, les professeurs seront invités à rédiger des cahiers sur chaque matière ; à défaut de cahiers, ils choisiront au moins parmi les auteurs classiques, ceux qu'ils croiront pouvoir mieux remplir le but de l'établissement, en les proposant néanmoins à l'approbation du bureau qui à cet effet pourra entendre les professeurs réunis. »
Ce qui frappe d'abord dans le plan d'études que nous i possédons, c'est l'absence des études scientifiques dans les classes de lettres. Les sciences physiques et naturelles, en dépit du grand mouvement créé par les Ampère, les Laplace et les Cuvier, restaient à peu près fermées aux jeunes générations; les mathématiques avaient peu de vogue. Par contre, les études littéraires, discréditées autrefois par les idées démocratiques, étaient relevées ; seules, elles pouvaient faire des hommes, et pour la formation des citoyens, les sciences physiques n'étaient considérées que comme un complément des humanités. Cependant toutes les branches des études littéraires n'étaient pas également cultivées : l'histoire, la géographie étaient réduites dans presque toutes les classes à une sèche énumération de noms et de dates, et nul n'avait encore senti la nécessité d'un professeur spécial. « L'histoire n'est dans l'enseignement qu'un accessoire1. » Dicter un cours d'histoire semble une profanation de tous les textes anciens et modernes, où Bossuet, Voltaire, Tite-Live, Salluste et Tacite ont traité ces matières. A quoi bon dès lors « des cahiers d'histoire » ; c'est du temps perdu, et l'étude de cette science peut se mêler plus utilement à l'explication des écrivains classiques. Faire apprendre quelques pages de Bossuet ou de Tite-Live semble donc la seule méthode acceptable2. Malgré les relations que les guerres avaient un peu brutalement établies avec les pays voisins, les langues vivantes étaient presque complètement négligées.
Par contre, le latin régnait en maître. Sans doute les classes ne se faisaient plus en latin comme chez les Jésuites ; sans doute, ce n'était plus en latin que les écoliers apprenaient le français, mais en pénétrant dans l'intérieur du collège, des inscriptions latines marquaient les différentes salles : sexta, quinta, tertia, grammatica, humanitas, poesis, rhetorica, avertissaient le visiteur de la place que tenait le latin dans les études. Dans les procès-verbaux où les professeurs consignaient les notes de leurs élèves, les oplime, les plus quam bene, les fere ou satis bene remplacent nos chiffres modernes ; le palmarès est rédigé en latin, et l'on fait des prodiges d'ingéniosité pour habiller à la romaine les personnages modernes et les matières de l'enseignement ; le conseil municipal, le
1 Homme de progrès, Poillion avait pressenti pourtant l'importance que prendrait dans les programmes futurs l'enseignement de l'histoire. Il avait rédigé lui-même un précis sommaire de l'histoire de France qui fut longtemps recherché. (II. Tiers, Biogr., p. 207.)
â A. A., liasse admin., 2.
sons-préfet se trouvent affublés des titres de magistratus Audomarensium amplissimus et de meritissimus vice prsefectus. L'hôtel de ville devient l'anla municipalis. Les termes de latina scriptio, gallica amplificatio, interpretatio, stricta aratio, litterarum exaratio désignent peu clairement pour nous les matières enseignées. Lhomond trône en place d'honneur dans toutes les divisions à côté du catéchisme. Cependant, si chaque classe comportait un exercice de traduction, les versions dictées étaient des « devoirs extraordinaires », et les thèmes étaient proscrits au moins dans les classes inférieures. Les rédacteurs du projet en donnent pour raison « qu'aujourd'hui, ce n'est plus guère pour le parler qu'on apprend le latin, mais pour entendre et goûter les auteurs qui ont écrit dans cette langue à jamais célèbre, et pour s'affermir de plus en plus dans la connaissance de la sienne propre, par la fréquente comparaison qu'on aura lieu de faire de l'une avec l'autre ». Aussi les professeurs doivent-ils apporter une attention particulière à la langue française, à la prononciation et à l'orthographe. En dépit de ces belles déclarations, en dépit de l'éclat jeté par notre littérature nationale, la langue française n'avait qu'une place secondaire, disproportionnée avec l'importance de cette étude. Dans la liste des auteurs expliqués en classe, on ne relève aucun de nos grands classiques : à peine La Fontaine est-il admis comme texte de récitation dans les classes supérieures. La division du cours de littérature par genres littéraires et non par époques semble aussi une conception assez bizarre, et peut-être un souvenir de ce qu'était cet enseignement chez les Jésuites. Enfin, l'importance attribuée à la morale et à l'instruction religieuse devait calmer les préventions de certains parents contre l'éducation donnée autrefois dans les écoles centrales ; le catéchisme du diocèse était appris et commenté dans toutes les classes et Lansiarre, dans un prospectus, parle de la « boussole divine qui seule doit guider la raison ».
Dans la quatrième classe ou classe de grammaire, on étudiait les rudiments des langues française et latine, les éléments de la morale, de la géographie et de l'histoire. Après deux mois consacrés aux éléments de la langue française, et deux autres mois pendant lesquels on menait parallèlement l'étude du français et du latin, les élèves passaient à l'explication d'un auteur, que l'on continuait jusqu'à la fin de l'année. En morale les écoliers étudiaient la première partie du catéchisme de Fleury, en histoire les événements les plus remarquables de l'histoire ancienne, tant sacrée que profane, en géographie des notions préliminaires, pour lesquelles on prévoyait la né-
cessité de cartes. Les auteurs latins, parmi lesquels le professeur faisait un choix avant les vacances, étaient l'Appendix de diis, les Colloques d'Erasme (expurgés, avait ajouté Fourcroyennote), le Selectae e veteri testamento, les extraits de Sulpice-Sévère.
Dans la classe de syntaxe, on continuait l'étude du latin et du français ; on commençait celle du grec1. Le cours de littérature comprenait la poésie pastorale et l'apologue ; celui de morale, les vérités énoncées dans la deuxième partie du petit catéchisme de Fleury; celui de géographie, la géographie ancienne et surtout l'empire romain ; celui d'histoire, les principaux faits de l'histoire romaine depuis la fondation de Rome jusqu'à la chute de l'empire d'Orient, l'application de la mythologie aux sujets traités par les écrivains. Les auteurs latins étaient dans cette classe : Eutrope, Aurelius Victor, Cornélius Nepos, Lucius Florus, et quelques fables choisies dans les deux premiers livres de Phèdre.
Dans la classe de poésie, on ajoutait l'étude des règles de la versification française et latine, non pour former des poètes (le professeur ne faisait pas faire de vers ou n'en faisait faire que très peu), mais pour mettre les élèves à même de mieux goûter les ouvrages de poésie. Les leçons de grammaire avaient pour objets les tropes ou figures de mots ; celles de littérature, la poésie didactique, dramatique et satirique; celles de morale, la première partie du grand catéchisme de Fleury; celles de géographie, la France ; celles d'histoire, l'histoire moderne et particulièrement la France. On traduisait quelquesuns des auteurs suivants : en prose, Qninte-Curce, Salluste, César, des extraits des ouvrages philosophiques de Cicéron ; en poésie, quelques fables de Phèdre, des extraits des comédies de Térence, des Métamorphoses d'Ovide, des Bucoliques et des Géorgiques de Virgile, l'Art poétique d'Horace.
La rhétorique était consacrée particulièrement à l'étude de la littérature et de l'art oratoire, desprincipes de la logique, de la grammaire générale et raisonnée. En littérature, on étudiait la poésie épique et les genres en prose ; en morale, la deuxième partie du grand catéchisme de Fleury ; en géographie, la géologie du globe ; en histoire, dos extraits de l'Histoire universelle de Bossuet. Le professeur était libre de choisir parmi les auteurs latins suivants : oraisons de Cicéron, extraits de ïite Livc, de l'Enéide, poésies d'Horace. De plus, les élèves étaient exercés de temps en temps à la composition, à l'analyse, à la discussion.
