‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 68 sur 98 · L.V METHODE BISMARCKIENNE · texte numérisé non relu

L.V METHODE BISMARCKIENNE

Bismarck vionl de rappeler loiiles les dillicultés politiques el diplomatiques qui ont entraîné, ou ont failli entraîner l'Allemagne dans une guerre depuis 1848 : c[uestion de la Pologne, du Schleswig-Holstein; guerre de Crimée, i853-i855; question de Neuehâtel, 1857; révolution en Pologne, r863; litige de 18W); question du Luxeiubourg, 1867; guerre de 1870.

Je veux achever cet exposé des quarante dernicrcs années, en rai)pelant l'orage qui, en 187G, assombrit le ciel de lOrient, et la guerre des lîalkans qui, on i8;j, laillit entraîner l'Europe dans une conflagraliou générale. Cette COI iflag^ra lion ne fut évitée que grftce au congrès de lierlin, mais, après ce congrès, noire horizon se modifia du coté de la Hussie. J.iU llussie prit en nuiuvaise part notre attitude au congrès et cela pjovoqua en qucliiiio sorte une réaction sur les rapports amicaux des trois empereurs, ra|»]>orls <|iii s<>inblaicnt nous assmcM" un avenir plus paisihU'. Dès les prciuicrs s;n nii»lc'»u»es d'hésitation dujih les relations des cmjtereurs et dès l'issue des «oiiféreiiccH qu'ils tinrent entre eux, une agitation nerveuse et, à mon avis, exagérée s'empara de l'opinion pultliipie. iN'udaiit toutes ces dernières aunt-es nous ei'knies .1 l.i <()tii|)tittre, el aujourd'hui suiloul jeslim«^ que vA'iiv ugilution n'a pus sa raison d'être.

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Mais je suis bien loin de vouloir en conclure que nous n'avons pas besoin d'accroître notre force armée, au contraire. C'est pourquoi j'ai voulu déix)uler devant vos yeux le tableau de ces quarante années. Il a été un peu long, [)eut-être] ; mais si j'avais omis une seule de ces années que nous avons vécues dans l'ang-oisse, vous n'eussiez pas eu l'impression que celte crainte des grandes guerres, des complications difficiles, des coalitions que personne ne peut prévoir, est chez nous un état de choses permanent. Nous devons, une fois pour toutes, tenir comx)te de cet état de choses poui" prendre nos dispositions. 11 faut que, dominant notre situation présente, nous soyons si forts, que nous puissions faire face à toute éventualité et la considérer avec calme. Nous devons avoir le sentiment que nous sommes une grande nation qui, dans toutes les cii*constances, est capable de diriger elle-même son destin, sans crainte des coalitions, avec la confiance en soi et la confiance en Dieu que donne le sentiment de sa propre puissance et de la justice de sa cause, justice qui restei-a toujours du côté allemand.

Href, nous devons être aussi forts qu'il est en notice i>ouvoir de l'être et, à égalité d'habitants, il nous est ix>ssible <rètre plus forts que n'importe quelle nation du monde. Ce serait un crime si nous ne réalisions ]^)as cette possibilité.

(^uand je dis que nous devons nous eftbrcer d'être prêts à toute éventualité, j'entends par là exiger que nous fassions des efiorts plus grands encore que les autres puis sunces vers ce but, à cause de notre situation géograj)hique. Nous sommes au centre de l'Europe. Nous avons au moins trois fronts d'attaque. La France n'a que sa frontière de l'est, la Russie sa frontière de l'ouest à défendre.

Nous sommes en outre plus exposés qu'aucun autre peuple au danger des coalitions, en raison du développe-

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ment général de l'histoire du monde, en raison de notre situation géographique et peut-être aussi du manque de cohésion et d'unité qu'a présenté jusqu'à présent la nation allemande en comparaison des autres nations.

Dieu nous a donné une situation qui fait que nos voisins nous empêchent de tomber dans l'inertie ou la corruption. Il a placé à notre côté la nation la plus belliqueuse et la plus agitée : les Français. Il a laissé grandir en Russie des tendances guerrières qui étaient loin, dans les siècles passés, d'atteindre les proportions actuelles. Nous sommes éperonnés, pour ainsi dire, sur les deux flancs et nous sommes contraints de faire un ell'ort que, sans doute, nous n'eussions pas réalisé dans d'autres conditions. Les brochets qui guettent les carpes dans l'étang européen nous empêchent de devenir des carpes grasses, car ils nous aiguillonnent de toutes parts. Ils nous obligent à marclier de l'avant, et aussi à rester unis entre nous, ce qui, au fond, répugne à la nature allemande : les Allemands ont plutôt tendance à se fuir les uns les autres. Mais la pres.se française et la |)resse russe, entre lesquelles nous nous trouvons pris, rend noti'e union indispensable et, par la pression qu'elles exercent sur nous, elles vont si bien accroître notre faculté de cohésion, que nous arriverons à êlre une nation aussi unie et aussi indissoluble t[ue les autres, — ce qui nous manque jusqu'à i)résenl.

Nous devons répondre & ce décret de la Providence en devenant si puissants, que les brochets soient sans prise sur nous et ne fassent plus que ranimer noire activité.

DUtcourn an lieich.stafc, le 6 lévrier iSSS.

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