LA RESTAURATION ET LES CENT JOURS
(Avril 1814 — 6 juillet 1818)
La première Restauration : le voyage de Londres, la politique royaliste. Les Cent Jours : refus du serment, la déportation. Retour triomphal sous la deuxième Restauration. — lu les attaques du parti catholique : les protestants au collège, les abjurations, l'éducation religieuse ; 2» suppression du régime militaire, affaiblissement de la discipline, l'esprit d'indépendance chez les élèves et chez les professeurs; 3° maintien des lois et des statuts de l'université, le collège ne peut obtenir ni le titre de collège royal ni la création de boursiers. — Maladie et mort de Poillion.
Le 19 avril 1814, le timide Poillion, qui n'osait même pendant les vacances quitter Saint-Omer sans une autorisation du recteur, abandonne brusquement son collège. Le lendemain, au moment de son embarquement, il écrit de Calais au recteur1 : ce Des affaires d'intérêt d'urgence m'ont fait me rapprocher de l'Angleterre où elles m'appelaient plus encore dans ce moment que plus tard. Je suis d'abord venu dans cette ville, m'attendant à y trouver des personnes de l'autre bord, avec lesquelles je pourrais communiquer. J'ai rencontré quelque chose de mieux, tous les moyens les plus heureux pour passer dans ce pays. Il ne me reste qu'un seul regret dans l'agréable surprise que me cause la manière honnête et généreuse avec laquelle on me sert, c'est qu'elle ne me laisse pas le temps, ayant la force de l'habeas corpus de vous demander la permission d'une absence que des circonstances qui me sont personnelles et précieuses nécessitent. » Et après avoir rassuré le recteur sur le sort du collège qu'il a confié à Cleuet, après lui avoir affirmé que son absence ne ralentira ni le zèle ni l'activité des professeurs, que les élèves dont le caractère est si bon travailleront avec la même ardeur et la même soumission, Poillion laisse Tarangel se demander
1 C.P., sans numéro.
quelle impérieuse nécessité a pu émanciper à ce point le principal de Saint-Omer.
Le 27 avril, une lettre lui donnait l'explication du mystère1. Poillion, en apprenant l'abdication de Napoléon, avait été saluer à Londres Sa Majesté Louis XVIII et les princes de la famille royale. Très habilement, il avait su profiter des circonstances; il avait voulu être un des premiers à présenter à la dynastie restaurée l'hommage de sa fidélité. Son « expédition maritime2 » eut tout le succès qu'il en attendait. A Douvres, après une traversée aussi calme que celle du canal de Saint-Omer, Poillion, à l'aide des connaissances qu'il y avait et de ses répondants à Londres, obtient l'autorisation de sortir de la ville. Sans délai, il prend une chaise de poste et, après un voyage de toute une nuit, il arrive à Londres. A peine dans son auberge, sans prendre le temps de se reposer de ses fatigues, il en sort pour tenter « une entrée chez le souverain ». ce La rue d'Abermalle, où Sa Majesté était arrivée la veille mercredi, était obstruée d'équipages de lords, de ladies et de gentlemenn du plus haut parage. » A force de tentatives qui lui coûtent trois heures désespérantes de piquet en face de la maison royale, il trouve le moyen de s'y insinuer dans les vestibules, et, sachant que Ma1' l'archevêque de Reims y demeure avec le roi, il lui envoie un billet par un domestique. Cinq minutes après, il avait une audience pour le lendemain matin.
Talleyrand, par son accueil, lui prouve qu'il n'a pas oublié leurs relations anciennes et le discours qu'il prononça autrefois à Londres le jour de la saint Louis. Le prince de Condé3, le duc de Bourbon le reçoivent avec la même affabilité, et à quatre heures, annoncé par le comte de Duras, grand-maître des cérémonies, le principal du collège de Saint- Omer est introduit au milieu des premiers gentilshommes de la vieille cour, des princes du sang, de la duchesse d'Angoulême, des princes de Saint-James, de tout ce que l'Angleterre compte d'illustre. Pendant les jours suivants, pendant le séjour de la famille royale à Calais, Poillion profite de toutes les occasions pour entretenir l'archevêque de Reims, les princes et même le roi de l'état de son collège, de la protection que lui a toujours accordée le recteur*. Il compose le discours que les femmes et les filles du Gourgain adresseront
1 C.P., no 413.
2 C.P., à Boinvilliers, 19 mai, n° 21 et 27 avril, n° 413.
3 C.P., au prince de Condé, 14 mai.
4 C.P., 3 mai, n- 416.
à Louis XVIII1. Dès lors, il n'est plus l'humble principal d'un collège de province, remployé du fisc au service de l'Université, le sergent-major qui ne doit qu'obéir. Sa démarche auprès du roi l'a relevé aux yeux de tous ; il est le protecteur de ïaranget ; il n'a pu taire au roi tout le bien que le recteur faisait dans son administration2, etTalleyrand s'est informé du nom de cet excellent fonctionnaire. Il entretient une correspondance avec le prince de Coudé3, auquel il recommande ses professeurs « qui ont toujours conservé dans le cœur l'attachement à l'auguste famille des Bourbons, et n'ont jamais dévié dans l'instruction des bons et religieux principes » ; il affirme hautement à l'archevêque de Reims4 que, depuis douze ans qu'il dirige le collège, « celte maison n'a jamais cessé, malgré les suggestions imposantes qui auraient voulu l'ébranler, de professer hautement les principes sacrés de la religion et de la bonne doctrine ».
Dès lors, sous l'influence des idées de son principal, le collège de Saint-Omer devient un ardent foyer royaliste. Le 29 avril5, après la classe du soir, maîtres et élèves ont été rassemblés pour une lecture solennelle de la circulaire rectorale annonçant l'avènement de Louis XVIII. Tous ont écouté avec attendrissement ce que Taranget a su si bien sentir et
1 A. A., « Sire, les descendantes de celles qui eurent autrefois l'honneur de complimenter votre auguste ayeul Louis XV prennent encore la liberté de se présenter devant Votre Majesté pour être les porte-voix des sentiments respectueux et sincères de vos fidèles marins de notre Courgain qui depuis longtemps étoit à l'ancre, en attendant le retour si désiré de leur roi légitime. Aujourd'hui, après tant de tourmentes et de tempêtes sur la mer orageuse des révolutions, Votre Majesté est heureusement enfin arrivée au port. En vain les monstres de toute espèce ont voulu tenter à l'abordage pour vous dévorer et vous engloutir dans les Ilots. La main toute-puissante du Dieu de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis les a tait échouer sur les côtes et les rochers d'où ils ne pourront jamais se reflouer. Lu vain, un homme singulier, qui prétendait savoir la manoeuvre a voulu prendre le gouvernail du vaisseau de la France. Ne connaissant point sa boussole, il nous a lait chavirer. Il s'est ensuite emparé des débris du naufrage sans nous laisser même un aviron. Mais grâce au ciel, nous sommes maintenant au calme ; nous attentions le vent favorable qui nous ramènera nos pères, nos maris et nos enfants, gémissant encore à fond de cale. Pour lors ils chanteront sur le pont de leur navire, par bord aribord et bâbord, les louanges méritées du grand amiral, c'est-à-dire les vertus, les bontés et les bienfaits de Votre Auguste Majesté, qui a bien voulu ouvrir les écoutilles si longtemps fermées. Vive le roi ! ! !