1 Jusqu'en octobre 1807, cet enseignement ne l'ut jamais organisé. (Feuille de Saint-Omer, n9 35, p. 3.)
Les professeurs ne manquaient pas de profiter de toutes les occasions favorables qui se présentaient « pour inculquera leurs élèves cette précieuse connaissance qui est proprement la science de l'homme de tous les âges, de tous les temps, de tous les pays ». Ils s'attachaient à leur en inspirer le goût, à la leur faire pratiquer ; le professeur de mathématiques luimême ne perdait pas la morale de vue. Pour celte dernière classe, en mathématiques, le cours comprenait les quatre premiers volumes des éléments de Lacroix, en physique, les propriétés générales et secondaires des corps.
Chaque professeur faisait par jour deux classes de deux heures que le portier annonçait au son de la cloche. A un premier coup1, les élèves, réunis dans la petite cour extérieure, se rassemblaient dans leurs classes respectives2 ; pendant une demi-heure, dans le plus profond silence, sous la surveillance du principal, ils repassaient leurs leçons. Un tintement prolongé appelait les professeurs. En hiver, du 17 frimaire au 1er germinal, le matin, le premier coup de cloche sonnait à huit heures, le seconda huit heures et demie ; pendant le reste de l'année, les exercices étaient avancés d'une demi-heure. L'après-midi, la classe commençait à deux heures. Elle finissait toujours le matin à dix heures et demie, le soir à quatre heures et demie, sauf pendant les mois de frimaire, nivôse, pluviôse et ventôse où la sortie avait lieu à quatre heures. Dans les froids excessifs, le principal abrégeait 'quelquefois la durée des classes. En dehors de ces heures, des études avaient lieu le matin de onze heures à midi ; le soir de cinq heures et demie à sept heures et demie en été, en hiver, de cinq à sept.
Les congés extraordinaires étaient accordés par le bureau d'administration3. Les dimanches et jours de fêtes chômées,
1 Sur ce rôle de la cloche dans la vie scolaire de l'époque, v. les vers déclamés aune distribution des prix par Lœuillieux:
Tous les jours la cloche importune, A des heures fixes, sonnait ; Ainsi le voulait la fortune ; Sans cesse elle me tourmentait Et cette cloche impitoyable, Chaque matin me réveillait, Lorsque d'un repos délectable Mon corps à jouir se plaisait...
Cloche, on ne veut plus de tessons.
2 Seuls, les élèves de mathématiques n'entraient en classe qu'avec leur professeur.
3 Les grandes vacances s'étendaient généralement du début de fructidor à la fin de vendémiaire ou au commencement de brumaire. A Pâques les élèves avaient huit jours de congé. (A.D., bureau d'administration, lfcr germinal an XII.)
les élèves, réunis par leurs maîtres, étaient conduits aux exercices du culte dans les paroisses, jusqu'au jour où une chapelle fut installée dans rétablissement1. Les jeudis de chaque semaine « il sera congé tout le jour » dit le règlement; plus tard, au lieu d'un joui- entier, on accordera deux aprèsmidi par semaine, le mardi et le jeudi. Les punitions étaient à la disposition des professeurs, mais ils étaient invités à n'en point employer d'autres que les privations momentanées de marques d'amitié, des surcroîts de travail ou les arrêts ; pour les élèves indociles ou insolents, le bureau était chargé de prononcer leur exclusion. L'émulation était le sentiment, auquel les maîtres s'adressaient particulièrement ; non seulement se distinguer aux yeux de leurs condisciples, mais briller devant les autorités municipales et administratives, briller devant des étrangers était l'ambition de tous, professeurs comme élèves. De là l'importance donnée aux exercices publics, de là la pompe des distributions de prix.
Outre les compositions particulières que les professeurs faisaient faire toutes les semaines, vers la fin de l'année, des « compositions générales » étaient données et jugées par les membres du bureau, de concert avec les professeurs de l'école. A Pâques avait lieu un examen dont le compte-rendu était envoyé au préfet. Des exercices publics sur toutes les matières de l'enseignement précédaient la distribution des prix. <( Les amis de l'éducation et de la littérature étaient priés de venir encourager et interroger une jeunesse intéressante par ses efforts-. » Dans les premières années, le général sénateur, les deux autres généraux de Saint-Omer, le souspréfet et le maire tenaient à assister à cet examen. Plus tard le résultat en fut imprimé pour être remis aux familles le jour des prix; non seulement tous les élèves prenaient part à celte lutte, mais des lettres C , S., D., F.3, à la suite du nom de chaque lauréat indiquait la qualité de l'écolier l. La Feuille de Saint-Omer annonçait ces séances et en profitait pour l'aire l'éloge de l'école et de son personnel5 : « les exercices publics ont commencé hier au collège de cette ville; ils continuent aujourd'hui et les jours suivants. C'est par la classe de grammaire que s'est ouverte la séance. M1 Cleuet, qui en est le professeur, a été bien dédommagé des peines qu'il se donne
1 A. M., CM., 4 el 11 frimaire an XII, n<- 1.-188 et 1.509.
2 Feuille de Saint-Omer, 1807, n<> 29.
■f Collège, Séminaire, Delvar, Lefebvre.
4 V. A. A., 1813, par exemple.
b Feuille de Saint-Omer, 5 août 180'J.
tous les ans, par les justes éloges qu'ont mérités ses élèves. M1' Loreau, professeur de syntaxe, verra aussi figurer aujourd'hui avec succès les jeunes gens de sa classe ; il jouira de leur triomphe, et ce sera pour lui la plus helle récompense. Lundi matin, les exercices auront lieu en poésie. Les écoliers de cette classe soutiendront leur réputation, acquise sous leur ancien professeur. Lundi soir, les amateurs de belles-lettres interrogeront avec intérêt les élèves de M1' Guisselin, professeur de rhétorique ; les réponses de ceux-ci honoreront sûrement les talents du professeur. La séance sera mardi matin dans la classe des mathématiques, dont Mr Podevin est professeur; là, comme ailleurs, on aura de justes éloges à donner: le zèle qu'apporte Mr Podevin dans l'exercice de ses fonctions garantit d'avance le succès de ses élèves. Jeudi, à cinq heures du soir, une pièce de délassement sera représentée par les écoliers dans une des salles du collège1. » Ainsi on faisait revivre les exercices publics et les représentations dramatiques à la mode sous l'ancien régime au collège français. D'après Poillion, ces récréations littéraires, outre leur effet moral et éducateur, servaient à entretenir le goût pour le beau et poulies éludes antiques. Après les exercices littéraires avait lieu la distribution des prix; cette cérémonie se passait avec une solennité dont n'approchent pas nos distributions de prix actuelles. A deux heures de l'après-midi, les élèves, rassemblés dans l'intérieur du collège, sortaient drapeaux déployés, précédés de la musique de la garde nationale et de tambours. Escortés du principal, des professeurs et des maîtres de l'école, ils se rendaient processionnellement jusqu'à la souspréfecture; après y avoir pris le sous-préfet, ils gagnaient L'hô tel-de-ville au son des tambours. Le maire, accompagné de ses adjoints, accueillait le cortège aux portes de la maison de ville. Après les discours d'usage et la proclamation du palmarès, suivie ordinairement de couplets récités ou chantés par un élève, le cortège se reformait dans le même ordre, et dans les rues de Saint-Omer, aux acclamations des habitants, c'était en quelque sorte ce une marche triomphale des jeunes couronnés- ».
