‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 80 sur 98 · LA PRUSSE ET l'aUTRICHE SE COMPLETENT · texte numérisé non relu

LA PRUSSE ET l'aUTRICHE SE COMPLETENT

La Prusse possède un corps insuffisant pour son Ame, l'Autriche un corps très suffisant, mais pas d'Ame. Au commencement, l'Autriche vécut du devoir de protéger l'Allemagne contre les Hongrois, plus tai"d, de l'idée qu'elle était l'ouvrage avancé établi contre les Turcs. De quoi vit-elle maintenant?

Klle doit servir de bouclier à l'Kurope contre les Russes. Mais qui donc, si ce n'est la Russie, a aidé l'Autriche en Hongrie? Elle devrait faire avancer sa roue d'un demi-tour vers l'Est, et acquérir la Pologne. 11 y n litîu aussi de se demander, s'il vaudrait la ])cinc de bAtir un mur pour s«^ protéger sjiécialement contre la Russie, contre un empire qui n'est plus le iiH^me (pi'auparavant avec son empereur actuel.

L'Autriche, pour l'instaut, n'a pas une idée qui .soit capable de hi maintenir cohérente, elle a donc le droit d<î réclunier celte i<lée, c'est-à-dire une lAchc- (jui vaille lu peine d'être remplie; sans cela, elle sombrerait dans le mutt^riuliNme. Tout dépendra néanmoins en Autriche

PAUL DE LAGARDE aS^

— corps sans cerveau — de la possibilité de trouver un homme d'Etat de génie, ayant lui-même assez de cerveau pour en reconnaître l'absence dans sa patrie, assez de volonté et d'influence pour remédier à ce mal. L'Autriche devra à tout prix adopter une politique raisonnable, c'est-à-dire une politique qui compte avec la Prusse, une politique allemande enfin, parce que, sans l'Allemagne, elle doit moralement périr de son austriacisme sans limites orientales, et sa chute morale entraînera infailliblement la chute matérielle.

Ibid. p. 35-36.

4 La possession de trieste, condition de la prospérité commerciale allemande

On ne peut guère imaginer de commerce que sur une mer ouverte. C'est j)ourquoi je mentionnais l'Istrie, la possession de Trieste étant une question vitale pour l'Allemagne. Quand bien même tous les Italiens se rueraient ensemble contre nous, jamais ce port ne devrait tomber entre leurs mains. C'est pourquoi, depuis que j'ai lu le second Faust, de Gœthe, je nourris l'espoir de voir un jour les îles de la Frise, et plus tard, quand nous posséderons le Sles^vig et le Holstein, les îles du Sleswig occidental reliées par des digues, et les mers basses qui s'étendent derrière elles desséchées. J'espère qu'on bâtira alors sur la mer ouverte des villes de commerce, dont chacune aura un mouvement d'afl'aires aussi grand que celui de tous les o emporia » réunis autour du bourbier baltique.

De même que la France, si elle entendait ses intérêts, s'elîorcerait de tout son pouvoir de rétablir les anciens

lacs qui existaient dans cette Numidie, qui lui appartient à présent, afin d'augmenter la quantité de pluie tombée et de rendre ainsi le jiays plus fertile ; de même nous aurions à dessécher des étendues marines, non pas tant lK>ur gagner des terres, que i)our acquérir la liberté de l)ousser nos ports jusqu'à la mer ouverte.

Le moins que nous devions exiger au Sud pour notre commerce est d'obtenir une issue sur l'Adriatique, afin d'avoir constamment la voie libre vers tous les jx>rts de la Méditerranée. Posséder en plus les bouches du Danube serait encore meilleur.

