‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 6 sur 98 · PREFACE XVII · texte numérisé non relu

PREFACE XVII

per les coups de Uossbach enTliuringe et de Leuthen en Silésic à un mois de distance (5 novembre et 5 décembre 1707); avoir fait de la Prusse une grande puissance par la défaite réitérée des deux plus grandes nations militaires qu'il y eût en Europe : cela gonllait d'orgueil le cœur des Allemands humilié^^ tant de fois. On oubliait qu'il avait, en 1756, violé la Saxe neutre par une attaque brusquée; que, par un attentat sans exemple dans le droit des gens, il avait assiégé dans Pirna l'armée saxonne qui s'y était retirée pour garder la neutralité ; et qu'il l'incorpora de force dans rarmée prussienne, aj)rcs la capitulation. C'est ce réalisme nouveau qui a démoralisé par contagion la nation allemande entière.

La conquête de la Silésie par Frédéric II, pour la première fois, incorporait des populations polonaises à la Prusse. Le succès de cette première conquête décida de rini(piité prodigieuse qui, accomplie en trois fois, en 17712, 1793 et 1795, s'appela « le partage de la Pologne ». Par elle, la frontière prussienne fut portée jusqu'à Kowno et Grodno sur le Niémen, et, du Nord au Sud, elle laissait à la Prusse Byalystock, Varsovie et Czenstochowa. Frontières stratégiques que Napoléon a rognées au traité de Tilsitt et que la Prusse, en 1810, n'a pu reconquérir. Mais elle ne les a pas oubliées. Ce qu'elle réclame en ce moment, c'est l'héritage de Frédéric II, c'est sa part du rapt ancien, qu'un de ses anciens complices lui parait détenir indûment depuis un siècle.

3" Le troisième souvenir, c'est le prestige du Saint- Empire. — La Prusse, par les victoires de Frédéric II et par la conquête, commençait cette œuvre de divi-

sion intérieure, par laquelle l'Autriche allait être évincée de l'Allemagne. Il restait à l'Autriche le prestige de la vieille couronne impériale. Il lui restait la grande tradition militaire que les victoires du prince Eugène sur les Turcs avaient rajeunie. Une fois que l'Autriche fut aux prises avec la Prusse, il apparut que sa grandeur dans l'Empire déclinait. Ces victoires sur les Turcs furent le dernier grand acte impérial. Zenta n'était pas oubliée du peuple allemand au commencement du xix" siècle. L'éducation prussienne seule a réussi à effacer de sa pensée ces souvenirs. Le cliant qui anime aujourd'hui encore le soldat autrichien, et qui rappelle comment le prince Eugène avait conquis pour l'Empereur « la ville et la forteresse de Belgrade », était chanté de tous les impériaux pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire. Il y a des cas oii l'histoire littéraire explique l'Iiistoire politique. L'ambition de concpiérir Belgrade et de foncer plus avant en Turquie, n'a jamais disparu de l'arrière-pcnsée autrichienne ou allemande.

Le Saint-Empire écroulé en i8o5, il en subsistait donc une nostalgie que les poètes surent nourrir. De vieilles légendes étaient enracinées dans le peuple. On se souvenait que parmi les anciens empereurs, il y en avait eu un inilié aux sciences occultes et à tous les arts de la magie. Pour les anciens Germains, le séjour dos morts était quelque colline lianic cl (|u'ils imaginaient chmisc et liantée de spectres. C.'ckI h"i sans doute (pic vivait l'Kmpercup avec tous ses guerriers harnacliés, nuiis endormis. Étail-ee h (lOslar ou ù (icroldseck? h Salzburg,

Page 1