Enfin, le pensionnat, prévu par le projet de Saupique et de Défiance avait été, pour une période de dix ans, accordé à Lansiarre et à Poillion. Ils étaient tenus aux réparations locatives et n'avaient aucun recours contre la commune, si
1 En 1807, Philoctète et l'abbé de l'Epée; en 1808, Zaïre et les Frères à l'épreuve, drame de Pelletier-Volmerange ; en 1810, le Siège de Calais.
2 Feuille de Suint-Omer, 1807, n° 31, p. 9.
leur institution ne prospérait pas. En cas de mort de l'un d'eux, l'autre était libre de le garder seul. On y acceptait des internes à partir de l'âge de sept ans. Remplacer les parents en témoignant aux jeunes gens toute la bonté et toute la tendresse d'un père, gagner la confiance des élèves par des exhortations à s'ouvrir à leurs maîtres sur toutes les difficultés qui leur rendraient l'étude laborieuse et pénible; former leur caractère, en leur recommandant la complaisance à l'égard de leurs camarades, la politesse, la franchise, l'exactitude, l'obéissance à leurs supérieurs, la propreté dans la chambre particulière qui leur était accordée, en un mot, veiller à l'éducation, tel semble être le premier souci des directeurs du pensionnat'. Les jeux de hasard, les échanges d'effets sont interdits; et la religion étant « la première de toutes les sciences, la base de toutes les vertus sociales, la sûreté et le soutien des empires », on exige que les élèves y donnent toute leur étude, qu'ils observent exactement les devoirs qu'elle impose. Cependant l'instruction n'est pas négligée : levés à cinq heures et demie en été, à six heures en hiver, les pensionnaires sont réunis pendant le jour dans des salles, où ils sont surveillés par des maîtres d'études, à raison d'un par vingt-cinq élèves. Ceux-ci veillent aux bonnes mœurs et à l'instruction. Ils2 «font aux internes la répétition des objets enseignés dans leurs classes respectives; ils les aident dans ce qu'ils ont trouvé de difficultueux et dans les matières que le défaut de temps a empêché de développer, ou qu'une inattention, une distraction passagère leur a fait perdre ». Tous les pensionnaires indistinctement ont droit à des leçons d'écriture et d'arithmétique : on leur apprend la tenue des livres et autres connaissances essentielles pour former l'homme d'affaires et le commerçant. La langue anglaise, dont l'utilité est de plus en plus manifeste, leur est enseignée par les directeurs eux-mêmes, qui, ayant vécu quelques années en Angleterre, veulent épargner à leurs élèves les frais d'un maître étranger. « Ce sont des leçons qu'on leur donne d'amitié. » Dès qu'ils y sont autorisés par leurs parents, on permet aux pensionnaires de prendre « tics maîtres d'agrément ». Dessin, musique et danse leur sont enseignés par les meilleurs professeurs de la ville, qui viennent, en dehors des heures de classe « satisfaire les différents goûts des élèves ». D'autre part, des cours préparatoires sont destinés aux enfants qui ne sont pas encore de
1 A. A., 1813, n" 100. Règlement pour les pensionnaires. An XII.
2 A. A., Liasse administ. 4. Pensionnat du collège français, 2 septembre 1S0G.
force à suivre les classes de l'école. Le prix de la pension avait été fixé d'abord à cinq cents francs, plus tard à quatre cent cinquante francs.
Avec une organisation aussi minutieusement établie, avec toutes les précautions prises pour calmer les inquiétudes des parents, l'école secondaire avait toutes les chances pour réussir, d'autant que les encouragements venus de haut, les félicitations officielles ne lui manquèrent jamais dans les premiers temps de son existence. On sent la préoccupation de rehausser le prestige de cet établissement, d'établir solidement sa réputation dans l'esprit des habitants de la ville et des environs.
Dès l'ouverture de l'école, le maire constate que le souspréfet a comme lui à cœur que le collège rivalise avec ce qu'il y a de mieux en ce genre, et qu'ils n'omettent rien ni l'un ni l'autre pour atteindre ce but désirable ; aussi, comme les personnes qui se consacrent à l'enseignement public ne sauraient être entourées de trop de considération, et que le maire d'Arras a obtenu de l'évoque une nomination de chanoine honoraire pour le principal de son collège, il le prie de solliciter pour Lansiarre la même distinction1. Le sous-préfet joint sa demande à celle du maire2, et le 9 thermidor celui-ci remerciait l'évêque du témoignage d'intérêt qu'il venait de donner à l'instruction publique3. On espérait, par l'honneur conféré au principal, grandir aux yeux des habitants l'importance du collège ; de plus c'était rassurer les parents catholiques, en leur montrant la bienveillance de l'autorité ecclésiastique pour la nouvelle école.
Dans la suite, les témoignages d'intérêt ou de satisfaction se multiplient. Le 14 messidor an XIII, le sénateur Jacqueminot se rend à l'école; il témoigne son contentement pour la tenue des classes, l'instruction des élèves, l'état intérieur de l'établissement*. Bureau d administration, maire, sous-préfet, préfet prennent à l'envi intérêt aux études, aux progrès des élèves, au zèle des professeurs, aux résultats obtenus. Dans presque toutes ses séances, le bureau d'administration rend compte de l'état satisfaisant ou prospère du collège5. Le souspréfet assiste à la distribution des prix en l'an XII ; il visite l'école, il parcourt les chambres des pensionnaires où il
1 A. M., CM., n° 1.160.
2 A.D., corresp. du sous-préfet, n° 4.110.
3 A.D., corresp. du sous-préfet, n° 4.189.
4 A.D., bur. d'adm., 15 messidor an XIII.
6 Par exemple, 6 frimaire, 13 nivôse, 15 messidor an XIII. (A.D.)
reconnaît partout « une grande propreté et salubrité » ; la nourriture lui parait bonne, les beures d'études bien réglées, les devoirs religieux observés selon les vœux des parents ; dans les classes, il interroge les élèves et se déclare satisfait de leurs réponses ainsi que de l'instruction qui leur est donnée1. On sent qu'il n'agit pas ainsi uniquement pour se conformer aux ordres de ses chefs, mais aussi parce qu'il a plaisir à suivre le développement de l'école ; dans sa correspondance avec le préfet, il ne manque pas de constater son contentement : « Cette école continue de prospérer ; les professeurs jouissent de la plus entière confiance et cherchent à s'en rendre dignes2. » Et le préfet souligne ces éloges: « cette école va très bien ; prier le sous-préfet d'offrir mes félicitations3 ». Le 30 messidor, c'est aux membres du bureau que le sous-préfet témoigne sa satisfaction pour leur zèle et pour la manière dont ils dirigent l'école4. De jour en jour, le collège gagne la confiance des familles ; les professeurs méritent pour leur constante application à instruire la jeunesse5 de justes éloges et la bienveillance des autorités constituées0. L'ordre et la plus active émulation régnent parmi les élèves" qui sont instruits avec soin8. En 1806, le préfet témoigne combien il a été satisfait des résultats de l'examen du 21 avril11.
Mais les chiffres sont là pour affirmer que la prospérité de l'école n'existe que dans les rapports officiels. Tous les mois, le bureau d'administration relève l'effectif scolaire, et c'est avec joie qu'il constate une augmentation dans le nombre des élèves l0. Cette joie ne lui fut pas donnée pendant longtemps; en l'an XII l'école comptait soixante-dix-neuf élèves dont trente pensionnaires ; dans les années suivantes, la population varie entre cent quatre et cent treize élèves, sans jamais pouvoir dépasser ce chiffre. En 1807, une diminution sensible se fait sentir; on ne compte plus que quatre-vingt-treize élèves, dont cinquantesix pensionnaires. Le principal s'en émeut; il croit trouver la cause de cette diminution dans ce fait que les parents, empresses
1 A.D., corresp. du sous-préfet, 19 prairial et 2 germinal an XIII.
- A.D., 7 floréal an XII.
3 A.D., 24 messidor.
'• A.D., corresp. du sous-préfet, n° 9.823.
