I. LES BATIMENTS ET LES RESSOURCES FINANCIÈRES
I. Les Bàlimenls. Développement ininterrompu des constructions. —
a) La première chapelle (1569). — b) Le bâtiment des classes (1583-1592). — c) L'église ' (1615-1636). — d) Le nouveau bâtiment (1747-1753). — IL Les affaires financières. — a) Les difficultés. —
b) La constitution du patrimoine de la société. — 1. Dons des évêques et des abbés de Saint-Bertin. — 2. Dons des Pères de la compagnie. — 3. Dons de laïcs (a) pour participer aux mérites de la société (b) pour être inhumés dans la chapelle.
Conclusion. — Tous ces biens matériels servent à l'accroissement de l'influence spirituelle de la société.
Le 24 février 1567, sur le soir2, le P. Beaudoin de l'Ange, escorté du P. Jean Capanus et du scholastique Hermann, , suivis de leurs nouveaux compagnons, maître Florent, le l P. Jacques Dogius, et le F. Simon Marcassin, quittait l'abbaye de Saint-Bertin où, depuis quelque temps, ils recevaient l'hospitalité des moines3. Dans le brouillard de celte soirée d'hiver, la petite communauté montait lentement la rue Saint- Bertin; l'âme remplie d'espérance, les Pères se dirigeaient vers la place de l'Estat par la rue de la Luresse v. A gauche, au coin de la rue du Vieil Brusle, la troupe s'arrêtait et pénétrait dans une maison spacieuse que Gérard d'Haméricourt avait achetée, le jour de saint Mathias, avec le jardin qui se prolongeait jusqu'à la rue Saint-Berlin. Les maîtres charpentiers, les maçons venaient à peine d'en enlever Ictus outils, (.'était là I en effet, c'était là que pendant deux siècles allaient habiter les Jésuites; 900 florins de rente assurés par l'cvcque devaient suffire, quelque temps du moins, à l'entretien des nouveaux éducateurs de la jeunesse. Laissez faire L'arbuste. 11 grandira et viendra à maturité.
1 V. Mr Deschamps de Pas, et aussi l'intéressante monographie de MMrs Lesennc et Boitel sur la chapelle du Lycée.
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3Gà C, IX, p. 427.
1 Certains textes orthographient Louressc.
En 1763, le P. Philippe Du Brulle, accompagné de neuf profès des quatre vœux, d'un profès des premiers vœux, d'un coadjulcur spirituel et de quatre coadjuteurs temporels, à son tour quittera celte même demeure. Mais que de changements depuis la fondation ! à peine pourrait on reconnaître l'humble maison des origines. Comme elle s'était embellie ! les bâtiments se sont multipliés et ont empiété sur la place de l'Estat ; la rue de la Luresse a disparu ; sur son emplacement s'élève un édifice presque neuf : la rue du Filet est assombrie par les deux tours d'une vaste église. Tout le quartier appartient à la compagnie : six maisons rue des Ecoles1 « joignantes les unes aux autres », huit maisons rue du Filet2 jusqu'à l'angle de la rue au Vent rapportent 2.535 livres à la société, sans compter plus de 190 livres d'arrentements sur d'autres maisons dans la ville ou dans les environs. Les biens de campagne ne sont pas moins considérables; des terres à Arques, à Sèques, à Helfaut, à Longuenesse, à Wizerne, à Mou lie, à Tatinghem, à Wisque, des manoirs à Tilques et à Gravelines, des propriétés à Boleselle, à Boisinghem, à Bourbourg, à Cormette, font presque des Jésuites les plus riches propriétaires fonciers de tout le pays3. Les 900 florins de rente, premier don de l'Abbé de Saint-Bertin, se sont singulièrement accrus; tant sur les Etats d'Artois que sur les villes de Saint-Omer, de Gravelines et d'Ypres, tant sur la forêt de Nieppe que sur les domaines du Roi à Tournehem et à Saint-Omer, les rentes annuelles du collège s'élèvent à 3.569 livres 7 deniers, et les archives contiennent précieusement enfermés dans une chambre plus de quarante titres authentiques et d'un revenu certain, acquis par des libéralités.
