‹ Les origines du Musée d'Ethnographie. Histoire et documents (volume 2)Chapitre 27 sur 99 · COLLECTION ETHNOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

COLLECTION ETHNOGRAPHIQUE

Et les moyens de la former '.

L'état actuel des sciences géographiques appelle la formation d'une collection spéciale destinée à recevoir les produits des voyages lointains (autres que les productions de l'histoire naturelle), et qui sont propres à éclaircir les mœurs et les usages des nations et des peuplades peu connues. Tel serait l'objet principal d'une collection ethnographique, supplément utile ou même nécessaire aux descriptions géographiques et aux relations des découvertes. Mais quel que soit l'intérêt qu'une telle collection présente pour les études d'histoire et d'ethnographie, l'on ne propose pas ici d'y consacrer un nouvel établissement ; d'abord parce que la réunion complète des objets ne peut être que le fruit du temps et des acquisitions successives ; ensuite, parce

1) Ces remarques forment Yaxjpendice (p. 63-92) à une brochure de Jomard intitulée : Considérations sur l'objet et les avantages d'une collection spéciale consacrée aux cartes géographiques diverses et aux branches de la géographie. Paris, Duverger, 1831, br. in-8o. Ce mémoire, qu'il eût été inutile de donner in extenso, contient, en outre, p. 18-23, un paragraphe sur V ethnographie, que l'on trouvera au bas des pages suivantes. (E. H.)

que les ressources qui pourraient être affectées par le gouvernement à cette destination scientifique seront nécessairement bornées. Aussi les réflexions qui vont suivre s'appliquent plus particulièrement à un établisssement existant et dépendant du ministère de l'Intérieur, savoir : notre grand dépôt scientifique et littéraire de la Bibliothèque royale. L'ordonnance du 30 mars 1828' a eu entre autres buts, celui de remplir cette

1) Cette ordonnance veut qu'on réunisse à la collection géographique les divers objets qui proviennent des voyages scientifiques, ordonnéspar le ministère de l'Intérieur : disposition d'autant plus sage que ces objets sont [dispersés et souvent perdus au retour des voyageurs; je pourrais apporter en preuve les voyages de feu Baudin, de Leschenault de la Tour et beaucoup d'autres.

Déjà l'on y a rassemblé ceux qui provenaient de l'expédition française en Egypte ; des fragmens d'objets modernes recueillis par la commission qui a publié une description de cette contrée par ordre du gouvernement ; les archives de cette commission scientifique ; enfin les dossiers originaux de l'expédition. On doit y placer dans la suite les produits de l'industrie des peuplades lointaines, visitées par les voyageurs français.

C'est principalement sous le rapport ethnographique que cette disposition acquerra de l'importance, aussitôt qu'elle pourra être réalisée dans le local^convenable que l'on prépare en ce moment. En peu d'années, la civilisation, chez certaines peuplades, a fait des progrès tels, qu'il faudra, si l'on veut connaître et conserver l'histoire des races humaines, se hâter de rassembler les élémens de leur état natif, non-seulement leur langage, leur écriture, leur physionomie propre, mais les produits mêmes de leur industrie, ouvrages d'un art encore dans l'enfance, mais qu'il est intéressant d'observer dans ses développemens. Ce qui se passe dans l'Amérique du Nord, chez les Cherokees, dans l'Océanie, aux îles Sandw^ich (voyez plus loin 3e note) ; l'imprimerie étabhe à Eymeo (où l'on a vu le roi se faire imprimeur lui-même), et tant d'autres exemples qu'il serait long de citer, montrent avec quelle rapidité les barbares peuvent adopter l'industrie, les moeurs et même les langues européennes et abandonner leurs idées et leurs habitudes. Une collection ethnographique, formée sur un plan bien conçu, ferait voir le point de départ de la civilisation chez les peuples sauvages et ses progrès successifs. Les objets curieux, qui se perdent ordinairement, ou qui sont exportés à l'étranger, seraient ainsi conservés à la France ; enfin, ils serviraient de supplément, de commentaire ou d'éclaircissement à la description géographique des peuples mal connus ; ils exciteraient le zèle des voyageurs et stimuleraient le goût des voyages ; enfin ils formeraient une série de matériaux propres à donner une juste idée des différentes races humaines, classées d'après leurs caractères physiques en même temps que selon leurs notions morales et intellectuelles et les fruits de leur industrie.

