‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 75 sur 98 · DEFINITION DE l'ÉTAT · texte numérisé non relu

DEFINITION DE l'ÉTAT

Treilschke examine la situation politique respective de la Confédération et (le l'Empire. Au cour.s de son développement, dont les détails sont sans importance pour notre sujet, l'au- Icur se trouve amené à donner sa conception personnelle de l'Ktat et à déterminer les droits qu'il lui reconnaît.

L'Etat.

L'Etat est le peuple uni par la loi et considéré comme une puissance in(l«''[>endante. L'Ktat est la puissance qui a le droit et le pouvoir de faire jurvaloir par les armes sa volonté contre toute volonté étrangère ; c'est une I>uissance libre, souveraine, qui ne peut se soumettre à d'autre volonté que la sienne. Ce qui le distingue de toutes les autres associations, c'est ([u'il ne reconnaît autiessus de lui aucune puissance.

La puissance d'unKlal n'est pas l'aile uniquement delà force propre dont il dispose, mais elle dépend encore, en partie, de la situation des Etats voisins. Si un Etat peut, par contrat, limiter sa souveraineté, tel le (u'and-Duché de [..uxembourg. dont les douanes et les cluMuins de f(>r sont soumis aux lois allemandes, il n'<>n résulte pas néccHitairement quo tu souveraineté est un « concept illu- Hoire » et ne fait pas |»arlie « de l'essence nu^me de l'Élat ».

L'État nuit et «lispuralt avec lu souveraineté. Une commune ou une province deviennent un Etat dès qu'elles

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ont repoussé la puissance qui les dominaient et qu'elles ont acquis la souveraineté.

La souveraineté.

Elle consiste dans le droit et dans la faculté, accordée à l'Ktat, de déterminer lui-mènrve l'étendue de ses droits de souveraineté. Une communauté qui n'existe pas aux yeux de l'étranger, qui ne peut légalement prétendre faire prévaloir sa volonté contre les attaques étrangères, une communauté qui ne possède jjas d'armes à elles, n'est plus un Etat au point de vue j^olitique.

Le droit de guerre n'appartient qu'à l'Etat et lui j>ermet d'assurer par tous les moyens la protection de ses sujets et de ses intérêts. Par contrat, l'Etat peut abandonner en partie et de plein gi^ ses droits de souveraineté, mais il faut noter ce qui suit :

Tous les contrats de droit international ne valent qu'avec la clause implicite du sic rebus stantibus, ils n'engagent pas l'Etat pour toujours ; ils sont annulés dès qu'une guerre éclate entre les contractants. Par contre, un pays dont le droit de souveraineté peut être anéanti contre son propre gré, par l'intervention d'une autre puissance, est soumis à cette puissance. C'est dans cette mesure, et dans cette mesure seulement, que se vérifie la maxime de Calhoun (i) dont on a fait un abus si criminel : « La souveraineté est un tout, la diviser c'est la détruire ».

Bund und Reich (Confédération et Empire), dans Zehn Jabre deutscher Kämpfe, t. II, p. a38-239.

(i) Calhoun (John Caldwellj, né en 1782, mort en i85o, homme politique américain, auteur d'un ouvrage célèbre intitulé : Disquisilion on Government, édité dans ses œuvres complètes (G volumes i853-54).

2l4 LES ORIGINES DU PANGERMANISME

G. LES CONDITIONS DU FÉDÉRAI,IS:\n: ALLEMAND

Dans un second opuscule composé pour le i" janvier 1^69, Treitschke établit avec netteté les rapports des Etats confédérés avec l'empire. 11 insiste avec force sur le caractère essentiellement monarchique de l'empire allemand, et il nous dit quelle serait, en cas de conflit entre les Etats confédérés et le gouvernement impérial, l'attitude de ce dernier.

Les princes des dilTcrents Etats confédérés voient leur pouvoir aflermi par l'empire allemand. Si, cédant à quelque esprit de convoitise ou de révolte, des Etats se soulevaient contre l'empire, qu'arriverait-il ".'