* C P., 27 avril, iv 413 et 11) mai, n" 21, à lioinvilliei s.
3 C.P., 14 mai.
4 G.P., 30 avril.
5 C.P., 30 avril, Q» 415.
exprimer. Beaucoup même ont pris copie de la lettre pour la communiquer en dehors du collège. A cette occasion, le principal a même improvisé à la hâte un discours, diatribe violente contre Napoléon, imprécations pathétiques contre un régime abhorré, confession publique de sa haine pour les lois de l'usurpateur1 : « Au nom du Grand-Maître, notre bien-aimé lecteur s'empresse de nous annoncer la réforme de certaines institutions qui nous désolaient autant et plus que vous ; forcés de baisser le col sous le joug qui vous opprimait, nous devenions les subalternes d'un homme qui ne connaissait que tyrannie, mort et esclavage. Nous nous en félicitons aujourd'hui, messieurs; nous lui avons enlevé, sans nous accuser coupables de larcins, une grande partie de ses revenus en chair humaine. Nous nous en sommes glorifiés, et gloire aussi à vous, mes braves collaborateurs, qui auriez été mes soidisans complices. Tous les ans, avec votre aide et le travail qui en était la suite, il perdait dans celle maison des jeunes gens qui, par leur taille, leur santé, leur constitution physique, auraient pu lui servir de rempart, comme à Denys de Syracuse, et prolonger son despotisme, en arrêtant par les flots de leur sang, les libérateurs de notre patrie, ces guerriers valeureux, les princes alliés, leurs généreux et désintéressés conducteurs dans leur arrivée en France. Ce gouvernant d'autrefois et à oublier pour jamais, Napoléon, Messieurs, s'il a eu la ruse de l'animal astucieux de la fable, s'est maladroitement tendu des pièges, dans lesquels il est tombé. Nous nous sommes soustraits ici, autant qu'il a été en notre pouvoir, à ses décrets de conscription. Cent quatorze, sans compter ceux de notre respectable maison voisine et notre bonne associée, qui en nombrait à peu près autant, n'auront point paru dans ses malheureuses phalanges. Ce n'est point lui qui s'est rendu coupable de ses folles conceptions. Dieu a voulu que, pour des crimes dans lesquels nous avons tous trempé, Napoléon fit peser sur nous la verge de sa vengeance. Dans sa miséricorde, le Seigneur a retiré de nous ce destructeur fléau. Nous n'aurons plus à vous faire les adieux douloureux que nous faisions autrefois à des élèves qui ne nous quittaient que pour aller, je ne dirai pas hasarder, mais défier à l'embouchure d'un canon ou armes contre armes, en présence d'ennemis décuples en forces, la mort qui les attendait irrévocablement et qui le leur prouvait en leur portant des coups certains. Chers et intéressants élèves que l'homme de sang et de carnage nous a enlevés, recevez nos éternels
' A. A., 29 avril ; C.P., 3 mai, no 416.
regrets, le tribut de nos larmes : qu'elles soient pour vous un gage de notre amour et d'une valeur de récompense pour l'éternité.
Quant à vous, chers élèves, qui, à raison de votre âge ou de nos subterfuges, avez échappé aux feux meurtriers, n'oubliez pas un si signalé bienfait... La famille des Bourbons a fait tomber les jours de malheur dans l'éternelle nuit du tombeau. Louis XVIII, l'ami des lettres et des sciences est plus encore l'ami de la religion. « Je suis le fils aîné de l'Eglise, a-t-il dit, je la défendrai toute ma vie et ne protégerai que les établissements où ses principes seront mis en avant dans l'ordre de l'instruction. » Pour vous... cette terre de pèlerinage ne sera plus hérissée de ronces et d'épines. Le trône de votre souverain les a fait disparaître à jamais. Vive Louis XVIII ! Vive le roi ! »
Et de plus en plus tragique, s'adressant aux mauvais élèves, Poillion continue : a: Si quelques-uns d'entre vous ne survivaient aux mauvais jours que pour nous désoler par leur inconduite et leur inapplication, n'aimerait-on pas mieux qu'ils eussent atteint l'âge où ils auraient dû suivre la marche foudroyante des jours orageux qui ont cessé. » Le soir même, Poillion communiquait au recteur le discours dont il était fier.
Les idées royalistes, dont il faisait solennellement un indiscret étalage, il les propage dans toute la région ; il compose pour la feuille de Saint-Omer le récit enthousiaste du retour triomphal du roi1 ; il introduit dans la ville la coutume de porter comme insigne une fleur de lys* ; il fait célébrer solennellement au collège la fête de la paix3. A la distribution des prix, il prononce devant deux mille personnes qui l'applaudissent un discours dans lequel il affirme son amour pour le roi4 commentant le deus haeca otia fecit,il montre5 Louis XVIII le désiré, apportant la paix a que l'on aurait en vain demandée au gouvernement ambitieux et inquiet auquel la France était soumise » ; il célèbre le Père des Français, l'ami des sciences et des lettres « que toutes les sociétés savantes ont admis dans leur sein, et qui les éclaire toutes de ses brillantes lumières». Au moment du passage à Saint-Omer du duc de Berry, il compose un * petit compliment » qu'il envoie à
2 Feuille de Saint-Omer, n° -133, p. 10.
3 Feuille de Saint-Omer, n° 137, p. 7 sq.
4 CF., 11 et 13 août, n» 23. — 13 août, n» 436 : « l'auguste descendant de Louis XIV est l'ami des sciences et des belles-lettres ; elles vont reparaître dans tout leur éclat sous son règne pacifique. »
Boinvilliers *. Au mois d'août, il fait partie avec Leroy, Defrance, Saupique, Blanchart, Derou, Caron et Guisselin d'une commission chargée d'organiser les fêles de la saint Louis-. Le jour où il remet aux élèves qui l'ont méritée, la décoration du lys, il déclare bien haut « qu'elle vaut pour les jeunes gens infiniment au-dessus des récompenses qu'ils ont reçues dans la séance des prix » ; car « cette belle fleur d'éternelle durée, ils la tiennent du roi, dont l'enseignement a fixé les regards et les attentions3 ».
Le royalisme du principal échaufie le zèle des professeurs ; tous partagent les sentiments de leur chef, et en 1815, Poillion peut affirmer à l'abbé Ratel, inspecteur général, « qu'il n'est pas de royalisme plus pur que celui des professeurs du collège f ». Le gouvernement sut reconnaître tout ce que Poillion avait fait pour la cause royaliste ; à la demande du maire et du sous-préfet, la décoration du lys lui fut accordé par Louis XVIII 5.
Poillion était trop compromis dans le parti des Bourbons pour pouvoir reculer au moment des Cent Jours. Lorsqu'il apprend le retour de Napoléon, son royalisme s'exaspère ; il tient à donner à la monarchie menacée des preuves non équivoques de sa fidélité. Poillion croyait-il à l'échec de la tentative de l'empereur? Ses convictions politiques lui firentelles oublier sa prudence ordinaire? La conduite du principal peut être expliquée différemment, mais il n'en reste pas moins que le roseau flexible sous la main impériale se redresse et ne plie pas pendant les Cent Jours ; il n'en reste pas moins que la langue, qui n'avait pas osé pendant douze ans prononcer une parole de blâme contre le gouvernement, affirme hautement son mépris pour l'usurpateur, sa vénération pour les Bourbons. La bouche fut bâillonnée, le roseau fut brisé par le pouvoir impérial.