5 A.D., corresp. du sous-préfet, M brumaire an XIII.
8 A.D., corresp. du sous-préfet, 26 mais 1806.
7 A.D., bur. d'adm., 7 janvier, 10 décembre IS0G.
s A.D., corresp. du sous-préfet, 9 juillet 1807.
" A.D., bur. d'adm., 11 juillet 1806.
10 lir prairial an XIII, deux nouveaux externes.
de procurer un état à leurs enfants, les retirent sans plus de réflexion, avant (pie ceux-ci aient achevé le cours de littérature ou celui de mathématiques1. Le sous-préfet cherche une autre raison et arrondit de helles périodes : « la diminution dans le nombre desélèves est due aux circonstances de la guerre. La conscription est aussi un obstacle aux progrès de l'instruction ; elle empêche le cours des études. Cet obstacle est dû à la situation dans laquelle nous nous trouvons. Lorsque la Fiance en aura imposé à ses ennemis, nous y verrons fleurir sous le règne du plus grand des héros les arts et les sciences2.» Le préfet ne se laisse pas prendre à ces belles phrases : prosaïquement et ironiquement il note: « bien, cependant la conscription ne doit pas enlever d'élèves3». Lansiarre était plus franc dans ses aveux : « la carrière que nous parcourons est pénible, écrivait-il au préfet1, mais la justice, que vous vous êtes plu à nous rendre jusqu'à ce jour, dissipe les dégoûts et nous fait surmonter les obstacles que l'insouciante indulgence des parents sème sous nos pas ». Le découragement du principal s'explique ; l'école secondaire n'avait pas donné les résultats espérés ; en 1808 l'effectif tombait à quatre-vingt-un dont quarante-trois pensionnaires5; le préfet mécontent notait: « quatre-vingt-un, c'est bien peu». En dépit des éloges dithyrambiques des membres du bureau sur la parfaite harmonie qui réunissait tous les professeurs et les dirigeait vers le bien public et les progrès de l'instruction0, sur la conduite, la bonne tenue et les connaissances des élèves7, l'école se débattait au milieu de graves difficultés, qui compromettaient sérieusement sa prospérité. Ce n'était pas seulement à l'extérieur, dans l'exigence de la loi militaire, dans l'indifférence des parents ou dans leur hâte à faire prendre un métier à leurs enfants qu'il fallait chercher les causes du peu de succès du collège; c'était surtout à l'intérieur, dans des affaires graves, qui reçurent souvent une publicité fâcheuse, et tout d'abord dans les questions financières.
Les premiers, les professeurs eurent à souffrir de ces difficultés. Leurs traitements, d'abord irrégulièrement payés,
1 A.D ., bur. d'adra., 3 mai 1807.
5 A.D., 12 mois 1807 et bur. d'adm., 7 avril.
3 Cependant il convient de noter qu'à cette époque la conscription a! teignait lesjeunes gens de 19 ans, que de plus les élèves du collège étaient presque tous très âgés. Sous Poillion, ils ne faisaient leur première communion que vers 13 ans et ne recevaient la confirmation qu'à 15.
4 A.D, 4 juin 1807.
5 A.D., bur. d'adm., 5 janvier 1808.
6 A.D., bur. d'adm., 11 juillet 1807.
7 A.D., bur. d'adm., 5 frimaire an XIV.
lurent bientôt réduits; enfin, pendant quelques mois le paiement en fut même suspendu. Le bureau d'administration et la municipalité semblent avoir, presque jusqu'à la fin, défendu les droits des professeurs; au contraire le gouvernement, qui de plus en plus tendait à prendre en main la direction des collèges, ou tout au moins à la soumettre à un contrôle sévère, paraît avoir cherché à rompre les engagements pris entre la Commune et les professeurs de son école. Ceux-ci, qui déjà sentaient peser sur eux la lourde main de Napoléon, se résignèrent, non sans réclamer ; un seul, Dupont se révolta et quitta bruyamment l'enseignement.
Dans les premières années, ce ne sont encore que des réclamations pour un manque de régularité dans les paiements. Le règlement de l'école secondaire portait que « les traitements des maîtres étaient payables par trimestre et d'avance, autant que faire se pourrait ». La règle ne tarda pas à devenir l' exception. Dès l'an XIII, chaque trimestre, en frimaire, en pluviôse, en germinal, en messidor, le directeur, doit au nom de son personnel, rappeler au maire les promesses de la municipalité et le prier de faire expédier des mandats sur le trésorier de la ville'. Parfois les deux tiers d'un trimestre, parfois les trois mois entiers sont écoulés, et les professeurs n'ont encore rien touché de leurs honoraires. Très conciliants en général, les professeurs du collège acceptaient ces retards sans se plaindre. La même année, un coup plus sensible vint les frapper. Brusquement, une décision du gouvernement réduisit les traitements; par décret impérial daté de Milan le 17 prairial an XIII, Napoléon, sur le rapport du minisire de l'Intérieur, décidait - « qu'il ne serait alloué pour supplément de traitement aux professeurs que 4.000 francs, ce qui avait été accordé de plus en l'an XII n'ayant élé demandé par le préfet que pour celte année seulement ». Les professeurs réclament par la voie hiérarchique, et le minisire de l'intérieur promet de joindre celle pétition au budget de l'an XIV, afin que l'empereur puisse prendre une décision sur la question3. En 1806, la même difficulté se représente; le préfet ne veut pas approuver l'article -11 du budget de la ville relatif aux professeurs de l'école secondaire ; leur traitement lui semble trop élevé. En vain le conseil municipal allègue que « jaloux de réunir des talents, de donner aux élèves des
1 A. M., Lettres de Lansiarre, 8 frimaire, 28 pluviôse, de Poillion,
8 germinal, 1er messidor.
» Article VI.
3 AD., le préfet au sous-préfet, 9 frimaire an XIV.
maîtres éminents, il a cru devoir payer généreusement le mérite » ; en vain, il montre que dans les budgets antérieurs à Tan XII une somme de 8 000 francs a été admise pour le traitement des maîtres, et que dans la reproduction de ce vœu pour les années XIII et XIV il n'y a aucune innovation de la part de la commune.
Les professeurs s'inquiètent1. Guisselin, au nom de ses collègues, adresse un mémoire au ministre de l'intérieur2. Il y montre l'état des professeurs bien tranquilles et sûrs de toucber régulièrement leurs traitements. La seconde année, le gouvernement réduit de la moitié les crédits alloués au collège ; on explique au maire que le surplus sera payé par le prix des pensions et la rétribution des élèves. Peu importe aux professeurs dans quelle caisse on prend l'argent qu'on leur destine. Mais ils ne touebent rien ; et c'est au moment, où ils se proposaient de demander une augmentation à cause de la cherté des vivres, qu'ils sont victimes de cette diminution, imposée, prétend-on, par le ministre des finances. Guisselin indique que la municipalité soutient les professeurs; le maire est convaincu qu'il est impossible de donner moins à des professeurs qu'à des employés dans les octrois ou dans les droits réunis. Le conseil de la commune, la ville entière souffrent de voir les professeurs non payés ; tout le monde est surpris de celte prétendue réduction, et Personne3, juge à Saint-Omer, se demande en envoyant le mémoire à Dumoncbet, chef de bureau de l'instruction publique, si les professeurs ne vont pas intenter un procès au gouvernement ; il cherche déjà un avocat, dans tous ceux qu'il a connus à Paris, lorsqu'il était membre de la Convention nationale et du Conseil des Anciens.
