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contre l'Autriche sont au contraire « concentriques ». L'Autriche doit donc tôt ou tard perdre ces pays. Par contre l'Italie ne peut rien contre les frontières du Tyrol et de l'Autriche. L'Autriche doit enfin, par la force des choses, posséder toute la région du Danube jusqu'à son embouchure ; elle peut ainsi s'opposer, de flanc et par derrière, à toutes les entreprises de la Russie contre la Turquie et, par son opposition, les empêcher de réussir.
5" La presqu'île grecque paraît à l'abri derrière les montagnes qui séparent la Thrace et la Macédoine de la Bulgarie et de la Serbie, et les tentatives des Russes et des •Autrichiens contre elle pourraient bien rester sans résultat, tant que les Turcs seront ce qu'ils sont. Si l'Autriche possède toute la vallée du Danube et si elle sépare ainsi la Russie de la Turquie, la guerre éternelle entre ces deux puissances se trouve ainsi conjurée et l'indépendance de la presqu'île grecque garantie.
6" La région du Danube, quoique habitée par des peuples allemands, semble ne pas appartenir du tout à l'Allemagne, car le Danube se jette dans la mer Noire, tandis que les autres fleuves allemands débouchent dans la mer du Nord et la Raltique.
Au nord des Carpathes les forces appartenant au noyau militaire russe doivent être prédominantes. L'Autriche, au cours d'une guerre maintiendrait difficilement ses possessions dans cette région.
y" Dans une guerre contre la Prusse, l'Autriche paraît devoir agir de la fa(,on suivante. Connaissant le danger, la Prusse pourra prendre — et prendra — des mesures opportunes.
Deux colonnes opéreront le long des deux rives de la Vistule ; elles avanceront facilement tant que Varsovie n'est pas fortifiée; une troisième colonne assiégera Kosel en s'appuyant sur Cracovie, une quatrième, Neisse. Des
démonstrations contre Glaz et Schweidnitz masqueront ces attaques; mais en Bohème les Autrichiens reculeront devant la Prusse envahissante.
8° La Prusse orientale serait difficile à défendre contre la Russie, car elle est entourée par cette dernière et n'a pas de fortifications pour la couvrir. Graudenz peut en protéger la partie occidentale qui se trouve par derrière, mais non la partie orientale qui est située en avant. Mémel et Varsovie donneraient, ainsi que Praga, comme fortifications, une ligne de défenses pour la protection de la Prusse orientale ; on ne devrait pas manquer d'établir quelques postes intermédiaires. Varsovie est ])our les possessions orientales de la Prusse, ce que Magdebourg . est pour les possessions occidentales : le cœur de monarchie. Son importance n'est qu'une raison de plus pour la fortifier. Les Russes ont commis une grande faute on cédant cette ville à la Prusse. Ils auraient pu envoyer de là une colonne en avant qui aurait assuré en même temps la réussite infaillible de toutes leurs opérations contre la Prusse orientale.
La Russie paraît conserver sa suj)ériorité en forces militaires encore au delà de la rive occidentale de la Vistule ; cette supériorité cesse à l'Oder; mais celle de la Prusse s'étend bien à l'est de l'Oder, jusqu'aux sources de la Wartlia, à cause de la courbe enveloj>pante de l'Oder.
Si la Prusse perdait aussi la vallée de la Vistule, elle se dédommagerait de cette perte dans le nord de l'Allemagne sans qu'aucune puissance pût l'en empêcher.
'l'At ou tard, l'Aul riche «loit possédei* le sud v\ la Prusse le nord <le rAUemagnc. Les agrandissements de la Prusse HC feront désormais vers l'ouest. La lIoIland<^ même est oxftosée h ses invasions et p(;rsonne ne pourrait l'en déloger si toute rAllemagne du Nord lui :ip|)artcnait. Mai« «^11«^ ('esserait alors de s'appcliu- ia i'russe pour [irendi'ti le nom d'Alh^magne. Les possessions da-
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noises sur le continent, y compris le Jutlaud, ne sont pas en sécurité contre cette puissance du nord de l'Allemagne, et cela tant que le pays danois demeurera dans la nullité politique où il est maintenu par l'influence de l'Angleterre.
Des précédentes considérations, il résulte que la Prusse demeure inébranlable, même contre une coalition de l'Autriche et de la Russie. Même si la France, qui n'y a, certes, aucun intérêt, même si le Danemark et la Suède s'unissaient à cette coalition, celle ci n'aurait d'autre effet que d'accélérer l'extension de l'Etat prussien au nord jusqu'à ses Irontières naturelles. Car, tandis au'il perdrait les régions de la Vistule, il viendrait occuper le nord de l'Allemagne. Les entreprises des Français ne consisteraient qu'en des offensives qui seraient repoussées à la fin de la campagne.