Au moment où le « brigand corse reparaît sur les crêtes des Alpes », beaucoup d'élèves du collège abandonnent les
2 A. M., CM., 29 août.
3 Modèle de la décoration du lys : M. Bernard Auguste étudiant au collège de Saint Orner. — Paris le 30 décembre 1814. J'ai l'honneur de vous prévenir, Monsieur, que le Roi a daigné vous accorder la Fleur de Lys ; vous êtes autorisé en conséquence à vous en décorer, etc.. Le premier valet de chambre du Roi : le ch1 de Perroanel. — Cachet en cire rouge ; armoiries, la couronne ; inscription, premier valet de chambre du roi.
* C.P., 25 février.
6 C.P., 11 et 13 août, n° 434.
classes pour se rendre « au champ de l'honneur, de la religion et du devoir ». « Nous avons peut-être, dit Poillion1, provoqué le zèle de certains, mais tous l'ont déployé avec une générosité qui fait leur éloge et qui nous les affectionnera encore plus à leur retour, lorsque nous les embrasserons en criant avec eux : Vive le Roi ! » Ces sentiments, les professeurs de Saint-Omer ont voulu les manifester publiquement ; se condamnant à l'abandon de l'enseignement si Napoléon triomphait, ils envoyèrent à l'abbé Ratel, en le priant de lui donner la plus grande publicité possible, l'adresse suivante, interprète de leur fidélité dans la crise imprévue qui menaçait la royauté2: « Aussitôt que nous avons eu la douleur d'apprendre que le désolateur de votre royaume s'y était derechef introduit avec une poignée de rebelles, nous nous sommes réunis pour exprimer en famille les vœux de nos cœurs. Que le Seigneur nous conserve notre bon et sage monarque, qu'il repousse à jamais l'usurpateur, et nous accorde la grâce de continuer les fonctions de notre ministère sous un souverain, notre Père, l'ami et le protecteur de l'éducation de la jeunesse chrétienne, tels ont été les vœux de tous les fonctionnaires de cette maison. Ils ont juré, Sire, pour tous les jours de leur vie, fidélité et dévouement sans nulle réserve à votre personne sacrée et à votre Auguste Dynastie. Tous les élèves de ce nombreux collège ont entendu notre nouveau serment, et, pénétrés des mêmes senlimenls d'amour et de respect pour votre Majesté, ils ont répété avec nous ces cris qui sont ceux de tout un peuple dont vous faites la gloire et le bonheur; vive le Roi, vive à jamais Louis le Désiré. »
L'adresse ne put parvenir à Louis XVIII1. Le 20 mars, Napoléon rentrait aux Tuileries, abandonnées la veille par le le roi. Saint-Omer, dont la ferveur loyaliste était connue, était mis en état de siège, et le général d'Arnaud devenait gouverneur de la ville : c'était un homme énergique mais d'un caractère despotique, qui signala son passag • a Saint- Omer par l'exil du sous-préfet Dubois qui résistait à ses mesures violentes, par l'emprisonnement du conseiller d'arrondissement Caron-Senlecques, par l intimidation du maire Watringue. Poillion par son habileté parvint a gagner du temps. Dès le mois d'avril, le recteur, pour se conformer à un décret impérial, exigeait des professeurs le serinent à l'acte
1 C.P., 17 niais.
3 C.P.. au chevalier tic PeiTOliet, 1er août.
additionnel aux constitutions de l'empire. Malgré la forme impérative de la circulaire rectorale, les professeurs réfléchirent quelques jours, et le 28, Poillion transmettait à Taranget leur réponse1 : ils ne pouvaient se prononcer avant de connaître si les constitutions obtiendraient, pour avoir force de loi, l'approbation populaire au champ de mai ; à celle époque seulement, les professeurs pourraient se décider sur la question du serment prescrit. Seuls, Le Helloco et Guisselin obéirent aux ordres de l'empereur ; tous leurs autres collègues demandèrent un délai qui leur fut accordé2. Poillion avait su présenter ce refus d'obéissance sous la forme la plus conciliante : « Vous nous connaissez assez, écrivait-il au recteur, pour être convaincu de nos sentiments dans tout ce qui tient essentiellement au bon ordre et à la subordination. Nous ne cesserons jamais d'en donner l'exemple à nos élèves et au public qui nous les confie. » D'aussi belles paroles pouvaient laisser espérer une prompte soumission, lorsque la volonté populaire se serait exprimée3. Mais la question du serment reste toujours « un objet inquiétant ». Tous les fonctionnaires, à l'exemple du principal, penchent pour le refus de la formule qui leur a été envoyée 4 ; cependant tous n'en veulent pas moins rester les amis de la paix, du bon ordre et de leurs devoirs.
Poillion ne se fait pas d'illusions sur les suites probables de sa conduite; il prévoit qu'un jour, peut-être prochain, il devra renoncer à son ministère, ou plutôt qu'on lui en enjoindra l'obligation5. Conformément à la « décision donnée à Brusselle le 4 mai 1815 par l'archevêque de Reims et l'évêque de Nancy0 », Poillion le 16 juin adressa au recteur son refus officiel7, en lui développant longuement les motifs qui légitimaient ce refus. Tous ses collègues, sauf Le Helloco et Guisselin, imitèrent sa conduile ; tous étaient prêts à soutenir leurs opinions « ad mortem8 ». Transporté d'abord à Arras, où il trouva chez le gouverneur de la ville un accueil très cordial, Poillion recevait au bout de dix jours l'ordre de se rendre à Bourges où il devait être mis en surveillance.
2 C.P., 15 juin, n° 530.
3 Les votes pour les membres de l'université sont transmis par Poillion au recteur le 16 mai, n° 519.
* C.P., 10 juin, n° 530.
5 G. P., 19 mai, no 522; 16 juin, no 529.
» C.P., 23 juillet, no 533.
Cependant, ses fonctions et ses devoirs de principal « lui laissaient une comptabilité à justifier envers l'académie de Douai ». Au nom de l'université1, avec laquelle il voulait s'acquitter, tant pour ses rapports de finances que pour les indications sur les élèves, il demandait le temps nécessaire pour se mettre en règle avec elle, c'est-à-dire un délai de huit jours. Le sous-préfet, auquel il adressait celte demande, n'était plus maître dans la ville; sa pétition, bien que favorablement appuyée par les autorités locales, fut rejetée ; tout ce que le principal put y ajouter verbalement ne lui apporta que des regrets de la part du gouverneur. Le général d'Arnaud & n'ayant point de pouvoirs ad hoc y> exigeait son départ immédiat-. Cependant, il lui fut accordé, & parce qu'on daigna fermer les yeux sur le dénoncé » vingt-quatre heures de délai pour l'exécution de l'arrêt d'expulsion3. Poillion en profita pour éclaircir la confusion de sa comptabilité ; comme il n'avait pu percevoir complètement le droit universitaire, il en résultait un déficit pour le paiement des régents. De plus, l'université lui devait le remboursement d'avances faites, et Poillion espérait, « puisqu'il la quittait par force, que le recteur se ferait le défenseur de ses droits ». Nous avons conservé dans les papiers de Poillion ce la révision de ses comptes remis entre les mains de M1' Cleuet, auquel il donne tout crédit pour en obtenir en son nom et sa personne la rentrée, suivant son bon vouloir, et les termes qu'il fixera, rédigé l'avant-veille de son exil, 17 juin 181") ». Par les Anglais, il lui était dû 6.296 fr. 72, par les Français 8.911 lr. 29, soit une somme totale de 15.208 fr. 01 i. Il fallait se soumettre à l'arrêt qui le condamnait; Poillion ne connaissait ni ses dénonciateurs, ni ses chefs de dénonciation; les juges devant lesquels il n'aurait pas craint de paraître n'étaient ni visibles, ni abordables5; il lui fallait laisser son collège et ses affaires (( à des personnes qui n'étaient nullement au courant ». 11 écrivit au bureau d'administration pour lui désigner le fonctionnaire auquel on pouvait remettre les intérêts île l'université6. Ses adieux à ses chers élèves qu'il ne croyait plus revoir furent déchirants; toute la ville, dont il avait su gagner la sympathie, déplorait l'injustice qui le frappait ;