Les professeurs étaient moins belliqueux; ils connaissaient trop bien la fable du pot de terre et du pot de fer. A lutter contre le gouvernement, ils savaient qu'ils avaient tout à perdre et rien à gagner. Ils se contentèrent de réclamer respectueusement. Bientôt le ton de leurs plaintes devient plus pathétique. En effet, il ne s'agissait plus seulement de diminution, mais de suspension de traitement. Depuis le 1er janvier 1806, ils n'avaient rien touché; de l'année précédente un trimestre leur restait dû, et l'on était à la fin de juillet. Certains, comme Guisselin, étaient pères de famille et sans aucune fortune personnelle ; dans l'impossibilité de trouver
1 A. M., D.M., 7 mars 1806.
3 Celait le beau-père de Guisselin.
ailleurs des ressources, ils attendaient pour vivre le paiement de leurs honoraires. Les malheureux ne savent plus à qui se recommander ; ils s'adressent au bureau d'administration qui, convaincu de la justesse de leurs doléances, mais impuissant, transmet un extrait de sa délibération au maire de Sainl- Omer1. Ils s'adressent au maire comme à leur protecteur; ils se font humbles, ils promettent de finir l'année avec leurs élèves, de ne se départir en rien du zèle qu'ils ont toujours montré ; ils espèrent que, d'après les promesses faites par les autorités locales qui les protègent, elles trouveront des moyens de les dédommager ; ils affirment ne pouvoir remettre leurs intérêts en de meilleures mains5. Impuissant, le maire écrit au préfet. Par la plume de Poillion, ils s'adressent à l'inspecteur: avant de « le laisser sortir de l'enceinte de la ville », ils s'autorisent de sa bienveillance pour le prier de les appuyer de son crédit auprès de Fourcroy ; ils lui montrent que certains, forts des engagements des magistrats de la ville, du district et du département, sanctionnés et approuvés par le gouvernement, n'ont pas hésité à renoncer à d'autres avantages, pour se consacrer à l'enseignement; ils le font juge « des angoisses dans lesquelles ils se trouvent3 ». A toutes ces plaintes, le préfet répond par une note très sèche1. « Le retard de paiement des professeurs provient de celui du renvoi du budget. C'est au maire à trouver le moyen de faire des avances, p Dans ce dédain méprisant, on sent que le temps n'est pas loin, où les professeurs seront, comme les officiers, soumis à la discipline de fer de l'université impériale.
Les professeurs furent payés ; mais la réduction de leurs traitements fut maintenue ; le directeur et le professeur de belles-lettres ne touchaient plus que 1.300 francs; les professeurs des première, deuxième, troisième, quatrième elasses et celui de mathématiques n'avaient que 1.200 francs ; celui des cinquième et sixième cours 000 francs. On avait laisse espérer aux professeurs que le droit d'école leur fournirait un supplément de traitement. Bientôt, leur espoir fut déçu. En 1806, les professeurs avaient été autorisés à se partager entre eux le droit d'école perçu sur les élèves externes, d'après l'arrêté du 10 vendémiaire an XII. Le 10 août 1807, le principal demande à Wattringue, maire par intérim, si la chose a encore lieu avec le même mode de répartition5. Le
1 A.D., bur. d'adm., 11 juillet 1806.
8 A.C., lettre des professeurs, 21) juillet 1800.
3 13 juillet 1806.
« A.D., bur. d'adm., 11 juillet 1806.
5 A.D., 10 août 1807.
20 août, In réponse arrive, décourageante pour l'avenir, inquiétante pour le présent : par un arrêté du 20 avril , le ministre de l'intérieur avait décidé que « les rétributions des élèves ne seraient point portées au budget, mais qu'elles seraient comprises en recettes par l'administration de l'école, et que la somme demandée pour satisfaire aux dépenses de cet établissement serait réduite d'autant », telle était la volonté de l'empereur. De ce texte, il résultait clairement que le produit du droit d'école ne faisait plus partie du traitement des professeurs, mais devait être employé aux dépenses intérieures1. L'avenir était désespéré; on essaya de sauver le présent. La lettre ministérielle ne datait que d'avril ; elle ne traitait que de la forme du futur budget de 1808 ; on pouvait en conclure que pour 1807, ou tout au moins pour les cent dix premiers jours de l'année, le droit d'école revenait encore aux professeurs, l'arrêté ne pouvant avoir d'effet rétroactif. Le maire n'ose cependant prendre sur lui la solution de la question2; le préfet consulté croit à la nécessité d'une autorisation ministérielle3 ; le 1er septembre, il conclut que l'arrêté doit avoir sa valeur dès 1807 v. Les professeurs adressent au gouvernement une pétition dans laquelle ils se plaignent de la rétroactivité du décret ; on leur répond qu'on ne peut s'autoriser de ce qui s'est fait l'année précédente ; l'empereur est libre dans l'examen des budgets, de modifier, d'augmenter, de supprimer à son gré5. Il était difficile de marquer plus nettement l'omnipotence de Napoléon dans le gouvernement des communes ; les professeurs sont à la merci des caprices de l'empereur. Tous se soumirent ; un seul se révolta.
Le 13 octobre, Dupont, professeur de mathématiques, ancien officier d'artillerie, adressa à Wattringue une lettre énergique et fière6 : « N'ayant point de fortune, et ne pouvant compter pour ma subsistance sur un emploi dont le traitement m'a toujours été payé arbitrairement, j'ai l'honneur de vous prévenir que je cesse de faire mes classes de mathématiques à l'école secondaire communale de cette ville. » On le considéra comme une forte tête ; on ne le regretta pas. « M1 Dupont n'est point une perte, écrivait le maire, il ne remplissait
1 A.D., 20 août 1807.
2 A.M., CM., 20 août 1807, n» 1.701.
3 A.D., 25 août 1807.
* A.M., CM., n° 1.724.
5 A. M., CM., no 1.880.
nullement les vues ni les intentions de l'administration. » On lui prouva, chiffres à l'appui, qu'il avait toujours été régulièrement payé, que son assertion était dénuée de fondement. Ses collègues, peu soucieux de se compromettre avec un fonctionnaire aussi peu docile, témoignèrent que jusqu'au 1er janvier 1807, le droit d'école avait toujours été réparti entre eux1. On se hâta de terminer cette contestation en nommant un successeur à Dupont-. Par leur soumission aux ordres du gouvernement, les fonctionnaires étaient prêts pour le régime militaire que Napoléon allait bientôt leur imposer.
Les élèves, eux aussi, eurent à souffrir de ces difficultés financières, aussi bien dans l'augmentation du droit d'école, que dans la diminution des crédits alloués pour les prix. Dans toutes ces questions, on sent une certaine hostilité de la municipalité qui paraît craindre de se laisser entraîner à des dépenses exagérées, en même temps que les empiétements de jour en jour plus grands de l'Etat sur la direction des finances de la ville.
Le règlement portait que chaque élève paierait une rétribution de 36 francs par an. Dès l'an XII, probablement pour attirer dans l'école un plus grand nombre d'élèves, on en avait exempté les pensionnaires, et pour les externes, le montant de ce droit, avait été réduit à 1 fr. 50 par mois3. Mais ce droit ne s'étant pas élevé à la somme de 1.600 francs comme on l'espérait, il en était résulté un déficit de 229 francs dans les traitements des professeurs et du directeur. Aussi, sur la proposition d'un de ses membres, le bureau arrêta, qu'à dater du 1er nivôse an XIII, chaque élève externe paierait 2 francs par moisv. Comme le gouvernement se réservait le contrôle de tous les actes du bureau d'administration, cette délibération dut être approuvée par le conseiller d'état, directeur général de l'instruction publique5. En 1806 nouvelle
1 A.D., 16 novembre 1807.
2 Le gouvernement tint rigueur à Dupont de son acte. Lorsque en 1810, il sollicita d'ouvrir un cours de mathématiques à Saint-Oraer, te rapport du maire fut très défavorable: « la moralité de ce particulier est loin d'être brillante; l'on a accepté bien volontiers sa démission à l'école secondaire de cette cité; confondu dans la classe des citoyens, sa conduite a été moins honorable Un établissement particulier de ce genre
ne peut présenter aucun avantage réel, attendu epic cette ville offre les ressources nécessaires dans les établissements publics ». (A. M., CM., 18 juillet et 18 août 1810.) Le recteur refusa l'autorisation (30 août et 21 septembre).
