‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 4 sur 98 · PREFACE XIII · texte numérisé non relu

PREFACE XIII

qu'en Silésic, ce furent les Tliuringiens et les Franconiens qui fournirent les émigrants. Lent travail, travail de guerre autant que de culture. Les populations wendes et obotrites, se défendaient pied à pied. Il fallut les massacrer ou les réduire au servage. Berlin et la Marche de Brandebourg sont des conquêtes sur ces peuples disparus (i). La plus résistante de ces peuplades païennes fut cependant une peuplade dont le parler et la race se rapprochaient de la langue et de la race lithuaniennes : ce fut le peuple borusse ou prussien. Contre lui les évèques et les congrégations monastiques n'avaient pas sufli. Il fallut une congrégation militaire. C'est l'Ordre des chevaliers teutoniques que le pape chargea de porter l'Evangile en terre prussienne.

L'évangélisalion dura trois cents ans. Une vieille chronique rimée du xiii* siècle, V Expédition au pays des Borasses (die Fahrt ins Preiissenland) déi-oule la fresipie sanglante et mouvementée de ce que fut l'elfroyable lutte. Quand elle prit lin, vers l'an i3oo, il ne restait du peuple borusse que de rares vestiges linguistiques, et son nom que les vainqueurs lui ont volé; car les Allemands qui habitent entre Stettin et Kœnigsbergse disent Prussiens abusivement, du nom d'un peuple slave qu'ils ont exterminé. Mais, tout le long de la côte baltique et aux passages des fleuves, les chevaliers teutoniques avaient édilié des châteaux forts. Il en subsiste un petit nombre. Celui de Marien-

(i)Daiis le Spreewald, à Liibben et Lübltenau, il reste pourtant quelques villages lacustres, accessibles seulement par eau, où la population wende s'est Conservée avec son langage.

bourg en est le plus grand et il est comme un symbole. C'est une accumulation de châteaux massifs, reliés par des courtines à mâchicoulis. Au cœur de la position, dominée par une église trapue, un cloître à plusieurs étages d'arcades ogivales sert de réduit central. Un labyrinthe de couloirs y aboutit, qui atteignent les salles de garde voûtées, les grandes salles de réunion des chevaliers, le réfectoire monumental, l'appartement du grand maître, et plus loin les ofiices, les magasins. Une incroyable entente des nécessités pratiques révèle le sens réaliste de ce peuple. Calorifères à air chauffé, cloaques perfectionnés pratiqués dans le donjon énorme, pour éviter la pestilence qui émane des foules ; rien ne manque de ce que pouvait imaginer un art déjà extraordinaire d'organiser et d'assainir l'habitation prévue pour des multitudes humaines et pour des amoncellements prodigieux d'armes et de victuailles. Mais aux chapiteaux des colonnes de granit (jui supportent la voûte des salles, des touffes de palmes amples s'épanouissent pour épouser les voussures. Orient de j)ieri'e, que les eiie valiers ont ramené des croisades, et (pii leur rappelle l'Orient vrai qu'ils n'ont pas renoncé à con(|nérir. Or, l'héritage des chevaliers teul()ni(|nes passa aux ilolien/ollern, cpiand par la dissolution de l'Ordre en i5a5 un grand maître, Albert de lIolien/olleni-Anspaeh, devint « prince de Prusse », vaKHal du roi de PologiK*.

u" Iji Mcrtt/uli' tnn/i/ion es/ (<//<' t/c ht i^-nnulciir niilifiiiri' prussienne. — Les Ilohen/ollern de Hiand«-bourg recueillirent l'héritage de l'Ordre leulnni(iue (|uand K'éteignil la branche des IIohen/ollern-d'Ans-

Page 1