9° L'Europe va donc très probablement tôt ou tard se composer des Etats suivants : l'Espagne, la France et la République Ratave (si celle-ci ne revient pas à l'Allemagne du Nord), l'Italie, la Suisse (dont la partie montagneuse se maintiendra vraisemblablement toujours indépendante), la vallée du Danube ou Autriche (avec l'ensemble des i)ays méridionaux allemands), l'Allemagne du Nord (actuellement la Prusse), le Danemark, la Suède, la Russie, la presqu'île grecque (ou Turquie), les Iles-Rritanniques. Cela ferait donc douze Etats. Quelle forme de gouvernement auront-ils ? C'est ce qui m'importe fort peu, car ils doivent durer, quelle que soit d'ailleurs leur constitution.
Geist des neuem Kriegssystems, III., § lo. [Militärische und Vermischte Schritten, p. 333 ii853).
CRITIQUE DE FREDERIC II. — D UNE SCIENCE NOUVELLE : LA STRATÉGIE POLITIQUE.
L'auteur considère une armée connue un capital qu'il faut faire fructifier. — Conséquences de la contjuete de la Silésie par le grand Frédéric. — Considérations sur la stratégie politique.
La rage de thésauriser qu'on applique aussi bien aux années qu'à l'argent, dans un esprit absolument opposé à celui de Jules César dont les vues ne manquaient pourtant pas d'ampleur, est cause qu'on n'entend rien à la façon de tirer parti de son argent — ou de ses soldats — et de faire fructifier ce capital qu'est une armée. L'armée, d'ailleurs, même pour le prince qui manque d'argent, est un capital plus sur qu'un trésor sans année ou joint à une mauvaise armée.
Celui qui par horreur de la guerre laisse son armée — c'est-à-dire son capital — moisir dans la vie de garnison, où elle se rouille, où elle s'abâtardit, où elle dégénère en un lamental)le amas de bourgeois mesquins, de cette espèce que les étudiants allemands traitent de philistins, et que l'on peut mettre en fuite à la première occasion avec des tailleurs, des apothicaires et des perruquiers, celui-là doit voir combien il s'appauvrit, tandis que des Hp<''Culatoui's toujours on éveil, on faisant oiivulor leur argent (c'est-à-dire en utilisant leur armée), acquièrent autour d(; lui des richesses, de la puissance, des territoires et dos sujets. Lui, nu contraire, languit dans l'inactivité, il se; voit frustré peu à pou de ses ressources, il perd sa puissance et, par suite, son indépendance, de deux innnièi'(;s : d'al><>r(l parc(* qu'il roste en ari-ièro, loin dcri'ièi'C les autres, tandis (|ue ooux-oi aooioissonl leurs forces, et ensuite, parce qu'un ca])ital s'amoindrit réellement par le seul fait qu'il ne se multiplie pas.
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Aussi Napoléon m'apparaît-il comme un monarque sans cesse en éveil qui tire continuellement parti de son capital. Les autres, ou bien entreprennent des spéculations mal calculées, ou bien s'abandonnent à la paresse d'une iml)écillité ellVayante et s'étonnent ensuite, en s'é veillant douloureusement d'un rêve léthargique ef d'un sommeil de plomb, du nouveau genre de sujétion où ils sont tombés tout d'un coui). Seul«', leur ignorance crasse, conséquence de leur éducation défectueuse, les empêche de se représenter dans toute son étendue les suites d'une telle situation.
Nous n'avons en Europe aucun Mithridate qui, pour conserver son indépendance, combattrait jusqu'à son dernier souffle. Si j'avais été un monarque européen pourvu d'une armée, j'aurais, ou bien fait cause commune avec la France, et, en me lançant vers les quatre points cardinaux sur le lAche troupeau <les Européens d'aujourd'hui dont la couardise souffre tout ce que leur impose un général audacieux, j'aurais agrandi mes États et assuré leur indéj^endance ; ou bien je serais, dans le cas contraire, tombé en combattant pour la liberté, ou bien encore je l'aurais arrachée de liante lutte. Mais jamaisje n'aurais conclu une paix néfaste, ce premier pas vers le déclin.