Outre la belle collection de Gœtlingue (voyez plus loin l^e note), l'on peut citer, une collection semblable, formée dans une contrée reculée de l'Europe. La France

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lacune, remarquée depuis longtemps par les bons esprits, signa-

a à envier à la Russie le Musôc ethnographique, collection précieuse dont M. Mertens a fait don à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. Les objets ont été recueillis principalement dans les îles du grand Océan. Le motif qui a fait créer ce musée est précisément le même que celui que j'ai mis en avant plusieurs fois; c'est que ces objets curieux, ces ustensiles, ces ornemens, ces vases et ces instrumens divers sont de vrais raonumens de ^'industrie des peuplades et qu'ils deviendront de plus en plus rares et précieux, puisque, même dans certaines localités telles que Sandwich, il est devenu très difficile et presque impossible de s'en procurer.

Parmi les ouvrages de l'industrie extra-européenne, il semble qu'on devrait choisir surtout une certaine classe d'objets, comme très propres à caractériser le degré ou le genre de la civilisation. Je veux parler des instrumens, qui servent à exprimer ou à transmettre le sentiment musical, mode d'expression inné chez tous les hommes ; il faudrait s'attacher à réunir le plus complètement possible tous les instrumens à vent, à corde et de percussion appartenant aux peuplades. S'ils sont semblables ou analogues à ceux dont l'ancien monde civilisé a fait usage, on en pourra tirer des inductions sur l'origine de ces peuplades; s'ils en diffèrent absolument, ils donneront lieu à d'utiles remarques sur le génie inventif des différentes tribus et sur le goût particulier aux hommes des diverses races. On peut en dire autant des difîérens jeux et des objets servant aux exercices gymnastiques. Tous ces objets dessinés par les voyageurs, sans vérité ou d'une manière fugitive (quand ils ont encore le temps de les copier), perdent encore à la gravure et aucune description ne peut les suppléer.

Outre les armes et les armures de toute espèce, il faudra rechercher les outils employés dans les arts et le travail des métaux, les ustensiles variés de l'économie domestique et de l'agriculture, les monnaies, poids et mesures, les tissus de tout genre, les ornemens de parure, souvent très riches par la matière, par la forme et par le dessin; puis les ornemens et les symboles du culte et des superstitions, tels que les talismans, les trépieds et les autels portatifs, les divers signes extérieurs des cérémonies de la religion, enfin tout ce qui constate l'état des mœurs, des préjugés etdes idées sociales et religieuses. Joignons encore à cette énumération les peintures elles reliefs qui expriment le caractère de la physionomie, quand ils sont l'ouvrage des indigènes même. Je n'en excepterais pas certains costumes, comme on en voit dans l'Afrique centrale et occidentale, dont les voyageurs ne remarquent souvent que la bizarrerie, mais qui éclaircissenl des usages civils ou religieux, ou des superstitions d'un genre particulier. La collection de tous les instrumens matériels qui servent à compter, peser et mesurer, serait, à elle seule, d'un haut intérêt ; 'que de matières précieuses et d'objets des trois règnes, mis en œuvre parles indigènes, il serait avantageux de

reunir

Si les Espagnols, au lieu de détruire ou de laisser disperser les ouvrages de l'industrie américaine, les produits des arts des Mexicains, des Péruviens et surtout de l'Amérique centrale (*), les avaient, au contraire, conservés avec soin

{*) a 11 est à présent démuntré que la péninsule d'Yucatan et ses monumens appartiennent à une

lée même par les rapports des commissions et des compagnies savantes *.

Il ne s'agirait donc que de réaliser reffel de cette ordonnance j le défaut de fonds l'a seul empêché jusqu'à présent de recevoir son exécution. On devrait saisir l'occasion de l'arrivée à Paris d'une intéressante série d'objets en ce genre, rapportés de l'Inde et de l'Afrique australe par M. Lamare-Picquot. L'Institut de France vient de porter son jugement sur le mérite et l'intérêt de cette collection^ Le moment est donc favorable pour envisager la question sous le rapport de l'utilité scientifique, et pour proposer des vues sur le moyen d'exécution : but de la collection ethnographique ; convenances et avantages de l'établissement destiné à la recevoir; facilité d'économie, de temps et d'argent dans la formation de cette collection, tels sont les points à examiner ici, et les conditions à remplir.

et rassemblés dans une grande collection; si l'on avait ainsi constaté la situation sociale des Américains au jour de la conquête, certes on aurait aujourd'hui des lumières sur leur origine, on n'en serait pas réduit à des conjectures sur ce qu'il faut penser de l'état primitif des aborigènes; on saurait enfin plus positivement, si leur civilisation a eu plusieurs sources, plusieurs degrés, plusieurs périodes.

i) Voir le rapport fait au ministre de l'Intérieur en 1818 par la commission de l'Institut chargée d'examiner la collection de Thédenat du Vent, rapport que j'ai été chargé de rédiger ; voyez aussi sur le même sujet, le rapport de la commission scientifique attachée au ministère (*).

2) Voyez plus haut, n» XXI.

