LES
Dietrich von BULO^^" (1767-1807).
BtJLOVV (Heinhich Dietrich, baron dk) naquit on 17.57 à Falkeiiherg, dans la Vieille Marche, il avait poui" frère aïaé le l'eld-iiiaréohal eonite Biilow de Dennewitz. 11 IVéquenla dès son enfanet? TKcole militaire de lierlin et entra à quinze ans dans un régiment d'iuranterie, qu'il abandomia pour passer dans la cavalerie de Reitzenstein. Le service en temps de paix ne lui disait rien; il conlessa, dans une de ses œuvres, n'avoir jamais nus les pieds dans une écurie.
Aussi se luit-il à étudier Rousseau, Folard et Polybe.
En 1781), il se rend dans les Pays-Bas, où l'insurrection contre Josepli 11 lui ouvre une caiTière conforme à ses vues. Ne trouvant aucune occasion de se dislinjfucr, il revient en Prusse et y engage une troupe de comédiens; mais des scrupules de naissance - ou, s(;lon d'autres, l'interiliction c|ui lui fut fail<' de jouer, par les autorités de Tangermünde — le font renoncei' à ce métier. 11 tente alors une spéculation sur les veiTOteries qui se vendaient fort cher en Amérijpie, mais, sans notion de commerce, il y laisse toute sa fortune. A peu \n-is à la inème époque, il semble s'être épris de la doctrine du mystique Suédois Swedenborg, ipi'il prèeiia aux. Etats-Unis dans de pieuses réunions et ({ui le {R)ussa à j)ublier eu français l'ouvrage intitulé Coup d'œil sur la doctrine de la nouvelle église chrétienne ou le Sn-edenborg-ianisme, 1809. L'origine de la nouvelle Eglise y est lixée aux années 1817 et i8i8. A Berlin, il éciivit son œuvre ca[)itale : l'Esprit du nom^eau système de la guerre, grâce auquel il espérait une nomination dans l'état-major. Trom[)é dans son attente, il se lit écrivain pour gagnei' sa vie,
6o LES ORIGINES DU PAXGERNANISME
traduisit les Voyages de Mungo Park et seiuljarqiia poui Londres dans l'intention d'y fonder un journal; il n'y trouva aucun lecteur et lit (juelques mois de pi-ison pour dettes. Il séjourna ensuite deux ans à Paris, si; disant chargé d'une mission par l'ordre équestre germanique. Encore luie l'ois à Berlin, il compose ses principaux ouvrages : Les Principes de la guerre moderne, l'Histoire de la campagne de 1800, la Nouvelle Tactique des temps modernes, l'Histoire critique de la campagne du prince Henri, des Aperçus sur les événements à venir, et enfin la Campagne de i8o5. Tous ces écrits ne font que reproduire les idées de son œuvre fondamentale,
I Esprit du nouveau système de la guerre.
Il ne peut être question ni d'études sérieuses, ni de recherches consciencieuses au cours d'une vie si mouvementée et chez un homme qui écrivit tant. Mais c'était un esprit original et son œuvre capitale est pleine de pensées (pu ont exercé une grande iniluence sur la littérature militaire et le développement de la sdence de la guerre. Bi'ilow reconnaissait déjà, eu i7t)o, que les njélhodes d'attaque du grand Frédéric étaient fondées sur la fail)iesse de l'adversaire et cpi'il ne fallait pas — connue cela se faisait dans les milieux militaires prussiens — leur attribuer une valeur illimitée. Il fallait opposer une tactique nouvelle aux armées nouvelles de la Révolution et de l'Knqdre. .Vinsi, Biilow disait déjà, en i8o5 : n Discipline, lactique, courage, ne sont ([ue tics adjuvants; c'est la masse, la quantité des C()nd)attants tpii décide; le sort des batailles de l'avenir dépendra du feu des tirailleurs. » Kt à im autre endroit : « Vn. carré entouré d'infanterie tiraillant compte parmi les éléments les plus dangereuscMuent exposés. i>
C'est sans doute à IJcn-iiliorsl (pi'il doit l'idée de souinclire l'art militaire aux règles de la géDUu'Mrie. Btdow réduit toutes les <)p('-nitions à un seul principe (pii consiste j\ donn(>r une •' Imsv. » à toutes les entreprises, principe au(piel correspondent, dans la taclicpie, la retraite éparpill(''<> ion excentiitpuM el l'attacpu' enveloppante. Le i)ut vers le<pu'I une arnu-c s'avance <'st « l'objet •> ; tout ce «[ui est laissé en arrière : magasins, fortitications, sont les « sujets •>. Les clicniins d'altaipie et dr ravitaillement constituent les « lignes d'op('>ral ions '>. La ligne unisHant 1rs divers sujets est la « bas(^ ». (l(>lle 11 base » et les deux lignes extrêmes d'opérations fornuMit un triangle dont le Moininet (opposé- à ceti«; bas«M doit avoir une ouvertun' d'au inoiitN 90" (dans ce cas la •• buse <> de renlrepri.se est sufll- NBlitc).
