‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 84 sur 98 · II. SITUATION ECONOMIQUE SUBALTEllNE DE L'ALLEMAGNE EX · texte numérisé non relu

II. SITUATION ECONOMIQUE SUBALTEllNE DE L'ALLEMAGNE EX

Je sais très bien qu'en Europe, d'autres pays que le nôtre mangent du pain étranger et s'habillent d'étoiles importées. Mais jusqu'à nouvel ordre, je considère partout ces importations comme étant contre nature. Seulement l'Angleterre et la France sont tout de même en cette affaire plus favorisés que l'Empire d'Allemagne. L'Angleterre est actuellement, au cas d'une bonne récolte, en état d'approvisionner ses habitants en céréales pour sept mois sur douze, pas davantage. Mais, grâce à son commerce, cette nation peut s'appi*ovisionner de toute autre fa^on que l'Allemagne, et la France échange son vin con-

tre les produits dont elle a besoin. \i à l'Angleterre, ni à la France, les approvisionnements ne pourront être aussi facilement coupés qu'ils ne nous le seraient si, l)ar exemple, la France et la Russie s'alliaient contre nous.

J'ai toutes raisons de ciboire qu'en 1864, l'Angleterre, abstraction faite de l'attachement bien connu de sa reine pour l'Allemagne, ne s'est pas prononcée en faveur du Danemark pour Tunique raison que, au cas d'une guerre avec la Prusse, (l'Amérique à cette éj)oque ne pouvait d'être d'aucun secours parce qu'elle-même ne possédait rien) le blé russe, qui d'ordinaire était transporté par bateaux des ports de la Baltique en Grande-Bretagne, aurait dû être transporté par chemin de fer à travers la Hollande, et aurait de ce fait renchéri d'un schilling par boisseau. C'est pourquoi il ne me semble pas désirable d'entraver jamais la politique du pays de semblable la^on.

Une nation aisée est celle où tous les habitants ou la plupart reçoivent, pour un travail qui n'excède pas les forces humaines, un salaire ([ui leur ])ermelte de vivre avec leur fauiille sur un lopin de terre h eux, d'élever leurs enfants et de se ménager (piehjues économies pour leurs vieux jours.

Je ne sais par quoi nous pourrions de venir ricltes. Notre pays ne produit rien en quantités telles que nous |)uis.sions vendre & nos voisins et en tirer quelque hénélice, hormis le sel, suffisamment bon marché. Tant (]u'une extension de notre empire, assez grande pour nous ])ermettre de voler do nos propres aih^s, ne sera ])as chose faite, il n'y aura comme source de profit pour la nation, — je dis pour la nation et ne parle pas ici de inenihi'cs isolés de la nation — (pie le courtage, (r'cMl-à-ilir«' la racilili'- tic servir d'interiuudiaire pour satisfuire à des besoins étrangers. De plus il subsiste la possibilité d«; nianiifaclurer, pour

PAUL DE LAGARDK a^'J

le compte des peuples étrangers, certains produits originaires de notre pays ou bien que nous nous sommes procurés à l'étranger : ceci est l'industrie.

Le commerce allemand, en tant qu'il a réellement de la valeur, a lieu principalement à l'étranger. Il est douteux que les résultats do ce commerce profitent entièrement à l'Allemagne: un nombre considérable d'Allemands ]»erdent à l'étranger l'envie de vivre en Allemagne, la- (fuelle n'a rien à leur otl'rir, et, par conséquent, les fortunes qu'ils ont acquises par leur activité commerciale restent à l'étranger. Il est vrai qu'il nous revient le pourcentage provenant des grosses all'aires que font nos villes maritimes par le transit des marchandises anglaises en Russie, et des produits russes en Angleterre. Il est clair que l'Angleterre et la Russie feront tout leur possible jiour que le trafic entre elles deux se fasse de plus en plus sans intermédiaire, pour que, de plus en plus, le blé et le suif russes, et tout ce que fournit l'empire moscovite, soient échangés à Riga ou à Odessa contre des marchandises anglaises. La partie la plus avantageuse du commerce de l'Allemagne serait donc de plus en plus [»aralysée.

Tout le reste n'est que du petit commerce qui s'entremet pour satisfaire les besoins de milieux restreints, et amasse dans les poches des intermédiaires les frais payés par ces milieux pour cette entremise, c'est-à-dire qu'il ne crée pas de nouvelles richesses à la patrie, mais qu'il transporte une richesse déjà existante.

Über die gegennu'irtige Lage des deutschen Reichs, i875 {Sur' la sitaation présente de l'Empire allemand), dans Deutsche Schriften, p. 104-10O.

12. EVOLUTION HISTORIQUE DE L ALLEMAGNE. CAUSES DE LA DÉCADENCE DE LAUTllICIIE

La vie spirituelle — et la vie politique est vie spirituelle — s'éveille par la nécessité de la lutte. Plus on facilite l'instruction à un enfant, moins il ajjprend et plus superficiel est son savoir. Plus la route qu'un homme suit est commode, et moins il produit de travail. Plus les devoirs imposés à un peuple et à une race sont lourds, et plus élevé sera le rang auquel atteindront ce peuple et cette race.

