PREFACE XLV
cet état d'esprit était une permanente menace pour tous les voisins de l'Allemagne. Pourtant l'esprit prussien, les méthodes prussiennes ne constituent pas l'essence du pangermanisme. Ils en sont seulement le moyen d'action.
Cet esprit prussien tient essentiellement dans une conception de l'Etat, d'oii dérivent des formes d'action et de discipline sociale très redoutablement rigoureuses. Il ne faudrait pas croire qu'elles sont d'origine ethniquement allemande. Ce n'est pas sans raison que les Prussiens se sont glorifiés de leur esprit Spartiate ou de leur discipline romaine. L'esprit de la Renaissance italienne, incarné par un Machiavel, ne leur est pas étranger. La monarchie militaire d'un Gustave-Adolphe est une première ébauche de la monarchie frédéricienne. Mais c'est assez dire que la Prusse d'aujourd'hui est une survivance d'une faune sociale disparue partout ailleurs en Europe.
L'Etat, défini par le théoricien du prussianisme, est puissance. Il n'est que puissance. Sa fonction unique, et par conséquent son devoir, est d'assurer et d'agrandir cette puissance. Il n'y a pas pour lui d'autre morale que de ne pas laisser entamer cette puissance par d'autres Etats. On s'est efforcé de définir l'essence de l'Etat : vaine argutie. Dès qu'il y a des hommes unis dans des formes de discipline sociale ({ui leur assurent de la puissance, il y a un Etat. Les droits de cet Etat vont jusqu'à la limite où s'arrête sa force. Il y a, selon Dietrich von Bülow, une sphère d'action militaire des Etats; et selon Eriedrich List, une sphère d'action « économique » des nationalités. Treitschke généralise et
reprend : les Etats sont définis par le rayon d'action de leur puissance. Un petit Etat n'en est pas un. Il ne peut se défendre. II ne subsiste que par la tolérance des grands Etats. ]\Iais la loi des grands États est celle qu'ils se sont faite ou qui leur est imposée par la guerre.
La pensée profonde de l'esprit prussien, c'est que la guerre est morale, inévitable, sainte. Elle est pour ces grandes personnalités morales, les États, le seul moyen de délimiter leurs droits. Qui en effet serait leur juge? Des Etats sont des puissances absolues. A supposer qu'il y eût une pensée impersonnelle pour les juger, il n'y aurait pas de force pour leur imposer les jugements de la pensée ; et ils ne sauraient admettre une telle sentence à nu)ins d'y être contraints. Ils ne se laissent contraindre que par la guerre. Dans le procès qui s'engage entre des Etats, dont les prétentions se heurtent, les seuls arguments décisifs sont des victoires. Etil n'y a pas de barbarie, il y a une haute moralité à enseigner aux citoyens d'une nation (jue leur préo('cuj)alion uniipie durant leur vie entière doit être de fournir à leur pays les moyens de vaincre, avec le sacrifice entier de leurs intérêts privés ou de leur agrénuMU. propic.
A ce compte, une luition vaut exacteinenl ce (pie vaut 80U organisation militaire. Il a été juste que la civilisation trop raffinée de la (îrèce lïit écrasée par la civilisation de Home. 11 est é(|uitable <|u'une société (|ui dévj'loppc trop ses libertés au déhiuiciil de sa dineipline, soit vaincue par une nation <lis(i))linée. En déinonHtralion de ce fait résulte de l'épreuve même de la guerre où se mcMurent les deux civili-