1 C.P., 1G juin, au sous préfet.
2 C.P., 17 juin, n» 530.
3 CF., 18 juin, n" 531.
4 Registre Poillion.
5 C.P., 17 juin, n° 530.
0 A.N., F, 17, 2.810, recteur a grand-maître, 11) juin.
élèves, autorités locales, tout ce qui l'entourait avait tenu à lui témoigner par des démonstrations de regrets et d'indignation, la part que chacun prenait à son malheur1. Taranget lui-même, malgré la réserve à laquelle il était tenu, regrettait un principal qui avait toujours soutenu avec beaucoup de zèle et de succès les intérêts de l'université".
Un mois plus tard, Poillion annonçait au recteur sa « toute glorieuse résurrection3 ». Aussitôt que la faculté de quitter Bourges lui fut accordée, aussitôt que «. les fidèles serviteurs du roi curent ouvert aux proscrits les portes de Saint-Omer », Poillion se hâta de revenir. Le vendredi 14 juillet, il faisait dans sa ville une rentrée triomphale, « avant pour escorte toute sa sensible et loyale jeunesse, ses braves collègues, grand nombre de parents d'élèves et d'amis, qui, prévenus de son retour, étaient venus cà sa rencontre jusqu'au quartier général d'Arqués pour le reconduire, aux acclamations si chéries des bons français, dans l'établissement duquel la force l'avait arraché quatre semaines auparavant ». Le même jour, les membres du bureau venaient lui témoigner toute leur joie de son retour. Pendant son absence, on n'avait pas cru devoir lui désigner un successeur : Cleuet, d'accord avec ses collègues, avait si sagement administré le collège, que Poillion eut la satisfaction de retrouver les choses à peu près sur le même pied que lorsqu'il s'en était, malgré lui, séparé. Il pouvait donc reprendre « les rênes de son petit gouvernement ».
Son premier acte fut de renvoyer au roi l'adresse du 17 mars ; son seul regret était de ne pouvoir la lui remettre dans toute sa virginité. Mais son esprit fertile sut trouver des excuses pour les deux collègues qui avaient trahi la cause royaliste et juré fidélité à l'acte additionnel. Toujours aussi habile, Poillion tirait parti pour son collège et pour lui de ce qu'il avait souffert pour la bonne cause4. Ironiquement, il regrettait de ne pouvoir connaître la retraite où le brave homme de général d'Arnaud cachait sa honte, pour l'aller remercier du service qu'il lui avait rendu en l'exilant5. La joie de son heureux retour fut cependant troublée par la fâcheuse impossibilité, où l'avaient réduit les exigences financières de l'empereur, de donner des prix à la fin de
1 C.P., 18 juillet, no 531.
3 C.P., 23 juillet, n« 533.
4 C.P., au comte d'Artois, au roi, septembre. b C.P., à Boinvillicrs, n° 32.
l'année. La misérable caisse du collège était vide ; le maire, convaincu de la pénurie du principal, le convainquit également de la sienne. Donc, pas de prix à distribuer aux élèves, mais seulement « des listes qui leur valaient à peu près des images ». Poillion, tout en regrettant sincèrement pour ses élèves la suppression des récompenses qu'ils avaient méritées, sut se tirer spirituellement d'affaires : il fit distribuer le palmarès1, orné d'une épigraphe dont le sens était clair pour tous, « ergo omnis lougo solvit se Teucria luctu », et il décida que « la belle séance qui doit précéder les vacances serait en vacances cette année2 ». Ainsi se terminait sur un mot d'esprit cette année 1815 qui avait été pour Poillion si fertile « en tracasseries de tout genre ». Pendant les vacances, le principal alla se reposer dans un « voyage de plaisir » de toutes ses émotions de l'année 3.
Le retour des Bourbons eut pour le collège de Saint-Omer quelques avantages, mais le nouveau gouvernement ne réalisa pas tout ce que certains attendaient de lui. Beaucoup des espérances de Poillion furent déçues : le régime de l'université impériale ne fut pas modifié aussi profondément qu'il l'espérait ; l'adoucissement de la discipline amena ;iu collège un relâchement fâcheux de l'esprit d'obéissance; enfin l'hostilité du parti catholique avancé contre le maintien d'une organisation qu'il déclarait attentatoire aux droits de l'Eglise, se manifesta par de violentes attaques contre le collège.
La paix signée en 1814 après l'abdication de Napoléon avait eu une heureuse influence : Poillion le constatait avec satisfaction à la rentrée d'octobre1. Les élèves n'étaient plus pris par la loi de conscription sur les bancs même du collège ; dans les dernières années de l'empire, a les jeunes gens, tout informes qu'ils étaient dans leur éducation », ({uittaient le collège malgré leurs parents, malgré eux, malgré leurs maîtres, pour servir contre leur gré dans les armées où ils étaient appelés. Après le retour de Louis XVIII, affranchie de tout ce qui la menaçait à l'extérieur, la jeunesse prolongea ses études dans le calme jusqu'à leur terme. La paix avait rouvert la France aux étrangers, qui venaient se joindre aux écoliers français pour recevoir la même instruction qu'eux, Déjà, en octobre, le collège comptait trente jeunes Anglais
1 A. A., liste des élèves qui mil mérité des prix.
2 C.P., 23 juillet, ii" 5.T>, août, à Boinvilliers, d« ;î2 ; feuille de Saint- Omer, n° 486, p. 5.
3 C.P., 4 septembre, n° 537.
* A.D., au sous-préfet, 13 octobre ; C P., au maire, 8 octobre.
