LES OlllGlXES DU PANGERMANISME
surveiller tout particulièrement, elle n'était [)lus subordonnée à aucune puissance su[)érieure.... La Prusse est toujours un État indépendant ; elle agit, comme tel, en Allemagne et en Europe, mais en principe elle n'ag^it qu'au nom de l'Empire, elle ne constitue pas une puissance autonome, elle n'est qu'un élément de la nouvelle Allemagne. Croit-on possible qu'un État tel que la l*russe,
devenue depuis deux siècles ])uissance européenne, et qui depuis un siècle a même i)ris rang [)arini les grandes puissances, renonce subitement à être une puissance? (]ela est impossible, et l'on sent déjà une certaine réaction dans le vieux duclié de Prusse : c'est, lui semblet-il, payer trop ober l'honneur de dominer l'empire allemand, que de renoncer à sa propre existence.
/|. COMMENT s:-: SONT FOIIMKES LAITIUCIIE ET I..\ PRUSSE
La première condition qui ait permis la formation \h>litique de la monarchie autrichienne, a été l'union de la i-oyaulé allemaudc avec l'Emj)ire romain, ((ui s'imposa comme une force supéneure et ne fut évidemmeiil pas une création nationale allemande, mais jaillit comme une institution »nlcrnalionale de l'ensemble des idées (|ue le moyen âge se faisait sur le monde. Col Empire romain, précisément parce (lu'il n'était pas »me création nationale allemande, i>ut seul par lu suite s'établir eu Uolu^me, puis uu^mu on Hongrie, pour se fixer cnliu délinitiveraenl à Vienne, où il se transforma alors peu à peu en un empire d'Autricho. Comment ceci aurait-il pu arriver à une royauté allemande? Il est bien évident (juc, sans
l'autorité que la couronne impériale de Rome attribua à la maison d'Autriche, celle-ci n'aurait jamais réalisé sa domination sur la Hongrie et sur la Bohême. A cela vint s'ajouter la question des Turcs : c'était un fait tout à fait étranger à l'histoire d'Allemagne, mais à la suite duquel il devint tout à lait nécessaire pour la Hongrie de s'unir à l'Autriche, en tant qu'elle représentait alors l'Empire romain-germanique. On peut donc dire que la monarchie autrichienne n'aurait jamais vu le jour sans la question turque. Parmi les facteurs principaux, il faut encore compter les colonies allemandes en Hongrie et en Transylvanie, de même que la germanisation en Bohême et surtout en Silésie, où les dévastations des Mongols surtout nécessitèrent l'immigration allemande, et furent ainsi cause d'événements dont l'Europe entière ressentit les conséquences. Dans ces conditions, qu'y a-t-il desurj>renant à ce que la monarchie austro- hongroise ait présenté dès sa formation l'aspect d'une puissance européenne, tandis qu'elle prenait aussi racine dans l'Allemagne, qu'elle surpassa d'ailleurs de beaucoup.
Le rôle de la colonisation allemande ne l'ut jamais que secondaire tlans la formation de la monarchie autrichienne : le noyau de l'État prussien est au contraire constitué par des provinces orientales colonisées et germanisées. Mais ce procédé de colonisation et de germanisation est né de l'évolution nationale allemande, en ce qui concerne lu marche de Brandebourg et la Pomcranie; ceci mis à part, il faut en chercher la cause ailleurs, et notamment, comme pour lEmpire romain -germanique, dsns l'ensemble des tendances du moyen âge, dans les croisades qui donnèrent naissance à des ordres de chevalerie, et parmi ceux-ci à l'ordre teutonique. Ce n'est pas so\is linllueaco de l'Empire, mais bien sous celle de l'Ordre teutonique et sous l'autorité de l'I-lglise que s'accomplirent la conquête et la christianisation des pays
H'jG LES ORIGINES DU PANGERMANISME
riverains de la mer Baltique, jusqu'à la Yistule, au Niémen et à la Dfina.
C'est donc jiar ces colonisations et par ces conquêtes, que l'on gagna les territoires qui devaient plus tard former le noyau de la monarchie prussienne moderne. Celle-ci dut son développement à ce que le margrave et le prince-électeur de Brandebourg acquirent ce que l'on appelait alors le duché de Prusse, — héritage de l'ordre disparu. — et le rôle que joua bientôt le nouvel Etat prussien en tant que puissance européenne, autonome, est dû précisément à ce que ce pays, qui. autrefois, appartint à un ordre, n'avait jamais été une terre d'Kmpire allemande. — Deux autres faits permirent à cette nouvelle puissance d'établir son importance et son rôle, à savoir : la ruine de la puissance suédoise, et surtout la chute définitive de la Pologne, ce qui donna à la Prusse d'importants territoires. Comment la Prusse auraitelle jamais i)u se développer à côté d'une Pologne puissante? Dans ces conditions, eUe prit i)Our ainsi dire la place que la puissance suc'doise et la PoU)gne, en s'écroulant, avait laissée vide sur le continent.
Admirable spectacle : en quatre siècles IWllcmagne étendit sa puissance tlu cours inféi'ieur et du cours moyen «le l'Elbe juscju'au lac de Peipus, jusque très avant en pays slave, lithuanien, finnois; non seulement elle y établit sa puissance militaire, mais elle s'y «Miraciua si bien <jue (le vastes t<'rriloir«*s furent enlièrenienl f;ernuuiisés. Mais dans les pays où la masse du iMMiplc demeura anliallcmande (en Courlandeeten liivonic), 1 AllenïJignc^ avait ni bien marcfué ces provin<'es d«' son empreinte germanique, «jue niém»? une domination étrangère de trois siècles n'u pu jusqu'ici rien y chonger. A cela s'ajoutent encore les colonies éparses de la un^nie é|»0(]ue «lans les villes de Pologne, où bien souvent 1rs immigrés all(>inands l'ornièi-ent le noyau de la )>opulation civile... Puis encore les colonies
allemandes en Hongrie et en Transylvanie qui datent encore du même siècle. Si nous remontons enfin à ré|K)que carolingienne, c'est alors que s'accomplirent la germanisation de rarchiduché d'Autriche et celle de la Styrie. Toute la moitié orientale de l'Allemagne actuelle, où après l'invasion des barbares s'étendit l'empire slave, devint allemande par la suite, ou du moins elle fut unie à l'Allemagne tout comme la Bohême, la Garnie, la Moravie, et c'est ainsi que se forma plus tard rAllemagne.