‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 18 sur 98 · PREFACE XLIII · texte numérisé non relu

PREFACE XLIII

les œuvres de son passé, mais destinée à diminuer et à disparaître. La race germanique seule, à l'entendre, avait conservé de la jeunesse, de la vigueur, et l'aptitude aux entreprises de longue haleine. Les Allemands, quand on pouvait guérir leur manie nalive du « particularisme », du désaccord et de l'initiative isolée, devenaient un torrent qui renverse tout obstacle sur son passage, irrésistiblement.

L'existence des petits Etats d'Allemagne, le droit traditionnel, étaient de tels obstacles, que la politique bismarckienne balayait en déchaînant le torrent des masses prussiennes. Ce que l'opinion publique et l'histoire retiennent, c'est la façon dont furent traités le Hanovre, la Hesse, la ville libre de Francfort. On y retrouve toute la méthode qui a présidé à la violation de la Saxe sous Frédéric IL Et au terme des efforts bismarckiens, on rencontre celte alliance avec l'Autriche, que lUsmarck pensait rendre durable, organique, et où il voyait la résurrection de la vieille idée « grande-allemande » réalisée toutefois par des moyens que ses adversaires méconnurent, parce qu'ils en furent surpris. On rencontre cette Triple-Alliance, qu'il disait « prévue par Dieu même » et qui unissait de nouveau tout le grand territoire de l'Europe centrale, si longtemps déchiré, et en refaisait, par la collaboration de trois grandes puissances, le 8ainl-l]mpire romain. La France seule y manquait, pour que tut reconstitué l'empire de Ciiarlemagne. De là peut-être des avances qu'on fit à la France pour la gagner.

Ces visées cependant restaient lointaines; et ce qui est plus éloigné encore de la pensée bismarkienne,

c'est l'idée crime expansion allemande en Turquie. Si résolu que lut Bismarck à conserver rAulriche intacte, il n'encourageait aucune de ses ambitions en pays balkanique; et il se refusa toujours à déchaîner pour la Bulgarie une guerre européenne qui étendrait ses ravages de Moscou aux Pyrénées et jusqu'à Palerme. Dans ce sens, il faut dire de Bismarck qu'il est le plus modéré des pangermanistes.

Il faut le dire aussi de Treitschke, bien qu'il ait une réputation tout opposée. A coup sur, Treitschke, selon l'exacte remarque de M. Emile Diirkheim, a « exposé avec une pleine et claire conscience tout le système moral et mental », que viennent de déceler chez le peuple allemand les faits déconcertants de la guerre de 1914-15 et qui, « constitué surtout en vue de la guerre restait, pendant la paix, à l'arrière-plan des consciences (i) ». Toutefois on peut avoir défini ee système moral et mental, moteur invisible cl efficace de toute l'action allemande : on n'a pas déliiii par là l'objectif de cotte action. La même mentalité existait déjà dans l'ancienne Prusse; et Heinrich von Treitschke, Saxon de naissance, est surtout l'homme représentatif de la Prusse.

Sans doute, il représente une Prusse attachée à uiiiüer l'Allemagne; et cette Allemagne, pendant les années où elle se fondait, Treitschke no lu voulait pas fédérativc; il la voulait slriilcmcut centralisée cl unitaire, connnr la Prusse elle-même. H en voulait faire une Prusse |)rolongée. Il faut avouer aussi (|ue

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