‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 76 sur 98 · THÉORIE DU MILITARISME ALLEMAND · texte numérisé non relu

THÉORIE DU MILITARISME ALLEMAND

Il est en Pi'usse une autre puissance lulélairc : c'est l'armée, force [)olitique à la valeur de laquelle les théories courantes sur la Constitution n'ont presque jauiais rendu pleine justice. C'est dans les jugements absurdes qu'il porl(; sur l'esseuce même de la gueri'c et «le l armée que se manifestent les défaillances les plus iiiquiét(\utes de Qotre MIxTalism«;; c'est là <|u'a])]):irafl en plein jour tonte l'étendue de lu misère qu'(Uigcndre sa ciiUnrc de petit Ktnt.

Si j'use ici parieren toute liberté de ce qu'il y a d'étroil dons celte manière par trop bourgeoise d'envisagei" les choscN, c'est avec l'eNiMur (pu' l«iul ce que j'ai dit piM'cc- (lemment des forfaits de la politique napolé-onicmic me

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mettra à l'abri de toute interprétation grossièrement erronée. Tous les travaux, toutes les habitudes du monde moderne escomptent l'état de paix; de nos jours, toute guerre, ou jieu s'en faut, apparaît comme le caprice démesuré de potentats isolés; une guerre à laquelle l'enthousiasme des masses serait d'emblée acquis n'est plus possible que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles.

Dans ce monde du travail, le désir de jouir aveuglément de la paix a été érigé en doctrine. Cette doctrine est devenue la honte de la pensée et de la moralité de de notre siècle; là sontapparues d'innombrables locutions si claires, si limpides, que tous les ont répétées, mais si puériles, si niaises, que tout homme digne de ce nom les jette immédiatement par-dessus bord lorsque paraît parmi les peuples la guerre dans toute sa majesté.

La déformation théologique n'est que très peu responsable de semblables erreurs; tout théologien sérieux reconnaît que la parole biblique : « Tu ne tueras point » ne doit pas plus être prise au sens strictement littéral que l'exhortation apostolique : « Abandonne tes biens aux pauvres. » Seuls, quelques visionnaires timorés ont fermé les yeux devant la splendeur avec laquelle l'Ancien Testament célèbre la souveraine beauté d'une guerre juste et sainte.

Mais un danger autrement grave menace le temps présent : c'est le règne exclusif du sentiment, de la compassion irréfléchie de ces natures efféminées qui ne peuvent se consoler des misères indicibles déchaînées par la guerre sur l'humanité. On rassemble activement tous les lieux communs de la sentimentalité à la Rousseau, et l'on Xdeurc, aussi lîathctiquement que le brigand ]Moor sur la méchanceté de ce monde où il est criminel de voler un denier, mais sublime de s'emparer d'une coui'onne. Hostiles à l'Etat, les doctrines de l'ancien droit naturel, elles

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aussi, se sont propagées dans le cantonalisme allemand, avec une vitalité, une vigueur surprenantes.

Une société dont l'activité est régie par lois de la répartition du travail en vient facilement à ne considérer l'entretien d'une armée en temps de paix que comme une éternelle préparation à une éventualité hypothétique, comme une vaine apparence qui ne subsiste que par amour du règlement. Accoutumé à l'indépendance personnelle, à la liberté de la critique, Tintellectuel envisage avec malaise la rude discipline de l'armée.

A cela s'ajoutent encore les souvenirs odieux de cette: époque stérile des dissensions de partis, où un esprit conservateur rigide régnait dans l'armée, où celle-ci était célébrée comme le rempart du trône contre le peujîle, où l'obéissance militaire avait été inculquée avec un véritable cynisme, comme si les honnncs (rarines d'Hérode, massacreurs déniants, étaient pour des soldats allemands un noble exemple à suivre — comme si le serment au drapeau, du fait qu'il n'en soulfre auprès de lui aucun autre, ne couiportait pas non i)lus les restrictions que la conscience imj)ose à tous les pactes des hommes.

(l'est ainsi (|ue les coutumes d'une époipie éprise de la ]>aix, agissant de concert avec une mullitiidc de [»artispris et d'iiostilitës ont rendus beaucoup plus difticileaux non-militaires un jugement bien fondé sur l'armée.

IhiH cousin lit ionellt' Knnii^ttnn iii Dciifsc/ihiud, i8('m>-ji (La royaiil«' (•(iiislilulioniielle en Allemagne), tians H islorische itnd politische Aujmlze, t. III, p. 4(>(i sq.

La force guerrière est In base d»- loiilcs les vcrius pdlitiques; la gloire inilitair«^ prussienne esl, dans le riche trëfior des gloire» d(> l'Allemagne, un joyau aussi

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précieux, aussi loyalement acquis que les chefs-d'œuvre do nos poètes et de nos penseurs; le caractère sacré du serment au drapeau est un témoignage de la force morale do notre peuple. — Que notre libéralisme en revienne donc à ces vieilles conviclions allemandes.

La force arinéc est la condition primordiale de l'existence de tout Etat : c'est pourquoi jamais un État civilisé ne la considérera comme une fin en soi, comme la fin suprême de son activité.

La Prusse elle-même n'a jamais été un « Etat militaire » dans ce sens brutal du mot.

Une fois seulement, le sabre a régné en maître dans la capitale allemande; et ce court épisode de la guerre civil«^ à lierlin — qui semble bénin auprès des troubles dont les autres capitales ont été le théâtre — apparaît aujourd'hui à tout penseur comme une ignominie, une infraction hideuse à la sévère discipline civique qui, à cette exception près, a toujours régné en Prusse.

La Prusse a entrepris nwins de guerres que toute autre grande puissance; mais ses armes furent la [»lupart du temps victorieuses.

Ses guerres n'ont pas seulement conquis au royaume la majeure partie de son territoire; elles ont aussi contribué à former le caractère de l'Etat et celui tlu peuple. Qui ne reconnaît aujourd'hui encore dans le peuple prussien la puissante influence de la guerre de Sept ans, celle surtout du bel élan d'idéalisme de la guerre de l'Indépendance?

Notre armée, considérée dans son essence même, exige, comme toute institution permanente et indispensable, une constitution solide et légale. Il nous iaut une loi militaire qui circonscrive le domaine du service, qui

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détermine le rapport de l'Active à la Réserve et aussi qui fixe l'eJrectit" annuel moyen de paix, — et cela de telle sorte qu'il ne puisse être accru inconsidérément par le ministre de la guerre, ni inconsidérément diminue par le Reichstag.

Ces propositions semblent à beaucoup un absolutisme déguisé; et, de fait, si l'elTectif sous les armes est légalement fixé, le vote des crédits par le j)arlement est forcément délimité d'avance.

Mais que l'on réfléchisse combien notre organisation militaire pénètre profondément dans la vie civile ; que l'on considère quelles charges considérables elle impose au peuple.

L'organisation légale de li^^tat exige que chez nous ces questions de si haute importance échappent à l'arbitraire, qu'il vienne d'en haut ou d'en bas.

Notre organisation militaire demeure une glorieuse manifestation de l'idéalisme politique allemand ; tous nos voisins déplorent, sans l'avouer, de n'avoir pu, les uns à cause de l'insuffisance de leur culture, les autres à cause de leur individualisme outré, imiter ces institutions avec un plein succès. Ibid. t. II, p. 76-81.

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