PREFACE XLI
le tournant de l'histoire allemande est dans ces années qui s'écoulèrent entre la guerre de Crimée et la guerre d'Italie. Ce sont les années de la plus grande déconvenue que la Prusse et l'Autriche eussent éprouvée depuis i8i5. Elles l'ont éprouvée par leur faute ; et, avec son rêve d'Orient, c'est sa suprématie en Allemagne que l'Autriche a sacrifiée alors. L'Autriche n'a dû ce déboire qu'à la faiblesse de sa politique. La Prusse doit le sien à des causes plus complexes. L'amitié personnelle étroite du roi Frédéric-Guillaume II pour le tsar y est pour beaucoup; et de même, sa répugnance à entrer dans un nouveau système d'alliances, hostile à la Russie où, par surcroît, un Napoléon faisait la loi. Une autre cause, plus puissante, c'est que déjà la Prusse avait, à la Diète de Francfort, et qu'en i858 elle eut, à Saint- Pétersbourg, un représentant qui soutenait une politique nouvelle « spécifiquement prussienne ^), et dont le but était tout d'abord de briser la Confédération germanique où l'Autriche prévalait, pour la refaire, après avoir abattu l'Autriche. Ce représentant était Bismarck.
La politique de Bismarck marque un retour au « frédéi'icianisme ». Elle commençait la « faute frédéricienne », reprochée par Dietrich von Biilow aux hommes politiques du grand roi et qui, au lieu d'unir la Prusse et l'Autriche, les mettait aux prises. Etait-ce vraiment une faute? Nous le croyons et les événements de 1914 à 1916 vont le montrer. Mais ce n'était pas une faute, au point de vue de la politique « spécifiquement prussienne », à supposer qu'une telle politique eût de l'avenir. Or, cette politique a
donné à la Prusse les triomphes de 1866 et à l'Allemagne unifiée les triomphes de 1870, sans compter un demi-siècle d'une prospérité économique inespérée que le prestige de ces victoires et une incroyable ténacité à exploiter l'Iieurc favorable, ont valu au peuple allemand depuis.
On a coutume de dire que l'Allemagne nouvelle date de Bismarck, ce qui est un truisme; et l'on en conclut un peu vite que le pangermanisme date de l'ère bismarckienne. Si le pangermanisme est une pensée politique, autant qu'une croyance métaphysique en une mission tout particulièrement eminente du génie allemand, cette pensée n'a pas été celle de Bismarck. Ce rude praticien n'avait pas l'iiabitude de faire de la « politique conjcclurah' » à longue échéance. Il savait que l'avenir durable des peuples se prépare par. la conquête de points d'appui solides dans le présent. Or, dans le présent, loin de vouloir unir l'Allemagne et l'Autriche, il a provoqué entre l'Autriche et la Prusse la guerre que beaucoup jugeaient fratricide. Toutefois, l'instinct populaire ne se trompe pas. D'abord parce que l'orgueil nouveau du peuple allemand s'est vraimenl alimenté de la victoire démesurée de i8(>() et de 1870. Kt sans cet orgueil, l'ambitieuse doctrine (jui prétendait dév^crser sur l'Europe et sur le monde les masses profondes et la culture tyranni(|ue de l'Austro-Allemagne uniliée, n'aurait pu naître. L'orgueil de race chez un Bismanrk délie toute com|)arai8on. Il fallait l'cntcnilre à sa table, durant la campagne de France, démontrer que • l'avenir apjiarlienl aux jx'uph's gepMiaiii<|ues; » go riic i\r \:\ r.icc Inline, gran«!«'. il m convenail, par