‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 54 sur 98 · PERIL FRANCO-RUSSE · texte numérisé non relu

PERIL FRANCO-RUSSE

Un revirement se fait chez Lisi. Il se demande si la Russie et la France ne sont pas un plus grand danger pour l'AUeniagne que l'Angleterre. /

La France et la Russie sont tout d'abord attirées l'une vers l'autre par le sentiment de l'insuffisance de leurs qualités nationales. Toutes deux se rendent compte que, pour les compléter, il leur faut absorber la race continentale de la race allemande.

Ceci est manifestement la cause dernière d'une sym-

patliie réciproque, que seuls des événements passagers ont pu dissimuler pendant un certain temps, sympathie qui se manifeste actuellement de j)lus en plus et qui les amènera naturellement à conclure ce qu'on aime à appeler, depuis quelque temps, « l'Entente cordiale ».

Le premier but de cette alliance est d'opj>rimcr l'Allemagne, ou du moins de la soumettre autant qu'il est nécessaire pour faire servir les Allemands au but commun de l'alliance, c'est-à-dire pour menacer la suprématie anglaise en Europe et en Asie.

Je ne 2)uis m'empècher de faire allusion aux vœux et aux aspirations du peuple français, en vue de conclure entre la France et la Belgique une union commerciale semblable à « l'union douanière », d'y faire allusion comme à un mouvement qui visiblement jaillit de ces aspirati<ms à un agrandissement national dans le sens du Rhin et de la mer. L'union commerciale allemande n'est que raiscmnable, naturelle et bienfaisante, parce qu'elle est un élément de l'unité nationale. L'union commerciale et l'union j)olitique sont deux sœurs jumelles; l'une ne peut naître sans (jue l'autre la suive. Ainsi nous avons vu que l'union politique des trois parties insulaires a entrahié l'union commerciale entre la Grande-lîretagne et l'Irlande. De même nous verrons qu«* l'union commerciale alleman^h^ entraînera une union politique plus pai*faite entre les Etals confédérés allemands.

Serait il |M»ssil>l<> (pie l'on se fil illusion en Belgique au suji'l «les <lésirs d'union du jieuplc lVan(,'ais?

(^uelipie puissante que soit ucluellcinent l'iniluencedu gouvrrncmeiit <'t des classes moyennes de la France sur le maintien de la pui\, ([U(>l(]ui* sincèr>>s et inlluents ({ue puissent ôtre les scntinuMils d'amitié des pi-iiuipaux membres des deux dynasties l'un pour l'autre, aucun homme jKililiqiK' éclair«' n'accordera l't ces affirmations et h

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ces sentiments assez de force pour transformer complètement le caractère national français ; aucun ne j^ourra cix)ire qu'elles soient capables de calmer cette soif ardente de gloire militaire, d'apaiser cette aspiration passionnée vers une grandeur nationale incomparable auxquelles la nation fiançaise a de tout temps tout sacrifié.

Envers l'Allemagne, la France poursuivra sans aucun doute, au début, sa tactique ancienne; elle déploiera pour la seconde fois la bannière de la liberté et de la fraternité des peuples, et personne n'est capable de dire ce que les libéraux allemands feront, si la bureaucratie allemande et la politique commerciale de l'Angleterre continuent encore longtemps à pousser dans les bras des Français tout ce qui en Allemagne possède esprit et patriotisme.

La Russie, simple agglomération d'une foule de hordes barbares, doit son accroissement et sa grandeur surtout à sa puissance absolutiste qui repose d'une part sur la civilisation débordante de l'Allemagne, d'autre part sur une organisation militaire extrêmement étendue. Il manque à l'absolutisme de ce pays toutes les garanties que seul un degré supérieur de civilisation, des institutions politiques et un caractère national raisonnable peuvent donner à un gouvernement; la force du gouvernement russe et la sécurité du monarque reposent uniquement sur les baïonnettes sur lesquelles il règne. Cette puissance, devenue grande par les baïonnettes et les conquêtes, ne peut se maintenir que par la baïonnette et les conquêtes. La guerre, le plus grand fléau des nations civilisées, est làbas l'élément de vie de la dynastie, le rêve de la noblesse et l'espoir do toutes les classes populaires; personne, en effet, ne peut y perdre; tous, au contraire, ne peuvent qu'y gagner. Il n'importe pas de savoir quels sont les sentiments du monarquede Russie en ce qui concerne la paix mondiale et le bien-être de l'humanité. Quels que puis-

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sent être les principes, les intentions, les desseins des souverains de grandes nations barbares, dans le cours de périodes plus ou moins longues, ils se verront toujours forcés de s'abandonner aux passions grossières du corps national dont ils sont la tète.