« qui ne faisaient avec les Français dans le pensionnat qu'une seule et même nation, qu'une seule et même famille ». Poillion espérait en voir grossir le nombre. L'Angleterre lui semblait à juste raison une mine bonne à exploiter, et il n'épargna pas ses peines pour en tirer toutes les ressources qu'elle contenait. Il avait fait imprimer, à l'usage des familles d'Outre-Manche, un prospectus en Anglais1. Toutes les relations, qu'il avait conservées à Londres, lui servaient pour assurer le recrutement dans cette région2. Non seulement Poillion entretient avec de hautes personnalités une correspondance en anglais très active ; il fait plus, il va en personne en Angleterre pour en ramener des pensionnaires. Dès le mois d'août 1814, il demande dans cette intention un congé au recteur ; « on désire son arrivée, écrit-il, pour prendre avec lui des arrangements relatifs à l'éducation de plusieurs jeunes gens qui doivent lui être confiés3 ». Un mois plus tard4, il revient avec un certain nombre d'élèves, que ses amis et ses anciennes connaissances lui ont confiés. Il s'applaudit du voyage qu'il vient de terminer, et il espère que l'avenir prouvera qu'il n'a pas été inutile pour le collège de Saint- Omer. Et en fait, tous le mois d'octobre est marqué par l'arrivée non interrompue de nouveaux élèves d'outre-mer5. Ce fut pour des membres du clergé, jaloux du succès de Poillion ou plutôt hostiles à tout ce qui touchait à l'université, l'occasion de manifester leur mauvaise humeur et de chercher à détacher du principal l'évêque d'Arras qui persistait, malgré les ordonnances, qui lui rendaient sa liberté, à faire suivre à ses séminaristes les cours du collège. L'attaque était adroite; elle parut à la fin de l'année dans l'Ami de la Religion et du Roi0 : « Depuis la paix, disait l'auteur anonyme, les Anglais abondent ici et dans les villes qui nous environnent. Non seulement ils nous font le plaisir de nous visiter, mais ils nous envoient leurs enfants pour les instruire. Le collège de Saint-Omer avait autrefois une réputation qui lui attirait des écoliers de pays fort éloignés. Les Anglais y accouraient en foule. Mais on n'y admettait que des catholiques. On avait pensé avec raison que le mélange des deux religions était à la fois d'un mauvais exemple et d'une conséquence funeste.
1 V. pièces justificatives.
2 C.P., à mylord Forbus, 14 août.
3 C.P., 22 août, n« 439.
4 C.P., 30 septembre, n» 448.
5 C.P., 19 octobre, n° 455.
6 Tome III, no 66, p. 209.
Nous avons donc été surpris que les directeurs du collège actuel aient adopté un autre usage. Sur vingt-quatre élèves Français, il y a trente-quatre Anglais, presque tous protestants. N'a-t-on rien à craindre de cet amalgame? Comment ces jeunes protestants assisteront-ils aux exercices de religion ? Ne se moqueront-ils point de ce dont on leur a appris à se moquer dans leur pays ? Est-ce là une bonne école pour les jeunes ecclésiastiques qui fréquentent ce collège ? Je sais qu'on s'autorise de l'exemple du collège anglais de cette ville avant la Révolution. Mais il y avait beaucoup moins d'inconvénients alors qu'aujourd'hui. La surveillance était plus active. D'ailleurs n'était-ce même pas alors un abus, et, après avoir couru le danger de perdre le dépôt de la foi, ne devons-nous pas le conserver avec plus de vigilance et de soin ? Me fera-t-on envisager l'espérance de ramener à la religion catholique quelque protestant ? Je dirai que nous ne voyons pas l'abjuration et que nous voyons bien plutôt un danger de perversion. Aussi, beaucoup de parents chrétiens sont alarmés, et j'oserais faire un reproche à des ecclésiastiques estimables d'un calcul où je crains qu'il n'entre autre chose que du zèle pour le salut des âmes et pour l'honneur de la religion. »
Le coup avait porté : l'évoque d'Arias, inquiet sur la situation des élèves de son séminaire, parlait d'user des libertés que lui laissait le décret de Louis XV11I ; il avait même chargé Crépieux de faire connaître à Poillion son mécontentement. Celui-ci, en habile politique qu'il était, rassure Sa Grandeur : déjà il a pris les mesures exigées par l'évêque. Le pensionnai anglais va décroître ; Poillion en a l'occasion « sans que l'Angleterre ait rien à lui reprocher »; il n'admettra désormais que très peu de protestants, sur la moralité desquels il fera au préalable une minutieuse enquête. Il proteste de son obéissance à l'évêque et déclare se soumettre volontiers à tout ce qu'il pourra exiger de lui. Veut-on qu'il n'y ait plus « d'amalgame s ; il cessera avec le temps, et « ce temps ne sera pas de longue durée ' ». Rassuré du côté de l'évêché, Poillion riposte vigoureusement à l'attaque; il ne fallait pas laisser peser sur le collège un soupçon aussi grave. Les lecteurs de l'Ami de la Religion, qui connaissaient l'attaque, devaient entendre la défense ~ : « Est-ce bien à un ami de la religion que vous devez les renseignements insérés dans votre numéro LXV1 sur le collège de cette ville ? Je veux le supposer. Mais alors, il n'est pas bien instruit. Le collège de Saint-Omcr, depuis
2 Ami de la Religion, tome III, n° 75, page 353.
son rétablissement en 1802, a joui de son ancienne réputation sous les Jésuites et les Doctrinaires. Le chef et les professeurs sont avantageusement connus par leurs principes, leur zèle, leur assiduité. Monseigneur l'évêque du diocèse, les autorités, les pères de famille, les gens de bien ont applaudi à leurs soins. On se plaint qu'ils admettent des protestants, mais n'aurait-il pas été convenable auparavant d'adresser ces représentations au principal du collège, ou, si on le regardait comme partie trop intéressée, de recourir à l'évêque diocésain? Au lieu de celte marche simple et naturelle, celui qui vous a écrit dénonce publiquement un établissement utile, et vous peint des hommes estimables sous des rapports désavantageux. Avant la Révolution, on recevait en France des protestants dans plusieurs collèges. En Allemagne, en Suisse, en Angleterre cet usage subsiste encore. Les enfants des émigrés ont été élevés pour la plupart dans des maisons d'éducation où ils ont été mêlés avec les protestants. Je sais que ce mélange exige plus de précautions et de surveillance. Mais je puis affirmer que, sous ce rapport, les chefs du collège de Saint-Omer ne méritent aucun reproche. Les règlements qu'ils ont adoptés, la discipline qu'ils maintiennent, la surveillance qu'ils exercent, l'esprit qu'ils inspirent à leurs élèves, tout doit rassurer les amis de la religion. Aussi n'avais-je entendu aucune plainte contre eux, avant celles qui nous ont été portées. Les chefs du collège y ont été fort sensibles. Monseigneur l'évêque en a été également affligé, et tous se réunissent pour vous prier de rétablir la vérité des faits et de rendre à un établissement utile cette réputation intacte dont il avait joui, dont il a besoin et qu'il mérite. La pureté de vos intentions et l'esprit qui vous dirige nous font espérer que vous rendrez justice à l'institution la plus florissante et la plus estimée de notre département. » L'esprit qui animait les professeurs était connu de tous à Saint-Omer ; tous savaient que, fidèles aux instructions du recteur1, ils reconnaissaient avec lui que « la religion est la pierre ferme de l'édifice social », que « les théories humaines ne remplacent ni les dogmes ni les préceptes de la religion )). Nul n'ignorait que les exercices religieux étaient scrupuleusement observés. Sans parler de la place donnée dans les études à l'enseignement du catéchisme, tous les jours il y avait, même pour les externes, messe dans l'oratoire ; les dimanches et jours de fête, comme dans les paroisses, une instruction sur l'évangile précédait l'office2. Les craintes de l'évêque pour les
1 A.D., circulaire du 15 juillet 1814. Lettre à l'évêque, 14 novembre 1814.
2 C.P., 6 novembre 1814, n° 468.
aspirants à l'état ecclésiastique étaient donc vaines ; loin d'avoir a constater des défections parmi les séminaristes, sous la pression habile de Poillion ce furent au contraire des protestants qui revinrent au catholicisme. C'est ce que constatait triomphalement un article de l'Ami de la Religion1, réponse tardive mais probante aux attaques et aux calomnies de l'auteur anonyme. Le 25 mai, dans la chapelle du collège, en présence d'un grand concours de fidèles, un pensionnaire anglais, Guillaume Courtenai, abjurait le protestantisme entre les mains de l'évêque d'Arras, faisait sa première communion et recevait la confirmation. Poillion, dont les instructions avaient disposé ce jeune homme de dix-huit ans à embrasser la religion catholique, rendait compte à l'évêque des dispositions de son néophyte. C'était la neuvième abjuration2 « que le principal procurait depuis son retour de l'émigration ». Quatre mois plus tard3, un autre Anglais, Louis Liber imitait Courtenai. Le zèle de Poillion dépassait même parfois les exigences gouvernementales.
