‹ Les origines du Musée d'Ethnographie. Histoire et documents (volume 2)Chapitre 30 sur 99 · ILES SANDWICH · texte numérisé non relu

ILES SANDWICH

Parmi les mouvemens divers, qui changent aujourd'hui l'aspect de la société dans toutes les parties du monde, à un degré et avec une étendue sans exemple dans les siècles précédens, les changemens intellectuels et moraux, qui sont survenus dans les îles de la Société et de Sandwich sont des plus intéressans et des plus satisfaisans. Ils sont tels qu'aucun ami des libertés civiles, de l'amélioration intellectuelle et du perfectionnement religieux, ne les peut contempler sans un sentiment d'encouragement et de gratitude. Les habitans des îles de la mer du Sud ont maintenant un langage écrit, il s'y trouve presque une nation entière de lecteurs. A l'exception des individus, qui étaient trop âgés avant que ces changemens eussent lieu, il en est peu qui ne soient capables de lire, et la plupart d'entre eux, d'écrire leur propre langue. Outre des livres d'épellation, des grammaires, d'autres livres élémentaires et mélanges, la totalité du Nouveau Testament et plusieurs portions de l'Ancien circulent au loin et sont d'un usage journalier. Dans le même temps des flots de lumière

. 00 Enfin le texte de l'ordonnance de 1828, déjà mise à exécution. JOMARD.

sortent de ces îles, comme d'une source centrale, pour se répandre chez de nombreuses peuplades et dans les îles éloignées. Partout où les vaisseaux des naturels font voile (et un grand nombre d'entre eux traversent maintenant les eaux de l'Océan Pacifique), Vinstructeur indigène, ou le maître d'école est au milieu des passagers et le livre d'alphabet fait partie de la cargaison.

La plus légère comparaison entre l'état présent de la population dans les iles Sandwich, et celui qui existait, il y a peu d'années, fournira une preuve aussi claire que satisfaisante des effets étonnans qu'ont produits les moyens mis en usage pour l'instruction générale et religieuse depuis les deux dernières années. Jusqu'à l'année 1819, le peuple entier (et sans exception, autant que nous pouvons le savoir) était livré à ridolâtrie, et ce n'était point un système de pure ignorance et de mansuétude, mais un système aussi oppressif, dégradant et sanguinaire, qu'aucun de ceux qui ont jamais asservi la portion la plus obscure du monde païen. Jusquen 1820, aucun instructeur chrétien n'avait mis le pied sur les rivages de Hawaï. Cette année, une réunion de missionnaires américains dévoués y arriva et commença ses travaux en essayant d'apprendre la langue du pays, jusqu'alors non écrite. Bientôt après, un alphabet fut composé; quand les missionnaires eurent acquis la connaissance de la langue naturelle, ils entreprirent d'instruire quelques-uns des enfans; et, au commencement de 1822, la première feuille du livre d'épellation fut imprimée. Au mois de mars, je visitai les îles Sandv^ich avec MM. Bennett et Tyermann et deux instituteurs indigènes. La première école publique pour es naturels fut ouverte bientôt après ; elle ne contenait que deux écoliers, mais ces écoliers étaient le roi et la reine. Tel était l'état des îles en 1822. Aujourd'hui, d'après les nouvelles les plus récentes, on n'y trouverait plus un seul idolâtre et 50 à 60 mille personnes professent le christianisme...

Le langage a été réduit en système ; des livres élémentaires sont préparés, des portions des Saintes Écritures traduites, des presses d'imprimerie en activité (*)... Des écoles sont établies dans toutes les principales îles. 11 existe environ cinq cens écoles dirigées par les soins de cinq cens maîtres d'écoles indigènes, visitées de temps en temps par les missionnaires. Ces écoles reçoivent quarante mille écoliers et il n'y eu pas moins de vingt-cinq mille en état de lire les Écritures. Il est probable qu'aujourd'hui ce nombre est augmenté et qu'il s'élève à un tiers de la popidation (traduit et extrait du Sunday-School Teachers Magazin, April 1831).