Valeur et condition d'une alliance entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne, dans Schriften, t. II, p. 44'-^-

Depuis Pierre le Grand nous voyons la Russie progresser irrésistiblement sur le chemin de la conquête sans jamais faire un pas en arrière. Depuis qu'une dynastie et qu'un esi)rit allemands président aux destinées de cette puissance barbare, nous les voyons poussés sans relâche par la force des circonstances, renier et trahir leur mère.

Si la politique de sentiment et de circonstance porto toujours des fruits amei's, elle ne ])eut que perdre rAUemagne dans le cas qui nous occupe. Les sympathies qui existent de gouvernement à gouvernement, de souverain à souverain, de dynastie à dynastie, «l'aristocralie à aristocratie, d'homme à homme, toutes sont inconsciemment exploitées par la Russie j)Our satisfaire l'instinct de sa nation par des triomphes immédiats et en perspective.

Les relations de famille déjà existantes sont cultivées et exploitées, des mariag(^s sont projetés et conclus, on simule oa dissimule les sympathies ou les anlij)alliies polili<|iies, h' tout en vue de con(|UtHes ou d'agrandis.semenls présents ou futurs.

Pas d'éifuilibre à l'intérieur, un abime sous ses pas. iiu goull're derrière lui, dans ces conditions «pie |»ounail faire un tel gouvernement, sinon aller de l'avaul? La eomparaiHon ave<* une boule roulant <lu haut d'une montagne, et dont la vites.se et la foire s'ucci*oiHsent pendant la descente, est ici fruppanle. .Ius(|iriei la Hussi(> a eu-

FUIRUUICH LIST ' l/JÎ

jrlouti seulement quelques membres des corps politiques étrangers; actuellement elle a l'espoir de s'approprier une grande quantité de pays barbares et de se placer à la tète de tous les barbares d'Europe et d'Asie dans le plus bref délai. La proie qui s'ofïre est dépouillée de toute force de résistance, elle est déjà prête à être dévorée; il ne s'agit plus que de paralyser les i)ays capables de s'opposer éncrgiquement à cette agression. Parmi eux l'Autriche se place au premier rang, par suite de sa situation géograpbi([ue, de ses intérêts les plus proches et de sa puissance.

La conquête est la condition vitale du corps jjolitique russe ; actuellement il ne peut satisfaire ce besoin qu'au sud-ouest de l'Asie et au nord-est de l'Europe. Son ambition ne peut être couronnée de succès que si les puissances les plus voisines, c'est-à-dire les Etats allemands, sont inquiétées par la France; de plus, désunis entre eux, il serait possible qu'ils tombassent en décadence. Ce sont là deux cas que je n'ai pas besoin d'expliquer, étant donné que la politiciue russe a depuis longtemps suivi cette tactique et qu'elle l'a expérimentée avec succès.

Je ne sais si ce que les journaux relataient il y a un an est vrai, à savoir que la Russie avait protesté contre l'extension de l'Union douanière. Vraisemblablement il n'en est rien, car cette puissance n'est pas habituée à se h'.ihir d'aussi grossière façon, ni à élever une protestation (lins laqui'Ue le droit du peuple et l'espoir de succès entrent pour si peu.

Mais ce que je sais, c'est que, d'après l'esprit de sa politique, la Russie a toutes les raisons pour laisser courir ses plumes les plus secrètes comme les plus influentes, alin d'empêcher ([ue l'union douanière n'arrive à un développement complet et, en particulier, que sa réunion l)ro(haine avec l'Auti-iche ne se réalise. Jusqu'ici la politique prussienne de sentiment et d'alfinité a parfaitement

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réussi à la Russie. Combien de temps durera-t-elle encore ? est-ce bientôt ou dans longtemps que l'aversion instinctive de l'armée et du peuple prussiens se fera jour ? Je laisse cette question à résoudre.

Ibid., t. II, p. 3iG sq.

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