‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 39 sur 98 · III. — Aptitude à V émigration et à la colonisation · texte numérisé non relu

III. — Aptitude à V émigration et à la colonisation

Partout les Allemands ont pris la direction des industries humaines, ils se sont mis à la tête des enti-eprises politiques et sociales : création et organisation de comptoirs coloniaux, navigation, commerce, ag-riculture, etc. . . , et là même où les circonstances g-éographiques les vouaient à un échec certain, ils ont réalisé des bénétices doubles et tri[)les de ceux de voisins deux ou trois fois plus favorisés qu'eux.

Voyez la Méditerranée, ses rives sont partout occnj^ées par des peuples latins, et cependant, allez à Cadix, à Barcelone, à Livounie, à Naj)les, allez même à Alexandrie et à Smyrne, vous trouverez bien, de ci de là, une maison française d'importance, mais partout, luttant avec les plus industrieux parmi les indig-ènes, ce sont les Anglais et les Allemands qui dirigent le mouvement commercial et économique. Et si vous allez à Rio-Janeiro ou à Buenos- Ayres, si vous avancez vers le nord dans la direction de la Nouvelle-Orléans et de New-York et que, quittant le nouveau continent, vous débarquiez à Copenhague, à Stockholm ou à Pétersbourg, vous trouvée partout confirmée la supériorité des Germains sur les Latins.

A Pétersbourg, il y a un nombre considérable de gramk>« maisons anglaises, mais il y en a plus encore d'Allemandes. 40.000 Allemands habitent cette ville et l'on n'y compte guère plus de 6.000 Français. Les grandes affaires sont partout entre les mains des Allemands et des Anglais ; quant à la France, elle n'est représentée que par des aventuriers, enfants perdus de la fortune : limonadiers, parfumeurs, maîtres d'escrime, maîtres de danse, de langue, etc.

Quittez avec moi la Méditerranée et la Baltique et voyons ce qui se passe en Amérique, vous y ferez la même constatation qu'en Europe, vous verrez combien la ténacité entreprenante, la hardiesse active et le travail opiniâtre des Germains parviennent partout à exclure les Latins et leurs descendants, comment ils réussissent, en une certaine mesure, à les abaisser et même à les chasser par leur travail.

La Louisiane était autrefois une colonie française, elle était habitée par des Français, les maisons et les terres y étaient entre les mains de Français; puis les modifications, intervenues pendant la dernière moitié de notre siècle, ont fait de ce riche bassin du Mississipi une possession américaine. Mais que s'est-il produit pendant ce temps à l'intérieur du pays? Toutes les g^randes entreprises, les meilleures propriétés, les plantations les plus riches sont tombées peu à peu entre les mains des Américains, des Anglais ou des Allemands, et les Français ont été bientôt réduits aux travaux les [)lus insignilianls. Cette transformation ne s'explique ni par des actes de violence, ni par des exils, ni par des répressions générales ; elle est la conséquence pure et simple du travail, de l'assiduité et de la vigueur des nouveaux arrivants.

Que prouvent ces observations nombreuses et en ajoparence assez décousues? Elles montrent que l'AlhMnand belliqueux, entreprenant et résolu a été créé j)our coopérer à la domination mondiale et avant tout pour établir chez lui une forte unité nationale.

Pro populo Gennanico. Ed. Lorenz, p. i4j, sq.

Friedhigh-Ludwig JAHN (1778- 1852).

FuiEDHicH-LuDWKi Jaiiv iiuquit en 1778 à Lanz, près de Lenzen, eu Priegnitz,c'esl-à-(Hr(; dans la partie du Brandebourg (jui avoisine le Mecklembourg. H eut pour premier niaitre son père qui était pasteur du village. Puis il alla au gymnase de Salzwedel et à Berlin, et fréquenta une dizaine d'universités. N'ayant été astreint à aucune discipline dans son enfance, il ne put supporter l'autorité de ses maîtres, ni s'accorder avec ses camarades et eut une jeunesse désordonnée. C'est ainsi qu'il vécut un c(;rtain temps retiré dans une caverne, à Giebieiienstein-sur-la-Saale; dans cette retraite, la lecture d'un roman patrioticjue lui donna l'idée d'écrire sa première œuvre, Sur le développement du patriotisme en Prusse, courte ]>rocliure (jui parut à Halle en 1800 sous le nom d'un étudiant auqiu'l il avait vendu son manuscrit dix thalers (i). Après avoir été précepteur à Mecklembourg, il nuMia longtemps une vie errante. En 1806, il veut s'engager dans l'armée qui se forme en Thuringe, mais il ne prend du service que le jour de la retraite d'iéna et, après mille péripéties, il parvient à gagner Lübeck. La campagne terminée, il fait de nombreux voyages dans toute l'Allemagne, alin de recueillir des observations et des documents pour les études qu'il se propose d'écrire. En 1809, ayant dmis sa poche le manuscrit de son livre. Nationalité allemande (Deutsches Volkstum), qui ne parut qu'en 1810 à Lüi)eck, il arrive à Berlin le jour de l'entrée de Frédéric-Guillaume III et il y demeure comme professeur, d'abord dans un collège, puis à l'institution Plamann. Dès lors, Jahn se consacre à la fondation des Sociétés de gymnastique qui devaient rendre son nom si populaire et grâce auxquelles il voulait réconcilier les différentes classes de la nation et rendre la race allemande plus

(i) Ueber die licförderiing des Patriotismus in preassischen Reiche. Allen Prenssen ^eandmet von O. C. C. Ilöpjfner.