En ce qui me concerne personnellement, je n'occupe en Europe aucune situation qui exige de moi un sacrifice héroïque et l'indépendance des rois de cette partie du monde ne m'importe guère. Elle m'est indift'érente et j'aime à croire que la Providence mettra une fin à ces éternelles alternatives de poussées en sens contraires qui forment ce que l'on appelle un « équilibre européen » ; car il y a là un obstacle sérieux à la civilisation. Je me suis supposé un instant à la place d'un roi et jwur le reste j'ai raisonné tout simplement comme un homme.
no LES ORIGINES DU PANGERMANISME
La Prusse a déjà, par le seul fait de son existence, mis fin à l'existence nationale des Allemands. Il s'est produit en Allemagne une division dans les intérêts ; cette scission est cause que l'Empire a été trop faible pour résister aux Français. La première faute en incombe à Frédéric le Grand. Si ce prince n'avait pas conquis la Silésie, il n'aurait pas déchiré le lien qui unissait le Nord au Sud de l'AUemag^ne, Impuissante à se détacher des autres Etats allemands, la Prusse aurait dû toujours rester unie avec eux pour comI)attre la France.
Si i)ar contre Frédéric s'était ])ropo8é dans la guerre de Sept ans de conquérir toute l'Allemagne, s'il avait été doué du génie militaire de Ciliarles-Guslave de Suède ou de Napoléon ; s'il avait su, eu un mot, réaliser le grand plan de Winterfeld, rAllemagne aurait alors été réunie en un empire capable de résister à la France. La Providence en a décidé autrement.
Sans capitale, il était impossible aux Allemands d'arriver jamais à une existence politique et à la formation d un esprii national.
L'organisation est impossible sans un centre. Le premier précepte d'une stratégie ])olitique préoccupc'e d(» londer un Etat, une puissance indépendante, est d'établir une capitale comme centre d'action à un endroit convenable : c'est ainsi que dans la matrice, c'est toujours par la Irte (|ue commence le déveIoj)])cment de l'ombryon humain. De petites capitales, des capitales incomplètes sont un moyen d'entrc<enir la demi-civilisation, le mauvais goiH et la corruption, sans la d<''ceiice qui y i-cmcdic. Le gortt n'est pas autre; chose; (ju'uu jugement rapid««. La formation du goiU est donc do toute importance pour la bonne administration politique et guerrière ; car cos ins-
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titutions ne peuvent être érigées sans jugement, sine judicio, et le bon goût suppose aussi un bon jugement, Judicium.
Ce bon goût fait donc défaut chez les Allemands, parce qu'ils n'ont pas de capitale.
I^a stratégie politique — non la stratégie diplomatique, car les diplomates sont rarement de bons politiques — est une science encore inconnue dont je vais révéler les bases au public sous le titre de * Principes do la stratégie politique », quand bien même on ne devrait pas manquer de lampes fumeuses qui prétendraient vouloir l'éclairer,
Il faut attaquer l'avant-garde et l'étrangler avec toute la puissance dont on dispose, quand le « corps de bataille » (i) se trouve encore trop en arrière pour l'appuyer et surtout quand la queue, semblable à celle d'une comète, suit péniblement par derrière. Comme la tactique n'est que de la stratégie appliquée à un espace restreint et qu'elle va de i)air avec cette dernière, on doit se servir des principes de cette science pour la stratégie et passer de celle-ci à la stratégie supérieure ou politique.
C'est-à-dire qu'il faut se précipiter sur ceux des Etats alliés ennemis qui se trouvent en avant et sont les plus voisins et leur jeter la corde au cou — on voit avec quelle noble esthétique mes images sont choisies — avant de laisser les autres accourir à leur secours : telle est la stratégie politique. Il faut anéantir l'armée de première ligne appurtenaut à l'un des Etats ennemis, toutes les fois que cela est possible, avant qu'une armée de renfort n'arrive à son secours : telle est la sti-atégie militaire. Il
(i) En français dans le texte allemand.
^a LES ORIGINES DU PAXGEHMANISME
faut exterminer une avant-garde avec toute la puissance dont on dispose quand l'armée est encore en arrière : c'est °n cela que consiste la tactique. Car je découvre trois degrés dans l'art militaire dont les ci'itères sont les grandeurs de l'espace et du temjis, et je pose le principe suivant comme le premier de ceux de la science que je me propose d'établir : « La stratégie politique est à la stratégie militaire ce que celle-ci est à la tactique, et la stratégie politique est la plus haute de ces sciences. De même que la stratégie militaire organise les opérations d'une campagne ou tout au plus celles d'une guei're, ainsi la sti-atégie jwlitique s'ocrupe d'assurer l'éclat et la durée des emiures pour des centaines et des milliers d'années. »
Der Feldziig von i8o5.
Ibid., p. <)5 sq. ; 98 sq.
COUP d'œil sur des ^.vknements à venir (1806).
