‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 78 sur 98 · LES ORIGINES DU PAXGEIIMAMSMK · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DU PAXGEIIMAMSMK

Il y a à cela une autre raison encore, qui réside simplement dans la perpétuelle évolution de l'histoire. L'organisation du monde en Etats n'est pas fixe, définitive, et cela pour le plus grand bien de l'humanité ; c'est au contraire un organisme qui se transforme sans cesse.

La gu-erre, il est vrai, rend les nations étrangères le» unes aux autres, et cependant, dans une certaine mesure, les rapproche, en leur Taisant connaître leurs propres ressources et celles de leurs voisines; la guerre est parfois entre les peuples un intermédiaire plus efficace que le commerce universel lui-même. Un peuple qui s'attache au chimérique espoir de la paix perpétuelle finit irrémédiablement par déchoir, dans son isolement hautain. 1/ Histoire édifie et ruine inlassablement ; inlassablement elle exhume des décombres des anciens mondes les trésors divins de l'humanité pour les transporter dans un monde nouveau. Pour qui croit à ce iierpétuel devenir, à la jeunesse éternelle de notre race, il est de toute évidence que la guerre est une nécessité inéluctable.

L'KUit n'tîst pas une académie des beaux-arts, l'Imitai est l'ui8san(;e.

S'il dévclojjpjî exclusivement ces facultés intellectuelles au détriment de ses facultés physiqut^s, il se dénient liii-nn^nc, et s'il .soml)i'e alors, Ce n'est (|Uo justiciv

L'affirmation de sa propre personnalité demeure pour un l''tal le preinier et le plus essenlicl de tous h^s devoirs, — le iiiomle est ainsi fait — c'est pour((uoi l'orgaiiisalioM de l'urmde chI bien plus étroitement liée à la constitiilion de l'ICliit (|ue notre économie politi([iie bourgeoise ne le coiicèd« ifénéi'alnnciit

Changer rorganisation de l'armée, c'est déplacer un des supports fondamentaux de la vie de l'Etat.

Que la guerre soit à jamais bannie du monde, c'est là un espoir non seulement absurde, mais encore profondément immoral. Réalisé, il entraînerait l'atrophie de beaucoup des forces essentielles et sublimes de i'ûme humaine et transformerait le globe terrestre en un vaste temple de l'égoïsme.

Et je ne prétends pas ici développer, après tant d'autres, une affirmation universellement connue et d'ailleurs assez bien fondée : « La force vitale d'une race confinée à l'ordinaire dans les fabriques et derrière les comptoirs ne peut que gagner à être conduite de temps à autre au dehors, dans la grandiose lutte des armes; » il est en effet, pour obtenir ce résultat, d'autres moyens jdus j)acifiques,. et des mœurs nationales vigoureuses suffisent à la rigueur à endurcir le corps et à lui donner de la i-obustesse.

La guerre est si intimement associée à l'essence même (le l'Etat qu'il nous faut aborder ici une des questions fondamentales de la science i)olitique.

Deux conce])tions radicalement ilifférentes de l'essence de l'Etat, l'une sociale et l'autre politique, ont de tout temps été en conflit.

La société bourgeoise, c'est-à-dire l'ensemble des individus, voit uniquement dans l'Etat le moyen de faciliter à chacun la réalisation de ses aspirations personnelles, tandis que pour l'homme politique rigide, il n'y a dans les revendications de la société que de l'avidité ; il veut soumettre à l'Etat l'activité sociale tout entière.

Aux yeux de la science historique et de l'homme d'Etat véritable, ces deux manières d'envisager la question sont également défendables et également étroites : car, du fait que l'Etat et la société sont unis par des droits et des devoirs réciproques, ils ne peuvent se borner entre

eux aux rapports qui existent entre le moyen et la fin.

La société ne sert j)as uniquement l'égoïsme de lindiviclu; ses aspirations dépassent les limites de TEtat; par l'action combinée du travail économique et du travail intellectuel, elle veut mener le vaste monde vers la moralité; auprès de cette haute visée de culture qui inspire le genre humain, l'Etat n'ajiparait évidemment que comme un moyen.

D'autre part, l'Etat est en droit de se considérer luimême comme une tin, car il sait qu'en lui est la condition essentielle de la prospérité de la vie sociale.

