‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 33 sur 98 · LA FRONTIÈRE DU RHIN · texte numérisé non relu

LA FRONTIÈRE DU RHIN

C'est vers le Rhin que devront se porter nos premiers grands elïorts. Peut-être sera-ce une tâche longue et difficile, mais qu'il faudra nécessairement accomplir, si l'on ne veut pas rester à mi-chemin et retrouver d'ici quelques années les Français là où ils sont maintenant. 11 faut à tout prix que ce peuple turbulent et avide de conquêtes cesse de posséder la frontière du Rhin. El, en effet, nous aurons beau accumuler en un traité, les clauses, les serments écrits et les engagements, et les personnages les plus divers pourront apposer leurs signatures — la force naturelle est toujours supérieure à une force de conventions lorsque les fondements de la paix sont peu certains.

Instrument de l'ennemi, le coude du Rhin s'avance impitoyable dans la chair allemande et sa pression n'en sera pas plus légère, même si on nous promet ou si nous exigeons ([u'il soit enveloppé de [la] laine ou de [la] soie moelleuses [des traités].

Quel avantage ]}o\xy la France, si elle continue à posséder le Rhin et les places fortes qui le dominent! Dès

lors, les Pays-Bas, la Suisse et la majeure partie de l'Italie septentrionale lui sont soumises. L'Allemagne lui est ouverte jusqu'à l'Elbe et aux monts de Bohème; ses armées peuvent violer impunément nos l'rontières, dévaster les territoires avoisinants et pénétrer aussi loin qu'il leur plait, au cœur raiêrae de l'Allemagne. Parcontre, aucune force ennemie ne peut avancer jus^juau Rhin et à JîIus forte raison travereer ce tleuve. Si donc; on veut dépouiller la France de cette supériorité, et cela autrement qu'en appai-ence, il faut que l'Allemagne reconquière ses anciennes limites. Ainsi les deux peuples voisins se dresseront face à face dans des conditions analogues et cette crainte réciproque sera une garantie plus certaine de la sécurité des marches, île l'équilibre et de la i)aix européenne que toutes les bulles et tous les traités du monde dont les engagements et les pi-omesses ne se maintiennent qu'à la ]^K>inte de l'épée.

D'ailleurs, les Allemands ne réclament que ce qui leur est dû. Ils veulent s'adjoindre à nouveau ces hommes de leur pays et de leur langue qui leur ont été arrachés sous Louis XIV, sous Louis XV, et durant toute la j>ériode de brigandage français. La frontière germanique primitive est marquée par les Vosges, le Jura et les Ardennes, les mœurs et la langue des habitants de ces contrées en sont une preuve incontestable; et i)uis, que les Allemands se gainliînt bien de s'approprier ou n»ème de convoiter cet ëlënicnt de corruption que serait pour eux une i>ortion »le la terre française.

Aruét .HC poMt alors niie objecUon »ssez iuitiii*i'Ue : — En s'eiupnrniit du Uliiii no iloniiern ton pns la siipi^rioritc A l'AUc-

Kli bien ! je répcmdrai que non, les cas .sonl liait à fuit <liirércnlH et l'Allenuigne accrue des pays rhénans et des provinces autrefois peinlnes fera alors seulement équi-

ERXST-MOBITZ ARNDT 9I

libre à la France. Le Rhin fut de toute antiquité un fleuve germanique^ les pays qu'il traverse sont allemands, ils le furent et le restèrent jusqu'au siècle dernier; et pourtant, l'Europe eut-elle jamais à subir le jouj,»allemand? De tout temps, les Germains furent pacifiques autant que valeureux,, jamais ils ne paiiii-ent à la conquête de pays lointains, jamais ils ne cherchèrent à anéantir les peuples voisins, si toutefois l'on excepte cette période de trouble et de bouleversement universels, généralement connue sous le nom de Migration des Peuples (i) et où, sous l'influence d'une poussée gigantesque des hommes et du destin, lu plupart des peuples se virent chassés de leurs territmres et contraints dans leur fuite à déplacer les peuples voisins.

Nos emiiereui*s repoussaient les attaques ennemies, mais jamais ils ne prenaient l'ortensive et seules les intrigues, les provocations, et Tinsatiable cupidité du peuple romain purent les engager à leur tour à des incursions et à des conquêtes. Ainsi « l'homme aiguise l'homme et le fer aiguise le fer ». N'ayons aucune crainte à ce sujet. Les Franvais s4jnt avides de conquêtes, jamais leurs possessions ne réi>ondent à leurs ambitions ; quant aux Allemands, plus justes et plus pondérés, ils se contentent de bittir sur le sol de leurs ancêtres.

Et Arudt arrive à cette conclusion :

Déclarons donc à la France une guerre rapide et sans merci, que notre puissant eflbrt se porte promptement au delà du Rhin, et ne remettons pas l'épée au fourreau avant d'avoir émancipé et ramené à l'empire allemand tous ces peu^des de langue germanique, tant ceux qui

(i C'est le nom allemand de l'Invasion des barbares.

habitent la Lorraine et l'Alsaoe que ceux du Luxembourg et des Flandres. Voilà la tâche et voilà le but. Et si on ne les délivre pas, si les etïbrts de chacun ne tendent pas à la réalisation de cette tâche, autant vaut ne rien entre l)rendre, en vain Dieu aura oifert aux Allemands des trésors qu'il leur reprendra s'ils sont trop paresseux pour en jouir.

Geist der Zeit., t. III, Ed. E. Schirmer, j). 2x5.

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