‹ Les origines du Musée d'Ethnographie. Histoire et documents (volume 2)Chapitre 25 sur 99 · H 4 LES ORIGINES · texte numérisé non relu

H 4 LES ORIGINES

Votre Commission n'a pas examiné avec moins d'intérêt la série de figurines en terre peinte, qui comprend les diverses castes et professions des deux sexes chez les Hindous du Bengale; elle offre une galerie à peu près complète de tous les états, depuis le Brahmane jusqu'aux plus basses conditions et, ce qu'il est important de remarquer, elle se recommande moins encore par les notions précises qu'elle nous donne sur les distinctions extérieures, et, en quelque sorte, sur les rapports civils de ces castes entre elles, que par les variétés de races qu'elle révèle entre la plupart des individus qui les composent. Ces variétés sont marquées par des nuances très tranchées dans la teinte de la peau, et souvent même par des différences plus profondes dans la constitution physique. Aussi, ces quarante statues, qui embrassent depuis le Brahmane blanc jusqu'à l'esclave presque noir, donnent les moyens de vérifier les résultats auxquels a conduit dans ces derniers temps l'étude comparée des divers idiomes de l'Inde. Nous ne craignons pas de dire que c'est une des parties les plus précieuses de la collection de M. Lamare- Picquot; sa nouveauté et son importance font désirer qu'un dépôt public s'enrichisse de ces matériaux dignes de former la base d'un musée ethnographique, consacré aux peuples de l'Asie, musée dont le progrès des études orientales fait depuis longtemps sentir le besoin parmi nous. La France ne possède pas encore de dépôt de ce genre, et il serait d'autant plus désirable quelle put acquérir les nombreux objets réunis par M. Lamare-Picquot, que cette collection deviendrait ainsi le centre auquel ne pourraient manquer d'aboutir les résultats des voyages futurs en Asie. Le dévouement avec lequel M. Lamare-Picquot s'est livré à des recherches pour lesquelles il n'avait pas de guide, la persévérance qu'il a mise à les poursuivre malgré les obstacles de tout genre qui devaient l'arrêter dans une carrière nouvelle, méritent les éloges de la Société Asiatique, et votre Commission a pensé que vous aimeriez à les lui exprimer. Elle serait heureuse que le témoignage que vous rendrez en faveur de cette collection put concourir, avecle jugement du premier de nos corps savans',

1) Voy. le rapport ci-dessus, ii» XXI.

DU MUSÉE d'ethnographie 115

à attirer Tattention du gouvernement sur les services rendus à la science par ce voyag^eur zélé. L'offre généreuse qu'a faite M. Lamare-Picquot d'abandonner à l'Etat la totalité de ses collections ethnographiques et d'histoire naturelle sont des titres à la faveur et aux encouragemens d'un pouvoir ami des études sérieuses. L'acquisition de ces matériaux intéressans aurait, en outre, l'avantage d'assurer pour l'avenir à la France de nouvelles richesses, en encourageant le zèle de M. Lamare-Picquot à recommencer en Asie des voyages si utiles aux sciences naturelles et historiques.

En conséquence, votre Commission vous propose d'arrêter que les efforts de M. Lamare-Picquot méritent les éloges de la Société Asiatique, et en même temps d^autoriser M. Lamare- Picquot à faire connaître publiquement, s'il le juge nécessaire, le jugement favorable que vous portez sur sa collection.

Signé : J. Mohl, Stahl ;

Page 1