L'Empire relèverait le défi, et pour remplir sa mission mondiale, il ne reculerait pas devant les moyens plus sévères de politique unitaire que la couronne anglaise employa jadis pour réunir l'Ecosse à l'Angleterre. Un empire monai*chique n'a pas à prendre envers un membre insoumis les précautions et les ménagements qui conviennent à une fédération ; ses territoires existent seulement de par un droit positif, ils disparaissent dès qu'on a encouru la perle de ce droit. L'issue d'une i)areiUe lutte de la puissance contre la faiblesse, d'un idéal contre un égoïsme, ne peut être douteuse. La nation allemande a bu dejmis troj) longtemps à la coupe pleine de la puissance et de l'honneur naliona], pour ne pas, si besoin était, affirmer courageusement la doctrine de Franz Lieber (i) : « La source souveraine du droit politique au-dessus de toutes les souverainetés reconnues est le désir conscient d'un grand peui)le d'être une nation. >

Pour que cette lli<<tiir ne soit ]ias démentio par

(Il l''ranz Lieber, juriHcnnsiiItc (iHoo-'.i), connu par des traités (h; droit public et de morale poiili(|iic, Allcmniid cini^rré A la miite dcH perKcciilioiis alb>mnndcs coiiIim' les dcmocrntcs en iSr<), Il H'étAit lixé aux KtAl-rni.". Ln ltépubli(|ue Nord-Américniiic ht l'barK^a, en iH6'i, de rédiffcr son manuel ol'flciid t\c droit deg Km» pour Ins nrniérM en ennipaffnc. [Inittnictions for tln' ir<»i'c/vinifut of Ihc armien 0/ the United SUtten ln the Jield.)

expérience quotidienne des faits, il ne faut pas, par un eu de l'esprit, ti*ansporter dans notre état monarchique les conceptions iK)litiques des fédérations républicaines. Notre empire veut être considéré comme une forme autonome de confédération. Le Saint-Em^jire fut une monarchie allemande en décadence, le nouvel empire est la monarchie allemande qui monte. Si nos ancêtres ont vu dis])araître jadis comme une ombre la dignité impériale avec tout l'apparat de titres et de prétentions, à nous, petits-fils plus heureux, incombe la tâche de donner jjeu à peu au nouvel empire qui s'avance dans une grandeur modeste toute la puissance d'un état monarchique. Avec une ardeur plus grande et la conscience plus claire de notre valeur, nous nous écrierons, comme le firent jadis les troupes impériales : Vive l'Empereur et l'Empire, restons Allemands pour l'éternité !

Zum Jahreswechsel i86g (Pour la nouvelle année 1869), dans Zehn Jahre deutscher Kämpfe, t. II, p. a(i4 sq.

-. EN PRUSSE LA POLITIQUE n'eST PAS LA MORALE

La politique est un art, elle appartient au domaine de l'action, où règne la volonté servie par l'intelligence, .lainais un bon projet, une doctrine politique bien convue ne peuvent prétendre à la même valeur morale que la décision hardie d'un homme ])olitique qui agit et dégage de la confusion des forces favorables et adverses l'élément vital et nécessaire. Comme il est aisé de prouver que Frédéric II s'est conformé strictement aux principes de l' Anti-Machiavel, dans les deux entreprises lie sa politique extérieure qui ont été le plus violemment attaquées : l'occupation de la Silésie et le partage de la Pologne ! Envers la maison d'Autriche, il pouvait faire valoir un droit doublement fondé sur Berg et les duchés

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de Basse-Silésie ; s'il n'avait jias pris possession de la Prusse occidentale, la domination russe aurait submergé toute l'Eurojie orientale. Ces justifications extérieures sont vraiment de peu d'intérêt quand il s'agit d'actes qui ont changé la face du monde !

Frédéric, en un mot, fut plus grand dans l'action que <lans la doctrine de ses écrits de jeunesse, l'expérience qui ne s'acquiert que sur les sommets de l'histoire, lui a appris à donner à l'idéal de la royauté une forme plus noble et plus fière qu'il ne le rêvait dans les écrits de sa jeunesse.

Das politische Königtum des Anti-Machiavell (La théorie du pouvoir royal dans l'Anti- Machiavel, de Frédéric II), in-4", 1H87.

