UNION DE l'eUROPE CENTRALE CONTRE l'aM.I.ETEUUE
Actuelleuient, l'obstacle même à une union plus étroite entre les puissances de l'Europe est le fait que son centre n'occupe pas encore le rang- qui lui revient de droit.
Par sa situation géographique, sa constitution fédérale qui garantit aux autres nations son esprit pacifique, par sa tolérance religieuse et ses tendances cosmopolites, il est destiné à servir d'intermédiaire entre Test et l'ouest de l'Eui'ope, à décider dans toutes les questions de partage, de principes constilulioiinels, d'autononue et de puissance nationales. Mais dans la réalité, bien au contraire, il constitue la pomme de diseoi*de ; il est la cause des (pierelles de l'Orient et de l'Occident européens. En eilet, de eha([ue cAté, on s'efforce de gagner pour soi celte puissances interuiédiaire, an'ail)lie [)ar le maïupic d'unilé, sans cesse indécise et llottante.
I*ar contre, si rAIlcmagne, y conijiris les cùlrs (jui lui r.' viennent légitimement, ainsi que la llollaudc, la Belgique et lu Suisse, avaient constitué une forlo unité; si ce puissant (rorps national avait fondu aiutant (jue cela est possible les inl<'*réts monarcliitiues, dynasticpies et arislocrulicpies di'jà existants avec les institutions du rt'ginie rcpréHculatif, il aurait pu tout à la lois i-é|ion(lr<> longtemps de la paix enro|j<ennc' «-l conslitUiM* le co-nr «riiius nlliancu eonliurntali* diitabl -.
FRIEDRICH LIST l3l
II est clair que la puissance maritime anglaise dépasse de beaucoup celle des autres nations, sinon par le nombre des voiles, tout au moins par su force combative et que, par suite, les nations moins puissantes ne peuvent lui l'aire équilibre sur mer qu'en unissant leurs forces de combat.
En face de l'Angleterre, la France, l'Amérique du Nord ne peuvent que perdre, si la puissance maritime de la Russie décroît et réciproquement. Toutes ces nations ont à gagner si l'Allemagne, la Hollande et la Belgique forment un seul Etat maritime. Les derniers pionniers de la suprématie anglaise se trouveraient ainsi séparés et dans leur union ces puissances renforceraient l'opposition conti'e la sujn'ématie anglaise.
Ibid., p. 4o sq.
5. NÉCESSITÉ d'une COLONISATION ALLEMANDE EN HONGRIE. — VISÉES SUR LA TURQUIE
Toute nation qui, de nos joui*s, cesse de s'accroître, est condamnée à disparaître, parce que toutes les autres nations croissent de jour en jour. Par conséquent, la meilleure garantie de son indépendance, sa force i)ropre, diminue de jour en jour chez la nation qui n'avance pas eu face d'autres nations qui progressent. L'Allemagne peut encore grandir considérablement, grâce au développement de son industrie intérieure, de son agricultui*e et de son commerce intérieur et extérieur. Mais elle peut croître surtout si elle utilise convenablement sa surpopulation actuelle, (^omme l'Angleterre s'acci'oît prodigieusement de cette façon ! Mais nous, avant de penser à des colonies ou à des relations plus étroites et plus impor-
l3a LES ORIGINES DU PANGERMANISME
tantes avec des Etats indépendants d'outre-mer, au moyen desquelles nous pourrions donner à noti-c émigration une direction conforme à notre industrie nationale et à notre puissance, nous devons d'abord acquérir manufactures, commerce, navigation, flotte et, avant tout, la bonne volonté qui créera ces moyens d'action.
Mais pourquoi tourner les yeux vers les pays d'outremer, quand nous trouvons à notre frontière du sud-est d'immenses étendues de pays vers lesquelles nous pourrions diriger facilement l'excédent de notre population, à l'aide d'un de nos propres fleuves qui est navigable sur presque tout son cours en Allemagne? Au moyen de ce fleuve, nous pourrions entrer en relations commerciales avantageuses avec ces régions. Toutefois, le chemin qui y conduit passe par la Hongrie, et tant que la Hongrie ne sera pas un corps et une âme avec rAllemagne, il n'y aura pour nous rien de dux'able à créer, ni là-bas, ni au delà; au i<mtraire, avec le concours de la Hongrie, tout nous serait j)ossible. La Hongrie est pour l'AUenitigne la clef de la Turquie, de tout le Levant et de l'Orient; c'est en même temps un rempart contre une trop grande puissance septentrionale. Un royaume magyar libre, i)eiij)lé, riche, libéral et puissant sera non seulement capable d'ouvrir ces pays à la culture allemande et au commerce allemand, mais aussi il sera coulrainl, jar la nature même des ehostîs, à nous jurer une élernelle IValernité!
