‹ Les origines du pangermanisme (1800-1888);Chapitre 89 sur 98 · LA PENSEE POLITIQUE PRUSSIENNE EST MACHIAVELISME · texte numérisé non relu

LA PENSEE POLITIQUE PRUSSIENNE EST MACHIAVELISME

Disons-le d'un mot : la science iMilitique moderne date de la Renaissance et remonte jusqu'à elle ; le jugement que l'on i>ortera sur elle dépemlra donc de celui que l'on porte sur la Renaissance; et celui-ci dépendra encore de ce que l'on pense du christianisme et de son rôle dans l'évolution du monde ; c'est là une question préliminaire à laquelle se rattachent toutes les auti*es. Quelques mots suffiront pour faire comprenilre le lien de ces idées.

Que fut la Renaissance? Simplement le réveil de la civiUsution antique, c'est-à-dire païenne. Cette civilisation, dans la mesure même où elle domina, entraîna forcément une rupture avec la conception chrétienne du monde ; celle-ci recula de plus en plus à l'arrièi^e-plan, soit qu'elle fût contestée, soit qu'elle fût même ignorée, et la grande Révolution enfin l'écarta complètement. C'est précisément chez Machiavel qu'apparaît sans réserve l'évolution des idées politiques cori'espondant à la

a^a LES ORIGINES DU PANGERMANISME

Renaissance, grâce à ses théories politiques universelles fondées sur le souvenir de l'ancienne Rome. On y sent aussi combien il était hostile à l'Église chrétienne, en particulier à la jjapauté, car il voyait en elle un obstacle capital à l'unité et à l'indépendance italiennes, si bien que, à ce point de vue, on peut l'aire remonter à Machiavel, les mouvements actuels en Italie. Telle est l'importance de ce Florentin.

Plus on approfondit la question, plus on s'aperçoit que c'est en réalité le même et seul esi^rit qui anime toute la science iwlilique moderne Les théories si particulières de Hegel ne sont que l'évolution d'une même pensée, exprimée déjà chez l'auteur de la conception politique moderne, je veux dire chez Machiavel, qui proclama tout d'abord l'absolutisme de la raison d'Ktat. théorie qui exerça dorénavant une influence profonde sur la pensée j)olitique

Le prince de Bismarck s'est proposé, ou tout au moins prét<'nd s'être propo.sé le même but, qui constituait jadis la pensée fondamentale du Florentin : Celui-ci avait été frappé par l'idée de l'unité nationale italienne que l'on éUiblirait par le fer et par h* sang

Permettez -moi de faire allusion à un petit volume de 1^)lln1ann, p<*u répandu, paru en i858, intitulé : Jnstifivtition du tnachimu'lisnic. Le contenu du livre répond au titre, et ce que Machiavel r«>ven«liqua un jour pour ritulic, on rappli(|ue ici à r.\Ueinagne L'auteur trouve impuissants les petits partis polili(|U('s ; mais il souhaite un réfoi-mateur arnu'. (|iii par le Ter et \y,\r le sang fasse l'unité allemande, à qui tout soit permis pourvu qu'il atteigne le but pro|K)Ké. (irand, ])ui8Hant, et d'un attrait irréuistible, serait l'homme qui saurait ainsi accomplir cette ifuvre. Ainiti parle le défenseur du machiavélisme. — Ne croirait-on pas qu'il prédisait le mét«''ore déjà

<:0\ST.\\TI\ FKANT/ tijS

rayonnant de lîismarck ? Le réformateur armé est venu en deçà et au delà des Alpes. Ce n'est pas en vain que Machiavel a écrit ; l'esprit de son « Prince » vit; il est descendu chez nous sous la forme du prince de Bismarck.

])er Bankrott der heutigen Staalsweisheit (La banqueroute de la sagesse politique actuelle!, p. iG, 17, 'ii-33.

Page 1