Le retour de Louis XVIII avait sans doute marqué une renaissance catholique ; jamais l'union du trône et de l'autel n'avait été plus étroite. Cependant les statuts du 29 octobre 1814 ne signalaient pas dans le paragraphe de l'aumônier l'article de la confession ; le principal fait remarquer au recteur cette omission qui lui semble grave4 ; pour lui il a toujours maintenu rigoureusement la nécessité de la confession, à ce point que tous les mois, il exige des externes eux-mêmes un billet de leur directeur de conscience, constatant qu'ils ont rempli ce devoir. Et, dans la lecture du règlement faite aux élèves, il juge prudent de ne pas communiquer cet article, craignant une opposition de certains élèves « qui regardent ce point essentiel de la religion comme très onéreux ».
Or Poillion n'aurait peut-être pas été capable de vaincre cette opposition. Si la discipline sous l'empire avait été trop brutale, sous la restauration, on tomba dans l'excès contraire. Et la douceur de Poillion, qui avait trouvé dans le règlement de l'université impériale une aide puissante pour maintenir dans son collège l'esprit d'obéissance, n'était pas capable, livrée à elle-même de résister aux gamineries des élevés, a
1 Tome VIII, n? 198, :* juillet ; feuille de Saint-Omer, no 529, |>. 7.
J 12 août 1804, Samuel (io.leviu ; 2S juillet 1804, Marie Maussel ; 15 mai 1805, Abraham Volf; G janvier 1805, Marie Osborn ; 15 juin 1806, Georges Ykins. V. A. M.
» 28 septembre 1816.
4 C.P., 19 novembre, n° 172.
l'esprit de liberté des maîtres. Bien vite des abus fâcheux s'introduisirent dans le collège1 : ce furent d'abord des espiègleries2. En 1815, un des professeurs laïques de l'établissement cultivait l'éloquence ; ses élèves applaudissaient bruyamment les tirades qui leur paraissaient plus particulièrement sonores. Les molles protestations du régent permettaient de supposer que ces manifestations lui causaient un certain plaisir. Un jour, enhardis par l'impunité, les écoliers allèrent plus loin : quatre robustes gaillards entourèrent la chaire de l'orateur, la soulevèrent par les quatre pieds, et, au milieu de leurs camarades en délire, la promenèrent triomphalement dans la classe. Le malheureux professeur, menacé de perdre l'équilibre, risquant à tout moment de s'abîmer dans le vide, essayait en vain de calmer l'effervescence de ses élèves. La même absence de discipline continua dans cette classe ; en janvier 1818, les places fantaisistes, attribuées par le professeur dans une composition de vers latins, irritèrent l'esprit de justice des écoliers, qui résolurent de remettre leur vengeance à la composition suivante. Lorsque, à la fin de la classe, le professeur se disposa à recueillir les copies, il s'aperçut qu'aucun de ses élèves n'avait composé. Très irrité, il s'adressa à Lefort, qui lui répondit sans perdre son sang froid : « Mais enfin, poursuivit le régent de plus en plus furieux, j'avais ordonné de composer, votre devoir était de le faire. » — « Le maître l'ordonne, répondit de Monnecove, mais la justice le défend. i> Et les copies ne furent jamais remises. Ce relâchement de la discipline était connu en dehors de Saint-Omer : un des amis de Poillion écrit assez ironiquement, en annonçant l'arrivée prochaine d'un jeune Anglais3 : « cet enfant est naturellement bon, sois-en sur ; il ne te cassera pas tes fenêtres et ne te mettra pas le feu dans ta maison, pourvu cependant que tu ne le laisses pas mourir de froid ».
Des affaires disciplinaires, inconnues pendant toute l'époque impériale apparaissent dans la correspondance de Poillion avec la disparition du régime militaire. Ce sont les tracasseries d'écolier du fils du préfet4; ce sont deux Anglais dont la conduite a été telle que le principal, bien malgré lui, a dû les expulser5. Aussi Poillion regrette de voir diminuer par le règlement du 28 septembre 1814 l'autorité des professeurs en
1 A. M., CM., 9 juillet 1818.
2 Huard, notice sur Ed. Lefort, revue de Lille, septembre 1891, p. 540.
3 A. M., 13 février 1818.
4 C.P., au préfet, 3 février 1815.
5 C.P., à M. Gouzot, 20 novembre 1814.
même temps que la sienne ; il s'en plaint amèrement au recteur1: « il est fâcheux que l'article des punitions, dans lesquelles les régents sont si limités, soit ainsi connu de la plupart des élèves, que le principal n'ait plus le droit de renvoyer définitivement un élève, sans en référer au bureau d'administration » ; il prévoit que dans certains cas, comme à Arras, on voudra vexer et humilier le principal « en le mettant sur le même banc avec le jeune délinquant, et en donnant droit à ce dernier contre toute espèce de droit ». Poillion sent que l'autorité lui échappe peu à peu ; il sent que bien souvent ses élèves le contraignent à agir à leur guise, sans qu'il puisse résister à leur volonté. C'est ce qui eut lieu plusieurs fois pour les congés. Dès juin 1814, le recteur se plaignait au principal de la multiplicité des congés. Poillion proteste bien que toutes ces demandes, qui troublent l'ordre des classes, sont loin de lui plaire ; il ne peut cependant s'opposer à certaines exigences locales et les élèves continuent à chômer le lundi de la ducasse2. En 1815, comme Joyez, d'accord avec l'évêque, donne congé aux séminaristes du mercredi saint au lundi de Quasimodo inclusivement, Poillion prévoit que les externes suivront l'exemple des séminaristes, sans qu'il lui soit possible de les contraindre à venir au collège.