En temi)s de paix, les peuples libres des tem])s modernes ari'ivent à atténuer cette antinomie de lu façon suivante : chacun consacre à des lins sociales le meilleur de ses l'orces, tout en réservant cepen<lant une partie de son temps à l'accomplissement de ses devoirs politiques.

Mais si cette vie paisible vient à se pi'olonger, le moi rt les lins qu'il se propose deviendnmt plus chers à la moyenne des hommes que la patrie elle-même.

Tout peuple — et principalement celui dont la cultui'e est développée — court le lisque, pendant une longue période de paix, de tomber dans l'cgoïsme. lue telle race doit considérer comme un bienl'ait une guerre grande «•t ju.ste que le destin lui envoie, et ])lus l'habitude commotle de la vie sociale sVst agréablement insinuée dans le cteur des hommes, ])lus h* conlic-coup semblt« rutle.

J'ai dit : a Le destin lui envoie une guerre ; » car la raison pour laquelh> la valeur de ce« cruel remè<le est si rarement comprise tient à ce qu'il ne s'i trouve parmi le« hommes aucun mé<leciu qui puisse avoir l'audace de prCNcrire la guerre à un |)cuj>le iiialatle, comme un bi'cuvage Ma lu la ire.

Dès (|ue chez un peuple retenlitceeri d'wl.irnu; : « L'Etal est en péril, mm cxiHtence est menacée! » Alors s'éveille

HEINRICH VON TUEITSCIIKE «27

lu plus haute de toutes les vertus, le courage du sacrifice, qui ne peut jamais se déployer aussi amplement ni aussi librement en temps de paix.

Des millions d'individus sont unis dans cette pensée unique : la Patrie, dans le sentiment commun d'un amour qui va jusqu'à la mort, — sentiment qui, éprouvé une l'ois, ne se peut jamais oublier et qui ennoblit et sanctifie la vie de toute une génération. La lutte des partis et des classes se fond en un silence i*eligieusement observé; le penseur et l'artiste mêmes sentent que la création de leur pensée est comme un arbre sans racines dès que l'Etat est en i>erdition.

Parmi les milliers d'hommes qui se rendent au combat et qui obéissent passivement à la volonté du Tout, chacun sait quelle misérable valeur a sa vie auprès de la gloire d^; l'Etat : il se sent enveloppé de forces impénéti-ables qui le dominent. De là, dans toute guerre sérieuse, la (ji'ofondeur du sentiment i*eligieux ; de là aussi un spectacle sublime que ne peut comprendre la pure raison : c'est d'un même Dieu que les armées ennemies implorent la victoire.

C'est dans ces traits, jugés impies par une civilisation débile, que réside la grandeur de la guerre.

Des hommes qui ne se sont jamais causé aucun tort ; (|ui ont les uns pour les auti*es la haute estime que l'on se doit entre ennemis chevaleresques, — ces hommes s"enli-etuent ; ils sacrifient au devoir non seulement leur vie, mais encore, ce qui est infiniment plus pénible, le sentiment naturel, l'instinct de l'amour de l'humanité, l'horreur du saug. Le moi infime, avec tous ses instincts nobles ou gixîssiers, doit s'abîmer dans la volonté du Tout.

A celui qui trouverait cela barbai"e, je demande : comment se fait-il donc ([ue jamais encore une idée grande, salutaire, de la liberté politique ou religieuse n'ait ym s'imposer aux hommes sans être scellée dans le sang'.* Kt

pourquoi la guerre a-t-elle été de tous temps le thème favori des arts ?

Pourquoi des jeunes gens non corrompus ne seront-ils jamais aussi profondément émus par la peinture d'une vie de penseur, quelle que soit d'ailleurs l'éloquence du narrateur, que par la représentation sobre d'une guerre grande et juste?

Et qui donc tous les peuples placent-ils de préférence au rang de leurs grands écrivains et de leurs grands orateurs? Qui donc, sinon ces natures combatives qui portent en elles quelque chose du héros, et dont les paroles ont des sonorités de fanfare !