C'est que, malgré les difficultés qu'ils avaient rencontrées, eir dépit des fléaux qui compromirent leurs affaires, en dépit des guerres et des sièges qui détruisirent leurs constructions, soutenus, dans leur lutte contre des éléments hostiles, par l'immutabilité de leurs règles, puissants comme le rocher contre lequel viennent se briser les vagues de la mer, tendant toujours au mieux avec une ténacité indomptable, les Jésuites avaient développé leurs forces matérielles en même temps qu'ils étendaient sur tout le pays leur influence spirituelle et morale. Etudier l'histoire du collège de 1567 à 1762 ce sera donc montrer d'abord l'accroissement matériel de la fortune de la
1 A.D., C, 138-208. Compte-rendu de Roussel de la Tour, 21 août 1764. A.N., 249 et Cart. des Jésuites.
2 Ainsi nommée parce qu'il s'y tenait un marché au fil.
3 Revenus des biens de campagne : 8605' 10<*. A.D., C, 138-208.
Compagnie, ensuite l'ascendant pris par la société de Jésus non seulement sur la jeunesse, mais aussi sur la ville de Saint-Omer et sur les environs.
Construction ininterrompue de nouveaux bâtiments qui j fit de l'ancien collège des Jésuites un établissement plus important encore que le lycée actuel ; acquisition ininterrompue de nouvelles propriétés et de nouveaux titres de rente. / tels sont les deux points qui occuperont ce chapitre dans lequel nous chercherons à indiquer quelles aides trouvèrent les Jésuites pour les soutenir dans leur marche incessante vers une situation plus brillante, quels obstacles ils rencontrèrent dans cette glorieuse ascension de deux siècles.
Sur l'ordre du Provincial, les trois professeurs désignés, Florent pour la rhétorique, Jean Jacobœus pour la poésie, Jean Dumoulin pour la grammaire descendaient chaque jour à Saint-Bertin où se réunissaient encore leurs écoliers1. Enfin le 15 janvier 1568, en la fête du saint Nom de Jésus, l'aménagement des cinq classes fut terminé ; le provisoire prenait fin. Solennellement, les deux cents élèves se rendaient en procession aux nouvelles écoles, sous la conduite de Gérard I d'Haméri court2 et du magistrat de la ville.* En qualité d'abbé de Saint-Bertin et de fondateur avec son couvent du collège \ des Jésuites », le prélat avait tenu à présider lui-même à leur installation définitive « en présence de ce qu il y avait de plus | distingué en personnes à Saint-Omer » ; le P. Baudoin fit une! <i oraison latine analogue à une aussi belle fondation3 ». Auf nouveau collège il fallait une chapelle ; sans se laisser intimi-j der par les manifestations de certains individus'1 qui, une nuit de décembre 1568, souillèrent d'ordures et de boue les portes de la nouvelle maison et brisèrent à coups de pierres les vitres des classes ; sûrs de l'appui du magistral qui avait fait saisir et emprisonner les manifestants ; certains de la bienveillance de leur généreux protecteur Gérard d'Haméricourt, les Pères choisirent vers le milieu de leur jardin un emplacement convenable pour la construction projetée: la chapelle perpendiculaire à la rue de la Luresse devait avoir son portail sur celte rue. L'Evêque avait fait don de 700 florins carolus pour l'entreprise : le 8 lévrier 1500 les ouvriers ouvraient les tranchées; le 16 avril"', en présence du grand pénitencier,