époque particulière; que le système d'architecture et de sculpture et le style des ouvrages d'art y diffèrent de ce que Ton voit dans le Mexique proprement dit. On peut citer en preuve, outre les dessins connus jusqu'à présent, et venant des voyages de Del-Rio et du capitaine Dupaix à Palenqué, les collections de M. Latour-Allard et .de M. BeuUoch, des fragmens intéressans rapportés par M. Franck, et une petite collection que je me suis procurée depuis deux ans , composée des objets rapportés notamment par M. Baradère. Celle-ci renferme plusieurs objets provenant des ruines de cette ville remarquable, qu'on a appelée la Palmyre du nouveau continent, et qui sera peut-être un jour surnommée la Thèbes américaine. On y trouve des ustensiles, des vases et des instrumens très curieux, qui non seulement annoncent de l'art et du goût, mais encore olfrentdes rapprochemens singuliers avec l'ancien continent. Ces similitudes frappantes ouvrent dijà un vaste et nouveau champ aux recherches sur l'histoire des migrations humaines. »

Les collections Latour-Allard et Franck, dont il est ici question, acquises pour le Musée Américain du Louvre, sont aujourd'hui déposées avec les autres pièces de ce Musée au Trocadéro. La collection de Baradère fait partie du Musée Berthoud à Douai; j'ignore ce qu'est devenue la collection BeuUoch.

(*; Malgré des recherches très attentives il a été impossible de retrouver ces documents, soit aux Archives Nationales, soit à l'Institut, soit enfin au Ministère de l'Instruction publique.

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L'énuméralion des objets propres à entrer dans la collection dépend de la connaissance distincte du but qu'on se propose. Or, ce but est essentiellement scientifique : il consiste principalement àfaire connaître, d'une manière exacte et positive, le degré de civilisation des peuples peu avancés dans l'échelle sociale, en donnant le moyen d'apprécier leurs ouvrages, et jetant une vive lumière sur l'état de leurs arts et de leur économie domestique, autant que sur la nature de leurs idées morales et religieuses. Il faut, pour cela, mettre le spectateur en présence des objets euxmêmes, au lieu de se borner à placer sous ses yeux une description toujours froide et incomplète. Il apprend ainsi, d'un coup d'oeil, à juger de la forme, de la matière et de la nature même des objets dont il s'agit ; il en comprend mieux l'usage et la destination que par le discours seul ; les usages, les mœurs et les coutumes des peuples sont par là plus faciles à concevoir. Enfin, avec ce secours, l'observateur philosophe voit mieux par quels progrès Thomme s'est élevé ou s'élève encore de nos jours à une situation perfectionnée, en imaginant des arts nouveaux, en inventant des outils et dos instrumens plus ingénieux, en devinant quelquefois des arts ou des procédés que l'Europe n'a acquis qu'à l'aide des siècles. Tel instrument de gymnastique en usage chez les tribus à demi-sauvages, tel instrument de musique, tel objet servant aux jeux et aux récréations des indigènes, telles armures ou armes offensives, tel instrument propre à peser les matières précieuses, tel objet de goût, en or ou en gemme, travaillé avec recherche, etc., etc., sont, à eux seuls, des documens certains sur la tendance au perfectionnement et doivent servir à faire augurer, pour la suite, une civilisation croissante. Cette question, comme on le voit, se rattache immédiatement au tableau moral et historique des peuples, à Y ethnographie proprement dite. Il se lie aux considérations tirées du caractère des nations, de leurs idées dominantes et même de leur langage ; car le nom, que donnent les indigènes à ces instrumens, dépend souvent de la forme ou de la matière. Il est donc utile de les avoir sous les yeux, pour bien savoir ce qu'en disent les naturels, pour mieux concevoir la description, et surtout Tusage qu'ils en fout.

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I] ne s'ag-it point ici du beau clans les arts : mais il est principalement question des objets considérés sous le rapport de l'utilité pratique et sociale, de leur usage économique et technolo gique, c'est-à-dire, des progrès dans l'industrie appliquée aux besoins ordinaires de la vie. Toutefois il serait presque impossible de séparer de cette série les objets qui se rapportent aux idées morales des peuples, à leurs rites et à leurs cérémonies, qui servent à leur culte ou sont un symbole de leurs superstitions : ils trouvent là naturellement leur place, même ceux qui sont singuliers ou fantastiques, parce qu'ils doivent précisément nous éclairer sur le goût et sur la tournure d'esprit des habilans. Je signalerai même ici des costumes et des déguisemens bizarres, en usage pour les divertissemens ; enfin les diverses sortes de talismans et d'amulettes. Toutes ces choses jettent des lumières sur Pétat moral des tribus et des peuplades. On devrait, selon moi, s'attacher aussi à ce qui regarde leurs jeux et leurs amusemens qui reposent sur des calculs et des combinaisons : c'est là une source de remarques curieuses sur le degré d'intelligence des naturels.

