‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 5 sur 98 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

pach. Un grand électeur d'Allemagne, vassal de l'Empereur, que toutefois il a l'onction d'élire, devient vassal du roi de Pologne. C'est une impossible situation. Depuis lors, l'hostilité est ouverte ou latente entre les Holienzollern, possessionnés en Prusse, et le roi de Pologne, leur suzerain. Par quelles suites de félonies, d'alliances contractées tantôt avec les Suédois, tantôt avec les Moscovites, la Prusse a pu empiéter sur la Pologne, ce n'est pas ici le lieu de le dire, La gloire des rois de Prusse est faite de ces empiétements. Que la Prusse ait fait son unité par degrés, qu'elle ait refoulé l'envahisseur suédois qui, depuis Gustave-Adolphe, avait installé une tète de pont sur les rives de la Baltique, en Poméranie, rien de plus légitime. Mais à son tourelle piétina les peuples voisins.

Depuis Frédéric-Guillaume P"^ qui forgea l'instrument, l'armée, depuis Frédéric II qui le premier s'en servit pour l'émerveillement du monde, la Prusse est restée une monarchie mililaire.

On ne veut pas méconnaître par là qu'elle n'ait souvent rendu service à la civilisation. On ne crée pas la plus puissante société mililaire qu'il y ait eu au monde sans de fortes qualités de caractère et d'esprit. La monarchie prussienne d'ancien régime, pour nourrir l'armée démesurée qu'elle entretenait avait besoin de finances très solides, d'une prospérité agricole et industrielle capable de fournir à des dépenses de guerre immenses et prolongées. Elle avait besoin d'une discipline sociale très éclairée et forte. Il lui fallait une grande diffusion de la science, de l'instruction élémentaire et supérieure, pour s'as-

surer la supériorité que le savoir donne à la guerre. Les intellectuels allemands ont raison de dire que les destinées de la civilisation prussienne sont liées à celles du militarisme prussien. Mais la culture spécifiquement prussienne n'a rien de commun ni avec la culture allemande du moyen âge, qui a donné les grands systèmes mystiques, quia importé de France l'art des cathédrales et qui s'est épanouie, dans la vie charmante des villes allemandes de la Renaissance, à Nuremberg, à Augsbourg, à Cologne et depuis, dans la philosophie ou dans la musique allemandes, et dans l'humanisme de la poésie classique. La Prusse a développé les méthodes de la science, la critique rationaliste, un esprit juridique d'une acuité romaine, une préoccupation des réalités économiques, liscales et sociales, qui transforme toute la vie des hommes en un calcul attaché à leur faire donner leur rendement maximum. Mentalité de colons militaires, occupés à défricher une terre ingrate, à évincer ses anciens possesseurs, à créer le bien-être large et sans tinesse d'une population rude.

Frédéric II est t l'honmie représentatif » de ce peuple robuste; et il est devenu pour toute l'Allemagne du Nord et de l'Ouest dés le xyiiT siècle un héros national, parce (jue, selon le mot de (Jlœllu', après l'épuiftement de la guerre de Trente ans et des luîtes contre Louis XIV, il a donné au peuple allemand " h' premier contenu d'une vie supérieure ». Avoir battu Ich armées autrichiennes et françaises dans deux giu'rres, (|ui sont des m(;rveilles de stratiîgio novalriee; avoir fait de l'armée prussienne l'instruMicnt d'ofFensive souple et fort <|ui pouvait frap-

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