MUSÉUM ETHNOGRAPHIQUE DE GOETTINGUE
On peut être surpris de ce que, dans un temps où l'on fait tant de choses pour les collections relatives aux sciences, on n'ait pas encore établi, dans aucune capitale de l'Europe, un Muséum pour la géographie des divers peuples de la terre, qui, disposé d'après un plan régulier, fasse voir au spectateur la manière de vivre de ses semblables dans d'autres parties du monde, et sous d'autres climats, enfin lui montre leurs ustensiles, leurs vêtemens, leurs parures, leurs armes. Le cabinet ethnographique de Gœllingue peut servir de modèle en ce genre; il fait partie du Muséum dont il occupe deux pièces; il s'est accru peu à peu. On en doit le commencement à la libéralité du roi, qui envoya diverses pièces provenant du premier voyage de Cook. Le désir qui fut manifesté alors de posséder quelques-unes de ces curiosités, en procura aussitôt UQ grand nombre. A la mort de Forster père, la collection s'accrut considérablement par l'achat de la sienne; elle serait cependant restée bornée à une seule partie, si un événement heureux ne lui eût fourni de grandes richesses dans une autre; elle en fut redevable à la libéralité de M. le baron d'Asch, mort à Saint- Pétersbourg, et qui a aussi enrichi la collection de minéralogie, ainsi que celle des livres russes. Son long séjour, comme médecin et naturaliste dans la capitale du plus vaste empire de la terre, et ses liaisons avec les provinces les plus éloignées, lui donnaient la facilité d'obtenir une infinité de choses curieuses. Tout ce qu'il recevait allait à Gœttingue. Grâce à ce bienfaiteur, les trésors du Nord se joignirent à ceux du Sud, De cette manière, la collection s'est étendue et est devenue plus complète qu'aucune de celles qui existent.
Elle embrasse tous les peuples du Grand Océan, tant ceux qui habitent ses îles que ceux qui vivent sur ses côtes; elle commence au nord par l'extrémité la plus septentrionale de la Sibérie, comprenant les Samoièdes, les Tchouktchis et les Kamtchadales, puis les Kouriles, les Aléoutes, les indigènes d'Ounalaschka, de Kadiak et de la côte nord-ouest de l'Amérique ; elle passe ensuite au Japon, à la Chine, au Tibet; mais elle est riche surtout en ce qui appartient aux archipels du Grand Océan, tels que ceux des îles Sandwich, de la Société, des Amis, des Marquesas et principalement de la Nouvelle-Zélande. Même les misérables Pécherais de la Terre de feu, qui vivent sur le point du globe le plus avancé au sud, ont fourni un collier de coquilles à la collection. Les objets sont rangés par classes de la manière suivante: habillement, parure, ustensiles, armes, idoles. La première offre, soit des échantillons, soil des pièces entières d'étoffes, faites d'écorce d'arbres, unies ou teintes, ainsi que les ustensiles qui servent à les fabriquer ; des nattes tressées avec un art infini; des vêtemens complets en lin de la Nouvelle-Zéland« ; des
3° Sa liaison étroite avec la géographie et ses progrès ;
tiges de ce végétal en nature. Ensuite viennent les étoffes de soie et les belles ouates du Japon; les tuniques contre la pluie, faites en peau de poissons et les vêtemens en pelleterie de Kadiak et de la côte nord-ouest d'Amérique, les habits d'été et d'hiver des Samoïèdes, des Tchouktchis et des autres peuples de l'extrémité septentrionale du globe.
La classe des parures est encore plus riche ; beaucoup de colliers et de bracelets en coquilles, en os., etc, l'appareil pour tatouer, le costume de deuil de Taïti complet, la parure de guerre des chefs des îles Sandwich, l'ornement des Chamans de Sibérie, complet avec leur tambour magique. Les ustensiles de pêche remplissent seuls une armoire ; il serait difficile d'inventer une forme d'hameçon qui ne s'y trouve pas. Parmi les armes, se distingue la belle lance des îles Sandwich, si bien polie. Les instrumens de couture du nord-ouest de l'Amérique, les arêtes qui tiennent lieu d'aiguilles et le fil tiré des tendons d'animaux marins, ne sont regardés qu'avec une certaine défiance par les dames, mais les ouvrages qu'elles voient auprès et qui sont plus délicatement et plus régulièrement faits que ceux qui sortent de leurs mains, dissipent tous leurs doutes à cet égard. Cet exposé suffit pour faire connaître combien cette collection possède d'objets intéressans et combien il en manque encore, puisqu'elle ne comprend que les régions de la terre nommées plus haut. Elle est d'ailleurs très utile, car elle sert non seulement à satisfaire la curiosité des étrangers, mais aussi à fournir des explications pour les cours da géographie qui ont lieu tous les étés (Extrait des Nouvelles Annales des Voyages, tome III).
Nota. Les collections de Berlin, encore plus importantes, et celle qui a été formée à Weimar mériteraient ici une mention spéciale ; la description en sera donnée ailleurs.