COLLECTION DE M. LAMARE-PICQUOT
Les accroissemens, que la Bibliothèque du roi vient de recevoir dans ces derniers temps, ne sont que le prélude d'acquisitions plus étendues et plus variées, si un gouvernement, ami des lumières et des études graves, continue d'assurer aux travaux des voyageurs d'honorables encouragemens. Partout le goût de la science, si répandu de nos jours, éveille les tentatives individuelles. Aucun des objets, qui peuvent intéresser l'histoire de l'homme, ne reste maintenant étranger à la curiosité des nombreux explorateurs de l'Asie. C'est ainsi qu'un naturaliste français, M. Lamare-Picquot, tout en donnant l'attention la plus soutenue à la branche des connaissances humaines qu'il cultive spécialement, a trouvé le moyen d'ajouter à ses riches collections d'histoire naturelle une collection certainement plus nouvelle et non moins précieuse. Frappé du spectacle imposant des cérémonies indiennes, de la singularité des usages et surtout de la variété des traits et des couleurs qui distinguent les diverses castes du Bengale, M. Lamare-Picquot s'est attaché à recueillir des images de divinités, des ustensiles employés dans les cérémonies religieuses, des meubles
DU MUSÉE d'ethnographie 143
4° Léconomie qui résultera de cette disposition ;
et armes, et particulièrement de petites statues, qui représentent les Hindous dans les diverses conditions de leur vie sociale. Cette collection contient plusieurs spécimens de ces représentations grossières des divinités indiennes qui figurent dans les fêtes sacrées, pour être détruites après avoir reçu l'hommage de la superstition populaire. Des figures en cuivre variées et nombreuses offrent des images plus respectées des principaux objets du culte ; des vases, des lampes et autres instrumens peuvent servir à expliquer quelques particularités des cérémonies que la religion impose aux Brahmanes. Mais ce qui, parmi tant d'objets, dignes d'attention, excite au plus haut degré l'intérêt, ce sont les statuettes de travail hindou, dont quelques-unes sont exécutées avec une grande perfection. Elles forment une galerie à peu près complète des castes du Bengale, depuis le Brahmane jusqu'au dernier des artisans ; et chose remarquable, elles se distinguent l'une de l'autre, par des nuances très sensibles dans la teinte de la peau, quelquefois même par des différences plus profondes dans les traits du visage. Ainsi, outre les notions positives qu'elle donne sur la vie civile et religieuse des Hindous, cette collection fournit encore des matériaux intéressans pour ces belles recherches de l'ethnographie, qui sont quelquefois la seule histoire des peuples. Enfin on y compte plus de vingt statues de Bouddha, que l'invasion des Anglais chez les Barmans, a mis M. Lamare-Picquot à même de rassembler. Ces statues, dont plusieurs sont très grandes, d'autres remarquables par la beauté de la matière, complètent dignement une collection qui comprend ainsi les divinités de deux religions originaires de l'Inde, celles qui comptent en Asie le plus de sectateurs, le Brahmanisme et le Bouddhisme. {Extrait du rapport général de M. E. Burnouf, secrétaire de la Société asiatique lu dans la séance solennelle du 28 avril 183 f.)