Par l'étude et la comparaison de tous ces objets, on serait plus en état (ainsi que M. Abel-Rémusat l'a judicieusement observé') de comprendre les passages difficiles de certaines descriptions des auteurs orientaux, pour ce qui regarde les rites religieux; on peut ajouter, pour les produits naturels travaillés par les indigènes avec plus ou moins d'habileté. Ainsi l'orientaliste et l'observateur philosophe, aussi bien que le géographe et le naturaliste, sont également intéressés à la réunion des matériaux dont il s'agit. Tous y peuvent puiser une instruction qu'on chercherait vainement ailleurs. Ainsi les ouvrages de ces arts, encore dans l'enfance, ne seraient plus dédaignés au retour de nos voyageur?, qui ne savent où les déposer à leur arrivée en France : circonstance fâcheuse sur laquelle nous reviendrons bientôt.

Une autre considération assez importante, déjà exposée, mérite ici de trouver quelques développemens. Chez plusieurs peuples

1) Voyez plus haut, pièce ii" XXI.

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de la mer du Sud, on a vu la civilisation faire en peu de temps des progrès immenses. Comment conserver et écrire l'histoire du progrès moral et intellectuel des races humaines, si l'on ne s'efforce pas de recueillir aujourd'hui les notions positives sur le caractère de leur physionomie morale et physique, et les produits de leur industrie naissante, avant que celle-ci n'emprunte aux Européens une extension peut-être excessive et prématurée. Il importe, sans doute, que notre propre industrie se fasse des tributaires en Afrique et en Amérique, comme dans la mer du Sud et dans l'Australie; mais ces vastes contrées et, par exemple, le monde maritime, sont-ils bien prêts pour recevoir un degré de civilisation si avancée? Ne devrait-on pas procéder avec plus de mesure et ne faut-il pas d'abord bien constater l'état moral et matériel de tous ces peuples, afin d'y proportionner les efforts d'améliorations? On sait qu'aux îles Sandwich, Timprimerie, depuis dix ans, a été introduite avec succès; que les idées des Européens ont pénétré avec leurs arts et leurs costumes, et même que la religion anglicane a succédé à l'idolâtrie*.

Un phénomène semblable vient d'être observé à Eyméo. On sait que les Cherokees, tribu américaine, ont adopté une écriture semi-européenne, pour écrire leur propre langue : ils ont fait plus, ils ont un journal* et une constitution libérale; dans peu, toutes les professions européennes y seront en pratique. Si, à l'exception de l'Europe et de quelques contrées privilégiées, le genre humain est resté si longtemps dans les langes de la barbarie, il n'en peut plus être de même aujourd'hui, par suite des communications continuelles du commerce et de la navigation, comme avec de la persévérance et du temps, on viendra probablement à bout de faire abandonner aux hommes de la nature une partie de leurs habitudes et de leurs usages^; il est urgent,

1) Hono-rorou (Honolulu) a des rues, des auberges à enseignes, des billards. La flotte de Sandwich fait des expéditions et compte plusieurs bricks. Des régimens y sont exercés aux manœuvres.

2) Le Phenix-Cherokee; c'est le pendant du Journal du Caire, qui a apparu presque en même temps à un autre bout du monde.

3) Il n'est pas question ici des missions religieuses dans l'Inde et dans la Chine.

en quelque sorte, de fixer le point de départ de la civilisation, afin d'apprécier ses développemens et ses effets successifs.

Il y a plus, les objets dont il s'agit, les instrumens et ustensiles des peuples sauvages commencent, ainsi qu'on l'a dit, à devenir assez rares dans leurs propres pays, et il est de ces contrées où l'on aurait de la peine à en recueillir.

Si le Muséum d'Histoire naturelle de Paris a pris un développement qui l'a mis au premier rang, peut-être, parmi les établissemens scientifiques de toute l'Europe, c'est qu'il a reçu et conservé, d'année en année, toutes les richesses naturelles apportées par les voyageurs. Pourquoi n'en serait-il pas de même des objets ethnographiques, qui n'intéressent pas moins la géographie, l'histoire et les sciences morales, que les collections de plantes et d'animaux intéressent le naturaliste et les sciences physiques? Pourquoi la Bibliothèque royale, qui est aussi un vaste musée, réunion de cinq musées différons, n'aurait-elle pas aussi, par la suite, ses explorateurs, avec des ressources proportionnées aux besoins de la science et des lettres? N'est-il pas à regretter que, faute d'un lieu central, on ait laissé périr ou disperser des objets précieux rapportés, depuis trente ans, des diverses parties de l'Asie et du monde maritime, aussi bien que de l'Afrique et des deux Amériques? Or, c'est précisément depuis cette époque que les explorateurs ont fait le plus de découvertes par tout le globe. 11 n'en est pas un qui n'ait rapporté quelques objets instructifs pour l'ethnographie; mais le défaut d'un centre commun est cause que presque tous ont été dispersés. Que sont devenues les nombreuses pièces rapportées par feu Leschenault de la Tour et par un grand nombre d'autres voyageurs? Ceux même de l'expédition d'Egypte n'ont pas été tous rassemblés, mais il en reste encore beaucoup. Plusieurs des voyageurs de cette expédition mémorable seront, sans doute, disposés à les offrir, aussitôt qu'il existera un point de réunion.

