‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 3 sur 98 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

tentative de flatter des préventions qui ne sont pas seulement la fumée d'une flamme momentanée d'ii'ritation, mais les prétextes dont se couvrent des puissances sociales occupées, dans la crise même de la pairie, à poursuivre une œuvre sournoise de captalion d'influence.

Nous espérons fortement la régénération du peuple allemand. Nous l'espérons de sa défaite même, qu'il faut décisive et irrémédiable. Il faut qu'il apprenne ce qu'il en coûte de s'être confié à l'hégémonie prussienne. 11 faut qu'il rétablisse une Belgique intégrale, indemnisée de ses maux; qu'il condamne solennellement le crime abject par lequel, aujourd'hui encore, il l'ensanglante et la ravage. Il faut qu'il restitue l'Alsaec-Lorraine jusqu'aux frontières de 1789; qu'il restitue le Slesvig; qu'il rende à la Pologne son intégrité jusqu'à la mer; (pie son complice l'Autriche-Hongrie émancipe et rende à la destinée qu'ils désireront les treize peuples de race et de langue dilTérentes, sur lesquels les Allemands d'Autriche et les Magyars assoient une domination séculairement oppressive. Il est nécessaire que le peuple allemand arrache de lui-même jusqu'à la dernière racine du militarisme prussien, jusqu'à la dernière velléité d'impérialisme conquérant. Un jour viendra où il fera sur lui-même, à la lueur des désastres qu'il aura appelés sur sa tête, le travail de critique courageuse et consciencieuse que la France a faite de ses institutions, de ses mœurs, de ses défauts d'esprit après 1870, et par lequel elle s'est dégagée à tout jamais de toute velléité napoléonienne. Le peuple allemand fera ainsi (pourvu qu'on l'y

X LKS ORIGINES DU PANGERMANISMK

aide) le procès de ses dirigeants. Il renverra à la culture de leurs terres la séquelle de ses hobereaux agrariens et traîneurs de sabre, trop longtemps choyés par la servilité de ses classes riches et par la faiblesse de ses femmes. Il cessera de suivre la fausse science des démagogues salariés, qui le saturaient de ilatteries démesurées et du rêve mons trueux de je ne sais quelle suprématie morale providentiellement octroyée à lui seul. Il n'écoutera plus la finance aventureuse et cynique, préoccupée d'écraser dans la France républicaine, dans la Grande-Bretagne et dans la Belgique libres, les grands foyers où s'alimente la pensée d'affranchissement de ses classes ouvrières. Tous ceux-là, et l'empereur d'abord, politiciens d'aventure, militaires avides de gloire, docteurs impatients de popularité, qui échafaudaient pour lui ce plan démesuré d'un empire continental dont un pied serait sur le rocher d'Helgoland et l'autre à l'embouchure du Tigre et de l'Kuphrate; le plan ensuite d'un empire colonial fait des dépouilles de trois ou (juatre autres peuples écroulés, — le peuple alleniand, un jour, peut les mettre en présence des ruines, du sang, et de la hont«* amoncelés, il j)eul, dans son humiliation physiijue et morale, leur crier : « \ oilà ce que vous avez fait de moi! » Alors, mais alors »eulcment, l'enlente pourra se renouer avec le peuple ali<'maiul revenu à sa vraie nature, (|ue personiuî n'a aimée ninveuienl, tcndn'meut autant i\\ic la l<'ran(;e. Mais le lien spirituel entre le ))euple allemand régénéré et nous, c'est la tradition allemande d'autrefois, celle de Kant el <!(> heethoven. de (idlJM' el de

PHEFACE

Scliiller, de Bœrne el de Heine et de tous les « bons Européens » dont la lignée aboutit à Nietzsche. Cette tradition, il faut la respecter. Cela est sage et cela est digne. Elle travaille pour nous, dans la profondeur du peuple allemand. Il y a plus d'un fragment de tradition française dans cette tradition allemande intégrale. Quand, débarquant de la gare de Cologne, on découvre la cathédrale, on est en présence d'une façade immense, dont le centre étouffe entre les deux tours colossales. Ce gothique professoral, œuvre d'architectes savants du xix" siècle qui appliquent pédantesquement des règles factices, est le symbole de l'Allemagne présente, préoccupée de faire immense, de dominer l'horizon, par sa masse. La médiocrité du travail lui importe peu. Mais quand on entre sous les voûtes, quand on avance sous la clarté des verrières, ce qui apparaît au bout de la forêt des piliers modernes, c'est un chœur charmant et vieux, une abside entourée d'une guirlande de chapelles, comme il ne s'en trouve qu'en France: oîi l'on reconnaît, reproduits avec une fidélité louchante, la nef et le chœur, et les chapelles mêmes de la cathédrale d'Amiens; c'est cette petite église pourtant, enchâssée dans la grande, qui est l'âme véritable ds la lourde cathédrale des professeurs. Il y a au fond de l'Allemagne d'aujourd'hui, démesurée sous son armature de banale puissance, une telle Allemagne, qui n'est pas la Prusse, et qui fut grande, riche de canir, de biens et de forces. Il nous faut la redécouvrir, la dégager, et l'affranchir.

Les Allemands ont coutume de reprocher au peuple français sa soif immodérée de gloire. C'est lui reprocher des habitudes de langap^e devenues très étrangères à notre démocratie, toute rustique, ouvrière ou moyennement bourgeoise. Mais il n'y a pas de peuple plus ridiculement rétrospectif que le peuple allemand, et dont l'esprit soit plus scolairement farci de contes sur sa grandeur ancienne. Et parmi ces rêves il n'y en a pas qu'il puisse se résigner à savoir délinitiveinent enfouis dans la poussière des siècles, avec lesquels ils ont péri. A l'origine du pangermanisme^ il y a quatre mirages de grandeur passée; et dans ces souvenirs il y a deux traditions étroitement prussiennes et deux traditions allemandes.

I' La Prusse est d'abord la continuatrice de l'Ordre teutoniquc. — Klle représente le germanisme refoulant le slavisme. Du fond de la Hollande et de la IJasse-Saxe, c'est-à-dire des pays de la rive gauche de l'Klbe, étaient accourus, dès le xi" siècle, appelés par les évè(pies et les cloilics, des |)aysans en foule. Le «aïeul de ces autorités eeclésiasli(jues était c[ue l'aflluenee des colons nuilliplierait les églises (i) et causerait un inunense accroissement des dîmes. Au Hu<I d'une ligne qui rejoint Halle à Torgau, et jus-

(I) V.lc* naïf l(Snioi);iia((i' «l«" Ili.i.Moi.ms, (]hronic(t SUwortiin jiisqu'cn 1170, I. KH. • Kl conrortntus est v<'liciiiciit<'i' ad iiiti'niluiii oïlvriuiriiiii r|MK<-<ipalns llranilcnliiu'ffciiNiH ncc non llavclhiirgciiNiN, ro qiicul iiiiiUi|tlic-nrc-iitur ccrlrsintr et (iroiinaniin siicrca-

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