Le même esprit de liberté se manifeste chez les régents. La soumission passive de l'époque impériale a fait place chez eux à un besoin d'indépendance3. En 1814, les professeurs demandent à être autorisés comme autrefois à partager en deux après-dîner, les mardis et les jeudis, le congé du jeudi1. En 1815, ils osent se plaindre assez vivement de la diminution de leurs traitements. L'université, comptant sur un droit d'école de 1.800 francs, défalquait cette somme du crédit alloué à la ville pour la répartition des fonds à distribuer aux professeurs. Or la diminution du nombre des élèves, et l'exemption des séminaristes réduisaient cette somme de moitié et les régents étaient exposés à perdre 8 o/o de leur traitement; c'était du moins la retenue qui avait dû leur être faite pour les deux premiers trimestres de l'année5. Loin d'avoir un traitement « éventuel >\ ils se trouvaient lésés ou tout au moins menacés d'être lésés dans leur traitement prin-
1 C.P., G novembre 1814, qo 468.
2 C.P., 10 juin, no .us ; 22 juin, n° 422.
3 C.P., 2 mars 1815, n» 501.
4 C.P., 10 juin, n<> 418 ; 22 juin, Q° 422.
5 G.P., 7 juin 1815, n« 52S.
cipal, qui devait cire un traitement intégral, sacré pour eux. A mesure que l'année s'écoulait1, le déficit du traitement des régents s'accroissait tellement qu'à la tin de décembre, ils avaient de 100 à 150 francs de moins sur la totalité de ce qui devait leur revenir. Le maire, le bureau d'administration ne pouvaient remédier à cet état de choses. Le remède tarda à venir, en dépit des réclamations de toutes les autorités locales, et en 1817, les professeurs en étaient encore à souhaiter de toucher les honoraires dont ils jouissaient autrefois; ils en étaient encore à réclamer une indemnité pour les réductions qu'ils avaient éprouvées depuis quelques années2.
Les procédés de l'université ne s'étaient pas modifiés depuis l'empire. Le ton était peut-être d'une brutalité moins militaire, mais le dédain des intérêts légitimes de fonctionnaires lésés était toujours aussi manifeste. C'est que, pour changer de nom, l'ancienne université n'avait guère changé de caractère. Aux premiers jours de la Restauration, en 1814, le gouvernement ne l'avait maintenue que par provision ; il avait promis une réforme radicale : simple prospectus, simple réclame du nouveau commerçant qui s'installe. L'outil fabriqué par Napoléon était facile à manier ; c'était de plus un excellent instrument de gouvernement. Le nouveau régime le conserva dans son intégrité3.
Poillion avait espéré mieux. C'est sans enthousiasme qu'il accueille l'ordonnance du roi sur le maintien des lois, statuts, règlements et discipline de l'université1 ; ne pouvant résister aux dispositions générales, il accumule les objections de détails5. Plus franc avec son ami Boinvilliers, il lui marque nettement sa désillusion profonde'3 : « si l'on nous adresse des décrets ou des arrêtés peu faits pour nous stimuler dans notre travail et qui nous ravalent aux yeux du public peu judicieux, d'hommes étrangers à notre besogne, d'enfants tous enclins à nous contrôler et à nous provoquer, au milieu de leurs plus grandes offenses, ne devons-nous pas souffrir aujourd'hui dans un temps de régénération, plus que nous avons souffert sous le règne Napoléonien, dont nous retenons des lois si affligeantes et si militaires... Vous nous avez tous livrés aux bras séculiers et irréguliers ».
1 C.P., 14 octobre 1815, n° 565.
3 V.. Taine, Régime moderne, p. 23G.
4 C.P., 10 juillet, n<> 425.
5 C.P., 31 octobre, nB 464 ; 6 novembre, n° 468.
6 C.P., 29 novembre, n« 25.
Malgré le changement de régime, la situation de Poillion et des professeurs reste identique à ce quelle était en 1813. Le sous-préfet se considère toujours comme le président du bureau d'administration ; il n'hésite pas à l'occasion à exclure du fauteuil présidentiel le maire lui-même1 ; le bureau dépend toujours du recteur ; le principal reste le receveur responsable dune rétribution universitaire, maintenue au plus grand désespoir des parents. Le Helloco est menacé d'une destitution ; Delebecque, un maître d'études, soupçonné d'avoir des opinions politiques contraires aux vœux des bons Français, doit être rassuré par le maire et défendu par le principal-. Toute l'influence de Poillion ne peut parvenir à faire écouter en haut lieu certaines revendications légitimes. Cependant, il avait des raisons de compter sur l'appui de Royer-Collard, devenu président de la commission d'instruction publique ; il pouvait espérer que l'ancien professeur de mathématiques du collège de Saint-Omer, n'oublierait pas l'établissement où il avait achevé ses études, où, novice et même jeune Père de la Doctrine chrétienne, il avait débuté dans l'enseignement3. Vainement cependant on essaya, suivant le vœu de tous, de faire du collège de Saint-Omer un collège royal4 ; vainement Poillion entretint à ce sujet une longue correspondance avec Royer-Collard5 ; vainement il fit le voyage de Paris pour soutenir auprès de lui les droits de son collège0 ; vainement le maire s'adressa à lui pour obtenir une faveur à laquelle la ville attachait une grande importance; vainement on rappela à Allcnt, alors conseiller d'état, les dispositions favorables de la municipalité7. Tout fut inutile: le mot de collège royal ne devait pas encore briller en lettres d'or sur la porte du vieux collège français.
A défaut de ce titre désiré depuis si longtemps à Saint- Omer, le collège ne put même pas obtenir la création de bourses souhaitée par les habitants de la ville. Dès l'origine de l'université, Napoléon avait placé dans les lycées environ trois mille enfants, que le gouvernement élevait et nourrissait à ses frais, pour son profit, qui étaient destinés à devenir sis créatures, et formaient la première couche de la population
1 A.N., F, 17, 2.811, 17 et 23 octobre 1813.
2 A. M., CM., 9 août 1816.
3 Cf., Philippe. Royer-Collard, 1857. Michel Levy. « C.P., à l'abbé Ratel, 25 lévrier 1815.
s 14 septembre 1810, il demande Cadart comme censeur, il envoie la feuille de Saint-Omer el le palmarès. Cf., A.N., F, 17, 2.811. e A.N., F, 17, 2.811.
7 A. M., CM., 10 avril 1810.
scolaire. Tous d'une famille plus ou moins besogneuse, tons fils de militaires ou de fonctionnaires, ils voyaient dans l'empereur le patron bienfaisant et tout-puissant qui, s'élant chargé dans le présent de leur éducation et de leur instruction, se chargerait dans l'avenir de leur établissement. Au moment de sa création, l'école secondaire avait connu les boursiers: le premier règlement prévoyait par cinquante pensionnaires une place gratuite, accordée par le ministre de l'intérieur, sur la présentation du bureau d'administration, à un élève recommandable par son application et peu favorisé de la fortune. En l'an XIV, le fils d'un ancien payeur de la guerre, Papegay, avait été nommé élève gratuit à l'école secondaire'. En 1814, Portemart, qui fut plus tard maître d'études, occupait à son tour une place d'élève gratuit"2. Mais bientôt, ces bourses communales furent attribuées dans des lycées, et particulièrement au lycée d'Amiens. Cette nouvelle manière d'agir présentait de grands inconvénients, et bientôt on eut peine à trouver des candidats pour les places vacantes. En 1814, les inquiétudes politiques firent hésiter beaucoup de parents à envoyer leurs enfants loin de chez eux; ceux qui avaient des'fils boursiers à Amiens les firent même revenir à Saint-Omer. Devant la frayeur des familles et leur désir d'attendre des temps plus calmes, on dut reculer de quelques mois la date du concours3. La crise terminée, trois bourses se trouvaient libres à Amiens. Une première fois au mois de juin, le principal ne put présenter de candidats; vainement, il avait fait lire dans toutes les classes la circulaire rectorale *. L'examen dut de nouveau être reculé jusqu'en septembre5. Le maire voulait trouver des candidats; répondant à son invitation, tous les curés de la ville annoncèrent le jour du concours au prône de la messe paroissiale. Un seul candidat0 se présenta et se retira bientôt parce que ses parents ne pouvaient remplir les conditions imposées7. L'éloignement du lvcée d'Amiens, surtout avec la difficulté des communications, n'était pas la seule raison qui arrêtait les familles; outre les frais considérables occasionnés par le déplacement, l'achat
1 A.D., bureau d'adm., 5 trimaire; sous préfet à préfet, 15 frimaire; Fourcroy au préfet, 3 janvier 1806; arrêté du ministre, 9 nivôse XIV; bureau d'adm., 7 février 1806.