3 A.D., bur. d'adm., 5 pluviôse an XII cl A. M., CM., 30 ventôse.
4 A.D., bur. d'adm., 8 brumaire an XIII.
5 A.N., F, 03.001 et lettre du sous-préfel au maire, 17 frimaire.
augmentation : la rétribution de 2 francs paraît insuffisante, à cause des Irais occasionnés dans les classes par les externes; à partir du Ier avril, le droit d'école sera donc de 3 francs par mois, comme à Arras1. Ces variations constantes dans le tarif de renseignement, cette augmentation du droit d'école n'étaient pas sans inquiéter les familles.
En même temps, la municipalité cherchait à économiser sur les livres de prix. Nous avons conservé la liste des ouvrages proposés pour 1800 ; bien peu aujourd'hui trouveraient grâce auprès de nos écoliers : le Petit Carême de Massillon, les Dialogues des Morts, les Preuves de l'Existence de Dieu par Fénelon, quelques descriptions d'animaux par Buffon n'intéresseraient plus guère des élèves de sixième ou de cinquième. Les Caractères de la Bruyère, la Morale en action, la Mort d'Abel sembleraient bien austères à des élèves de seconde, et des rhétoriciens d'aujourd'hui ne trouveraient plus aucun charme aux chefs-d'œuvre d'éloquence tirés des œuvres de Bossuet, Fontenelle et Thomas, à la Henriade de Voltaire ou aux Géorgiques de Virgile. Et pourtant, tous ces ouvrages paraissaient trop luxueux à la municipalité. Les frais d'une distribution des prix lui faisaient craindre un détieit dans son budget, et l'on sent dans la correspondance du maire et de l'adjoint le désir de se tirer d'affaires, en dépensant le moins possible. Il y a là un marchandage, qui nous semble aujourd'hui manquer de dignité ; il est vrai que la ville avait des excuses très légitimes. Dès le mois de juin, les professeurs avaient dressé la liste des livres destinés à être donnés en prix5 et en juillet, la note était remise à la municipalité. Leroy, adjoint au maire est épouvanté du nombre considérable d'ouvrages demandés ; la confiance des professeurs, remarque-t-il ironiquement, fait honneur à la générosité du maire ; mais l'économie qui a présidé à la confection du budget ne peut manquer d'y mettre des bornes; la somme des livres s'élève à plus de 414 francs ; et il faut faire imprimer des programmes et la liste des prix; il faut établir un théâtre, payer des musiciens pour rendre la cérémonie plus solennelle. Le maire ne dispose que de 500 francs, et l'école de dessin, les écoles des Frères et des Ursulines ne peuvent se passer de prix; c'est même dans des écoles d'enfants que l'émulation a le plus besoin d'être stimulée par des récompenses. Leroy propose donc, vu la pénurie des fonds, de réduire la somme demandée par les professeurs3. La lettre de
1 A.D., bur. d'adm., le' avril 1806.
! A.D., bur. d'adm., 3 juin 1806.
3 A. M., Leroy au maire, 18 juillet 1806.
Brusle-Baubcrt, qui constate que les bornes du budget ne lui permettent pas de disposer de plus de 250 francs pour les prix de lecole secondaire, compris frais de musiciens, illuminations et même dépenses de la salle1, plonge dans la consternation tous les professeurs ; le temps presse, on touche à l'époque des vacances. La proposition de faire payer l'impression des programmes par les directeurs du pensionnat ne reçoit pas meilleur accueil. Poillion n'hésite pas ; le jour même, il taille la meilleure de ses plumes ; il fait appel à ses souvenirs de Cicéron, pour plaider avec émotion la cause des élèves et la sienne propre- : ce Je vous ai dit, Mr le Maire, que vos collègues, administrateurs du collège, vous recommanderaient nos nourrissons communs. Que n'avons-nous un des vôtres ? Il dirait à son papa : serons-nous privés des récompenses que nos maîtres nous ont promises et que notre travail d'une année entière nous ont méritées ? Mais nous avons les enfants de vos concitoyens. Ils sont les vôtres. N'allons pas les décourager. Ce serait les perdre. » Pour les programmes pourrait-on assujettir les professeurs à faire les frais de ces annonces, lorsqu'ils sont « depuis un an sevrés de leurs traitements ». Subtilement, Poillion prouve que ces dépenses ne regardent pas non plus les directeurs du pensionnat : « les pensionnaires perdent ce titre dès lors qu'ils sont confondus avec les externes ; les récompenses que l'on décerne à tous ces élèves et les accessoires des récompenses les regardent tous indifféremment ». La lettre était habile et éloquente; elle ne put convaincre le maire. Lansiarre et Poillion suppléèrent à ce qui manquait pour rendre la distribution complète. L'année suivante, le crédit pour les prix était même réduit à 226 francs, avec l'obligation de choisir et d'acheter les livres chez les libraires de la ville3. En 1808, la liste présentée par les professeurs, soumise à un sévère contrôle, était de nouveau diminuée presque de moitié4. Le maire ne pouvait disposer pour l'achat des livres que d'une somme de 18.") francs. A eux seuls, les frais de salle, musique, théâtre, montaient à 115 francs, et le préfet ne voulait aucun excédent pour une dépense facile, disait-il, à réduire à la somme lixée par le budget5.
La timidité de la municipalité en face des exigences gouvernementales, sa négligence ou même son hostilité dans
1 A. M., CM., 21 juillet 1800.
2 A. M., 21 juillet 1806.
3 A. M., CM., 22 juillet 1807, n<> 1.(528. * A. M., Poillion au maire, 4 juillet.
5 A.D., bur. d'adm., 2 août 1808.
certaines questions d'organisation intérieure contribuèrent à précipiter la décadence de l'école. La peur du gouvernement, la crainte des pouvoirs publics ruine insensiblement l'autorité du bureau d'administration. Pour agrandir une salle d'études, il faut l'approbation de Fourcroy1 ; pour distraire du droit d'école une somme annuelle de 00 francs, destinée à payer un maître d'études, il faut l'autorisation du conseiller d'état, directeur de l'instruction publique ; le préfet n'ose prendre sur lui une décision aussi importante 2. Lorsque Cleuet demande de changer en sa faveur le mode de répartition des traitements, le bureau, sans même vouloir délibérer sur sa réclamation, l'invite à s'adresser au préfet3. Le conseil municipal ose nommer deux membres du bureau d'administration ; le sous-préfet exige une nouvelle délibération : le conseil a dépassé les limites de son pouvoir ; son droit ne va qu'à proposer trois candidats pour chaque poste à pourvoir4. Les livres employés sont imposés par le gouvernement et soumis à son contrôle ; les éditions contrefaites sont rigoureusement poursuivies 5. Le sous-préfet fait au collège de fréquentes inspections pour s'assurer de l'esprit dans lequel l'enseignement est donné. 11 devient le véritable chef de l'école et trône à toutes les cérémonies ; il tient le préfet au courant de tout ce qui se passe au collège, lui communique les délibérations du bureau, les notes des élèves, ses appréciations sur les professeurs. Peu à peu, l'état prend la place du bureau d'administration et de la municipalité dans la direction du collège.