La France a été devancée sous ce rapport par plusieurs nations de l'Europe, et même par la Russie; un tel état de choses peut-il être toléré? N'entendons-nous pas souvent les étrangers qui, après avoir admiré nos trésors d'histoire naturelle et nos di-

nu MUSÉE d'ethnographie 133

verses collections, fout des réflexions critiques sur notre incurie pour les richesses ethnographiques?

Userait superflu, nous le pensons, de circonscrire les lieux qui serviraient de théâtre aux explorations des voyageurs ethnogra^ phes. A l'exception de l'Europe civilisée, presque tout le globe habité fournirait des matériaux convenables à la collection. Il n'est pas une seule des contrées placées en dehors du système européen qui ne pût y concourir. Quelle moisson ne ferait-on pas dans les pays du nord de l'Inde et dans l'Asie centrale ! Que d'objets neufs et instructifs à rapporter du grand' Océan ! Enlin l'Afrique tout entière est à exploiter.

Par les détails où nous venons d'entrer, nous croyons avoir suffisamment tracé la démarcation entre les objets ethnographiques et les collections d'un autre genre; par exemple, celles d'histoire naturelle, puisqu'il s'agit d'objets ayant été travaillés, pour servir soit à une destination économique ou domestique, soit à un usage civil, religieux ou militaire ; les collections d'antiquités^ parce qu'ils doivent appartenir aux époques modernes, ou du moins à des peuples autres que ceux qui composent l'antiquité classique, tels que les Grecs et les Romains, les anciens Égyptiens, les Perses ; avec les collections des beaux arts, parce qu'ils sont essentiellement les produits des arts industriels ; enfin avec les monumens de l'écriture et des langues, Ainsi le lieu où on les trouve, l'époque à laquelle ils appartiennent, et la nature du travail les distingueront toujours assez des objets d'une autre espèce et sans aucune crainte de confusion . Qu'on se hâte donc de remplir cette lacune ; ce n'est pas dans la capitale de la civilisation qu'on doit regretter plus longtemps l'absence d'une collection semblable , il suffit d'ajouter que la Russie, la Prusse et l'Angleterre et d'autres Etats plus petits nous ont depuis trop longtemps devancés.

Quant au classement des objets, il devrait être fait dans un ordre méthodique et non dans l'ordre géographique, pour ofl"rir aux recherches un plus haut degré d'utilité. C'est d'après la nature des choses, c'est-à-dire selon leur usage et leur destination, et non d'après l'ordre des lieux et l'espèce de la matière qu'il fau-

drait les distribuer. L'on placerait donc à la suite les objets du même genre, en usage chez les diverses peuplades, sous-divisées elles-mêmes d'après un ordre géographique constant, autant que le permettraient des séries plus ou moins "complètes.

Il nous reste à présenter des vues sur les moyens d'exécution ; c'est ce qu'on va faire le plus succinctement possible. Outre les objets propres à former la collection ethnographique, et dont nous parlerons tout à Theure, il faut encore trois choses- pour que le public puisse en jouir promptement et économiquement : un local, des arrangemens intérieurs, des agens chargés de la conservation. Nous avons bien montré la nature scientifique et littéraire de cette collection; ce motif seul suffirait pour faire choisir la principale bibliothèque de Paris, si le choix n'était déjà tout fait par l'ordonnance du 30 mars 1828, portant qu'au dépôt de cette bibliothèque seront réunis les objets et instrumens divers produits par les voîjages scientifiques. C'est en vertu de l'ordonnance que cet établissement a reçu plusieurs des objets provenant de l'expédition d'Egypte. Le local est donc trouvé. Les belles constructions qui s'élèvent en ce moment rue Vivienne fourniront le local définitif du département de géographie, qui aura près de trois cens mètres de développement ; le local provisoire actuel est lui-même très beau et convenable^ il a plus de deux cens mètres ; c'est quatre fois l'espace suffisant pour exposer tous les objets qu'on pourrait en ce moment rassembler à Paris.