Cr <|u'il y a «te niidlicureux chez BiUow, c'est cet enl«^tenuMit
II vouloir tout c(MiHi<lér<*r gt-oUM'Iricpienienl, comme si le jeu NUUH ceHse chiingranl des passions cl des inlt'n'ls ipii sr lieur-
DIETRICH VON BLLOW 6l
tent à la guerre, pouvait sc représenter par des grandeurs mathématiques, et comme si des chemins de montagne, par exemjjle, tour à tour secs ou détrempés par les pluies, pouvaient indiUércnunent être figurés par les mêmes lignes droites.
La distinction qu'il fait entre la stratégie et la tactique est aussi tout à fait arbitraire, etil semble (jue les Prussiens aient payé cher, dans leur déplorable campagne de 1806, l'application qu'ils ont voulu faire de ses retraites c excentriques ».
11 se donna pour un véritable visionnaire vers la lin de sa vie, qui fut celle d'un malheureux détraqué. Des médecins aliénistes l'examinèrent sur les réclamations de certains hommes d'Etat dont il avait mal parlé. 11 fut enfermé à Kolberg, puis à Königsberg et à Riga où il mourut en 1807, au mouKHit où l'on allait le déporter en Sii)érie.
A. GlVELET.
DEFINITION DES FRONTIERES NATl'RELLES DES GRANDS ÉTATS ACTUELS DE l'eUROPE. — PREVISIONS QUE l'auteur EN TIRE POUR LES GUERRES A VENIR.
1° Tant qu'il y aura encore quelque chose à partager et à prendre, des guerres se produiront, c'est-à-dire qu'elles auront lieu jusqu'à ce que les grands Etats existant actuellement se soient étendus jusqu'à leurs frontières naturelles.
Il s'agit donc de savoir quelles sont les frontières naturelles des grands Etats d'aujourd'hui. Nous avons vu que la mer, les fleuves et les montagnes peuvent seuls former des frontières natui-elles à cause des obstacles qu'ils oilrent aux rapports sociaux.
Il ne peut y avoir de frontières naturelles qu'à deux j)oints de vue : au point de vue de la guerre et au point de vue du commerce.
Les fleuves et la mer rendent difficiles les opérations militaires, mais, d'autre part, ils facilitent les i*apj)orts commerciaux; j^ar suite, les frontières militaires naturelles sont dillerentes des frontières économiques. Gomme les fleuves, la mer et les montagnes sont les seules frontières naturelles, il sera facile de déterminer les limites des Etats.
Une vallée arrosée par un fleuve forme un tout, un domaine fluvial. Par les facilités do transport qu'il oll're, le cours d'eau unit les deux moitiés de ce territoire dont les habitants ont les mêmes intérêts. Le grand fleuve est l'épine dorsale dont les affluents de droite et de gauche forment les côtes; il est donc naturel qu'un toi domaine fluvial, s'il ne forme pas toujours un Etat à part, ne soit au moins jamais divisé entre doux Etats intlépomhmts. S'il en était ainsi, toutes choses se trouveraient organisées selon les saines lois de la raison.
a" D'autre part, on doit pourtiint reconnaître que les fleuvt^, par ce fait qu'ils oftVent des ob.staclos aux o]>érations, peuvent être fort l)ien considérés au point de vuo militaire comme des frontières naturelles, et cela à plus just<' titi'o (|ue les iU(»nlagnos, quand colU*s-oi no sont pas très hautes. Il faut oxaminer, en outre, si l'un des deux Etats, qu'un fleuve séjmre, a le ])oavoir d'amener sur lo boni opposé «les masses militaires plus iniportanles que Taulro. Dans ce cas, le promior chassera tôt ou tard lo Hucond de la vallöo cl la lui preuilra ooiuplèlomcnt.
