‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 7 sur 98 · PRÉFACE XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIX

à Kaiserslautern ou au Kyfniiiuser ? Chaque pays connaissait une montagne des morts, d'où on se figurait que sortirait un jour, par magie, le défilé triomphal des armées impériales ressuscitées. Les romantiques allemands du xix* siècle recueillaient ces légendes. Ils en faisaient des romans, comme Arnim, ou des ballades, comme Riickcrt. Dans le déchirement allemand, qui subsista même après les guerres de i8i5, ces contes ravivaient le rêve d'une Allemagne qui comprendrait par delà les frontières politiques existantes tous les hommes de langue germani([ue, et qui se réaliserait par un grand monarque et par le déversement sur le monde des vieilles armées des Hohens taufen.

4° L'Empire et la protection d'un puissant monarcjue n'avaient pas fait toute la grandeur légendaire de l'Allemagne médiévale. Le peuple y avait sa part. La gloire de la bourgeoisie allemande, ce sont ses villes fédérées en de puissantes associations commerciales. La plus puissante fut cette Ligue hanséaliciue des villes maritimes dont les colonies jalonnent toute la côte de la mer Baltique, jusqu'à Riga. Les Fantaisies patriotiques de Justin Moeser,eni767, avaient retracé, dans une prose classicjue, cette grande histoire des quatre-vingt-cinq grandes villes de l'Allemagne du Nord fédérées pour une puissante entreprise de commerce maritime et de protection. Sur toute la façade nord de l'Allemagne, ces vivaces communes alignaient leur grande et simple architec iure, ce gothicjue de brique dont Lübeck a gardé les monuments les plus beaux. Rétrospectivement, les patriotes, maintenant, s'enorgueillirent de cette puis-

XX LES OUIGl.XES DU PANGERMANISME

sance maritime, fille du puissant esprit municipal du xiv" siècle. Il était arrivé à la Hanse de contraindre l'Anglelerre à la paix et, en 147^, elle avait forcé Philippe le Bel à interdire le commerce des côtes françaises à l'Angleterre. Sa Hotte de guerre avait été de vingt-quatre vaisseaux de iumt bord au xvi" siècle : de quoi dominer dans les mers les plus proches et être redoutée dans toutes. Il n'y a pas de souvenir qui ail été plus constamment présent aux ambitions secrètes de rAllemagne actuelle que celle de cette Hanse belliqueuse et commerçante. Une des études que les Allemands aient entreprise le plus passionnément est celle de savoir comment la puissance maritime des cités allemandes, devancière de toutes les autres dans l'Europe du Nord, a pu passer à la Hollande, puis à l'Angleterre. Le discours de Guillaume II nous en sera témoin, qu'il prononça à Hambourg, le 20 juin 191 1 :

Jr me suis dit, à mon avènement, (iiic les proljlèmes que la Hanse avait essayé de résoudre et n'était pus pnrventie si ré.sondre seule, paree que la proteetion et le pouvoir exécutil de l'Empire ne la soutenaient pas, devaient relond)er à la cliarjçe de l'ICmpin- allemand icssuscité. ("/('laient simpl(>ment les devoirs d'une vieille tradilion «pi'il fallait repi-endre.

Ainsi les rois de IMusse, couroniu's Muipercurs allemands et qui avaient r<'pris <>n Pologne la vi(>ill(> politi(|ue allemande d'extirpation des Slaves, songeaient ù présent h reconstituer la suprématie maritime des Hanses. Dans la conscience allemande actuelle, se |>rolongcnl tous ces \ïvu\ vcwn de gloire allemande, jus(|u'ii leur eoïneidenee en une seule el prodigieuse eliimère : un Muipire bicéphale, auslio-

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