1 P. Hamy. — Histoire du Collège Wallon de Saint-Omer. s De Laplane. Abbés de Saint-Berlin. — 1\ Hamy, op. cit.
3 Gd C„ IX, Ann. Bertiniani, 310.
5 G<i C, IX, 427. — Historia societatis Jesu, P, Sacchino, lit). V, 123. P. Hamy, op. cit.
du chanoine Adrien Pruvost, de M1 du Prey et du reste du chapitre, Gérard d'Haméricourt posait la première pierre ' et, selon l'usage, sa Grandeur donnait à l'architecte autant d'écus d'or qu'il y avait d'invités. A leur tour les quatorze compagnons du P. Beaudoin venaient, la truelle à la main, consolider la pierre fondamentale posée au sommet du chœur tandis que deux élèves déclamaient des distiques latins4. Le 24 septembre 3, à 5 heures du matin, Gérard d'Haméricourt consacrait l'édifice ; à 8 heures, aux sons d'un petit orgue provisoire, il chantait la messe et célébrait le divin sacrifice sur les reliques de saint Vincent et de saint Adrien enfermées dans la pierre d'autel. Au moment de l'offertoire, le P. Recteur à la tète de la Société lui présentait en reconnaissance et en hommage un cierge ardent accompagné d'une thèse analogue à une aussi belle fondation. Et il y eut au dit jour « oraison » latine le malin, et l'après-dîner « oraison » française pendant les vêpres; et telle fut l'affluence des auditeurs que beaucoup, faute de place, restèrent dehors. Chaque année l'anniversaire de cette dédicace sera solennisé avec un éclat exceptionnel ; l'abbé viendra recevoir le cierge : en 1588 par exemple deux écoliers habillés en anges s'avanceront de chaque côté de l'autel et aprèss'être saluéset communiqué la mission qu'ils avaient reçue de Dieu, après avoir chanté une hymne au saint Sacrement, ils annonceront qu'ils apportent un cierge à l'abbé au nom de la compagnie. Ensuite les deux anges se dirigeant vers le récipiendaire droit au côté de l'autel lui réciteront un dialogue en vers et remettront le cierge au recteur qui, après quelques mots de circonstance, l'offrira de ses mains au prélat*. Le duc d'Albe, à la demande de Gérard d'Haméricourt avait autorisé
1 Des inscriptions rappelaient cette fondation. Aux deux fenêtres on pouvait lire : 1 » près de celle du réfectoire : Gerardas ab. Hamericourt abbas domus. Bertianse. Ecclesiœ solotio socielatis Jesu in hoc loco primus collegium alqne istas scholas fundauit : hujitsque primum urbis idem episcopus anno mdlxxviii. 2° de l'autre côté ces fragments restent :
...dus ab Hamericourt. — ...us Audomarensis. — ...s1' Bertini. — ...ns solatio. — ...et collegium fundauit.— pie consecravit anno mdlxx. {Archives du royaume de Bruxelles. Fonds Jésuitique.)
* P. Hainy, op. cit.
a G'« C, IX, Ann. B., 328. Hist. soc, 7. P. Sacchino, lib. VI, 79. P. Hamy, op. cit.
4 D., 1588. En 1613, à la dédicace, les écoliers interprètes du collège s'adressèrent d'abord au monument (buste) placé sur la tombe de Gérard d'Haméricourt puis à l'Abbé ; un autre écolier parla au nom de l'âme du délunt. Cette môme année la fête de la dédicace qui tombait pendant les vacances, avait été avancée et eut lieu dorénavant en août. D., 1613.
les Pères à faire abattre dans la forêt de Clairmarais les arbres nécessaires1 ; dès lors les dons se multiplient, les petites orgues empruntées à Saint-Bertin sont remplacées par un orgue de Mons, don de Gérard d'Haméricourt 2, M1 de Croix3 envoie un antipendium blanc brodé de rouge avec une représentation de l'Annonciation, de la Nativité et de l'Adoration des Mages. Le collège dont les ressources augmentent d'année en année remplace l'ancien calice d'argent doré4, achète un grand crucifix de bois sculpté que Ton dresse entre les deux colonnes de l'autel situé du côté du porche5, les allées sont pavées de dalles brillantes6. En 1583 on jette les fondements du portail que la modicité des crédits n'avait pas encore permis de bâtir". Cependant les dons continuent à affluer pour la chapelle que connaissent bien les habitants de la ville8 : c'est une relique précieuse, la tête d'une des onze mille vierges que le Provincial envoie d'Anvers9 : ce sont des linges sacrés richement brodés ; des bonnets carrés « si ornés qu'on n'aurait su dire qui l'emportait, de l'art ou de la matière première10 » ; c'est une riche chasuble et un calice artistement ciselé11 qui vaut plus de 100 écus d'or à la couronne ; ce sont deux anges d'argent1* que le brasseur Philippe Herman fait fondre par l'orfèvre Hercule Prévost. Bientôt à l'entrée de la chapelle on élève «. un cantor ou dorsal pour illet chanter et jouer les orgues durant l'office divin13 ». Une statue de Notre-Dame de Montaigu14, un manteau d'argent,r>, des rideaux rouges et verts16, un tableau peint à Douai par Bellegamhe17, des vases
< Ann. 13. : G-1 C, IX, 428, 1570. P. Hamy, op. cit., 15 avril 15G9. i D., septembre 1571, Gd G., IX, 1571. 3 D., décembre 1571.
* D., juillet 1572.
5 D., juillet et 29 août.
6 D., septembre 1572.
7 D., 2 août 1583.
8 D., 17« dim. après la Pentecôte 1572 — In chapelle vit se succéder de nombreux pénitents — nombreuses communions.
10 D., 1588. Antipendium brodé en haut d'un saint nom de Jésus et sur les côtés des chefs de la milice sacrée d'une part, profane de l'autre avec leurs insignes. Tous ces objets avaient coulé 1700 11.
'■ D., 1592, val. 401 11.
13 I)., 8 septembre 1601 et II., (Ms 808), page 52 1.