(') Environ 134,000 exemplaires de divers ouvrages religieux, de traités, etc., traduits en langue indigène, ont été publiés, sans compter ce qui a été imprimé aux États-Unis, l'année dernière.

No XXV

SUR LE PROJET D'Ui\ MUSÉE ETHAGGRAPlIiQUE

Par le baron de Férussac'.

Un journal- vient d'annoncer le projet de création d'un nouveau Musée, destiné à recueillir les monumens divers de Tindustrio des peuples sauvages ou à demi-civilisés, monumens qui, chaque jour, devenant plus rares, emportent avec eux, par leur destruction, presque les seuls témoignages sur lesquels on puisse s'appuyer pour résoudre une foule de questions qui intéressent, au plus haut point, l'histoire du genre humain, et sur-

1) Ce petit travail a été imprimé chez Firmin-Didot frères, sous la forme d'une plaquette non datée de seize pages. Il est devenu introuvable. L'exemplaire qui a servi à noire réédition avait été adressé par l'auteur à M. d'Argout; nous l'avons rencontré aux archives du Ministère de l'Instruction publique.

2) Constitutionnel du 12 nov., suppl.

Il est question de fonder incessamment, en France, un établissement que nous enviera l'Europe savante, et qui n'a jusqu'à présent de modèle qu'aux États-Unis : nous voulons parler d'un Musce ethnographique.

On appellerait ainsi un vaste emplacement divisé en une foule de salle?, portant le nom de tous les peuples qui existent aujourd'hui, soit à l'état sauvage, soit à l'état demi-civilisé, soit avec des formes sociales essentiellement différentes des nôtres. Le but de cette création serait de ne pas laisser perdre dans le naufrage des temps le souvenir de ce qui se rattache aux nations actuelles, et de conserver tous les objets, armes, instrumens, costumes, débris d'arts et de monumens, etc., qui leur sont particuliers.

Les salles du Musée ethnographique seraient principalement consacrées ou à ces rares tribus indiennes, que refoule constamment dans les déserts d'Amérique, et qu'anéantira bientôt tout-à-fait, l'envahissante civilisation moderne, ou à ces insulaires des mers du Sud, dont les missions anglaises effacent et dénaturent tous les jours les mœurs et le caractère primitif, ou bien enfin aux peuples dont les usages nous sont mal connus, tels que les Mogols, les Chinois, les Tatars, les Kamtchadales, les Lapons, les Samoièdes, etc.

C'est la Commission nommée par le ministre du commerce, pour l'organisation du matériel des bibliothèques, qui a conçu la pensée de l'établissement dont nous parlons, pensée digne d'une nation et d'un siècle comme les nôtres. M. Abel Rémusat a été chargé de faire un rapport à ce sujet, et M. d'Argout a déjà approuvé, dit-on, l'idée première. L'emplacement qu'on a destiné au Musée ethnographique est le bâtiment qui est maintenant en construction, rue Vivienne, dans l'ancien local du Trésor public.

tout cet important problème de l'établissement successif de la population dans les innombrables Archipels de la mer du Sud.

Ce projet ne peut manquer d'intéresser vivement les amis des sciences géographiques et historiques ; mais nous devons à la vérité des faits de dire qii'il nest point nouveau. Il remonte à l'année 1826^ et c'est à M. le ducdeDoudeauville, alors ministre de la Maison du Roi, et à M. le vicomte de Larochefoucauld, que l'on doit reporter l'honneur d'avoir, les premiers^ adopté cette belle pensée. La création de ce Musée fut décidée par eux, et son exécution commencée. Par leurs ordres une foule d'objets précieux ont été réunis au Louvre, place naturelle de cet établissement, et placés provhoirement au Musée naval dirigé par M. Zédé% en attendant que l'importance des acquisitions demandât un conservateur spécial. Des instructions furent données à divers voyageurs, entr'autres à M. le capitaine d'Urville pour son voyage de circumnavigation, et à M. d'Orbigny^ qui se rendait dans TAmérique méridionale ; des achats ont été faits par les soins de M. Dubois, dessinateur du Musée royal du Louvre ; divers particuliers ou des voyageurs se sont empressés d'offrir pour ce Musée naissant les objets qu'ils possédaient ; j'en ai remis moi-même une assez grande quantité, que je devais à Tobligeance des officiers des deux expéditions commandées par MM. de Freycinet et Duperrey,, et, à bien dire, il ne peut plus être question d'une création^ mais seulement de donner à ce Musée tout le développement qu'il comporte et que l'on s'était promis en le fondant.