Les agens nécessaires pour la garde et la conservation des objets sont également tout trouvés. Il n'y a pour cet objet aucune espèce de frais à faire, pas plus que pour le local. Le conservateur du département de géographie et ses auxiliaires suffisent à ce travail. Quant aux dispositions intérieures, c'est Tobjet d'une dépense très modique, ou qui ne doit pas du moins être d'une grande importance. Nous venons aux moyens d'opérer la réunion des objets ethnographiques avec les moindres sacrifices possibles.

1" Il est d'abord évident que si l'on veut former une telle collection, dont on a déjà reconnu et proclamé l'utilité, et en faire profiler la science le plus tôt possible, il y a quelques fonds à y consa-

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crer. Il existe, il est vrai, des fragmens épars qu'il ne faut que rassembler; mais il faudrait joindre à ce noyau quelques acquisitions, parmi lesquelles nous indiquerons, en première ligne, la collection intéressante de M. Lamare-Picquot '. C'est une circonstance heureuse à laquelle on en est redevable. Ce voyageur était allé deux fois dans l'Inde pour un tout autre objet ; mais il a été servi par des occasions favorables et il a su les saisir habilement ; un troisième voyage, s'il était aidé par le gouvernement, lui procurerait, sans nul doute, des matériaux encore plus intéressans et plus riches. Sa collection actuelle est composée de plus de mille articles, dont beaucoup, à la vérité, sont doubles et triples. Elle embrasse une très grande variété d'objets en tout genre, relatifs aux coutumes, aux mœurs, à l'économie domestique et aux arts ; des instrumens de gymnastique d'une assez grande proportion ne sont pas les moins remarquables de cette collection. Des ouvrages très soignés, appartenant à des peuples considérés presque comme barbares, méritent une attention particulière. On y voit qu'ils ont travaillé avec soin les métaux et les matières végétales. On y remarque des talismans d'une espèce particulière et beaucoup d'autres objets relatifs aux superstitions et aux préjugés des indigènes. On distingue surtout de nombreuses figures en relief et faites de terre cuite, représentant les différentes castes et les diverses professions des Hindous, avec la physionomie et le vêtement propres à chacune ; ces figures sont travaillées dans le pays même par les Hindous de Kishnagore -, avec un certain art. Plusieurs des objets relatifs aux religions viennent du Thibet et du pays des Barmans : ils ont été transportés à Calcutta, où M. Lamare-Picquot les a recueillis. 11 serait superflu de décrire plus au long ces objets si propres à éclairer l'ethnographie des Orientaux et celle de plusieurs peuples de l'Afrique australe , puisque l'Académie des Inscriptions a exprimé à cet égard une opinion très favorable ^ Il importerait de

1) Voyez plus loin deuxième note et ci-dessus les nos XXI, XXII et XXII I.

2) Krishnagao, Bengale.— Cf. Hevue d'Ethnographie, t. VI, p. 188, etc. 1887.

3) Voyez le rapport de M. Abel Rémusat fait au nom d'une commission spé-

ne pas laisser échapper l'occasion de réparer les pertes que la France a essuyées en ce genre. Le voyageur est disposé à, sa collection au gouvernement ; il serait très regrettable que céder ces objets curieux et instructifs sortissent de France et allassent enrichir un musée ethnographique étranger.

2° Le Musée d'Histoire naturelle possède un certain nombre de produits de l'industrie des peuples lointains que les naturalistes y ont déposés en même temps que leurs collections d'animaux et de plantes. Il paraît que ces objets sont disponibles dès à présent pour contribuer à former la collection ethnographique ; un lieu spécial convient mieux à cette destination. Les greniers du palais de l'Institut renferment aussi plusieurs objets du même genre qu'on a apportés autrefois du Louvre, dans un temps où l'attention du public ne se portait pas de ce côté'.

3" La conquête d'Alger ouvre encore une fois à nos armes le continent africain. Les sciences, aussi bien que le commerce, devront en profiter. On va sans doute recueillir des objets provenant des tribus de l'intérieur. Déjà même l'occupation d'Alger en a mis plusieurs de celte espèce au pouvoir de l'armée française. 11 paraît qu'il s'en est trouvé qui intéressent les mœurs et les usages des peuplades berbères et des diverses tribus qui habitent ou avoisinent l'Atlas, tels que des armes, des vases, des instrumens de différentes natures. On jugera peut-être convenable de les demander pour enrichir nos bibliothèques. Les découvertes récentes ont fait connaître l'existence , dans l'Afrique centrale, dans le Bornou et ailleurs*, de nombreux corps de cavalerie revêtus d'armures semblables à celles que portaient les cavaliers numides. Il existe à Alger de ces armures, et on doit désirer qu'elles soient apportées en France : il est

ciale le 8 avril dernier {Moniteur du 6 mai) et le recueil des rapports faits s u celle collection, in-4o, 20 pages.

i) Je me suis assuré qu'il n'y a jamais eu, à l'Institut, de dépôt de ce genre.