Une nation n'acquiert que par la guerre — le mot «guerre» pris au sens le plus large — l'exercice et le complet développement de ses facultés innées, ou l'aptitude à s'assimiler les qualités distinctives de rennemi. (î'est l»ourqu<)i les régions frontières ])ossèdent jusqu'à un certain point, et sans même qu'il soit besoin d'un mélange des populations limitrophes, une valeur double de celle des contrées de l'intérieur.

C'est ainsi qu'en Allemagne l'histoire s'est déruulé<' dans les marches-frontières. Tout le pays qui des bouches du Weser 8'ét<>nd jusqu'au Tyrol a peu fait pour notre patrie, car il vivait en ])aix.

Les Ilessois seuls eurent le bonheur de liouver un ennemi dans la race de leurs pix>prc8 princes. Aussi se distinguent-ils iiiaintcnant des Angrivjii'iciis, des Westphaliens, dtîs Ostplialiens, des habitants de la Frauconie moyenne, des Havarois et des Tyroliens pur une activité HUpérieurc de l'esprit et une énergie tenace. Si la France avait commencé plus UM (|u'ell(; n'a l'ait à guei'ioyer contre r.Mleniiigne, la Meuse serait devenue la fionlicrc occidentale do notre Kmiûre, frontière gardée et «lé-

fendue par la pratique des mœurs allemandes et l'amour du nom allemand.

Mais nos destinées se sont décidées à l'Est. Une guirlande de « marches », qui progressaient sans cesse vers l'Orient, « omnis cellula ex cellula », fit valoir la nature allemande par opposition avec la nature slave, tout en l'enrichissant des qualités essentielles du caractère slave.

Les Nordalbingiens, les habitants de la Vieille-Marche, les Misniens sont les 2)orteurs des destinées de l'Allemagne. A leurs côtés se tenait autrefois la « marche » des Avares, l'Autriche, qui avait été fondée pour monter la garde contre les Huns. Comme elle est la « marche » la plus ancienne, qu'elle a été peuplée de Bavarois par Charlemagne, qui leur était pourtant si hostile, il se peut qu'elle n'ait pas été dotée d'une organisation qui ait suffisamment tiré sa force de ses racines populaires. Au reste, l'empire franc, qui n'était soutenu que par un petit nombre de princes, ne fut jamais, même aux jours de sa plus grande splendeur, qu'un édifice éphémère qui ne pouvait servir de théâtre, de fond et de scène solides à personne.

Les Bavarois, d'autre part, ne sont pas de race purement allemande, mais issus d'un mélange de sang celtique et de sang allemand. Les goûts sédentaires des Celtes se font encore sentir aujourd'hui en eux et jurent avec l'humeur inquiète et voyageuse des vrais Germains. Ils ne se portèrent donc pas en rangs pressés vers la nouvelle « marche » comme firent les Saxons de l'Elbe inférieur et de rElbo moyen, ou bien vers les confins situés sur la périphérie de cette nouvelle-marche, comme le firent, en une certaine mesure, les Thuringiens et les Franconiens de la Saale.

En jilus de tout cela, les Tchèques habitaient une sorte de cuvette bien protégée par une bordure de montagnes, dans laquelle personne n'avait envie de descendre, et

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par suite leur vaste territoire formait un mur de séparation entre les Allemands de l'Ens et leurs compatriotes de l'Elbe moyen, tandis qu'au Nord aucun rempart naturel ne gênait le flot de l'immigration, qui pouvait soit pénétrer progressivement dans les sables, soit se perdre au loin, si bien que chez nous les « marches » se joignaient aux « marches », en se prêtant mutuellement aide et soutien. Ajoutez que Methodius et Cyrille convertirent de bonne heure les Tchèques et les Moraves au christianisme, que par suite le zèle religieux qui animait le Nord dut de prime abord être étranger à la vieille Autriche, à cette Autriche qui se trouvait donc une fois de jjlus privée d'un des stimulants à l'action et à la vie sérieuse que le Nord ])()ssédait.

Mais, surtout les Huns et les Avares, cette racaille rétive et importune, étaient d'une valeur bien inférieure à celle des Slaves qu'il fallait combattre à l'Est de l'Elbe et de la Saale, de sorte que la non-valeur des gens (|ui habitent la « marche de l'est » arrosée par l'Eus, ne fait que refléter la non-valeur de leurs ennemis.

L'Autriche était un i)ays pacifié quand le Brandebourg, la Nouvelle-Marche, la Poméranie retentissaient encore du cliquetis des épées et que la charrue allemande ouvrait toujours «le nouveaux sillons sur de nouveaux territoires, (leci explicpie pour(|uoi l'Autriche n'a pas continué de se développer, tandis que pour les Allcmamls du Nord il n'y eut point de terme au développement ni, par conséquent, à la victoire, au progrès, au droit de (loinincr et d'être des chefs.