Nous croyons d'autant plus utile de faire connaître les faits à ce sujet, qu'il serait déplorable que les bonnes intentions de l'autorité fussent paralysées par une mesure qui enlèverait ce Musée à la place naturelle et obligée qu'il doit occuper, pour en faire une annexe d'un établissement dont la spécialité de desti-

1) On a vu plus haut que si le preniier projet du Musée de Marine remonte à 1826, ce n'est que le 15 janvier 1828 que le Monitew universel a fait connaître la décision du Roi. (K. H.)

2) M. Zédé, ingénieur de la Marine, nommé en 1831 secrétaire du Comité des Travaux de la Marine. (E. H.)

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nalioii exclut haiilement une alliance aussi bizarre, el lorsque d'ailleurs le Musée dont il s'agit doit compléter celui du Louvre, pour composer, avec le Musée égyptien et le Musée des mouumens grecs et romains, ce vaste ensemble au moyen duquel on peut tenter d'entreprendre l'histoire des peuples par les monumens des arts qu'ils cultivaient, de leur industrie, de leur religion, de leurs mœurs et de leurs usages divers.

L'idée de la formation d'un Musée ethnographique a été reprise dans ces derniers temps, mais bien avant la création de la Commission nommée pour l'organisation du matériel des bibliothèques. A peine M. le comte d'Argout venait-il d'être nommé ministre, qu'un des savans conservateurs de la Bibliothèque du Roi, M. Jomard; auquel j'avais eu, dans le temps, l'honneur de communiquer ce projet, ainsi qu'à MM. de Humboldt, Cuvier et Abel-Rémusat, crut devoir, à ce qu'il paraît, appeler l'attention du ministre sur cette création. L'on était certain qu'une pensée aussi utile serait avidement saisie par M. d'Argout, lequel, en effet, s'empressa de nommer une Commission qui, sous la présidence de M. le baron Cuvier, fut chargée de lui faire un rapport.

Ignorant complètement les points sur lesquels cette Commission a été appelée à donner son avis, je ne puis raisonner que par conjecture ; mais il m'est permis de penser que le rapport de cette Commission n'étant point fait encore, le ministre n'a pris aucune détermination qui puisse autoriser à dire que le Musée ethnographique sera réuni à la Bibliothèque du Roi et ne continuera pas à former une des divisions du Musée royal du Louvre ; je puis d'autant moins croire à une semblable détermination que^ par cet arrangement, il faudrait nécessairement créer une nouvelle place de conservateur à la charge du trésor public, et qu'on est aujourd'hui peu porté à augmenter le budget des sciences. En eiïet, il n'est pas supposable que le Musée ethnographique soit annexé aux imprimés, ou aux manuscrits. MM. Van Praet, de Manne, Abel-Rémusat, Champollion refuseraient sans doute un genre de surveillance et de travaux auxquels ils sont étrangers, et qui ne pourrait que porter un préju-

dice notable à tout ce qu'ils font pour les importans dépôts qui leur sont confiés. On ne peut supposer qu'on le réunisse à la conservation des estampes ! Resteraient les médailles et les cartes géographiques. Le Musée ethnographique se compose de monumens d'un autre ordre que les médailles. A la vérité, quelques inscriptions, quelques vases, quelques figurines et des monumens égyptiens, grecs ou romains, font aussi partie de la conservation de M. Raoul-Rochette ; mais la véritable place d'une partie d'entr'eux serait au Louvre, depuis qu'il est devenu le grand dépôt de toutes nos richesses de l'antiquité, et il y a long-temps que les savans et le public éclairé réclament un échange entre les deux établissemens du Louvre et de la Bibliothèque, qui permette de réunir à chacun d'eux, selon sa destination particulière, ce que l'autre offre d'étranger à sa spécialité. On ne peut penser qu'en appelant l'attention du ministre sur le Musée ethnographique, M. Jomard ait eu en vue de se charger de sa direction ; on ne peut pas plus réunir aux cartes géographiques qu'aux estampes les pirogues, les casse-têtes, les arcs et les flèches des sauvages, les pagodes de l'Inde, ou les fétiches des insulaires de la mer du Sud? et d'ailleurs M. Jomard ne voudrait point se détourner de ses importans travaux habituels et des soins que demande le dépôt dont il est chargé et qui est appelé à devenir si important, pour se livrer à une étude laborieuse et toute nouvelle, seul moyen cependant pour organiser convenablement ce nouveau Musée, et le mettre en état d'être réellement utile et de remplir son importante destination.