L'hégémonie futiiro de la Prusse. — Ln douceur d'jlinc de Frédvric-(iuilluiiin(> III. — Coiiniieiit Frédéric II avait réduit les hommes d'Etut prussiens ù l'étal d'autuiuatus.
Au cas d'une guerre avec la France, il serait sans doute important j)Oiir la conservation de la l*nisse que le nord de l'Allemagne fût soumis à un seul p»)uvüir. La guerre Hcrait alors menée avec beaucoup plus d'énergie, car l'unité de gouvernement donne plus de l'oivc aux mesures ù j)n'ndr<\
En cette occurrence, il Herait évidemment nécessaire de d<^I>oHHéder h'H jK'lits ]»rinces d(^ leur souveraiiu'té. Mais le crime ne «erail jms grand, car, tout »l'abord, le pouvoir NUpr^me n'est pas une possession à j)roprcmenl parler.
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étant donné que les peux)les ne sont pas des choses qui appartiennent en propre à des personnes.
Les petits princes du nord de l'Allemagne ne seraient nullement pour cela dépouillés de ce qui leur appartient. Seulement ils ne pourraient plus disposer des biens de ceux qui étaient jusqu'ici leurs sujets et les gaspiller à leur aise; il ne leur resterait que leurs propices domaines ou ceux de leurs familles; on pourrait alors leur donner dans la nouvelle constitution allemande une situation analogue à celle des membres du Parlement anglais ; je ne vois pas ce qu'ils perdraient au change. Le nord de l'Allemagne aurait alors une existence nationale et un esprit national, si la monarchie prussienne se transformait en monarchie germanique.
En second lieu, les petits princes ne peuvent absolument pas faire dériver leur droit de souveraineté de la constitution allemande. Qu'ils se rappellent donc leur ancienne situation vis-à-vis de l'Empereur et de l'Empire. Ils n'auraient donc pas lieu de se plaindre si la Prusse l'établissait dans le nord de l'Allemagne la constitution primordiale allemande. Leur indépendance est fondée sur un abus ; elle est usurpée. Ces considérations devraient suffire à tranquilliser la conscience du monarque et du cabinet prussien.
J'ai lu dans les Voyages de Mungo Park en Afrique que le gouvernement des petits princes nègres n'est pas le meilleur, quoique cette affirmation puisse souffrir bien des exceptions. Je ne veux rien dire ici contre de grandes monarchies, mais je ne puis vivre dans un petit État despotique, où le Despote connaît chaque individu et où tout son Empire l'entend quand il éternue sur son trône.
La Prusse semble vouloir séparer le nord du sud de l'Allemagne ; et Hildesheim, en diverses circonstances.
semble déjà avoir été considérée en quelque sorte comme la Ratis bonne du nord. Une telle opération serait aussi dangereuse que celle que l'on vient de considérer sans olFrir les mêmes avantages. Ce serait une demi-mesure, une mesure faible, tandis que l'incorporation de cette ville serait une mesure énergique qui imposerait à toute l'Europe (i).
Mais rien n'est plus invraisemblabe qu'un événement d'une telle importance. Il faut pour cela une haute dose de hardiesse, d'esprit dominateur, de pénétration politique, de technique guerrière, une grande perfection d'armements; les premières de ces qualités étant nécessaires pour commencer l'entreprise, les dernières pour se maintenir dans ses nouvelles possessions. I^e roi actuel de Prusse {2) est trop doux, trop bienveillant, trop content de sa situation présente pour s'exposer aux risques d'une telle entreprise dans le but d'agrandir sou royaume qu'il considère comme suffisamment étendu. Des caractères trop sensibles aux joies domestiques et qui pi'éfèrent les embras.seinents d'une gracieuse épouse aux attraits de la Henommée, ne sont pas ceux qui changent la face du inonde par des révolutions. Le monarque ]>russien ne «lépouillera aucun prince de ses Etats et le ca])inet prussien actuel est trop honorable — qu'on mo passe celte expression exacte ici — pour cons«Mllerd'iini)oi'lants agraiidisseiiKüils et indiquer les iiioycns de les réaliser, (|iiand bien même la nature du monarque actuel, si bien intentionné, rendrait la chose possible.
Le; (Irniul Fré<lérir lui-mémo ne songeait pas à des HgruiidisHements .m'rieiix. (l'était plus un piiilosophe
II) L'auteur vrul nnuH il<>ut«> fiiiro allusion i\ lu iiiiMJinlisaliun (Ir la ville (l<> HatiNlmniic ipii rut lieu, (MI iSoO, au profit do l'Hrrlii «•luiurrlli-r !)allt«'r(f. (Note «lu Irudurlrur.)
(9I II N'affit (le Prö<icri(!-<iuillnunie III.