Cet enthousiasme invétéré du cœur humain pour l'héroïsme n'est-il donc rien que barbarie, qu'ai)pétit sanguinaire? Ktouffer peu à peu ces sentiments sacrés, mutiler la nature humaine. . . ce serait là la fin suprême dont ki civilisation mûrissante doit tenter de se rapprocher?

Oui, cela est certain, la guerre déchaîne aussi les passions grossières dos peuples ; la guerre est un acte de la volonté collective, elle est l'incarnation agissante de la politique.

Mais si la guerre est dirigée par une jM)litique frivole, l'immoralité ])énètre dans tous les membres de l'armée ; la politique de conquête brutale transforme inévitablement les soldats en soudards.

La guerre, iiu^nie légitime, réveille les instincts gros- Hiers de l'homme : mais n'est-ce pas \h l'eilVt naturel de toute activité trop fortement teiuhie? VA les vices qui souillent la beauté de notre vie de tous les jours : la cupidité, raffolement moral, la soif de jouissance et la dureté de cœur sont ils donc moins exécrables que les vices qu'engendre la gin-ii«- ?

La guerre est une grande ])étrisNeuHe de peuples ; elle

ne se borne pas à ébranler les frontières, non; elle établit un lien indissoluble enti^ les citoyens d'un même pays ; par elle encore l'homme insouciant sent s'éveiller en lui le pressentiment de la sublime, de l'indicible beauté de la Patrie, elle viviJie le c<«iur desséché, le ranime d'un chaud rayon d'amour.

C'est subitement que la guerre éclate, à des intervalles que nul ne peut calculer d'avance ; c'est pourquoi la guerre semble aux peuples civilisés qui aspirent à une vie parfaitement régulière une perturbation de l'ordre naturel des choses.

Cet anéantissement complet du Moi que la guerre exige de tout combattant est, lui aussi, plus effrayant pour le penseur que pour qui se laisse vivre sans penser.

De même il est évident que le service militaire obligatoire pèse plus lourdement sur un peuple riche que sur un peuple pauvre, et qu'une organisation sociale de haute culture est atteinte avec infiniment plus de rigueur par lu puissance dévastatrice de la guerre.

C'est ainsi que des motifs moraux et économiques d'une valeur impossible à méconnaître tendent à restreindre le nombre des guerres et à en abréger la durée.

Mais, de même que tout homme intelligent cherche à diminuer la multiplicité des i*ouages du pouvoir sans vouloir pour cela supprimer l'administration, de même, si nous estimons que les guerres doivent devenir plus rares, nous ne sommes nullement autorisés pour cela à souhaiter quil n'y ait plus de guerres.

Aucun idéalisme politique réel n'est possible sans lidéalisme de la guerre.

Le penseur qui, le premier, a démontré au monde moderne les droits de l'Etat en tant qu'organisme moral et indépendant, a mis aussi la force et la grandeur de

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son génie à défendre contre tout faux sentimentalisme le droit d'existence de la guerre.

Le traité de Luther : « Les gens de guerre peuvent-ils faire leur salut? » est le complément nécessaire de ses écrits pi"ophé tiques sur l'essence de la supériorité du christianisme.

Nous y trouvons le passage suivant :

« L'on écrit à présent et l'on entend dire de tous côtés : « quelle calamité que la guerre! Et cela, c'est vrai. Mais « il ne faudrait pas perdre de vue que la guerre nous « préserve d'une calamité bien plus gi'ande encore, autret ment dit, il ne faut pas croire que la fonction ])ropre « de la guerre consiste à égorger, brûler, fraj)per, faire « du butin, etc. Ce serait là considéi-er la guerre avec la « naïveté et l'étroitesse de vue des enfants qui ne jieuvent « voir le médecin couper une main ou une jambe, car ils « ne se rendent pas compte que ce mal est indispensable « pour s;iuver le corps tout entier.

« De même, c'est en hommes, et non en enfants (ju'il « nous faut envisager la guerre, — qu'il nous faut voir la t guerre et l'épée accomplir leur office; et, si la giicire « est accompagnée de tant d'atrocités, il apparaîtra bientôt « qu'il y a en elle quelque chose de divin, aussi néccs- « saire, aussi utile au monde que l'action de boire ou « de manger, ]>ar exemple.

