‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 36 sur 98 · i/avENIR de L'AUTRICHE EN TURQUIE · texte numérisé non relu

i/avENIR de L'AUTRICHE EN TURQUIE

Qu'adviendra-t-ilde la Turquie et le moment est-il venu de se i^oser cette question ?

Ici encoi'e les Russes sont déjà maîtres de territoii-es qui revenaient aux Autrichiens dès l'instant où les Tui'cs n'étaient plus capables de s'y maintenir. En elfet, les lois divines de la Nature n'ont- elles pas assigné aux seigneurs du Danube ces provinces de Bessarabie, de Moldavie, de \'alachie qu'aujoui*d'hui la Russie serait presque en droit d'appeler siennes?

gC LKS ORIGINES DU PANGERMANISME

Le jour où la Turquie s'elTondrcra, où on la démembrera et où les peuples se préciijitcrout pour partager cette proie, il faudi'a que l'Autriche intervienne et de l'épée se fraye un passage jusqu'à la mer Noire. La Bessarabie, la Moldavie, la Valachie, les provinces danubiennes de Bulgarie, de Serbie, de Bosnie et toutes celles qui s'étendent au sud jusqu'au pied des hautes montagnes de Grèce, en un mot, le bassin du Danube inférieur revient tout entier au souverain de Pannonie, dont le trône impérial est établi à Vienne.

IjCs C.arpathes au nord, à l'est les marécages et les steppes qui bordent les deux rives du Dniestr, marquent les limites naturelles de ces provinces et forment ainsi la zone de contact de deux peujiles très difféi^ents : les Autrichiens et les Russes.

Dès lors, tout diplomate autrichien, ayant l'expérience du monde et de son histoire, capable d'apjirécier les forces géographiques et les conséquences qu'elles ont pour la situation mondiale d'un Etat, n'hésitera pas à attaquer le tsar de Pétersbourgetà lui dire bien en face : « Que t'importent les territoires au sud du Dniestr et du Dniepr? Tu n'as rien à voir de ce côté-ci des lleuves, laisse-nous doiu* le chemin libre ! »

En temps de guerre, cette frontière serait plus avantageuse encore ; les Russes se verraient contraints à déployer h'urs forces dans ces contrées qui sont marécageuses et, par suite, fort pauvres. Les Autrichiens, au contraire, recevraient en abondance par h> Danube les ai>pr<»visi()iinemenlH tjue leur fourniraient les lidics plainivs de Ilongi-ie.

Une Heule grande victoire renij>ortée sur les Russes au bord du Prutli ou du Danube, et la situation (h' ces dernierH sera trois fois plus difficile ù i-«-liil)lir dans cette région, que ne lo serait colle des Autrichiens s'ils étaient vaincus dans les m^mos conditions.

EUNST-MORIÏZ ARNDT 9^

Le choc des deux grands empires est il proche ou éloigné? Qui le sait? Seuls le développement et la destinée de la Turquie et de l'Orient pourront en décider. Mais bien des questions sont soulevées et bien des rapports dressés à ce sujet dans les diflerents centres diplomatiques d'Europe. Quoi qu'il en soit, je l'ai déjà dit et je le répète, si la Turquie est incapable de demeurer ce qu'elle est, il faut que l'Autriche déverse ses armées sur les territoires précédemment indiqués et qu'elle en chasse violemment les Russes.

Pour l'instant une note d'amitié, voire même de reconnaissance, semble se glisser dans les relations entre François-Joseph et le tsar ; quelques hommes politiques vont même jusqu'à déclarer sottement que, par reconnaissance, l'Autriche ne devra jamais chercher à supplanter la Russie et lui laisser, au contraire, prendre partout les devants. Je n6 sais où en sont les sentiments d'amitié et de gratitude qu'éprouve le jeune empereur d'Autriche pour le vieux tsar de Russie, mais je puis affirmer que jamais l'Autriche n'aura le droit de se suboixlonner à la Russie, fut-ce même par reconnaissance.

Sans doute, on allègue la révolte hongroise qui s'est produite lors des troubles de 4^ et 49- On rappelle l'aide salutaire que nous apporta l'armée russe, on dit avec quelle noblesse, avec quel désintéressement le tsar libérateur envoya ses troupes au delà des Carpathes ; mais moi je répondrai : « En luttant sur la Theiss et sur le Danube, la Russie n'a fait que défendre sa propre cause, elle a mis ses armées en campagne pour réprimer une révolte qui la menaçait aussi bien que l'Autriche ; et croyez-vous donc, par hasard, que le calme se serait maintenu au nord des Carpathes et sur tout le territoire polonais, si la République avait triomphé, grûce aux généraux de Kossuth? »

Ibid.,]}. 193, sq.

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