(E. H.) 2) Allusion aux récits et aux figures de Denliam, Clapperton et Oudney récemment publiés.

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facile de faire réclamer celles qui appartiennent au domaine ou aequérir les autres à peu de frais. Des démarches ont déjà été faites à cet effet, mais elles sont restées sans suite depuis plus d'un an*.

4« L'expédition d'Egypte a procuré un certain nombre d'objets analogues provenant de ce pays et des contrées environnantes ; on doit distinguer surtout les instrumens de musique moderne de l'Egypte et de la Nubie, qui présentent des rapports assez frappans avec les instrumens en usage chez les anciens. Quelques-uns de ces objets sont déjà déposés au département de géographie. Plusieurs des membres de l'expédition sont disposés à y joindre ce qu'ils ont rapporté du pays. Nos relations d'amitié avec le gouvernement d'Egypte nous feront obtenir facilement les objets du Sennar et de l'Abyssinie, du Kordofan et du Darfour, et par suite des pays de Bargou et de Bornou. Le dernier voyage du Defterdar bey dans le Kordofan ^ a procuré Tacquisition d'objets de cette espèce, et une des choses curieuses que nous devons à cette expédition, c'est une carte de ce pays (jusqu'alors presque inconnu) et ouvrage du Defterdar lui-même. Tout imparfait qu'il est, il mérite une place à ce double titre dans la collection géographique, et l'on espère qu'il y sera déposé ; une carte d'un pays ignoré, dressée par un Égyptien, sera vue avec intérêt.

5» On possède des instrumens, des ustensiles et d'autres produits curieux de Yindustrie africaine, recueillis par les voyageurs français qui ont pénétré dans la Sénégambie, MM. Durantin, de Beaufort et plusieurs autres. En voyant la manière dont les Africains travaillent le cuir et les métaux, notamment l'or et le fer. on est également surpris, et de ce que leur état social est si arriéré, et de ce que les Européens, les Français en particulier, n'aient pas su mieux profiter du goût de ces peuples pour les parures et certains produits de nos arts. Riches de leurs produc-

1) On a vu plus haut que le Musée Dauphin s'était enrichi d'une partie de ces collections. Le Musie d'Artillerie en a eu la plus large part. (E. H.)

2) Cf. A. Peney, Ethnographie du Soudan égyptien. {Rev. d'Ethnogr., l. I, p. 398, 484, etc., 1882.)

138 LES ORIGIiVES

lions en tout genre et des abondantes mines d'or de Bambouket de Bouré, ces divers peuples n'attendent que les ouvrag-es de notre industrie pour les échanger contre leurs produits naturels. Le voyage de René Caillé a fait voir que c'est à Djenny et non à Temboctou, qu'il faut porter nos produits ou les faire parvenir par la voie des caravanes. Alors on sera maître d'un commerce immense ; car la population de ces pays répond à leur grande fertilité, et plus on pénètre dans l'intérieur, plus on trouve les hommes tolérans, les mœurs douces et hospitalières. Qu'on y porte le commerce au lieu de la guerre, et la philosophie au lieu des croyances ; que l'humamté à son tour ait ses missionnaires et l'Afrique centrale nous ouvrira ses portes comme à des bienfaiteurs. Quelques années de relations amicales y feront plus que des siècles n'ont pu faire dans l'Inde ou la Chine. Voilà sans doute une source abondante et, quand on le voudra, très prochaine, de richesses ethnographiques. Il suffit, pour cela, qu'un ministre éclairé, patriote zélé autant qu'homme d'Etat, entende la voix qui appelle à grands cris ces communications, ces améliorations si désirées par le commerce et l'industrie de la France. Alors la science, marchant à la suite des progrès de l'industrie et des conquêtes philanthropiques, viendra en recueillir le fruit et fournira, en retour, de nouveaux moyens d'investigation et de prospérité commerciale.