Il ne s'agit point, en effet, de réunir simplement dans un ordre quelconque et de disposer convenablement dans une suite de salles les monumens dont se composerait ce Musée. Et, d'abord, il faudra beaucoup d'activité pour le former ; prendre une foule de mesures, rédiger des instructions, et entretenir une correspondance suivie avec les voyageurs et les agcns du gouvernement dans les diverses contrées lointaines.

Dès qu'un acte public aura manifesté les intentions généreuses et bienfaisantes de l'administration à cet égard, le noyau existant sera bientôt accru par les offrandes volontaires des naviga-

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leurs et de quelques curieux qui, sans avoir de collection, possèdent cependant quelques mouumens qui s'y rapportent. Ce noyau peut se grossir dès à présent : 1° de quelques beaux objets, en petit nombre, échappés au pillag-e de la belle collection rapportée par Bougainville, et déposés à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève' ; 2" de quelques monuniens de ce genre, négligés et dédaignés, placés dans les magasins ou les galeries du Jardin du Roi, de l'Institut et à la Bibliothèque royale ; 3° d'une grande quantité d'instrumens divers, d'armes, de vêtemens, d'ornemens, etc., réunis dans les divers ports de France, et dont on peut, pour des motifs d'intérêt général, demander la réunion au Musée ethnographique, en leur laissant tous les objets doubles ; 4° de quelques armes, et de grands bateaux qui se trouvent dans divers établissemens publics, entr'autres au ministère de la Marine ; 5" enfin, d'un nombre, à ce qu'il paraît fort considérable, de curiosités indiennes et surtout chinoises disséminées dans les palais et châteaux royaux. Il faudrait les rechercher et les réunir dans l'établissement qui nous occupe.

Des instructions données par le ministre de la Marine aux officiers de la marine royale et de la marine marchande, procureront successivement une foule d'objets, de même que celles que l'on pourra donner aux voyageurs du Muséum d'Histoire naturelle et à nos agens consulaires, aux gouverneurs de nos colonies d'Alger et du Sénégal, aux chefs de nos comptoirs en Asie, et à tous les voyageurs que l'amour de la science peut porter à parcourir les régions centrales de l'Asie , de l'Afrique et des deux Amériques.

Il faudra apporter le plus grand soin à constater et à enregistrer exactement l'origine de chaque objet, c'est-à-dire à quel peuple, à quelle tribu il appartient ; par quel voyageur il a été apporté, ou comment il a été acquis ; quel est son usage, sa destination, et enfin dresser de tous ces objets un catalogue exact et méthodique. Tous ces travaux devront être faits ou

1) Il sera fréquemment question plus loin de ces objets de la Bibliothèque de Sainte-Geneviève, encore aujourd'hui détenus par les administrateurs de cet établissement. (E. H.)