Le peu d'empressement de la municipalité à tenir ses promesses pour des réparations urgentes risquait de mécontenter élèves et parents. Sans doute, dans les premières années, des réparations importantes, dirigées par Clémendot, avaient été faites aux bâtiments °. Cependant, l'autorité militaire conservait encore certaines parties du collège, et personne ne s'inquiétait du déménagement des bottes de paille de Bauvois, garde-magasin ; la chapelle servait de magasin à fourrages ; les ouvriers, qu'on y employait, enlevaient le plomb et le fer des croisées donnant sur la cour ; le collège
1 A.N., F, 63.001, brumaire et frimaire an XIII.
2 A.N., F, 63.001, frimaire an XIV.
3 A.D., bur. d'adm., 11 juin 1807.
4 A.M., D.M., 25 novembre 1806.
5 V. en particulier l'enquête ordonnée pour des éditions contrefaites du catéebisme du diocèse. (A. M., janvier 1808.)
6 A. M., CM., 7 vendémiaire an XII, no 1.341.
n'était plus fermé ; on pouvait y entrer librement nuit et jour1. La mairie louait les greniers comme magasins pour les grains et pour les liquides 2, et les caves de l'école étaient occupées par le service de l'intendance. Poillion dût solliciter du maire l'autorisation « de rentrer en possession des souterrains utiles pour la conservation des provisions faites pour le pensionnat3 ». Il n'y avait que négligence de la part de la municipalité ; dans d'autres cas, la mauvaise volonté fut manifeste.
Le principal, au moment où parut le catalogue des livres qui devaient composer la bibliothèque des lycées, demanda à extraire de la bibliothèque de la ville les livres mentionnés au catalogue qui s'y trouvaient en double4. Le conseil municipal refusa5. C'était empêcher les professeurs, obligés d'être constamment avec leurs élèves de profiter decesouvrages;c'élait en priver les pensionnaires du collège. Et cependant il n'y avait à ce prêt aucun inconvénient pour la commune, et le principal offrait de donner un récépissé des ouvrages empruntés. Le souspréfet et le préfet triomphèrent de la résistance de la municipalité0. La crainte d'être entraînée à des dépenses supplémentaires, la conviction que la ville a déjà trop fait pour le collège retarda d'une manière fâcheuse l'exécution de travaux utiles. Poillion n'exagérait pas lorsque, devant les membres du conseil7, il montrait plusieurs parents attendant l'achèvement de ces travaux pour envoyer leurs enfants en pension, et beaucoup d'autres se plaignant qu'on n'ait point suivi l'article du prospectus, approuvé par les autorités, qui promet une chambre particulière à chaque élève. Au jour de la création de l'école secondaire en effet, on avait décidé d'aménager le corridor du deuxième étage dans le grand bâtiment et de créer une infirmerie8. Dans sa séance du 10 messidor an XII9, les membres du bureau d'administration rappellent au maire ses promesses : un établissement du genre de l'école ne doit pas seulement pourvoir à l'instruction des élèves, mais encore à leur santé ; le pensionnat augmente tous les jours ; trente-cinq chambres, installées dans le corridor du premier étage sont toutes occupées ; les parents voient avec peine que les élèves nouvelle-
1 A. M., Poillion au maire, prairial an XIII.
2 A. A., liasse administrative, 1 ; notes du Collège.
3 A. M., Poillion au maire, l11' fructidor an XIII.
4 A.D., bur. d'adm., 10 messidor an XII. s A. M., D.M., 25 fructidor an XII.
6 A.D., avis du sous-pré l'et, 10 vendémiaire, an XIII. 1 A.D., bur. d'adm., 1er prairial an XIII.
8 A.D., bur. d'adm., 2 prairial an XII.
9 A.D., bureau d'administration.
ment arrivés sont logés dans des chambres communes. La municipalité proteste que cet établissement est trop important, trop utile à la jeunesse pour que le conseil ne contribue pas de tous ses moyens à le rendre plus florissant encore : il vote des crédits, mais n'exécute rien. En l'an XIII, la saison favorable aux travaux s'écoule, sans que ces ouvrages soient effectués1 . En 18072, Lansiarre rappelle encore au conseil d'administration qu'on a voté une somme pour rendre habitable le second corridor du pensionnat ; en 1807, Lansiarre se plaint encore que, lorsqu'un pensionnaire est malade, il est forcé de sacrifier un local destiné à un autre usage ; il conclut encore qu'une infirmerie est nécessaire et qu'il se trouve dans le collège un emplacement convenable pour l'y installer. En 1800, les travaux n'étaient pas exécutés.
L'importance des travaux3, le défaut d'approbation des crédits étaient-ils causes de ces hésitations ? L'hypothèse est peu vraisemblable ; car, pour des réparations insignifiantes, la conduite du conseil reste la même. La salle d'études et celle qui servait de réfectoire étaient devenues trop petites pour le nombre des élèves : les membres du bureau d'administration, après visite de ces deux salles, les avaient jugées insuffisantes4. En frimaire, le bureau reproduit le même vœu, en insistant sur l'urgence des travaux5. Le maire a conclu à la nécessité de ces réparations et a fait voter des crédits par le conseil; en germinal0, Poillion supplie le maire d'accélérer les travaux; les élèves <sc continuent d'être gênés dans leurs repas et leurs études ». En prairial, nouvelle délibération du bureau d'administration " pour solliciter auprès du sous-préfet l'approbation du ministre de l'intérieur sur les devis estimatifs qui lui ont été transmis. La municipalité n'avait fait aucune démarche pressante, comme il ressort d'une lettre du sous-préfet Bernard- Lagrave8; il n'y avait pas lieu dès lors de s'étonner du retard apporté à l'approbation de Fourcroy.
Professeurs et élèves avaient a souffrir des difficultés financières de la ville et de l'état; l'ingérence du gouvernement dans l'administration du collège n'était pas non plus pour en favoriser le développement. D'autres causes contribuèrent
1 A. M., CM, 10 prairial an XIII.
2 A.D., bur. d'adm., 7 avril 1807.
3 6.785 francs votés le 25 fructidor an XII.
4 A. M. et A.D., bur. d'adm., 8 brumaire an XIII.
5 A. M. et A.D., bur. d'adm., 6 frimaire an XIII.
6 A. M., 13 germinal.
' A. M., Ie'' prairial.
8 A. M., sous-préfet à maire, 15 prairial an XIII.
au même résultat, constaté par Poillion en 1806, lorsqu'il écrivait au maire1 : « la prospérité de l'école n'a point encore satisfait notre cœur tout dévoué ». Les changements trop fréquents dans le personnel, la faiblesse des études n'étaient peut-être point étrangers à cet état de l'école secondaire.
Sans doute, au moment de la création, à une époque où les éléments faisaient défaut, on s'était efforcé de choisir un personnel d'élite. Lansiarre, le principal-, exerçait depuis trente-six ans les fonctions d'instituteur : homme d'une vertu éminente et d'une haute intelligence, il possédait toutes les qualités essentielles à un principal, douceur, affabilité, connaissance des hommes3. Au dire du préfet, c'était un directeur très sage et très entreprenant1. Guisselin, professeur de rhétorique, avait fait de solides études chez les Doctrinaires; ancien professeur à l'école centrale du département du Nord, il se faisait remarquer, non seulement par son éloquence et son érudition, mais aussi par son goût éclairé et la délicatesse avec laquelle il savait apprécier les auteurs de l'antiquité; Poillion n'avait jamais cessé d'enseigner, même pendant son séjour forcé en Angleterre ; Loyal, professeur de syntaxe, était ancien élève des écoles normales et Loreau, en grammaire, ancien professeur à Saint-Bertin ; enfin Dupont, officier d'artillerie réformé, avait en mathématiques de profondes connaissances. Dès l'ouverture de l'école, les difficultés se multiplièrent : des raisons puissantes déterminèrent Loyal à ne pas quitter Arras5; pour avoir à la rentrée un personnel complet, il fallut le remplacer en syntaxe. Sur la demande du principal et des professeurs, Loreau prit sa chaire et Duhamel fut nommé provisoirement en grammaire0. Les noms des classes avaient été changés; aux anciens termes de poésie, syntaxe, grammaire, on avait substitué des chiffres de un à six. Le bureau d'administration n'ayant pas assez clairement désigné de quelles classes devait se charger chacun des professeurs, le ministre n'avait pu approuver les nominations ". D'ailleurs une difficulté se présentait, et il fallut bien des démarches pour la résoudre ; l'école secondaire avait un professeur de belles-lettres; or,
1 A.M., 21 juillet.
2 V. H. Piers, biographie, page 207, noie. a Feuille de Saint-Omer, 1808, n" 78, p. 7.
* A.D., noie marginale à lettre du sou s- préfet, 28 juillet 1808. 5 A. M., ('..M., 21) vendémiaire an XII.