Frédéric II, on le sail, professait une profonde admiration pour Marc-Aurèle qu'il appelait « son liéros, son modèle », toutefois, aux yeux de Treitschke, le monarque prussien s'est élevé bien au dessus de remi>ereur romain.

Tandis que Marc-Aurèle n'a pas su arrêter la chute d'un Kinpire à son déclin, Frédéric, au contraire, s'est élevé avec l'histoire ; sur les ruines du monde allemand en décadence il a dressé un germanisme nouveau ; c'est cette Allemagne nouvelle (jiii, aujourd'hui achevée, nous ])rotège, ])ctits-fils reconnaissants, dans sa paix et dans Ha gloire.

Que nous importent les jjactes de famille sur la succession silésienne, les calculs thr l'équilibre en Europe orientale, si l'on considère ce fait capital, qu'au seul Ftul allemand capuble de vivre, l"'réd«''ric II a donne- la force d'une volonte personnelle, (pril a l'ail renailit^ une vie . uUeinunde dans les cIiAteuux des Plastes silésiens et diuis le chtUeau-forl des grands-maitres <h> l'ordre teuUuiique; qu'il a renoue la chaini^ inteirompue du temps, et (|ue, par la force allemande, il u rectmstruit ce(|ue la faiblesse et la divinion nllemandefl avaient détruit. (!e hei'os, dont

HEINllICII VOX TnEITSCIlKE 'J I 7

la gloire égale celle d'Alexandre et de César, qui fit la guerre pendant douze années au cours d'un règne de ({uarante-six ans, et qui considéra, de tout temps, la caste militaire, bouclier de toutes les autres, comme la classe la plus eminente de la nation, ce héros était cependant un prince ami de la paix. Même au faîte de la gloire, il n'oublia jamais que la paix est le but suprême de la guerre. 11 montra au peuple, moins par les enseignements de r Anti-Machiavel, que par l'activité prodigieuse qu'il consacra entièrement à sa patrie, ce que c'était que de concevoir la royauté comme une noble mission. Tant que battront des cœurs prussiens, ils admireront sa j>rofession de foi :

Pour moi, menacé du naufrage, Je dois, en affrontant l'orage, Penser, vivre et mourir en roi (i).

Ibid., p. 16.

8. KVOI.UTION POLITIQUE DE l'aLLEMAGNE . DKrriS LA MOUT DE FRÉDÉRIC II JUSQU'a NOS JOURS

Si les Anglais et les Français étaient, au xv!!!" siècle, les maîtres de la science politique, au xix" siècle, c'est à nous Allemands que revient la prééminence. Une doctrine politique nouvelle, essentiellement nationale, est née en Allemagne depuis que Herder nous a appris que tous les 2)euples n'ont pas le même droit au bonheur, depuis que Niebuhr et Savigny nous ont enseigné à comprendre l'évolution du droit, depuis que notre connaissance historique s'est précisée et approfondie. Elle s'oppose résolument aux théories cosmoi)olites de l'Aufkliirung et de la Révolution ; de là vient qu'elle est qua-

(li Les vers cités sont lires d'une lettre de Frédéric II à Voltaire, du 8 octol)re 1757.

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lifiée de réactionnaire par les Epigonos du droit naturel. Elle n'a pas la prétention de régenter l'histoire d'après les principes dun droit naturel et immuable qui serait écrit quelque part dans les étoiles, elle cherche à comprendre comment les principes directeurs de l'histoire se manifestent dans la variété des formes de gouvernement et c'est seulement de cette riche expérience qu'elle dégage des lois scientifiques. Et du fait que nous avons appris à penser en historiens, nous pouvons garder, jjour notre époque, la source i)récieuse de la conception n frédéricienne » de l'Etat ; pour la l'orme de sa doctrine, Frédéric s'en réfère au tlroit naturel de son époque, mais pour le fond, avec sa perspicacité d'homme d'Etat, il le puise dans le caractère historique de son état monarchique. Tous les libres et clairs cei'veaux de la science allemande se détournent des doctrines à tendances républicaines de l'ancienne école libérale et vont à nouveau

vers le positivisme monarchique.

Ibid.y p. 17.

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