2 A. M., CM., 23 juin 1810, no 4.203.
3 C.P., 26 mars, n° 407.
4 C.P., 10 juin, no 417.
5 C.P., 3 septembre, n° 443.
6 Ratier.
' C.P., 5 septembre, o« 447. A.M., CM., 8 septembre.
d'un trousseau dispendieux répugnait aux parents'; certains se demandaient si une modification du régime universitaire n'amènerait pas la suppression des bourses ; enfin on n'accordait le plus souvent que trois quarts de bourse, et des familles peu fortunées étaient dans l'impossibilité de payer le supplément de pension2. En 1815 la situation reste la même; le seul candidat présenté, Derose, le fils d'un ancien capitaine, est trop âgé et n'a pas le degré d'instruction nécessaire pour concourir3; en 1816 il faut se contenter d'aspirants venus d'Aire 4.
Ainsi les bourses n'étaient pas occupées, ou bien elles étaient données à des étrangers à Saint-Omer, à l'arrondissement ou même au département. La ville payait pour l'éducation d'enfants qu'elle ne connaissait même pas : tous les semestres, le maire envoyait à Amiens 1.787 francs"', sans connaître souvent ceux qui bénéficiaient de cette aumône. Le proviseur du lycée d'Amiens ne souffrait pas le moindre retard dans les paiements G ; parfois même, ses prétentions allaient jusqu'à se faire payer d'avance 7. Professeurs, principal, membres de la municipalité, tous à Saint-Omer constatent avec le chagrin le plus profond que les sommes allouées chaque année par la ville sont ou consacrées à d'autres emplois, ou affectées à des étrangers; tous souhaitent l'emploi dans le collège des bourses payées au lycée d'Amiens; tous multiplient les démarches. Le maire trouvait « douloureux pour une ville de verser à Amiens des fonds qui étaient en pure perte pour la cité, tandis que l'on pouvait les utiliser d'une manière très avantageuse en faveur des élèves instruits mais peu fortunés qui fréquentaient le collège 8 »; Wattringue adressait au recteur, au sous-préfet les doléances de la municipalité ; il les priait de défendre la cause de Saint-Omer auprès du grand-maître. Poillion argumentait avec une adroite subtilité '•' : puisque le collège de Saint-Omer devait être érigé en lycée, que le décret enavaitété porté, qu'il avait, au dire des inspecteurs, la force et l'organisation de ces établissements, il avait le droit déposséder des boursiers. Alors, les aspirants se présentant plus
1 Le trousseau était estimé 600 francs. A. M., CM., 2 février 1818.
2 Ce quatrième quart était exigé d'avance. A. M. 8 C.l\, 16 octobre, u° 551.
* A. M., CM., 8 avril.
h A. M., CM., 19 février 1816, n° 130.
6 A. M., CM., 13 octobre 1815.
7 A. M., CM., 31 juillet 1816.
8 A. M., CM., 8 septembre 1814.
9 C.P., au maire, 22 juillet 1814.
nombreux, on pourrait parmi eux choisir les plus méritants ; sous l'œil même de leurs bienfaiteurs, sous leur surveillance directe, les boursiers seraient plus intéressés à soutenir leur régularité et leurs progrès. Trois-quarts de bourse dans un collège où la pension n'était que de 500 francs équivaudraient à une bourse pleine dans un lycée, et l'on pourrait multiplier les divisions du crédit pour multiplier le nombre des heureux et exciter plus efficacement l'émulation « qui est l'âme d'un bon établissement ».
Toutes ces raisons étaient excellentes ; mais est-ce toujours la cause la plus juste qui triomphe '? est-ce toujours l'intérêt des administrés qui dicte les actes d'une administration ? La rente annuelle, servie par Saint-Omer au lycée d'Amiens, équilibrait le budget du proviseur ; le collège n'avait pas le titre officiel de collège royal. Les demandes de la ville furent repoussées, et pendant longtemps les boursiers furent inconnus au collège1, en attendant le jour où ils devaient être presque seuls à peupler le pensionnat du lycée.
Toutes ces désillusions, jointes aux fatigues d'une direction pénible, ne tardèrent pas à altérer profondément la santé de Poillion. Déjà en 1815, une grave indisposition l'avait forcé à « garder son appartement » pendant plus de quinze jours5 ; une maladie de langueur faisait craindre à tous une issue fatale. Jusqu'au dernier jour, lorsque, déjà incapable de tout travail, il ne pouvait plus présider aux examens de fin d'année3, Poillion ne cessa de se préoccuper de son cher collège. Quelques jours avant sa mort, le recteur lui avait adressé un arrêté de la commission d'instruction publique4, relatif à l'érection d'une chaire d'histoire et de géographie; Poillion en avertissait le maire en ces termes5 : « J'ai passé la meilleure des nuits ; aussi combien je suis différent de moi-même. J'aime à donner celte nouvelle à un magistrat, vrai ami, qui s'en réjouira autant que moi. Je me crois sauvé, et bientôt capable de reprendre peu à peu des exercices qui me sont si chers. » Espérance vaine ; le G juillet 1818, à une heure et demie du matin, Poillion s'éteignait doucement dans le collège dont il avait été le restaurateur0.
Sans doute, il eut des défauts : peut-être lui voudrait-on
1 En 1818 Yppersiel et Nelatou vont comme boursiers à Amiens, A. M.
2 C.P., 21 octobre, n" 552.
3 A. M., 2 juillet.
4 A. M., bur. d'adm., 13 juillet. Arrêt du 15 mai ; le principal d'IIesdin avait posé sa candidature à ce poste.
5 20 juin.
6 A.M., CM., G juillet.
plus d'énergie, plus de fermeté de caractère. Mais que de précieuses qualités compensaient ces quelques faiblesses ! Plein de zèle et d'activité à rendre le collège florissant1, il s'était justement gagné l'estime de ses supérieurs, la sympathie de ses concitoyens et l'amour de ses subordonnés. Par sa douceur, il avait cherché, tant qu'il le put, à atténuer la rigueur des lois universitaires ; il avait su se faire aimer de professeurs dont il aurait pu se faire craindre. Tous le regrettèrent : « La douleur de nos concitoyens, disait la Feuille de Saint- Omer, les larmes d'une jeunesse nombreuse qui regrette en lui un véritable père, celles des pauvres qui accompagnèrent sa dépouille mortelle sont un éloge assez éloquent de cet homme estimable -. »
' A. M., CM., G juillet.
2 11 juillet 1818, n" 639, p. 7.