Io6 LES ORIGINES DU PANGERMANISME

vigoureuse et plus consciente de sa force. En 1811, il inaugure le premier gymnase installé sur la Hasenhaide, terrain des environs de Berlin. En i8i3, il s'engage dans le corps des volontaires de Lûtzow où il commande une compagnie, il prend part à quelques combats et va entretenir l'agitation en Westphalie. Après avoir pid)lié ses Feuillets runiques {Runenblätter) eu 1814, il regagne Berlin où on lui assure un traitement de cinq cents tiialers. En i8i5, le chancelier Hardenberg l'appelle à S'ienne où il plaide la cause des Sociétés de gymnastique (jui se multiplient et, en i8i(), il fait paraître en collaboration avec son élève, Ernst Eiselen, la Gymnastique allemande (die deutsche Turnkunst). Mais, pendant la réaction qui suivit la Sainte-Alliance, lagitation entretenue par les Sociétés fut jugée dangereuse par les souverains. On vit dans cette agitation la cause première du meurtre de Kot/.ebue par Karl Sand (a'i mars 18191 et Jahn fut arrêté (1819). Il ne fut relilclié qu'en 1825, mais il lui fut défenilu de séjourner dans toute ville ayant une Université ou même un collège. 11 se retira à Fribourg-sur-l'UnsIrut où il écrivit encore (pielques opuscules. En 1840, Frédéric (iuillaume l\ montant surle trône leva l'ordonnance de police (jui le frappait encore et lui (htnna la Croix de Fer. En 1848, Jahn fut élu dé|)uté au Parlement de Francfort et, eu i852, il mourut à. Fribourg après iu»e courte maladie.

Le souvenir de Jahn est aujourd'hui encore extrêmement vivant en Allemagne. On l'a appelé le Pt're des gymnastes ider Turnvater) et il n'y a guère de cérémonies patrioti(iues où l'on ne vende des médailles à son efligie. Il est un de ceux <pii ont lait l'unité morale d<* l'AIIenuigne avant Tunité politique. (în\ce à son d'uvre et à son action, la gynniastiijue est devenue un élément de la culture allemand«' ; depuis 1871, 1««.H Socit'lt'-s fondées suivant ses théories ont pris une grande inqxtrtance |>oliti(|ue surttMil à l'étranger où elh's constituent des noyaux de vie allenian<le. .Vinsi, en 1^(17, déjà les gymnastes germano-aniéri<-ains rt-nnis à (',in(*innati »h'-cidèrent qui-, «It'sormais, dans leurs réunions, la langue allemande et le tutoiement tussent de rign<Mir. La slidue qu'on a «Mevée à Jahn, à la //asen/iaiile, sir tlnvssi- sur un soch- fait d»' tous les qnarti(M-s de roelw* (pi'ont «'uvoyés l<>.s gA-uHUisles alleuuinds d'au delà des merH, d'Anu'riipu', d'.\.sie <'l uiême d. Australie.

]a' livre <\c Jahn, Satinnniitt' alletnandeilh'utsrhes VolLstum), fut accueilli avec entlionsiasnie. IMns d'un soldat l'avait dans mn\ Mac, eu iKi'i, et Bhit her le eonsidt'-rail connue « le petit livre «le pri\ le plus allemand m. Dans un style eniphalitine et mgneux.Jahn proclame la n<-cessil«' «hr liniili- allenuin<le qu«» Meule la dynanti« pruMNienn<> <'st capable de réaliser. C'est lui

FRiEi)iu(.ii-i,urAvi(i JAHN 107

qui demande, dans sou palriolisnie fai-ouche, que les Allemands cessent d'apprendre les langues étrangères et qu'on cache la nudité des statues pour ne plus ollenser la vieille pudeur germanique. Enfin, on discerne dans son livre une des premières expressions de la tendance pangermaniste. Pour lui, le peuple allemand est le peuple pi-édesliné à recueillir le christianisme primitif. Par malheur, Frédéric II a édifié un Etal et non un peuple. Jahn veut (juau milieu de l'Europe, le i>euple allemand arhitre ait le droit d'arrondir sou territoire (it il pousse déjà l'Autriche vers l'Orient.

R. L.\MHERT.

Page 1