‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 55 sur 98 · UNION AVEC l'aNGLETKRRE · texte numérisé non relu

UNION AVEC l'aNGLETKRRE

L'Allemagne pense avec répugnance à la suprématie futun> de l'Amérique du Nord; elle craint celle de la France et elle exècre celle de la Russie.

Chez ces trois nations, l'idée prédominante est assurément de rivaliser avec l'Angleterre dans l'avenir au sujet de l'hégémonie mondiale; aucune d'elles n'a perdu l'espoir, môme si elle n'atteint pas ce but, d'agir avec quehjue succès à l'encontre des visées de l'Angleterre.

L'Angleterre aurait peu à craindre la France et la Russie, si rAllcinagnc tout entière avec ses ;;o ou 80 millions d'habitaiils la soutenait inalériclhMnent et moralement.

S'il est vrai que l'industrie de l'Allcinagne ne peut prospérer sans système ])rotecteur, s'il est vrai encore qu'une nation (jui ne subsiste i)as par elle-même, tant pur son industrie que par son agriculture, son commerce et .sa navigatitm, ne peut développer une grande loi-ce nationale, si c<'la est vrai, il n'y a pas d'cllort plus hostile & l'Allemagne que celui de l'Angleterre qui lente actucllriiicnt à faire d'elle une puissimce essentiellement industrielle. Le résultat de cet eilorl sera beaucoup plus nuisible pour l'Allcinagne (jue celui d'une guerre d'invasion faites ]iar la Franco on l:i Hussii^ ou par les deux i\ la fois. Une telle invasicm conduirait l'.M-

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lemagne ou à une prompte mort ou à une vie d'une puissance incomparablement plus forte ; au contraire, l'eflort de l'Angleterre pour détruire les racines de la puissance nationale allemande plongerait le pays tout entier dans un état de langueur permanent qui lui tiendrait sans cesse devant les yeux l'image effrayante de la mort politique.

En effet, pendant que l'Allemagne serait d'année en année plusallaiblie par l'invasion industrielle et commerciale de l'Angleterre, ses voisins de droite et de gauche se fortifieraient toujours déplus en plus par le maintien de leur système protecteur; mais si l'une perd, de jour en jour, de ses forces intimes et de ses espérances en un avenir meilleur, pendant que l'autre s'accroît de plus en plus, il est facile de prévoir de quelle la^on s'établira finalement entre elles le rapport entre les forces matérielles et intellectuelles et la puissance politique. A cet égard, le système protecteur de l'Allemagne, par toutes ses conséquences et par son but dernier, est plutôt dirigé contre la France et la Russie que contre l'Angleterre, l'Allemagne atteignant j>ar là la force intellectuelle et matérielle nécessaire pour résister avec succès à toutes les deux; finalement, le résultat ne jx^urrait que tourner à l'avantage de l'Angleterre elle-même parce que l'Allemagne ne peut devenir l'alliée puissante et active de l'Angleterre et collaborer avec elle énergiquement et de tout son C(eur que si elle est un pays riche et puissant.

11 est en somme impossible de dire dès mainteuant en laveur de qui l'industrie allemande est finalement sacrifiée. De plus, il est possible que le mouvement maritime soit interrompu pendant un temps plus ou moins long par des guerres sur mer et, par suite, que l'Allemagne, si son industrie est interrompue temporairement, .soit sous la di'peiulancc industrielle de la Franco; en ce cas, lu ruine industrielle de l'Allemagne ne servirait qu'à fortifier l'in-

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dustrie française. Cela est même certain si une invasion française réussissait à soumettre en partie rAUemagne. Alors les Anglais n'auraient fait de l'Allemagne une v. table rase » industrielle que pour ménager aux Français un champ où ils réussiraient à faire fleurir leur industrie.

Ibid., t. II, p. 441, sq.

Helmuth von MOLTKE

Helmuth Ka.rl-Berniiard vo\ MOLTKE est ué le 26 octo* l)re i8(>o à Parchim (Mecklembourg-Schwerin).

II fait ses débuts dans l'ariiiée danoise, où son père, ofticier prussien, avait pris du service. I.e 12 mars 1822, il entre comme sous-lieutenant au 8** régiment d'infanterie prussienne. De 1823 à 1826 il fréquente l'Ecole de guerre de Berlin où il se fait déjà remarquer par l'étendue do ses connaissances»

En i835 il entreprend un voyage en Orient, séjourne à Constantinople, réorganise avec le sultan Mahomed II l'armée turque, fortiüe les villes de Varna, Schoumla, etc., et les Dardanelles. En i838 il visite l'Asie Mineure qu'aucun Européen n'avait encore vue.

Revenu en Prusse (iSlig), il fait une carrière rapide dans les services d'état-major.

En i858 il devient chef de l'état-major de l'armée prussieime avec la direction des affaires.

Il prend part à la guerre contre le Danemark (^1864); il dirige la guerre contre l'Autriche (1866,1, prépare et dirige jusque dans les moindres détails la guerre de i8jo.

Le 28 octobre 1870 de Moltke est nommé comte et grand'croix de l'ordre de la Croix de fer. En 1871 il devient feld-niaréchal et se rend à Pétersbourg et à Moscou sur l'invitation <lu tsar. 11 meurt eu 1891.

De Moltke écrivit un grand nombre d'articles, puis deux ouvrages concernant la Turquie. Il s'occupa aussi des ouvrages écrits sur la guerre d'Italie (1859) et sur les guerres de 1866 et 1870.

Tous les morceaux ci-dessous font partie du second volume des œuvres complètes de von Moltke {Gesammelte Schriften und Denkmlrdig-keilen, 1881, sq.), et sont empruntés à trois articles écrits eu 1841 :

La Question de la frontière occidentale ;

L Allemagne et la Palestine;

Situation militaire et politique de l'Empire ottoman.

G. Mendel.

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