II n'y u pas lieu de tenir compte ici des langties et des nalionalitt'K. De nos jours dos langues of dos iintionalités div«M'MCH se trouvent réunies dans un mémo Mtal ; car chaque l^lat à un noyau central militaire, à Pinlérieur duquel il soumet tout h sa volonté, étant doiin«'- qti'il |)oul
DIEÏHICII VON' HÜLOW G'i
y mettre sur pied plus de troupes qu'aucun autre. Actuellement c'est le pays plutôt que le peuple qui forme l'Etat ; symbole fpîippant du matérialisme de la pensée contemporaine !
3" D'après ces considérations, je ne reconnais nullement le Rhin comme frontièi*e naturelle entre la France et l'Alleinaîj^ne. La rive j^auche du Uhin jusqu'à la Meuse appartient entièrement au noyau des lorces militiiires allemandes dont l'efficacité doit prédominer sur celles que la France peut leur opposer, à condition seulement de supposer l'Allemagne formant un Etat ou au moins constituée d'éléments étroitement unis. Le territoire français entre la Meuse et la mer est trop étroit jiour que les Français puissent y rassembler autant d'éléments militaires que les Allemands qui ont leur pays tout «ntier derrière eux. Les lignes d'opérations des Allemands sont toutes rectilignes, par suite jilus courtes que celles des Français. Ceux-ci doivent d'abord faire leur conversion stratégique à di-oite en Belgique, pour établir leur fix>nt vis-à-vis de la Meuse, raison qui les empêche d'amener directement derrière eux leurs éléments militaires. Car justement les Français ne peuvent tirer aucun avantage de leur ßanc droit, dans leur position en face de la Meuse, à cause de la nature du pays. La pression des forces militaires diminue avec la longueur des lignes d'oijérations, par suite les Allemands avec leurs lignes d'opéi'ations plus courtes ont ici l'avantage.
Si nous nous avançons davantage en Belgique, nous nous y ti*ouvons au contraire en état d'infériorité. De même qu'en Bohême le cinquantième degré de latitude marque la ligne où les forces militaii*es de l'Autriche et celles de la Prusse se font équilibre, ainsi il existe en Belgique pour les Français et les Allemands une limite du même genre. C'est celle où les Allemands doivent opérer leur conversion stratégique à gauche pour s'avan-
64 lï:s origines du pangermanisme
cer parallèlement à la frontière française, et les Français, leur conversion à droite pour s'avancer parallèlement à la Meuse. La Belgique demeurera donc, aussi longtemps qu'il y aura des guerres, le théâtre des armées en lutte l'une contre l'autre.
Si la Hollande est entre les mains des Allemands ou alliée avec eux,. les Français j)ourront encore bien moins rester maîtres de la Belgique, car ils risqueront d'être pris à revers par la Hollande et chassés des positions où ils s'étaient établis contre l'Allemagne.
Si la Hollande est l'alliée de la France, les Allemands ont devant eux une surface d'autant plus considérable où ils peuvent nuire aux intérêts français. Car la Hollande est ouverte du côté de l'Allemagne et elle peut facilement être inondée de trou[)es allemandes; les Français doivent donc, jjour en rester maîtres, jeter en Hollande des forces considérables ce qui les allaiblit en Belgique. La Prusse aurait en 1795 certainement conquis de nouveau la Hollande, si elle n'avait conclu la paix.
Par une multitude de fortilications sur le llhin, les Français peuvent rendre difficile le i>assage du lleuve, mais non l'empêcher, car l'Alleinagne — toujours en la supposant unitiéc — peut jeter sur la rive gauche des éléments militaires en nombre supérieur et les y maintenir.
/|" Du coté de l'Fspagne et dv l'Italie, la France a des frontières infranchissables, les ]\yrénées et les Alpes. La pre8(ju'île des Pyrénées pourrait bien, tôt ou tard, ne foi'mer ((u'un seul Ftat. De niêni(> pour l'Italie : Les nouvelles possessions uuliicliiennes dans ce pays n«' pourront se maintenir contre les forces réunies de la péninsule. Les frontières du t(M'ritoii'C arraché à la Lombardo-V'énélic sont entouréj's parcelles des Ftats italiens; toutes les opi-rations menées pur l'Autriche contre ces deriiiiM's sont « excentriques », celles «les Ftats susdits