.). LA MEDIOCRITE DES HONGROIS RKM) IMPOSSIBLE LE MAINTIEN DU DUALISME AUSTRO-HONGROIS

La vie des peuples com me la vie des individus à ses limites naturelles et seules les puissances spirituelles peuvent leur conserver la jeunesse ou m^me la leur rendre. (îe n'est pas précisément chez les Touraniens que nous voyoïif» à INeuvre de telles puissances et c'est jMJurquoi il est injuste d'estimer les Hongrois à un plus haut prix que les I^'innois, les Lettons, le.sLa])ons et les Turcs, leurs cousins germains «llùirope. Ils disparaîirontconnne les Celtes disparaissent sous nos veux; leur conder un n\lr politiipie spécial est un propos aussi [h'M séi'ieux dans la bouche d'un homme |Hililiqne (|u<> celui d'un médecin, qui exhorterait un «x-logénaire à se nuirier et h luire des enfants.

lies ynrn ont été entièrement justiuées ])ar tout ce <|ue nous avons vécu «lepuis iH(>('». Il u'csl gurre «le pays en KurofM) (|ui ait présenté un spectacle plus lamentable que lu Hongrie; cnr rKMpngne a été tellcnienl sémitisée

PAUL DK LAGARDE a3y

par l'immigration arabe et juive qu'on ne peut pas admettre qu'elle soit européenne.

Une pénurie d'hommes d'Etat presque insultante, uHe incapacité complète de distinguer et de remplir les devoirs politiques, un gaspillage insensé, la folie des grandeurs, une tyrannie qui foule aux pieds toutes les nationalités non magyares, de liasses flagorneries à l'égard des Juifs établis en Hongrie, à l'égard de ces hommes qui, d'une nation qu'ils étaient, sont en train de se muer promptement en une communauté religieuse, hommes qu'on emploie à toutes les aff'aires et à tout ce qui ressemble à des alFaires et qui à coté de cela influencent en laveur des Magyars la presse eui*opéenne qui apjjartient à leurs coreligionnaires, voilà ce que l'histoire des dernières annéos peut nous apprendre sur la Hongrie.

Ce pays, outre le manque de jeunesse qui caractérise sa nationalité dominante, a le défaut d'être une édition in 4" de l'in-folio autrichien. Dans les deux pays, c'est le même chaos de peuphides, la même haine pi*ofonde vouée par une race à l'autre race; la même im[iuissance de l'Ktat, comme cela se voit en ce moment, de dominer cette confusion.

De là vient aussi la comi>lète imjiossibilité pour la Hongrie... de devenir le centre et le cœur de l'Empire autrichien (i). Personne ne croira facilement que Pesth devrait un jour pouvoir servir de capitale à la Styrie, aux i)ays de l'Eus, au Salzbourg et au Tyrol ; car si le centre de gravité de la politique autrichienne devait être vraiment à Pesth, encore faudrait-il que cela put se faire. Or la patrie du poème des Nibelungen et de la littérature allemande n'est pas encore tombée si bas qu'il

(i Allusion à la parole prononcée par Bismarck dans un entretien avec un ambassadeur autrichien : « Portez votre centre à Pesth. ..

a^O LES ORIGINES DU PANGERMANISME

faille manger de la goulache et danser la « czarda » pour la gouverner. De deux choses l'une : ou bien tout ce qui est à gauche de la Leitha sera hongrois, de même que tout ce qui est à droite de la Leitha est soi-disant hongrois, ou bien le centre de gravité de la monarchie danubienne ne se trouve pas à Pesth, et la phrase qui le prétend n'a été lancée par le monde que pour qu'en une époque qui vivait encore sur le souvenir de SadoAva, l'opinion publique l'iit occupée à ronger cet os décharné, tant que cela paraîtrait nécessaire en haut lieu.

Il devient par conséquent impossible de maintenir plus longtemps le système dualiste dans l'empire de François-Joseph. La Cisleithanie, quelque fûcheuse que soit la position où elle se trouve réduite, surpassera toujours gr;\ce à ses Allemands la Transleithanie. Par cela seul elle suscitera l'envie et la haine de cette dernière et jettera la discorde dans tout l'Empire. Plus il en sera ainsi, plus la dégradation morale gagnera de terrain, et plus l'Autriche verra foisonner dans le cœur de ses meilleurs citoyens des désirs de trahison.

Über die ^egemcàrtige Lage des deutschen Jieichs (Sur la situation présente de l'Emj)ire allemand, 1875). Dans Deutsche Schriften, p. lo'i, sq.

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