L'Autriche vécut une fois encore des siècles ti\>ublés : les Turcs l'attaiiuaicnt. Mais les emiiereurs de la maison <le llabsIxMit'g, mal inspires en voulant faire le bien, avaient libéré leurs EtalK hci't'ditaires d'Aiitriclic du devoir, qui consistait en premier lieu ù soutenir le choc (le ces hordes. Il fallut «iiic l'Iùnpire leur fouiiii'l des

secours, de sorte que l'Autriche ne gagna rien à ces guerres contre les Turcs, si ce n'est, pour elle-même, une jjâle et poétique auréole de transfiguration, et pour ses princes le maintien du droit qu'ils avaient d'exiger le service militaire. La noblesse brandebourgeoise, par exemple, a été jusqu'à la fin du XVII® siècle au service des Habsbourg contre les Turcs (comme en témoignent de nombreuses pierres tombales des églises du Brande - }>()urgj .

L'Autriche n'a plus de principe d'existence depuis bien longtemps et l'on ne sait pourquoi elle existe encore. Le noyau de l'Etat a perdu de bonne heure sa force germinative. Les pays qui sont venus se grouper autour de lui n'ont pas été conquis, mais acquis par mariage. Ils n'étaient donc liés à. la monarchie que par les chaînes de roses de l'iiymen, et chacun sait que ces genres de chaînes ne sont pas des liens bien solides.

Aucun homme d'État, aucun prince autrichien n'a eu, que je sache, une claire intelligence de la situation politique où se trouvait le grand empire danubien, car aucun d'eux ne se rendait compte que la pensée de l'Etat, le principe de l'Etat, la tAche de l'Etat, h* devoir de l'État ne sont qu'une seule et même chose.

Un essai de s'engager dans la bonne voie a été fait une première fois par le prince Eugène, lorsqu'il proposa de marier l'héritière des Habsbourg, Marie-Thérèse, à Frédéric H de Prusse, et une seconde fois par Joseph II lorsqu'il voulut acquérir la Bavière pour l'Autriclie. On peut ri'garder le premier de ces projets comme un hommage rendu à la puissance du Nord, qui était encore petite, mais si pleine d'avenir; le second, comme un aveu que l'Autriche a besoin d'une race dominatrice.

(^ui veut conserver l'Autriche, doit trouver pour elle une tâche qui vaille la peine d'être tentée. Cent Beust et cent Andrassy ne suffisent pas à lui assurer sa

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2)lace dans l'histoire. Qu'elle se pro^iose une fin voulue par l'histoire universelle, et cette fin, avec la volonté irrésistible, pressante qu'elle mettra à l'atteindre, sera sa vie!

Bref, il n'est pas d'autre tache pour l'Autriche que de se faire la colonie de rAUemagne.

Les peuples qui habitent ce vaste empire sont tous, à rexce[)tion des Allemands et des Slaves, sans valeur j)olitique et ne sont que des matériaux, qui devront entrer dans de nouvelles constructions germaniques.

Über die gegemvörtige Lage des deutschen lieichs, 18^5, dans Deutsche Schriften, \). iio sq.

i3. NÉCESSITÉ i)'r.\E expansion cgi.onialk am.emandi:

S'il se trouve à présent que l'Allemagne possède, — peut-être pour une génération, mais pas davantage — assez de territoire pour faire de sa jeunesse des colons, s'il se trouve que les colons allemands sont aussi assidus, aussi travailleurs, aussi capables d'indépendance que les colons anglo-saxons, dès qu'ils sont privés de l'atmosjjhère des « gendai-mcs >> prussiens qui se mêlent de tout, et des joui-nalisles juifs-libéraux qui épargnent à leurs lecteurs l'elfort de la ])enscc et leur rendent toute opinion iicrsonnclle impossible, lu tAche <le la polititpie autrichienne s<> ri'duira alors tout simplement k attirer à elle tous les émigrants allemands et à les établir ensemble, par unisses compuct<'H, tout d')ib(M-d aux frontières les plus l'ioignées de KCH KtatH. (ies colons ne devront pas être isolés, car leur germnnifimc ho |)er(irait : l'ex[)ériencc l'a démontré. La Bukovinu devra tendre la main à la Saxe transylva-

nienne, l'istrie devra être rendue plus sûre en tant que point de départ du commerce allemand sur l'Adriatique et vers l'Afrique. La Jablunka ne devra entendre parler que la langue allemande, et, de là, la vague déferlera vers le Sud, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de toutes les pitoyables petites nationalités de l'Etat impérial. On trouvera facilement des noms pour désigner les villes nouvelles : il suffira de se munir de la liste des villages et des hameaux détruits et abandonnés pendant la guerre de Trente ans.

Über die gegenwärtige Lage des deutschen Reichs, iS^S, dans Deutsche Schriften,

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