Parmi les Allemands, ceux qui, jusqu'ici, ont rêvé de gi'i'maniser la Hongrie, étaient dans une erreur profonde. ( hiant à nous, au contraire, nous ptuisons <|ue, si la nalionalilé magyare ne s'était pas éveillée «l'elhî-méme, c'eût été notre avantage de la réveiller, et que maintenant l(\s plus ehers intérêts <le l'Alh'magne exigent des Alleinnnds, non stMih'nienl ([u'ils viennent avec (h<s eniigranls «i des capitaux à l'aide des Magyars, mais aussi tpi'ils accélèrent la inagyarisation des Allemands émigrés en
FRIEDRICH LIST l33
Hongrie, ce qui ne dépend que d'eux. De même, nous sommes convaincus que, sans les Allemands, la Hongrie n'a pas d'avenir ou, du moins, n'a qu'un sombre avenir devant elle.
11 peut difficilement exister un mariage duquel on puisse espérer une plus belle harmonie, une plus riche descendance, une prospérité matérielle et intellectuelle plus grande que l'union entre les Allemands et les Magyars. Cela vaut donc bien la peine d'oublier mutuellement les folies de jeunesse et les mauvaises plaisanteries, d'éviter les occasions de contrariété et de suspicion réciproques, de reconnaître les supériorités de chacun et de se faire mutuellement les concessions nécessaires. L'un des partis apporte la fécondité, la force productive pour l'agriculture, le capital pour les industries et le commerce, le sens de l'organisation et de l'oindre bourgeois ; il apporte aussi une haute culture dans les sciences et les arts ainsi qu'une riche littérature. L'autre apporte un caractère chevaleresque, un esprit guerrier, un grand talent pour la politique et la rhétorique, un patriotisme ardent, des institutions politiques tout à fait excellentes dans leurs principes, qui n'ont plus besoin que d'un coup de lime pour rendre autant de services que les meilleures de leur espèce; enfin, il apporte de grandes quantités de capitaux en nature.
Le feu hongrois animei'a le flegme allemand et même sera tempéré par celui-ci. L'Allemagne pourra donner à la Hongrie annuellement un demi-million d'hommes et augmenter ce[)endaiit de beaucoup sa propre population. I^a Hongrie avec la Transylvanie, au lieu de ii à 12, pourra facilement nourrir de u5 à 3o millions d'hommes, et avec les autres pays danubiens jusqu'à 5o ou 60 millions. Si la liberté des personnes et des propriétés s'y l'épand, si les lois et les institutions n'y font pas obstacle, tout établissement d'Allemands actifs, honnêtes, dans ce
l3!f LES ORIGINES DU PANGERMANISME
pays fertile, doublera sa population tous les 3o ans. Et sitôt que la Hong^rie sera l'orlifiée à l'intérieur et organisée i)olitiquement, sitôt que l'élément mag-yar ne fera plus qu'un cœur et qu'une Ame avec l'élément allemand et que tous deux seront en harmonie avec le pouvoir royal, le slavisme hongrois se verra contraint de se magyariser, et aucune puissance de la terre ne pourra empêcher que la Hongrie n'étende son pouvoir jusqu'aux Balkans, jusqu'aux rivages de la mer Noire, ni qu'elle passe au rang des premières nations de rEuroi)e.
Considérons les forces matérielles de la Hongrie. Que sont-elles eu comparaison de ce qu'elles pourraient-ètre? Des torrents impétueux ravagent le pays et le rendent presque inhabitable. (En une seule année la perte causée par les inondations s'élevait à 4« millions de florins...) Domptés parla main de l'homme, ils fertiliseraient le sol, actionneraient des machines, seraient les porte-faix d'une riche population et transformeraient le pays en un jardin salubre, en un vrai paradis ! Le profit à tirer de là peut s'élever à des milliers de millions...
La Hongrie pourrait ju'oduire du chanvre j)our la moitié (le l'Allemagne, du vin poui* toute la (ialicie, la Bohême, la Saxe et la Prusse occidentale; du tabac pour la moitié de l'Allemagne; de la soie brute autant que l'Italie septentrionale ; des céréales ; enfin elle serait capabh; de livrer à une grande partie de l'Allemagne tout le sucre dont elle a l>esoin.
