‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 70 sur 98 · LA TRIPLE-ALLIANCE SERA CADUQUE UN JOUR · texte numérisé non relu

LA TRIPLE-ALLIANCE SERA CADUQUE UN JOUR

La politique internationale est une matière fluide qui peut dans certaines conditions se solidifier, mais qui, sous des variations atmosphériques données, revient à son état primitif. La clause rebus sie stantibus est acceptée sans discussion dans les traités internationaux qui impliquent pourtant un cliangement aux relations existantes. La Triplice est une combinaison stratégique qu'il fut sage de former à une époque où les dangers menaçaient de toutes parts. Elle s'est maintenue; il est possible de la prolonger, mais elle ne saurait être d'une durée éternelle. 11 serait présomptueux de s'y fier. Les relations, les besoins, les sentiments qui ont présidé à la conclusion d'un traité de ce genre i)euvent se modifier ; il n'a d'intérêt que l'intérêt qu'il présentait vis-à-vis de la i)ulitique européenne, au moment où il a été signé. Ce n'est pas une base solide sur laquelle on puisse bAtir un édifice durable, non plus d'ailleurs que sur toutes ces triples et <iua(lru])les alliances du siècle dernier, et moins peut-être (jue.sur la Sainte- Alliance et la Confédération germanique. Co traité ne nous dispense \ms d'avoir pour devise : « Toujours en vedette! »

Pensées et souvenirs, t. 11, p. u58-a59.

vu

Hriniuch von ÏREITSCHKK

Son nom est tchèque. L'homme est d'origine saxonne. Mais le penseur est un des plus fanatiques apôtres de la cause prussienne que le xix'' siècle ait produits, il est né à Dresde, il s'est formé là. Dès l'adolescence, dès 1848, il a souhaité l'union de l'Allemagne sous l'hégémonie de la Prusse. 11 fut privat docent à l'université de Leipzig (i859-63), et tout de suite conçut le plan d'écrire ime Histoire de la Confédération germanique de i8i5 à 1848, où il comptait prouver que le salut du peuple allemand exigeait la destruction des petits Etats de l'Allemagne. C'est le plan qu'il a réalisé depuis dans sa Deutsche Geschichte (5 vol., 1879-1895). Ce fut dès lors le sujet de ses premiers cours. 11 continua son apostolat à l'université de Fribourg en Brisgau (1863^7). Son grand travail, Bundesstaat und Einheitsstaat (1864) est de ce temps. Aucun ouvrage n'a contribué davantage à lixer la doctrine du parti national-libéral et peut-être à déterminer la politique prussienne elle-même. Par lui, les Grenzboten de Gustave Freytag et les Preussische Jahrbücher de Rudolf Haym, revues attitrées des nationaux-libéraux, devinrent une puissance politique. Son enseignement à Heidelberg vi8(>7-74) fonda son renom d'éloquence. Il est resté un maître idolâtré de la jeunesse studieuse à Berlin aussi, où il professa de 1874 justiu'à sa mort. Il est certain que sa parole imagée, pathétique, sacsadée, traversée des cris rauques de l'homme atteint de surdité précoce, avait une fascinante puissance, quand on arrivait à passer sur l'élrangeté du débit pour aller jusqu'au style somptueux ([ui la soutenait, et jusqu'à la passion fougueuse qui en était l'dme.

On a coutume de dire que son Histoire de V Allemagne au xix*^ siècle est l'œuvre historicpie la plus belle qu'aient produite les Allemands. Il faut éviter ces éloges hâtifs. L'Histoire roitiainc de Mommsen pourrait lui disputer la palme. Mais aucun livre n'a fortifié davantage le sentiment national en Allemagne. Ses essais historiques et politiques écrits au jour le jour, issus de l'enthousiasme enflammé de l'action

quotidienne, au service de laquelle ïreilschke mettait un immense savoii-, sont des actes piubablement plus méritoires, aux regards des hommes de sa nation et de son parti. On les citera ici, de préférence à sa Politik (2 vol. posthumes, 1899-1900), connus d'après des cahiers de cours lultifs et des rédaction d'élèves. Toutes les idées que contient ce manuel existaient, dispersées, mais i)lus déhnitivement et magnillquement exprimées dans ses Essais.

Ce sont : Zehn Jahre deutscher Kämpfe (Dix armées de luttes allemandes, 1865-74 : 3* éd. 1897) ; — les Deutsche Kämpfe, Neue Folge (Luttes allemandes, nouvelle série, .i8()())j ; — Les Historische imd politische Aufsätze [Essais lüstoriques et politiques) qui reproduisent ses travaux critiques et polémiques depuis i8(îo; — 4 "^'t»!- 1886-189;;.

Sa correspondance a commencé à paraître pai' les soins de Max Cornicelius (IL von Treitschke's Briefe, i834-i86G; 2 vol. igia-iS). Une notice biographique très abondante et intelligente, due à IL V. Petersdorlf, se trouve dans Y Allgemeine Deutsche Biographie^ t. LV, 1910. Une histoire do sa jeunesse avait été publiée par Theodor Sou ikmanx, IL von Treitschkes Lehr-wid Wanderjahre (i834-66)> 1896. V. sur lui des pages frauçai.ses, solides et justes, dans A. Guillanu. L'Allemagne noui>elle et ses historiens, i9t>o, et dans Ernest Denis, La Fondation de l'Empire Allemand^ 1906, p. 4^1 sq.

Ch. Axdi.eh.

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