« Si ({uciques-uns mésusent de cette fonction qui leur « est di'volu«', s'ils égorgent et frappent sans nécessité « absolue, par méchanceté pure, la faute nVn est pas à « la fonction elle-mèinc, mais à l'individu. Car il n'est c pas «le fonction, ni de besogne, ni 'de chose, si excel- « lente soit elle, dont les méchants n(^ puissent abuser. »

Ibid., t. III, p. 469-47(').

vni

Paul de LAGARDE

Le théologien Paul de Laoahde, de son vrai nonrw Paul Av. TON BarniciiEH, naquit à Berlin, le 2 novembre 1827, d'une jeune mère de dix-neuf ans, (jui mourut douze jours après, et d'un père piétiste.

Durant une triste et rude enfance, il re<,ut l'empreinte des sentiments patriotiques et romantiques qui animaient les anciens combattants de i8i3, amis de sa famille.

Etudiant en théologie à l'Université de Berlin, puis à celle de Halle, il devint l'ami et l'élève du poète orientaliste Kiickert. Un autre de ses maîtres, le théologien protestant Tholuck, détermina sa foi en la sainteté de l'individu humain, pensée particulière de Dieu.

Ces inlluences diverses jointes au goût des méthodes philologiques, qu'il avait jmisé dans la lecture des travaux de Lachmann, orientèrent Paul de Lagarde vers l'étude scientifique des faits religieux.

Dès l'Age de ([uinzc ans, il conçut le projet de reconstituer le texte primitif de la Bible, et le reste de sa vie se passa à préparer une édition critique de l'Ancien Testament. La tâche qu'il s'était donnée le soutint dans les épreuves que lui réservèrent ses fonctions de professeur dans les lycées de Berlm (i852-i8(>6), et absorba toute son activité lorsqu'il eut obtenu, par une l'aveur du roi de Prusse, la chaire des langues orientales à l'Université de Gœltingue (1866).

C'est dans cette ville qu'il mourut en 1891.

Ses travaux n'avaient i)oint pour fin suprême et unique la vérité pure et simple.

Paul de Lagarde avait hérité de son père une âme profondément religieuse. Il était tout pénétré d'une grande passion, celle de créer une religion nouvelle, nalionale, supérieure au protestantisme et au catholicisme. S'il étudiait les croyances passées, c était pour deviner la croyance de l'avenir, pour dégager le sentiment religieux éternel du vêtement chan-

géant, périssable, des dogmes et des rites et pour vivre en coiumiinion avec les grands inspirés d'autrefois.

La religion ne consiste pas pour lui en l'exécution de certains gestes, en une commémoration de certaines dates et de certains fails histon([ues, mais elle est avant tout une vie intérieure, un élan spontané et libre vers Dieu, mie régénération et une communion avec le Très-Haut.

Il laut que chacun de nous sente que <iuelque chose le surpasse et le domine, qu'il n'est qu'une note dans la grande harmonie du tout, et que cependant il doit renqilir entièrement le rôle que ^Dieu lui a lixé dans l'ensemble. Le devoir lie l'individu est donc de prendre conscience de ce rôle, de jiercevoir le commandement de Dieu et de lui obéir.

Or, les nations sont aussi des personnes morales, et comme les consciences individuelles, elles sont d'origine divine. Chacune d'elles est dotée dès sa naissance d'un caractère original, chacune a une mission à remplir.

Les Allemands, avec leurs vertus, leurs façons de sentir et de penser particulières, revivront l'Evangile à leur manière. Ils feront une " édition allemande » des livres saints. Une religion germanicpie naîtra et régénérera les peuples à son contact.

Or, la vie religieuse plonge par ])on nonibre de ses racines dans la vie matérielle. Pour nous épanouir sous les regards de Dieu il faut de la liberté, des loisirs, la possii)ililé de vivre. Cela est vrai des peuj>les connue des individus. La polili({ue est l'art de jeter dans la réalité terrestre les fondements de l'existence spirituelle des nations. Les Dciitsc/ie Schriften (Ecrits allemands, iHSO), de Paul de Lagai-de, sont destinés à délinir les conditions sans lesquelles l'AIicMuagno nc^)cut s«' fonder, ni par conséquent la mission alleniand(^ aboutir. Celte grandeur de l'Allemagne suppose i\\iv la France et la Russie soient abattues (i).

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