Itff>iint' ti^rtiirc ri énii>>- ration, dans Sc/irifh'n. t II, p. 'j/Jo.
Quel Ilot prodigieux »le puissance l'Allenjagnc du sudoucmI luÏMSu H'dcuulcr vers l'Océan! (iombien ce flot pourruil-il pnHluire s'il ölail dirigé vers le canal du Danube? Hirn ili" moins que lu fondation d'un puissant «'mpire
FRIEDRICH LIST l35
germano-magyar oriental, baigné, d'une part, par la mer Noire, de l'autre jjar la mer Adriatique et animé de l'esprit allemand et hongrois. Si la Sublime -Porte doit tomber un jour, et elle tombera aussi certainement que tombent les feuilles sèches à l'automne; à qui la nature reconnaîtra-t-elle cette parcelle de sa succession? Aux Italiens? Ils n'ont encore fondé aucune colonie! Aux Français? Partout ils n'ont commencé leur colonisation que pour étaler au grand jour leur incapacité complète! Aux Russes? Ils ont déjà chez eux à coloniser et à civiliser pendant des siècles plus qu'ils n'en seront jamais capables. A qui alors, sinon aux Hongrois alliéu aux Allemands ? Non seulement ils en sont capables, mais encore ils le doivent, contraints par le principe de conservation et par l'expansion de leurs forces intérieures. Et ils le feix)nt, aussitôt qu'ils sei'ont arrivés à la conscience de leur force et de leurs intérêts communs, aussitôt que ces deux nations auront compris que la nature leur a assigné de marcher la main dans la main vers la grandeur nationale et de l'assurer et de la maintenir la main dans la main.
Régime agraire et émigration, Ibid, p. 209.
Si en Hongrie la confiance remplaçait la défiance, si l'espoir était à la place du doute, si la réalisation suivait immédiatement les promesses, que n'obtiendrait-on d'une nation ardente, imaginative et aux sentiments élevés comme la nation hongroise ! La conciliation des lois et des institutions se rapportant à la propriété, au crédit et au développement des forces productives, avec le prompt rétablissement d'un système complet de transport et d'immigration en grand élèverait comme avec une baguette magique la richesse, la population, la civilisation et, par suite, la force combative morale et matérielle
l36 LES OniGINES DU PANGERMANISME
du pays. Cette conciliation doublerait les forces financières et combatives de la monarchie entière et transformerait la Hongrie non seulement en rempart contre la Russie, mais encore en instrument de conquête jiacifique de tous les pays du Danube.
Il est aussi naturel que la Hongrie libre, riche par son industrie et son commerce, cultivée et civilisée, attire ces pays à elle par le moyen pacifique des relations commerciales, qu'il est peu naturel qu'un pays barbare conquière un autre pays barbare par la force des armes et qu'il s'y maintienne et y règne la baïonnette ( n main. La Russie regorge par elle-même de produits surabondants, et elle 83 trouve eUe-même au premier stade de la civilisation. Comment pourrait-elle par son commerce exercer une inlluence civilisatrice sur d'autres pays barbares qui, en échange des objets manufacturés dont ils ont besoin, ne peuvent lui olTrir que des jiroduits naturels. Ces pays chiingeraieut seulement un état de barbarie et de despotisme lolêi-able contre un état de barbarie et de despotisme sévère. H est faux de croire que les tendances de l'induslrie hongroise portent préjudice à l'industrie autrichienne : c'est le contraire qui est vrai.
Une réforme économique et jiolitique en Hongrie se montre de plus indispensable. L'Autriche réjjugne à s'y soumettre, mais menacée un jour ou l'autre à l'extérieur, elle pourrait bien y être coniraiiile. Ne vaut-il pas mieux pour elle de ft'y décider »h's nuiintenant, jkhu- t|u<' la Hongrie soit non seuh-niciit conservée à la nM»ii;iichie auli'ichienne, mais aussi jmur s'assurer sa .syni|»aliiie et MOU allachemenl? Si l'on connaît celle lin dernière et capitale, on ne doutera plus un instant du but vers lequel les mcHin-es du gouv«rnement doivent len«lre cl (|ui H<uit à prendre dès uiainlcnant; on n'aura pas non plus de doute au sujet de» inoyenH à employer. Il laiil une réforme nationale et économique aussi |»ruiii|.lc (|iic pos-
FRIEDRICH LIST iS"]
sible, une réforme politique graduelle, la réforme et la réunion de la constitution fondamentale des institutions et des lois de la Hongrie, d'a])rès le modèle des jîays qui sont ])ai'tis d'un état primitif semhlahlc à celui de la Hongiie ; ces pays, avec le temps, sont parvenus au plus haut degré de perfectionnement politique en suivant un plan tracé à l'avance, avoué ouvertement et sans détour.
