ORGANISATION DE LA COLONISATION
Il est bien évident que des hommes indépendants ne se laissent [>as envoyer sans autre forme de j^rocès vers le
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pays des Slovaques ou vers l'Istrie, et cependant les Etats i>euvent, sinon commander expi^essément, du moins favoriser la colonisation.
Le service militaire obligatoii'e n'est institué i>our le moment qu'en Prusse, mais il n'est pas dil'ficile de prédire, si l'on admet toutefois que rAUeinag-uc continuera son développement politique, que le moment est proche où il triompliei*a dans tous les auti*es Etats allemands. A mesure pourtant qu'il se g-énéralisera dans les institutions, il devra subir en fait certaines limitations correspondantes.
L'Allemagne, étant donné le grand nombre d'cufants, véritable bénédiction, qui y naît, ferait mameuvrer sa bourse jusqu'à l'anémie, si elle voulait appeler réellement sous les drapeaux tous ceux qui sont soumis à l'obligation du service militaire.
S'il est vrai que, même en Prusse, bon nombre d'hommes ])arfaitement sains échappent dès maintenant au service militaire, il n'y aura vraiment |^as d'obstacle à inscriiv dans la loi ce qui se passe dans la réalité. Au contraire, il sei-a plu« conforme à l'intéi^ét de l'Etat de régler expressément cette situation, car on tixiuvcra des ari*angi^ments apin'opriés qui permettivjnt <r<Migager ces hommes sains, mais libérés du s(U'\ ice mililaire, à se iixer, s'ils veulent véritablement proiiter do cette libération, dans ces oontréi<fi en ({ualité de colons. La condition sera qu'ils ft'ronl partie <lu <■ landsturm », dans certains cas. Les Etats auront égîdemcnt la libelle de tranHjdanter les gens qui vivent de la charité publi(|uc aux eiidroitK oii ils pourront les nourrir au meilleui" compte possible (*l ils l«>vet'onl sur les communes, ainsi libérées de In charge des pauvres, nno indemnité destinée k couvrir les frais de la e<»lonisnlion. Le mênn^ pi-océdé ptmrra N'ap|iliquer aux orphelinats.
Ia',h doux catégories de colons. obUmues de celt^'
PAUL DE LAGARDE aSg
manière, agiront comme agit le drapeau qu'un général lance dans les rangs ennemis, et que les soldats tiennent à honneur de ne point abandonner.
Quant à moi, ce qui m'a paru militer par-dessus tout en faveur de ce projet, c'est que cette colonisation de domaines soumis à des princes allemands procurera une besogne capable d'unir tous les Allemands; la seule besogne en véi'ité, hormis celle pour créer la religion, qui puisse être entrejirise par la nation en tant que nation .
Si nous établissons des colons allemands dans ces régions l'rontières, on trouvera une organisation qui permettra à notre « camarilla » décriée d'acquérir des propriétés foncières, à condition toutefois qu'elle se chargera de l'accomplissement de devoirs précis. Ce que certains nobles gagneront là-bas profitera aussi indirectement à leurs cousins restés dans le vieux pays. On trouvera une organisation grâce à laquelle tout homme de bonne volonté et d'une honorabilité entière jx>urra entrer dans la « gentry » sur un simple avis et sans avoir recours à la faveur d'un prince, pour la seule raison qu'il possédera une propriété foncière suffisante, qu'il s'empressera d'exercer des charges honorifiques et de payer des impôts élevés. On pourra partager entre ces familles les noms des villages allemands détruits pendant la guerre de Trente ans. De cette façon, la « gentry » deviendra si nombreuse et si ouverte aux classes d'en-dessous qu'elle ne sera plus bonne à former une « camarilla » .
Ibid., p. a;.
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l8. FONDATION DE l'eUROPE CENÏUALE
Paul de Lagarde critique l'organisation actuelle de l'Allemagne, organisation qui fait violence aux Etats du Sud, qui ont plus dafiinités avec l'Autriche qu'avec la Prusse. Le Mein etl'Erzgebirge constituent une frontière naturelle à l'intérieur de l' Allemagne et qui aurait dû être respectée.
La maison de Habsbourg avait conçu à plusieurs reprises le dessein, — qu'elle a même réalisé une fois, — d'englober la Bavièi'e et le \\'ürtomberg dans son territoire. La pensée du prince- électeur de Bavière adoptée par le prince Eugène d'échanger contre la Belgique, alors autrichienne, l'électorat de Bavière — qui sans doute ne coïncidait pas avec la Bavière d'aujourd'hui — et les droits qui y étaient attachés s'est brisée en 1709 comme en 17 14 contre la politique de Louis XI\'. D'autre pari, les eU'orts de Joseph II pour acquérir hi Bavière ont été réduits à néant par Frédéric II.
L'Autriche a besoin d'une race dirigeante. Le Brisgau, le Landgraviat d'Alsace, le patrimoine ])rimitil' do sa dynastie situé dans la Suisse 8eptentrionaU\ Bui-gau sur le Lech lui ont appartenu jadis.
Si elle avait cn(?<>re acquis la Bavière, toutes les provinces qui s'étendent jusqu'au Mein, sans excepter (hîIIcs ({ui étaient gouvernées par des IlohcnzoUern, seraitnil t<H ou tard tombées entre ses mains, et les Germains auraient ou la prépondérance dans l'Mlat des Ilab.slH)urg.
Kn l'état actuel des choses il se trouve (|M(> les Alli> mands qui habitent au Sud du Mein, et (|ui n(; peuvent vivre avec ceux qui résident au Nord du Mein (|ue dans une eoniédérulion assez lAche, même si on la suppose
PAUL DE LAGARDE aßl
indissoluble, ont été juxtaposés de force avec ces derniers en un seul et même empire. Il se trouve que l'Autriche, qui dans son propre intérêt ne peut pas se passer des Allemands du Sud-Ouest, est privée des hommes qui de naissance sont des seigneurs et des colons ; il se trouve que l'alliance entre l'Empire allemand et l'Autriche, si nécessaire soit-elle, n'est pourtant pas élevée au-dessus de toute vicissitude ; alors qu'une Grande- Prusse qui ne souü'rirait chez elle que des provinces et non des Etats, et une Grande- Autriche dotée de la même organisation que cette Prusse, marcheraient et agiraient certainement de concert.
Mais si un régime satisfaisant l'ftme dans ses profondeurs, qui réglerait une situation définitivement abolie en 186G et en 1H71, est aujourd'hui rendu impossible, l'on peut en tout cas comprendre la nécessité de créer une Europe-Centrale, qui assurera la paix à tout le Continent, dès l'instant où elle aura repoussé les Russes de l'Asie-Mineure, qu'elle les aura éloigné des Slaves méridionaux et gagné à la colonisation allemande — car nous sommes un peuple de paysans — une large bande de territoires située sur sa propre frontière orientale.
Ce n'est, au surplus, que par un « internement » complet de la Russie au moins sur sa frontière méridionale que notre alliée naturelle, l'Autriche, peut être maintenue dans un état qui lui permette de se rendre utile.
Il est vrai que la guerre, qui doit fonder l'Europe-Centrale, ne peut éclater sous le premier prétexte venu et tout ce que nous pouvons fair«, c'est d'habituer le peuple à la pensée que cette guerre viendra.
Drei Vorreden, 3 (Trois Préfaces), dans Deutsche Schriften, p. 83, sq.
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