G A. M., CM., 29 vendémiaire an XII, n° 1.403. A.D., eorresp. du sous-préfet, 2 brumaire, n° 5.474.
7 A D., eorresp. du sous préfet, 1er vendémiaire an XII.
atix termes du règlement, on n'en devait point nommer, à moins qu'il n'y eût deux professeurs de mathématiques1. Dupont allait-il, contrairement au règlement, se charger des deux classes de mathématiques ? Le bureau proposa de donner à Poillion, professeur des première et deuxième classes de lettres, les cinquième et sixième classes de mathématiques. Par ce moyen, on évitait de nommer un nouveau professeur, et d'imposer à la ville une dépense nouvelle. Fourcroy approuva le projet, et Poillion accepta2; mais n'était-ce pas demander beaucoup à ce dernier, déjà désigné comme vice-directeur3, alors que bientôt il allait effectivement remplir les fonctions de directeur ?
En effet Lansiarre, à la suite d'un vomissement de sang, était tombé gravement malade1; pendant un an, il ne put remplir ses fonctions, et, jusqu'à sa mort, sa santé ne se rétablit jamais complètement. Poillion dut donc le suppléer au bureau d'administration et dans la correspondance officielle de plus en plus volumineuse, le gouvernement demandant à être informé des moindres détails5. Duhamel, professeur des cinquième et sixième classes, malade, avait dû être suppléé pendant neuf mois par Cleuet G ; à sa mort, il fallut lui choisir un successeur ; Cleuet fut désigné de préférence à Machart présenté en seconde ligne 7. Enfin, la démission de Dupont au début dune année amena une nouvelle perturbation dans le personnel du collège. L'abbé Podevin, très populaire en ville, fut nommé à sa place8 ; il se proposait de faire étudier à ses élèves le calcul simple et composé, la tenue des livres de comptes, ce qui concerne le change, les différentes traites d'usage courant dans le commerce1'; pour la géométrie et l'algèbre, il en réservait l'étude pour quelques élèves particulièrement bien doués.
Un pareil programme nous paraît aujourd'hui bien élémentaire ; mais il nous prouve que les études étaient faibles au collège, dernière raison qui expliquerait peut-être aussi
1 A. N., F, 63.001, 5 germinal an XII, el AD., corresp. du sous-préfet, 19 germinal.
s A.N., F, 63.001, 7 floréal et A.D.
3 A.D., bur. d'adm., 6 fluviose et 4 floréal an XII.
4 A. M., ventôse an XIII ; A.D., bur. d'adm., 5 germinal an XIII.
5 A.D., corresp. du sous-préfet, 21 thermidor an XII; bur. d'adm., 8 brumaire an XIII. V. par exemple le ministre prenant un arrête pour imposer la natation dans les collèges.
0 A.D., bur. d'adm., 8 brumaire an XIII.
' A.N., F, 63.001 et A.D., corresp. du sous-préfet, 14 brumaire an XIII.
8 A.D. , 2 février 1808.
9 Feuille de Saint-Omer, 1808, n° 55, p. 6.
son peu de prospérité. Le cours de grec, prévu dans le règlement, n'avait pas été d'abord établi1. Les études latines elles-mêmes n'étaient pas ce qu'elles auraient pu être ; malgré toute sa bienveillance, le sous-préfet était obligé de constater qu'au milieu de l'année, les élèves de la sixième classe n'étaient pas assez avancés pour expliquer les auteurs latins inscrits au programme-. En 1806, au moment de l'examen de Pâques imposé par l'article 27 de l'arrêté du 19 vendémiaire an XII, les appréciations sont loin d'être toutes élogieuses. Les élèves de la deuxième classe sont très faibles dans les compositions latines appelées tbèmes. La troisième division des élèves de l'intérieur est composée de jeunes gens très faibles et trop inappliqués pour suivre les bonnes leçons de leurs maîtres. Par contre, très attentifs aux événements extérieurs, les élèves savaient habilement profiter de toutes les occasions qui pouvaient leur valoir quelques jours de vacances. Le 30 frimaire, remarquant que « le retour aux anciens usages paraissait être en tout la marche du gouvernement », ils sollicitaient et obtenaient du maire un congé pour « aller offrir à leurs parents leurs hommages respectueux3 ». Peu auparavant, les mêmes élèves saluaient le couronnement de l'empereur. Le 10 frimaire, dans ce style ampoulé qui devait être celui de leurs maîtres, ils écrivaient au maire4 : « Au moment où le chef d'une religion sublime quitte ses foyers pour venir donner sa sanction à la plus auguste des cérémonies, au couronnement de Napoléon le Grand, nous venons vous demander la permission de joindre nos vœux pour la prospérité du vainqueur d'Arcole, pour le restaurateur de la religion. C'est un des événements qui feront époque dans l'histoire, et nous aurons plaisir à nous rappeler qu'il s'est passé sous votre magistrature... Si vous pouviez voir ce qui se passe dans nos cœurs, vous liriez que c'est un besoin pour nous que de n'être pas étrangers à un si beau jour. » Le préfet pouvait être content ; voila qui valait mieux que de savoir faire correctement un thème ou de traduire brillamment du Cicéron5. Les professeurs avaient
1 Feuille de Saint-Omer, 1807, n" 35, p. 3.
2 A.D., préfet à sous-préfet, 11) prairial an XIII.
3 A. M., CM., 30 frimaire an XIII.
5 Circulaire de Fonlaites aux recteurs, lf> janvier 1810: « Dieu et l'empereur, voilà les deux noms qu'il faut graver dans le cœur des enfants; c'est à cette double pensée que doit se (apporter tout le système d'éducation nationale. » Cf., circulaire du 1 avril 1811 « l'université doit... avant tout a l'empereur des sujets fidèles et dévoués ».
bien rempli leur tàehe ; leurs élèves admiraient Napoléon. Bientôt l'empereur, par la création de l'université impériale, allait développer son culte dans l'âme des enfants et charger le gouvernement de veiller sur tous les établissements d'instruction ; bientôt le collège allait devenir une caserne où l'enfant allait faire l'apprentissage du métier de soldat. Déjà le gouvernement avait pris la direction de l'école secondaire ; déjà il se réservait la nomination des professeurs, l'approbation des moindres crédits; déjà, dans de fréquentes visites, le souspréfet se rendait compte de l'application des arrêtés du minisire, vérifiait les doctrines enseignées, les livres employés ', contrôlait et aposlillait les délibérations du bureau, fournissait au préfet des notes détaillées sur les élèves et les professeurs. Rien ne pouvait plus résister à la volonté impériale ; tout était mûr pour la création de l'université : la municipalité n'osait pas défendre ses droits contre les empiétements du gouvernement ; le bureau d'administration tendait à devenir un simple rouage administratif; les professeurs atteints même dans leurs traitements se plaignaient, mais ne se révoltaient pas; les élèves admiraient et glorifiaient Napoléon le Grand. Cependant en dépit, peut-être même à cause de celte ingérence gouvernementale, le collège aurait continué à végéter, ou même à tomber, sans la bienfaisante influence d'un homme intelligent et adroit, du nouveau principal, de Poillion.
1 A.D., corresp. du sous-préfet, 2 germinal au XIII.