suivis par le Conservateur chargé de Ja direction do ce Musée. Mais là ne doit point se borner sa tâche. 11 devra faire une revue consciencieuse et générale de toutes les relations de voyages, pour connaître tout ce qui a été dit à Tégard de ces monumens, les descriptions qui en ont été faites ; chercher à se procurer ceux que l'on ne possède point ou que l'on ne reconnaît que dans les récits des voyageurs ; constater les rapports ou les différences des objets analogues ; déterminer l'étendue, la circonscription géographique des pays où chacun d'eux est en usage, enfin créer la science de ces monumens, science qui n'existe pas encore, afin de pouvoir les reconnaître, en déterminer l'origine, l'âge, l'usage, comme les antiquaires sont parvenus à le faire pour les monumens égyptiens, grecs et romains '. Je ne citerai qu'un seul exemple de Futilité de ce genre de recherches, ce sont ces petits coussinets en bois et sculptés que que M. de Freycinet, et après lui MM. Duperrey et d'Urville, ont rapportés de la Nouvelle-Guinée \ où les insulaires s'en servent pour tenir leur tête éloignée, lorsqu'ils sont couchés, du sol brûlant sur lequel ils s'étendent. On les retrouve absolument semblables dans les tombeaux de l'antique Egypte, sous la tète des momies ; on les voit sculptés sur les monumens, avec la même destination, et M. Cailliaud en a retrouvé l'usage chez les peuples actuels de l'Ethiopie, berceau primitif des peuples de la partie inférieure de la vallée du Nil". Lorsque l'on réfléchit à la

1) Le texte de 1831, porte NoaveWe-Zélande ; c'est évidemment une faute d'impression. Férussac connaissait parfaitement la provenance de ces objets mobiliers, et dans le catalogue manuscrit de sa petite collection du Louvre, on lit sous le no 9 la petite note que voici : a Coussinet en bois, usité dans toutes les îles des Papous et de la Nouvelle-Guinée. Ce coussinet est semblable à celui que l'on trouve sous la tète des momies égyptiennes, qu'on voit dessiné dans les monumens et qui est encore en usage en Ethiopie, d'où l'a rapporté M. Cailliaud. » (E. H.)

2) La place de Conservateur d'un semblable Musée nous paraît appartenir de droit à un voyageur qui a pu parcourir les diverses parties du monde, surtout les Archipels de la mer du Sud, et qui aura étudié les langues, les mœurs, les usages de leurs habitans, recueilli leurs monumens de toute nature, et qui, par l'ensemble de ses connaissances, serait propre au genre d'études que commande la directioa de ce Musée. S'il était permis d'émettre un vœu à cet égard,

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simplicité, à la constance des usages des peuples non civilisés, au petit nombre des objets dont ils se servent, on ne peut se refuser à admettre que chacun de ces objets est caractéristique. Ce coussinet n'est pas, au reste, le seul témoignage, fort singulier, qui semblerait constater les rapports des peuples les plus anciens avec des contrées dont on croyait la découverte toute récente : l'emploi du beurre de muscade, constaté dans l'embaumement de quelques momies, vient prouver des relations fort anciennes entre l'Egypte et les Moluques, soit directement, soit par l'intermédiaire de llnde. Mais on conçoit que toutes ces indications précieuses ont besoin d'être étudiées avec soin, discutées avec toute la rigueur scientifique ; et l'on ne pourra réussir à éclairer ces importantes questions, qui tiennent à l'histoire de l'établissement successif de la population sur une partie du globe et des premiers rapports des peuples anciens, qu'à l'aide des données comparatives que fournira le Musée qui nous occupe.

Pour qu'il remplisse cette importante destination, il ne faut point le séparer des autres collections avec lesquelles il est dans une dépendance obligée. Peut-on, en effet, éloigner les monumens indous des monumons égyptiens? Ne faut-il pas, au contraire, les rapprocher pour en saisir les rapports, ou en constater les différences? et leur comparaison serait-elle facile quand, pour les étudier, il faudrait se transporter dans deux élablissemens différens, perdre ces aperçus, fruits d'une inspiration soudaine que produisent les premières impressions, ou s'adresser à deux administrations distinctes pour obtenir les facilités désirables ? On ne sert bien la science qu'en mettant les choses et les hommes à leur véritable place.

