‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 16 sur 98 · PREFACE XXXIX · texte numérisé non relu

PREFACE XXXIX

l'Allemagne de tous les pays compris entre Ostende et la mer Noire.

La pensée de List est restée vivante entre toutes celles que l'Allemagne a produites au xix' siècle. Il n'y en a pas qui ait davantage inspiré les hommes d'Etat allemands contemporains. Les conseillers qui rédigent pour Guillaume II des harangues ofticielles puisent leurs idées d'abord dans List. C'est une continuité d'enseignement à laquelle Bismarck luimême n'a pu se dérober. Mais le principal des disciples qui le recueillirent fut ce jeune major von Moltke qui, chargé d'une mission militaire en Turquie, écrivit de 184 1 â 1840 les traités sur la question orientale qu'on peut lire à présent au tome II de ses Œuvres militaires. Dans cette principauté allemande ([ue Moltke veut fonder à Jérusalem, avec un prince allemand à sa tète, avec des fonctionnaires civils et militaires allemands, on reconnaît la méthode d'intiltration préconisée par List. Dans cette prévision d'une Autriche qui saura ouvrir les bras à la Serbie suppliante, il y a toute la politique austro-hongroise ébauchée au Congrès de Berlin. Dans cette mélancolie de Moltke qui se lamente de voir la richesse du sang allemand se perdre dans le Far West, quand la Valachie est toute proche, et que jusqu'aux bouches du Danube on pourrait propager la langue, les institutions, la culture allemande, qui ne reconnaît le plan monotone, mais tenacement poursuivi, qu'on retrouve dans les écrits de la Ligue pan germaniste d'aujourd'hui?

IV. — La crise de i854 à iSSg et la nouvelle politique prussienne.

Il n'est pas vain de rappeler ces doctrines anciennes. Elles ont été puissamment actuelles en leur temps. Elles ont été les symptômes d'un état d'esprit qui n'a pas disparu. Le plan pangermaniste a failli se réaliser vers 1854. Le projet a échoué, par l'hésitation de la Prusse et de l'Autriche. S'il y avait eu un Hertzberg en Prusse, lors de la guerre de Crimée, quand l'Autriche occupait la Moldavie et la Valachie, comment n'aurait-il pas été possible de pousser, devant la Russie, ce <■< verrou » qui devait lui barrer la péninsule balkanique? L'Autriche occupa les principautés balkaniques, mais, n'ayant pas déclaré la guerre à la Russie, elle ne put les garder. La Prusse, qui était tenue, par une entente, de marcher aux côtés de l'Autriche si la guerre éclatait, déconseillait cette guerre. Il s'ensuit (ju'à la paix, elle ne put obtenir aucune compensation en Pologne. Une dernière fois, en iSSq, l'Autriche aurait pu faire la con(}uùte des Balkans, sans coup férir. Naj)<)lé<)n III et h; Piémont, d'accord avec l'Anglcterrc, lui ollVaient les princij)autés danubiennes, en échange de la Lombardie. François-Joseph préféra la guerre contre la France alors qu'il avait héHJlé devant la guern* contre la Russie. Il n'eut pas Ich principautés et perdit la Lombardie tout <le même. Aucun événement au xix" siècle n'a en plus de consé(|ucnceA. Il faut nous habituer à penser que

Page 1