KRREUR DE LA POLITIQUE AUTRICHIENNE EN ITALIE
Les frontières actuelles déterminent pour l'Auti'iche et pour lltalie une situation difficile et vraiment tragi([ue.
En Italie, lAulriclie se proposait avant tout l'arrondisseràent de son territoire, mais elle croyait très sérieusement y obtenir la prépondérance, ou tout au moins y neutraliser l'influence française. Je ne crois pas qu'elle ait atteint ce but et il me semble qu'elle accroîtrait à moins de frais sa puissance et qu'elle assurerait de façon plus noble l'intégrité de son sol en réorganisant l'Italie ou en aidant à cette réorganisation.
L'Autriche nous l'appelle sans cesse ses 5 ou 6 millions de Lombartls et elle en fait un des éléments de sa force. Mais cette force étant illusoire est, en réalité, une faiblesse }>our elle. Les Italiens sont et resteront Italiens, tout comme nous sommes et restei*ons Allemands. I^es Finançais, inconstants et volages, leur sont, il est vrai, peu sympathiques ; et cependant ils se sentent plus proches d'eux que des Allemands qu'ils n'ont jamais pu soullHr. (^uaut aux Autrichiens, ils les délestent et leurs manières ne leur inspirent que haine et mépris.
(^uel l>énétîce l'Autriclie tiix^-t-elle donc de cette Italie enchantere^ise ? C>ertes, il lui est permis en temps de paix de rexi)os<*r aux i-egards comme un des joyaux les plus riches de la couix>nne, mais que deviendra ce joyau, le jour où la ti'ompette guerrière ira partout répandis l'alarme chez les i>euples voisins? En lemps de paix, l'Autriche entretient en Italie de 70.000 à 80.000 soldats allemands ou hongrois, elle transporte les Italiens au delà des montagnes, au cour même du pays, et il y a peu de chances qu'elle puisse com[)ter sur eux au jour du danger.
Mais, dira-t-ou,... l'Autriclie n'4'st ell«^ jms contrainte à garder vis-à-vis de la l'rance une lelle Situation? Non, répomlrai-je, il faut à tout prix abandonner une politique hostile d'où ne ]>env<>nt naîtr»« que haines, révolutions et violences. Si l'Autriche voulait agir au mieux de ses intérêts, tout en uiénageant l'Italie, elle irait «KTCupcr en arrière les positions naturelles (|ue Dieu lui a donn<'«ch, l<*s plus fortes v\ les ]>lus helles au monde. Du haut des ciiiie« Hlj»eslr«»s. elle assisterait aux évolutions de la {Kilitique pnro]»éenne fi «Ile rem]>lir«it sa destinée de ganlietine et d'ninie des peuples.
L*Auli*i<-he aurait dû proUlcr de»« années 1814 et t8i5 pour réorKaniser avec juntice H humanité l'Italie démem-
EKNST-MORITZ ARNDT ^5
J»rëe,y fixer la part d'indemnités et de satisfactions territoriales qui i«evenait à chacun : Pour elle, ses vues devaient se diriger ailleurs. Elle n'a pas besoin de l'Italie, ses frontières naturelles sont les plus fortes qu'on puisse imaginer; et, campée sur la crête des Aljies tyroliennes dont elle commande toutes les vallées, elle domine aisément ritalie tout entière. Il lui suffirait de construire une forteresse à la frontière du Frioul, sur l'emplacement de Tantique Aquilée, pour qu'on puisse la considérer comme inaccessible de ce côté.
Si toutefois l'Autriche désirait s'agrandir, elle aurait dû dii4ger ses regards d'un tout autre côté, suivre di'oit devant elle la grande voie mondiale du Danube et si ses vues, attardées sur le Levant, s'y étaient iLxées chaque jour plus nettes et plus précises, le eenti"« de gi'avité de sa puissance serait aujourd'hui déjtlace, les Russes ne commanderaient pas on maîtres à Buciii-est et à Jassy; enfin il leur serait impossible de contraindre les Turcs de Constantinople à signer des traités avec eux.
Ibid., p. i87sq.