Une collection d'un haut intérêt est offerte en ce moment au

nous serions certains d'être généralement applaudi, en nommant M. le capit. de Freycinet, qui réunit tout ce que l'on peut chercher sous ce rapport, s'il consentait à accepter ce poste honorable, et qu'il lui fût oflert. A son défaut, j'avais signalé à M. le duc de Doudeauville, lorsqu'il me fit l'honneur de me consulter à ce sujet, M. Lesson, l'un des plus hiablles collaborateurs de mon célèbre ami M. de Freycinet.

g-ouvernement : c'est celle de M. Lamarre-Picquot, composée de deux parties fort distinctes. L'une est une suite considérable d'objets d'histoire naturelle, offrant une des plus riches collections zoologiques de l'Inde, qui soit encore parvenue en France, et dans laquelle on remarque une quantité d'animaux non encore connus des naturalistes; l'autre est une magnifique réunion do monumens indous de tout genre qui font connaître, non-seulement toutes les castes du peuple immuable qui habite cette vaste contrée, mais aussi les mœurs, les rites, l'état des arls et la théogonie de ce même peuple. Les savans rapports des professeurs du Jardin du Roi, de la Société asiatique et de la Société de géographie, émettent le vœu commun que cotte précieuse collection soit conservée à la France, et il est vivement à désirer que la première de ses deux divisions soit acquise pour le Muséum d'Histoire naturelle, et que la seconde aille augmenter le noyau des objets déjà réunis au Louvre, pour former le Musée ethnographique, d'autant plus que nous sommes fort pauvres en - France dans ce genre de monumens.

Les conditions auxquelles M. Lamarre-Picquot offre de céder le fruit de ses pénibles recherches font honneur à son désintéressement, et nous sommes heureux de pouvoir dire que M. le comte d'Argout a accueilli avec intérêt ses propositions. Espérons qu'aucun obstacle ne s'opposera à la réalisation de ses vues généreuses, et qu'il n'en sera pas de ces collections comme de colle de M. Drovetti, qui a laissé de si vifs regrets à la France.

Félicitons-nous du retour à une position qui permet de s'occuper de ces paisibles objets d'utilité générale, et sachons en rendre grâce au gouvernement du Roi. Le public éclairé, comme le monde savant, applaudiront à la sollicitude et à Tintérêt que M. le comte d'Argout a mis à s'occuper du Musée ethnographique, et leur reconnaissance ne peut manquer au ministre jaloux d'illustrer le nouveau règne, en assurant le développement d'un établissement d'un haut intérêt et qui sera un nouveau titre de gloire nationale.

Ce Musée aurait d'autant plus d'importance et d'intérêt qu'il n'en existe, à bien dire, aucun de ce genre en Europe que celui

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de Gœltingue formé, surtout, par la collection de Forster, et où Ton voit quelques pièces rapportées par Cook, et une belle suite d'objets de l'Asie septentrionale et de la côte N.-O. de l'Amérique*. Quelques collections peu considérables et plus spéciales, telle que celles de Saint-Pétersbourg, pour les îles de la mer du Sud, celles de Vienne et de Munich, résultats des voyages des savans autrichiens et bavarois au Brésil ; celle de curiosités chinoises de Dresde, de Munich, etc. ; la magnifique collection de manuscrits astèques de lordKing•sbury^ les collections de monumens indous de la Compagnie des Indes et de la Société asiatique de Londres, et quelques autres encore, sont presque les seules que l'on puisse citer ; mais elles ne forment point une suite importante, même dans la partie toute spéciale qu'elles embrassent, et la collection particulière d'un amateur de Paris, M. Panckoucke, peut seule donner une idée, sur une très-petite échelle sans doute, de ce que devrait être un Musée de ce genre. Nous citerons le Musée ethnographique de Salem aux Etats- Unis, qui paraît fort riche et bien entendu.

Nous croyons utile de donner ici le projet de Rapport au Roi, dont M. le duc de Doudeauville et M. le vicomte de La Rochefoucauld voulurent bien me demander la rédaction, lorsqu'ils adoptèrent avec tant d'empressement l'idée de cette création que j'eus l'honneur de leur proposer. J'ai cherché à y exposer les motifs de l'utilité de cet établissement, et à préciser ses analogies et sa place dans l'organisation générale du Musée royal du Louvre. La lecture de ce rapport achevra, nous le pensons du moins, de prouver l'impossibilité d'enlever au Louvre ce nouveau Musée projeté.

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