6" Il a été question plus haut des ouvrages mexicains qui seraient propres à enrichir la collection ethnographique, surtout sous le rapport des rapprochemens que l'on veut établir aujourd'hui entre les deux continens. La même remarque s'applique aux produits péruviens et aux objets provenant des autres contrées du Nouveau-Monde. L'action puissante qu'exerce aujourd'hui la république des Etats-Unis sur les peuplades indiennes, l'adjonction successive de leur territoire au sien, tend à faire disparaître par degrés le type natif et le caractère propre des tribus sauvages et jusqu'à leurs idiomes. Il faut donc se hâter, pendant qu'il en est temps encore, de recueillir et de rassembler les objets matériels propres à éclairer le tableau moral et l'histoire des aborigènes. Plusieurs produits intéressans de l'indus-

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trie des Mexicains et des indigènes de l'Amérique centrale se trouvent, en ce moment, réunis dans la capitale ; il sera peu difficile de se les procurer. On y trouve des fragmens d'un assez grand intérêt pour la connaissance des rites et des usages des natifs et même sur les rapprochemens à faire avec l'Ancien- Monde. Sur deux ou trois collections de cette espèce qui sont ici, une sera peut-être offerte au gouvernement à titre gratuit. On y remarque des objets curieux, tels que des instrumens à vent, des cachets pour empreinte, des vases aussi remarquables par la forme que par la matière, des miroirs en pyrite et en pierre obsidienne, des terres cuites qui représentent le caractère de là physionomie d'une manière expressive, des matières dures travaillées avec art. Des fragmens de ce genre sont utiles et presque indispensables, pour comprendre les dessins et les figures de toute espèce dont sont couvertes les peintures mexicaines.

7° Les collections publiques renferment, la plupart, des objets qui ont de l'intérêt sous le rapport de l'ethnographie, mais qui perdent presque tout leur prix par leur isolement. C'est leur réunion seule qui leur donnera une véritable utilité. Cette considération d'intérêt public sera peut-être de nature à frapper les ministres de qui dépendent ces collections, et à leur faire prendre une mesure dans le sens de l'ordonnance du 30 mars*. Mais quand même on laisserait ces objets épars, là où ils se trouvent, ce ne serait pas un motif pour perdre de vue le but tout scientifique et littéraire d'une collection ethnographique, et par conséquent, la réunion des objets disponibles à la Bibliothèque royale, qui en possède déjà un assez grand nombre.

Enfin il existe à Paris de ces mêmes objets chez des particuliers, des amateurs et des curieux, ainsi que dans des maisons de commerce spéciales ; l'on en fait des ventes assez fréquentes, à la suite desquelles ils se dispersent, se donnent à vil prix ou sont emportés à l'étranger. On peut s'attendre aussi à des dons gratuits lors des mutations qui ont lieu : en effet, l'embarras de

1) Jomard vise ici manifestement le Musée Naval, dont il ne parle que tout à fait en passant, en tête de la note qui suit sous le nom de Collection créée au Louvre pour recevoir les modèles des constructions navales. (E. H.)

les loger, leur poids et leur volume, la difficulté de les vendre en temps utile ou avantageusement engageront les possesseurs ou leurs héritiers à les déposer dans un établissement public. En tel cas, le nom des donateurs y serait inscrit, en signe de reconnaissance pour leur générosité ou celle de leurs familles.

8° L'on peut et l'on devrait donner à nos consuls la mission de rassembler des o\y\&\.?> ethnographiques . Si on le fait, il ne faut pas douter de leur zèle pour contribuer à enrichir une collection nationale d'un genre neuf en France; ils y mettront de l'amourpropre et de l'empressement. Ce que l'on paierait très cher ici aux voyageurs, ils peuvent sur les lieux mêmes ou parce qu'ils sont placés favorablement , l'obtenir au moyen des échanges ; ou par les dons des personnes de leur résidence, intéressées à se ménager la faveur du gouvernement ; ou enfin à des conditions pécuniaires peu onéreuses \

Nous ne prolongerons pas davantage cette indication générale des moyens à mettre en usage pour former assez promptement une collection ethnographique ; celles qui précédent suffisent sans doute pour en montrer la possibilité: autant il est évident qu'elle sera très utile aux sciences, à l'étude et aux recherches historiques, autant il paraît facile de le réaliser dès à présent, et de commencer, sans retard, à en faire jouir le public français et étranger.

En résumé, de puissans motifs militent en faveur du placement de la collection ethnographique à la Bibliothèque royale :

h L'ancien noyau qui s'y trouve, et qui a été commencé, il y a plus d'un siècle ;

2" La nature de cette collection, dont l'objet doit être tout

(1) La collection créée au Louvre pour recevoir les modèles des constructions navales contient plusieurs objets ethnographiques intéressans; il en existe aussi au dépôt de Versailles et ailleurs.

Une collection japonaise vient d'arriver à Marseille (voyez plus loin nos XXXVIII, etc.) : on y remarque beaucoup de pièces du même genre, et qui paraissent tout à fait neuves en France ; elle renferme des objets rares de Bornéo, des îles de la mer des Indes et des îles de la mer du Sud. Bien d'autres

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scientifique et historique, et non Taliment d'une stérile et frivole curiosité ;

collections, sans nui doute, seront signalées, dès qu'un centre sera formé et son existence connu de nos navigateurs.

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