Le principal moyen, c'est l'alliance du gouvernement avec la partie intelligente et civilisée des classes dirigeantes, pour dompter la j)artie encore plongée dans la barbarie et l'amener à la réforme.
Lorsque je i)rétends que tous les esprits peuvent être gagnés, môme ceux ([ui agissent dans les directions les j»lus contradictoires, je suis loin de vouloir donner à entendre que le gouvernement doive l'aire usage de moyens avilissants. Pour une nation patriotique et chevaleresque, la corruption, jiar exemple, surtout dans les circonstances où se trouve actuellement la Hongrie, est non seulement ineflicace, mais c'est encore un expédient nuisible ; et surtout dans ïéUxt actuel, c'est une erreur grossière de croire fortifier un gouvernement par la corruption. Par ce moyen, on ne peut que tuer les forces morales de ceux que l'on corrompt; les places qu'ils auront laissées libres du côté de l'opposition seront vite comblées par des forces nouvelles peut-être encore plus puissantes. Rien ne ])eut compromettre davantage la confiance du peuple dans le gouvernement que s'il s'aperçoit et soupçonne seulement qu'on a détourné ses orateurs ou ses guides par des moyens immoraux.
La réforme économique de la Hongrie, dans Schriften, t. II, p. 3ao.
l38 LES ORIGINES DU PANGERMANISME
b. PROGRAMME COLONIAL
Toutes les puissances continentales ont intérêt à ce que les routes de la Méditerranée à la mer Rouge et au golfe Persique n'appartiennent pas exclusivement à l'Angloteri^e et ne soient pas non plus rendues impraticables ])ar la barbarie asiaticpie. Evidemment, c'est en attribuant les points importants à l'Autriche que l'on donnerait de meilleures garanties aux nations européennes.
Toutes les puissances européennes ont un intérêt commun au maintien du principe: « Libre navire, libre cai'gaison » (i). D'après ce principe américain, elles ont à resjMicter le blocus elfectil' de quelques ports, mais non pas la pure déclaration de blocus s'appliquant à des C(Mes entières. Enfin, il semble qu'une revision des lois réglant l'occupation des régions sauvages et inhabitées s'imi>ose dans l'intérêt de toutes les puissances continentales.
De nos jours, on sourit à l'idée que le l'ère céleste se serait astreint à faire la distribution des îles et des continents, à partager le globe terrestre d'un trait de plume et à en donner une ])ai't aux uns, et une pai-t aux autres. Serait-il lunuicoup plus raisonnable de reconnaître la propriété de toute une partie de l'univers à celui (jui, n'imiM>rte où, fiche en terre le [)remier une hampe de bois avec un ehilFon de soie au bout?
(^ue cela puisse si; justili<'r raisonnablement ]>our des IlcM de petite 'étendue, soit. Mais lorsqu'il s'agit tritnc île aUHsi \.is!c <|u'iiii gi'antl empire européen, <-<)innie la
1' l'rr» SchlfT, frrJ rml.
FRIEDRICH LIST iSq
Nouvelle-Zélan^tî) ou d'un continent plus grand que l'Europe, comme l'Australie, seule une occupation rendue ellective par la colonisation ])eut logiquement donner droit à la proju'iété exclusive, jjropriété d'ailleurs strictement limitée au territoire réellement colonisé. Et je ne vois pas jwurquoi les Allemands ou les Français n'auraient pas le droit de fonder des colonies sur les [toinls les plus éloignés des établissements anglais.
Le but de l'Allemagne doit être dirigé principalement vers le développement de son commerce' avec l'Amérique du Nord, l'Amérique du Centre et l'Amérique du Sud, ou avec les marchés libres de l'Est de l'Inde. Sur ce point, la ligne de conduite est la suivante : il faut établir un courrier commercial régulier entre les ports allemands et les principaux ])orts de ces pays, y diriger l'émigration, affirmer et élargir les relations amicales entre eux et l'Union douanière et développer en général leur culture.
Système national d'économie politique, p. 389-340.