PREFACE XXI
allemand, étendu de la Mer du Nord à l'Adriatique; ambitieux en Orient, tenant l'Italie en tutelle ; prêt à déborder sur toutes les frontières jusqu'aux confins ou atteignit autrefois la suzeraineté du Saint-Empire; oppressif en Pologne, comme l'Ordre teutonique ; militarisé à outrance comme la Vieille Prusse de Frédéric II ; mais, en outre, dominant les mers, selon la méthode lianséalique. C'est la fusion de tous ces rêves que nous appellerons pan germanisme.
W, — La transformation pangermanùite du patriotisme de 1800 à i8i3.
Le pangermanisme s'est épanoui de notre temps ; mais il a été en germe de tout temps ; et le Saint- Empire lui-môme n'a été que la chimère brutale, vêtue d'oripeaux et de mensonges, d'un empire romain reconstitué par la «nation germanique». La nouveauté que nous avons connue, c'est le pangermanisme fondé sur la puissance prussienne. Il a commencé dès la mort du plus grand des rois de Prusse, Frédéric II. Ce roi ne s'est pas douté que, de son vivant, dans sa propre armée, des officiers se trouvaient pour lui contester son génie militaire. A peine eut-il disparu, qu'il s'en trouva, malgré la conquête de la Silésie et de la Pologne, qui ne l'estimaient pas un conquérant assez grand. Dietrich von Biilow, génie inventif, mais aventurier bizarre, fut de ces officiers mécontents, qui jugeaient de haut, en style sardoniquement incisif, le grand roi. Il le jugeait un philosophe trop ami du repos, à qui manquait la tlamme des grands desseins de gloire;
un esprit trop profondément intelligent aussi, en qui la pensée claire dissolvait la passion nécessaire aux grandes actions. Par surcroit, des deux sciences nouvelles que Bülow prétendait avoir inventées, la stratégie politique et un nouveau système de guerre, Frédéric II avait ignoré l'une et l'autre. Il faut avouer que les reproches de BiiIo\v méritent la plus grande considération.
Biilow a remarqué avec raison qu'une œuvre se poursuivait, funeste selon lui, mais d'une conséquence immense pour tout l'avenir : la séparation du Nord et du Sud de l'Allemagne. p]n cela, Biïlow a été aussi clairvoyant que Mirabeau qui prévoyait, lui aussi, pour le xix" siècle, le duel décisif entre la Prusse et l'Autriche. Mirabeau, pour cette occurrence, où la liberté de penser européenne lui paraissait en jeu, faisait naïvement des vœux pour la Prusse philosopiiique contre l'Autriche catholicpie et absolutiste. Le Prussien Dietrich von l^iilow dénonce comme criminelle cette polit i<|ue prussienne, inaugurée par Frédéric II. C'est peu ([u'ellc ait allaibli rFmpiir allemand par la sécession do la Prusse, autrefois vassale, et désormais rivale de l'Autriche ; et si l'Empire autrichien s'est trouvé trop faible sous Napoléon pour résister aux Français, c'est donc au soulcvcmenl des rois do Prusse contre leurs suzerains c|ue les Allemands doivent «'en prendre, (^e (pii est plus grave, c'est <|u(' la Prusse, à son tour. BidoNV le prévoit dès iHoi et iKo5, Hoit trop faible devant Inltaipie napoléonienne. Si la nïonarchie prussienne péril, ce sera la faule de Frédéric II. Cette faute morale est <mi